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Le message de Cuba sur les droits de l'homme

ALLOCUTION PRONONCÉE PAR LE VICEPRÉSIDENT DU CONSEIL D’ÉTAT DE LA RÉPUBLIQUE DE CUBA, M. CARLOS LAGE DAVILA, DEVANT LA 55è SESSION DE LA COMMISSION DES DROITS DE L’HOMME DES NATIONS UNIES. GENÊVE, 24 MARS 1999

LE mardi 22 mars, à 21 heures, heure locale, après un long voyage via Londres, le vice-président Carlos Lage est arrivé à Genève pour présider la délégation cubaine qui assiste à la 55e session de la Commission des droits de l'homme des Nations unies, où il devait prendre la parole le lendemain.

Le message de Cuba sur les droits de l'homme a été soigneusement élaboré à partir de positions de principes, avec des chiffres précis et des arguments qui reflètent notre histoire révolutionnaire solide et exemplaire dans ce domaine. La parole de Cuba prenait une importance spéciale face à la politique cynique des Etats-Unis, qui n'ont jamais cessé de harceler et de calomnier l'île sur ce sujet pour justifier leur blocus et leurs crimes contre notre peuple. Pendant de nombreuses années ils n'ont jamais pu obtenir les votes suffisants pour condamner Cuba.

La chute du camp socialiste et la désintégration de l'URSS ont changé de manière drastique le rapport des forces au sein de cette Commission extrêmement politisée. Bon nombre de nos anciens amis sont passés au camp impérialiste. Il suffit de rappeler que quelques-uns, comme l'Ouzbékistan, sont allés si loin dans l'abjection qu'ils ont voté en solitaires, aux côtés de Washington, en faveur du blocus contre Cuba à l'Assemblée générale des Nations unies. Ainsi pendant de nombreuses années, les Etats-Unis, avec le soutien bâtard de ces nouveaux alliés «démocratiques», sont parvenus à force d'abstentions et de votes contre, à laisser Cuba en minorité.

Notre pays a persisté dans sa lutte courageuse. La Révolution n'a pas disparu, contrairement à ce que beaucoup croyaient, et en 1998, avec le vaillant soutien de ses amis du tiers monde, il a une nouvelle fois mis en minorité le puissant empire.

Cette année, s'appuyant sur les ressources immenses de son appareil de propagande et sur le pouvoir des ses médias, et en prenant pour prétexte les mesures on ne peut plus justes adoptées par la Révolution pour faire face à sa guerre économique criminelle et à ses plans de subversion et de destabilisation visant à détruire le socialisme à Cuba, Washington est revenu à la charge à la Commission des droits de l'homme.

Cette fois les Etats-Unis ont trouvé dans la République tchèque, un autre sous-produit de la division et de la subdivision des pays du camp socialiste désintégré, l'homme de paille dont ils avaient besoin pour présenter le projet de résolution contre Cuba.

Traditionnellement, à la Commission de Genève, lors des réunions annuelles, les ministres des Affaires étrangères et les hauts fonctionnaires des pays qui prenaient part aux débats utilisaient trente, quarante et même cinquante minutes pour leurs interventions. Cuba avait beaucoup à dire et le droit et le devoir moral de le faire, en tant que pays implacablement assiégé et harcelé par les Etats-Unis, pour dénoncer la sale manoeuvre de ce pays, grand promoteur du projet tchèque.

Or à la surprise de notre délégation, la dame irlandaise qui présidait les débats, rompant avec la tradition et avec le droit élémentaire reconnu aux ministres de l'Extérieur pour exposer leurs arguments avec, comme il est d'usage aux Nations unies, une entière liberté et sans restrictions ni bâillons humiliants, en particulier lorsqu'il s'agit de pays qui sont victimes d'infâmes complots de la part de grands pouvoirs mondiaux, a imposé un temps maximum de parole de 15 minutes, sous l'outrageante menace d'un maillet strident et ridicule venant interrompre brutalement l'intervention.

En quelques heures, au prix d'un travail intense et épuisant, la délégation s'est vue obligée à réduire des deux tiers son exposé, devant supprimer d'importants éléments de considération. Dans ces circonstances, elle a pu élaborer malgré tout, à partir de principes justes, d'idées et de faits irréfutables, un plaidoyer compact dont le premier paragraphe dénonçait la limite de temps arbitraire, irrationnelle et inflexible imposée.

Le message intégral, imprimé en espagnol, anglais et français, a été distribué aux délégations présentes. En dépit de cela, le camarade Lage n'a pas pu terminer son discours, interrompu qu'il fut par le grossier coup de maillet quelques minutes seulement avant la fin.

