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NUMERIQUE. La Havane. Cuba
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RICARDO ALARCON PARLE DE LA NOUVELLE LÉGISLATION
Nous ne nous laisserons pas détruire!
PAR ALDO MADRUGA, de Granma international
«SI les Etats-Unis font des lois dans le but délibéré et public d'imposer leur volonté aux Cubains, emprisonnent et condamnent leurs citoyens à des amendes lorsqu'ils les enfreignent, comment ce petit pays des Antilles va-t-il renoncer au droit de combattre et punir légalement ceux qui en deçà de leurs frontières agissent en complices de l'agresseur, facilitent et contribuent à l'étranglement de leur propre pays?
Voilà une des grandes vérités soulevées par Ricardo Alarcon, président de l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, lors d'une conférence de presse à La Havane axée notamment sur la nouvelle Loi de protection de l'Indépendance nationale et l'économie, adoptée récemment par le plus haut organe législatif cubain.
Alarcon a rappelé que depuis le printemps 1959, au triomphe même de la Révolution, notre île a été l'objet de l'hostilité et d'agressions de plus en plus nombreuses de la part des Etats-Unis. «Cette animosité, cette hostilité a démarré par des actions secrètes qui au fil du temps sont devenues de plus en plus ouvertes jusqu'à se fondre dans un enchevêtrement compliqué de lois et de `couloirs' en vertu desquels, au plus grand mépris du droit international, les USA proclament leurs intentions féroces et obsessionnelles de changer le système social d'une nation indépendante et souveraine», a-t-il dit.
«Pour en arriver là, le gouvernement des Etats-Unis a mis en pratique plusieurs méthodes et actions, dont les sabotages, l'infiltration de groupes armés, les menaces de guerre et le recours au terrorisme en général dans ses modalités les plus variées, y compris les sanctions économiques et les pressions diplomatiques ponctuées par un véritable chantage pour dissuader des pays tiers de faire du commerce avec Cuba», a signalé Alarcon.
UNE OPPOSITION MADE IN USA
Le président du Parlement a indiqué que dans le cadre de tout cet arsenal agressif, depuis 1959 ils fabriquent et alimentent au sein de Cuba ce qu'ils appellent pompeusement l'«opposition interne», complément indispensable des nombreuses organisations contre-révolutionnaires qu'ils financent depuis l'extérieur, «un processus qui est consigné avec un luxe de détails dans les rapports de la CIA récemment tirés des oubliettes».
Quelques heures plus tôt, prenant la parole devant les députés, Ricardo Alarcon avait fait allusion au contenu d'un de ces documents intitulé Projet Cuba, qui explique comment l'Administration des Etats-Unis décida de «créer une opposition à Cuba» et d'«organiser un exil» contre la Révolution cubaine. «On y trouve même les renseignements sur les salaires qui ont été versés aux dits `chefs' de cette contre-révolution, ce qu'ils ont dépensé en publications, en propagande, comme une revue Bohemia qui a paru chez eux pendant un certain temps; ce qu'ils ont dépensé en transmissions radiophoniques pendant ces premiers temps en 1959, et il ne fait aucun doute que cet `effort' s'est ensuite intensifié et multiplié».
Il a rappelé que la nature extraterritoriale de ces actions, rejetée en bloc par la communauté internationale, a contraint des nations comme le Canada, le Mexique et d'autres pays d'Amérique latine et de la Communauté européenne à adopter diverses mesures légales pour contrecarrer les effets de la violation de leurs souverainetés respectives.
«Cuba a fait preuve d'assez de calme et de sérénité à l'heure de mettre en vigueur une législation destinée à punir ceux qui au sein de notre pays collaborent à l'implantation et aux objectifs de la Loi Helms-Burton, ce que nous avons dénoncé il y a plus de deux ans lorsque notre Parlement a adopté la Loi de réaffirmation de la dignité et de la souveraineté nationales.
»La véritable opposition à la Révolution cubaine n'est autre que l'Administration des Etats-Unis. De longues années d'expérience nous ont montré que c'est la CIA qui fabrique l'opposition à Cuba. Nous n'avons connu aucune autre opposition que celle qui est fabriquée aux Etats-Unis», a dit le président de l'Assemblée nationale.
DEFENDRE LA SOUVERAINETE
Ricardo Alarcon a réitéré que la loi est très claire quant à ces objectifs: elle concerne ceux qui collaboreront à l'application de la législation anticubaine et à la subversion de l'ordre intérieur qui en découle afin de livrer le pays au géant du Nord.
La Loi de défense de l'indépendance nationale et de l'économie se propose en outre de typifier et punir les actes destinés à appuyer, faciliter et collaborer avec la Loi Helms-Burton, le blocus et la guerre économique livrée contre Cuba, ainsi que d'autres actions appelées à discréditer, léser ou mettre en danger l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité de l'Etat cubain.