La dame qui présidait la session a exprimé en ces termes les raisons de son geste:

«Je vous demande pardon de vous interrompre. Je crains que nous ne soyons confrontés à un problème de temps. Peut-être y a-t-il eu un malentendu, car au début de votre intervention vous avez fait allusion à la rigueur des limites de temps de parole imposée par la présidence.

»Il me semble important d'expliquer qu'il existe une limite de temps, approuvée par la Commission après avoir entendu les recommandations du Bureau.

»Le rôle de la présidence a consisté à essayer d'appliquer cette limite d'une manière juste et impartiale à tous les orateurs.

»C'est-à-dire que sur le plan personnel, il m'est extrêmement difficile d'être discourtoise envers n'importe quel représentant dans cette salle, à plus forte raison s'agissant de dignitaires en visite.

»Par ailleurs, j'ai prié et je prie toutes les délégations de ne pas placer la présidence dans cette difficile situation. En conséquence, je vous invite, Monsieur le Vice-Président, à conclure votre discours.»

Prenant à nouveau la parole, le camarade Lage a répondu:

«Ces règles ne sont pas celles de l'année dernière et nous en avons eu connaissance à notre arrivée ici. Il me manquait à peine deux minutes pour terminer mon discours. Nous regrettons qu'on interdise de parler à un pays agressé, bloqué et soumis à une politique criminelle et génocidaire.

»Je vous suis reconnaissant à tous de m'avoir écouté.

»Merci.»

Le courage, la dignité et les arguments exposés dans ce document qui n'a pas pu être lu jusqu'au bout ont causé un impact.

En quittant la tribune, le président de la délégation cubaine a reçu des applaudissements nourris et chaleureux. Suffisamment de vérités avaient été exposées. Une fois de plus, de nombreux délégués commentaient: «Comme toujours, Cuba dit ce que beaucoup pensent mais doivent taire».

Nous publions ci-dessous le texte intégral du message cubain. ont douté de la justice du procès, qui a pourtant été assorti de toutes les garanties et du plus grand respect de la personne humaine.

Respectable Madame la Présidente

Respectables Membres du Bureau,

Respectables Délégués,

Je suis ici pour démasquer des calomnies, exposer des vérités et défendre des idées.

Nous, les Cubains, nous avons été pendant quarante ans soumis à un blocus, agressés, calomniés systématiquement, mais aussi critiqués et condamnés plus d'une fois pour les lois et les mesures que nous avons dû adopter afin de nous défendre.

On a beaucoup parlé ces dernières semaines des modifications apportées à notre code pénal et de la Loi dite de protection de l'indépendance nationale et de l'économie cubaines, votées par notre Assemblée nationale le 16 février, ainsi que du procès au terme duquel quatre apatrides ont été condamnés dans le plus strict respect de la loi.

Et la confusion a été telle que nombre d'organes de presse ont fait l'amalgame entre les nouvelles sanctions établies contre les délits communs à la suite des modifications du code pénal et celles que prévoit une autre loi contre ceux qui agissent au service de l'ennemi qui fait la guerre à notre nation.

Les changements introduits dans le code pénal correspondent aux caractéristiques et aux circonstances du phénomène délictueux dans le monde et consistent, d'une part, en l'ajout de trois nouveaux cas de figure : le blanchiment d'argent, le trafic des personnes et la vente de mineurs, de l'autre, en l'aggravation des peines visant des délits et d'autres conduites associées qui portent le plus grave préjudice à la tranquillité des citoyens, aux valeurs morales de la société et à la santé du peuple.

Il est vrai que nous avons établi la peine capitale dans les cas extrêmement graves et pour des crimes vraiment exécrables, comme l'utilisation du pays pour le trafic international de drogues, et de graves actes de viol ou de corruption de mineurs, parce qu'elle nous semble indispensable, dans les circonstances que connaît notre monde, d'en disposer comme d'un mécanisme visant à décourager ces conduites répugnantes.

Nous respectons ceux qui s'opposent à la peine de mort dans de nombreuses parties du monde et partageons leur espoir qu'un jour viendra où elle ne sera plus nécessaire dans aucune société. En tout cas, Cuba, un pays où l'on stimule de l'étranger la violation des lois par l'intermédiaire de milliers d'heures hebdomadaires de transmissions radiophoniques illégales, ne peut renoncer pour l'instant à cette peine maximale, appliquée par ailleurs dans d'autres pays qui ne sont pas soumis à ce genre d'hostilité et de harcèlement.