Parmi les conduites délictueuses sanctionnées figurent la remise, la recherche et l'obtention d'information susceptible d'aider le gouvernement des Etats-Unis dans ses tentatives pour étrangler et détruire notre pays.
Interrogé à plusieurs reprises sur le soi-disant assouplissement du blocus à partir des mesures annoncées par Washington le 5 janvier, Ricardo Alarcon a signalé qu'il ne s'agit que d'une «pure propagande pour semer la confusion et induire en erreur tout en maintenant la même politique hostile, mettre en application d'autres couloirs de cette monstrueuse créature qu'est la Loi Helms-Burton et faire du peuple des Etats-Unis un complice de l'application de cette politique».
Il a ajouté que «loin d'avoir été assoupli, cinq mois après l'annonce de cette manoeuvre le blocus s'est encore intensifié», et il a cité à titre d'exemple le gel des fonds de l'ONG étatsunienne Global Exchange, qui encourageait et favorisait les voyages de citoyens des Etats-Unis à Cuba. L'Administration des USA a adressé un ultimatum à cette organisation la sommant de cesser ses activités.
«Il faut être fou pour penser qu'il y a un assouplissement», a-t-il dit, en soulignant que toutes ces lois et mesures adoptées contre notre île sont à la fois les plus dures qui aient été votées à l'encontre des citoyens des Etats-Unis.
A la réunion du Parlement, Alarcon avait insisté sur les nombreuses lois qui répriment sévèrement tout lien entre un citoyen nord-américain et une quelconque puissance, gouvernement, parti politique, mouvement international ou citoyen étrangers, considérés comme un ennemi par l'Administration.
UN TOIT DE VERRE
A titre d'illustration, Alarcon a également mentionné la Loi Voorhis de 1940; la Loi de Registre des représentants étrangers et la Loi de Sécurité intérieure de 1950 qui priva d'emploi beaucoup de travailleurs, envoya en prison de nombreux communistes et supprima le mouvement syndical classiste et indépendant des Etats-Unis.
«Mais n'allez pas croire que les restrictions US, leurs prohibitions quant aux contacts avec l'extérieur sont attribuables à la guerre froide ou une conséquence de l'affrontement idéologique, etc.
»Le premier à proposer la première loi répressive de cette nature aux Etats-Unis s'appelait George Washington, et celle-ci a fêté ses 200 ans au mois de janvier dernier: il s'agit de la Loi Logan», a rappelé le président du Parlement, avant de signaler qu'il ne s'agit pas d'une loi d'archives de musée mais d'une loi qui a évolué au fil du temps en conservant jusqu'à nos jours toute son essence, et constitue maintenant une norme qui s'inscrit dans une tradition de la pensée juridique des Etats-Unis.
Alarcon a précisé que l'esprit de cette législation est consigné dans le chapitre 45 du titre 18 sur Les crimes et les procédures criminelles, qui stipule que «tout citoyen des Etats-Unis, où qu'il se trouve, sans autorisation des Etats-Unis, directement ou indirectement, qui établit ou maintient une correspondance ou toute forme de contact avec un gouvernement, un fonctionnaire ou un agent d'un gouvernement étranger, est passible d'une amende pouvant atteindre 5 000 dollars ou d'une peine de prison de trois ans».
«Ainsi, de janvier 1799 à janvier 1999, on punir durement aux Etats-Unis le délit d'entretenir une correspondance ou n'importe quel type de communication ou de contact avec un gouvernement étranger ou un agent étranger.
»Et pourquoi donc George Washington a-t-il pensé qu'il fallait une telle loi? Eh bien parce qu'un monsieur du nom de Logan osa écrire certains articles dans un journal de l'Union où il livrait son point de vue selon lequel il n'était pas indispensable que la France et les Etats-Unis d'Amérique participent à la guerre, qui était à l'époque le principal sujet de discussion».
Ainsi, Alarcon a expliqué qu'alléguant que Mr. Logan tenait ses idées de ses amitiés françaises, ils inventèrent le délit d'entretenir une correspondance ou d'avoir des contacts quelconques avec l'étranger. «Un délit qui est toujours puni, et je dis cela parce que j'ai pu consulter le document après qu'ils y aient introduit quelques petites modifications en 1994».
L'essence de cette loi est donc toujours en vigueur, et on la retrouve même dans les réglementations actuelles du Département du trésor en ce qui concerne le dit «assouplissement du blocus», comme l'a fait remarquer le président du Parlement, qui a donné lecture d'un de ses énoncés:
«Toute personne sujette à la juridiction des Etats-Unis ayant voyagé à Cuba sans l'autorisation du Bureau de contrôle du Département du Trésor est considérée impliquée automatiquement dans des transactions interdites pour ce qui a trait aux voyages. Cela est valable également pour les cas d'invités avec tous les frais payés, qui doivent prouver leur innocence à travers une déclaration jurée et des documents probatoires».