Les réformes introduites dans le code pénal cubain reposent sur des principes juridiques reconnus par la communauté internationale et sont par ailleurs avalisées par la large demande de notre peuple qui, accoutumé à la sécurité que lui a toujours offert la Révolution, a exigé une augmentation des peines contre les auteurs de délits dont j'ai parlé.

La loi dite de Protection de l'indépendance nationale et de l'économie cubaines a été présentée, pour sa part, par ceux qui détiennent le monopole de l'information comme une législation contre la liberté d'idées et d'opinions. Imaginer que cela soit possible serait supposer une soumission bien étrange et une condition humaine bien rabaissée chez un peuple habitué justement à lutter pour ses idées. Nul n'est sanctionné à Cuba pour ce qu'il pense et opine.

Cette loi vise à sanctionner les citoyens dont les actes font le jeu de la puissance agressive qui mène une guerre économique pour déstabiliser le pays, subvertir l'ordre intérieur et détruire la Révolution. Cette loi sanctionne le délit de collaboration avec l'ennemi, non le délit d'opinion, comme on veut en faire accroire.

La guerre intense et sans scrupule des États-Unis a contraint non seulement Cuba, mais jusqu'à l'Union européenne et des États comme le Canada, le Mexique et l'Argentine à voter des législations en vue de défendre leur souveraineté et leur indépendance face aux décisions extra-territoriales du Congrès nord-américain.

Notre nouvelle loi protège non seulement la souveraineté et les droits des Cubains, mais encore ceux des nationaux de pays tiers particulièrement touchés par les pressions, les mesures répressives et les sanctions appliquées dans le cadre de la politique de blocus.

Les États-Unis ont, pendant plus d'une année, orchestré une campagne de mensonges contre la Révolution cubaine à la suite de l'arrestation de quatre citoyens qui viennent d'être jugés pour le délit d'incitation à la sédition et sanctionnés à des peines allant de trois ans et demi à cinq ans de privation de liberté.

Bien différent aurait été leur sort s'ils avaient été jugés par un tribunal des États-Unis. Là, rien que pour certains des délits commis à Cuba, ces gens auraient violé les réglementations du contrôle des avoirs cubains, du département du Trésor, et auraient été condamnés à des peines allant jusqu'à dix ans d'emprisonnement et à des amendes de 250 000 dollars. Bien mieux, non plus pour tentative de subversion ou de conspiration contre le gouvernement, mais pour simple contact avec un gouvernement ou un agent étranger en vertu de la loi Logan, déjà bicentenaire mais toujours en vigueur, l’on condamne tout citoyen à une peine consistant en une amende de jusqu'à 5 000 dollars et trois ans d'incarcération.

Le procès engagé contre eux a largement démontré que les condamnés ont collaboré d'une façon soutenue avec l'ennemi, par l'intermédiaire de la Section d'intérêts des États-Unis à La Havane, dont ils recevaient des instructions, de l'argent et des moyens, en vue d’entraver les investissements étrangers par toute sorte de menaces, de promouvoir l'internationalisation du blocus criminel auquel notre pays est en butte et de troubler l'ordre intérieur entre autres visées. Nous revendiquons notre droit, qui est celui de toute nation, de sanctionner ceux qui se mettent au service d'une puissance agressant leur propre patrie.

Le pouvoir des médias, les intérêts en jeu, la confusion d'idées, le manque d'information et l'irresponsabilité aboutissent normalement à un phénomène curieux : qu'on accorde plus de crédit aux mensonges des agresseurs qu'aux évidences des agressés !

Nous savons que des personnes dans le monde, des amis y compris, partant de comparaisons avec ce qui se passe dans leur propre pays ou ailleurs, ont douté de la justice du procès, qui a pourtant été assorti de toutes les garanties et du plus grand respect de la personne humaine.

On ne saurait toutefois ignorer, quand on évalue Cuba et sa Révolution, que notre pays n'est justement pas n'importe quel autre pays. Cuba est la cible permanente de l'hostilité de la nation la plus puissante de la planète qui ne renonce pas un seul instant à ses menaces et à ses agressions. Nous sommes un pays en butte au blocus d'une superpuissance qui nous contraint à être sans cesse en état de défense et d'alerte, parce que nous avons décidé de ne pas être une étoile de plus sur le drapeau nord-américain.

On ne saurait agresser un pays pendant quarante ans, prétendre soumettre son peuple par un blocus criminel, financer les rêves annexionnistes et les activités contre-révolutionnaires de groupes isolés de bradeurs de patrie, et l'accuser ensuite de se défendre !