Selon des sources journalistiques des Etats-Unis, a-t-il dit, environ 379 citoyens de ce pays ont été sanctionnés pour avoir enfreint des lois restreignant les contacts avec des autorités ou des citoyens de Cuba, «dans le cadre de la politique de la grande nation du Nord qui se pose en chanpionne des droits de l'homme et de la liberté».
Ricardo Alarcon a tenu à souligner que Cuba a l'obligation d'affronter juridiquement et pénalement l'application du blocus, non seulement pour défendre sa souveraineté mais aussi celle d'autres peuples qui se voient menacés; qu'elle a également l'obligation d'appuyer les droits du peuple des Etats-Unis qui sont, de façon identique, foulés aux pieds par ces lois arbitraires de leur Administration.
CUBA SAURA SE DEFENDRE
A une question d'un journaliste étranger accrédité à La Havane qui demandait si la nouvelle loi était orientée contre leur travail, Alarcon a répondu que non, que ce point était clair dans le document, mais il a averti qu'«avant de voyager dans n'importe quel pays tout le monde sait qu'il faut observer les lois et les réglementations en vigueur, où que l'on se trouve».
Il a affirmé que les nouvelles mesures juridiques n'entrent pas en contradiction avec les articles de la Constitution qui assurent aux citoyens la liberté d'expression, de réunion, d'association et autres, et que les Cubains continueront de jouir pleinement de leurs droits constitutionnels, supérieurs dans beaucoup de cas à ceux d'autres pays où ils restent lettre morte.
«Mais nous allons répondre sévèrement, consciemment et intelligemment à ceux qui prétendent agir en instruments de la politique agressive de l'impérialisme nord-américain contre l'indépendance et l'économie nationales», a réitéré Alarcon.
La veille de la rencontre avec la presse étrangère, Ricardo Alarcon avait réalisé au sein du Parlement une analyse méticuleuse de la manière dont les Etats-Unis voient en la «chaotisation» de la société cubaine -à travers le délit- un élément important de leur stratégie pour déstabiliser le pays.
A cet égard il a lu les déclarations de la Secrétaire d'Etat Madelaine Albright selon lesquelles dans le cas de Cuba, son pays était en train d'utiliser «des armes intelligentes pointées sur la cible que nous voulons. Nous souhaitons aider à créer une économie de marché indépendante qui continue de s'étendre et parvienne à se séparer complètement de l'Etat».
Le Parlement a estimé que de telles intentions sont on ne plus visibles dans le dit «assouplissement» du blocus qui trouve dans l'indiscipline sociale, la désobéissance et le mépris de l'ordre un magnifique bouillon de culture pour limiter et corroder le rôle de l'Etat au sein de la société.
«Et dans cet état de choses, l'ennemi commence à créer une image de Cuba, la présentant comme une plaque tournante de plus en plus importante du trafic de drogues, le pays du délit, alors que dans ce domaine nous sommes à des années lumière de distance de Miami ou de n'importe quelle ville des Etats-Unis».
«Mais cette grande manoeuvre a pour but de justifier l'agression et l'hostilité contre notre pays en se servant de ces manifestations dans le cadre de la campagne montée à l'étranger», a dit le président du Parlement cubain.
Dans sa longue dissertation, le président de l'Assemblée nationale a rappelé que le trafic de drogue a toujours été lié à la contre-révolution et à la CIA, «une histoire qui déborde les rapports de la `company' chaque fois que les documents émergent au grand jour en dépit de leurs tentatives pour cacher des identités et des situations».
Plus loin, Alarcon a fait remarquer qu'à l'heure actuelle le gouvernement des Etats-Unis est accusé et soumis à une investigation pour sa responsabilité dans l'introduction et la distribution de drogue sur son territoire, destinée notamment aux secteurs les plus pauvres et exploités de ce pays.
«Oui, tout le monde le sait, les Etats-Unis sont le premier consommateur mondial de stupéfiants, mais ils sont aussi l'un des plus importants producteurs, et même le premier pour ce qui de certaines drogues. La responsabilité officielle du gouvernement, de la CIA et du Département de justice dans cette histoire a été dénoncée dans la presse et par un groupe de représentants du peuple».
Finalement, le président de l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire de Cuba a signalé qu'«il n'est pas exagéré d'affirmer que la lutte contre le crime, contre le crime de droit commun est aussi une partie essentielle de la lutte politique que nous livrons. Nous ne nous laisserons pas détruire. Notre peuple a le droit de se défendre».
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