Sans loi Helms-Burton, sans blocus, sans guerre économique qui visent à briser l'ordre intérieur à Cuba, à la déstabiliser, à liquider l'Etat socialiste et l'indépendance du pays, la loi de Protection de l'indépendance nationale et de l'économie cubaines serait absolument inutile. Ce n'est qu'en reconnaissant les conditions exceptionnelles de notre réalité et le fait qu'aucune autre nation dans l'Histoire n'a dû supporter l'agression la plus obstinée d'un voisin puissant et vorace qu'on peut comprendre les événements qui se déroulent dans notre pays. Car la guerre entreprise par les États-Unis et leurs serviteurs annexionnistes contre Cuba ne qu’une seule ; elle n'est pas formée de compartiments étanches. Guerre psychologique, bombes, sédition, propagande, tout cela ne fait qu'un, tout sert et tout est valable. Les visages ont beau être variés, le but est le même.

Il vaudrait la peine de se demander au sein de cette Commission des droits de l'homme : qui a autorisé les États-Unis à s'arroger le rôle, apparemment à perpétuité, de procureur contre Cuba ? Qui leur a donné le droit - et là encore à vie, semble-t-il - de s'ériger eux-mêmes en «juge suprême» des droits de l'homme à l'échelle de la planète ?

Pourquoi faut-il accepter que le département d'Etat rédige année après année, sur ordre du Congrès de ce pays, de volumineux rapports qui jugent des actions de toutes les nations du monde en matière de droits de l'homme, exception faite, comme de juste, de ce qui passe aux États-Unis-mêmes ?

Comment peut-on admettre que les États-Unis jugent le monde pendant plus de cinq mille pages ?

Faut-il donc consentir à ce qu'une nation où une consommation effrénée stimule la production et le trafic de drogues délivre unilatéralement des certificats de «mauvaise conduite» aux pays producteurs, vendeurs ou transitaires ?

Pourquoi les États-Unis peuvent-ils bafouer à ce point la communauté internationale en méconnaissant le vote constant, année après année, de l'Assemblée générale des Nations Unies contre leur politique de blocus de Cuba ?

Pourquoi permet-on aux États-Unis d'adopter soixante et une sanctions économiques unilatérales contre un ensemble de pays où vivent 42 p. 100 de la population mondiale, sans même être admonestés ?

Pourquoi les États-Unis s'opposent-ils à l'élargissement du Conseil de sécurité et à l'admission à cet organe de pays comme l'Inde, le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Indonésie, le Brésil, le Mexique ou d'autres, jouissant des mêmes prérogatives que les membres actuels ?

Les États-Unis se situent au-dessus de tout et de tous pour juger des violations des droits de l'homme, alors que leur état de services en la matière laisse beaucoup à désirer. En effet, dans la nation la plus riche et la plus puissante de l'histoire :

· Presque un million de personnes vivent à la rue, sous les ponts ou dans des abris de fortune, alors qu'un Nord-Américain accumule à lui seul 80 milliards de dollars.

· 43 millions de citoyens n'ont pas d'assurances médicales, dont 11 millions sont des enfants.

· Des millions de personnes aux bas revenus, des malades, des personnes âgées et des mères célibataires viennent d'être exclus des programmes d'assistance sociale.

Dans la nation la plus riche et la plus puissante de l'histoire :

· 20 p. 100 des habitants sont des analphabètes fonctionnels.

· 17 millions de femmes ont été victimes de viols ou d'abus sexuels, et plus de la moitié des femmes l'ont été de la violence.

· Les 45 millions de pauvres y sont essentiellement des Latinos, des Noirs et des enfants. Les enfants noirs ont deux fois de possibilités de mourir dans leur première année que les enfants blancs.

· La population noire a servi de cobaye à des expériences approuvées par le gouvernement qui ont provoqué des dommages prémédités à sa santé.

La nation la plus riche et la plus puissante de l'histoire, celle qui agresse Cuba et qui exige que vous nous condamniez :

· Est la plus grosse consommatrice de drogues au monde.

· Se caractérise par la brutalité policière contre les Noirs, les Latinos et les immigrants.

· Possède la plus importante population carcérale au monde, qui reçoit un traitement inhumain et dégradant.

· Applique la peine de mort avec pas mal de facilité, mais jamais, ou alors très exceptionnellement, à un citoyen blanc de pure souche aryenne. Le fait est que la chaise électrique, la chambre à gaz et les piqûres mortelles fonctionnent constamment, et d'une façon impressionnante, pour les Noirs, les Latinos et les émigrés du tiers monde.


PARTIE II


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