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NUMERIQUE. La Havane. Cuba
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Notre pays n'a pas pu être isolé
A déclaré le ministre des Relations
Extérieures Felipe Pérez Roque dans
un rapport présenté à l'Assemblée Nationale
«DANS les moments
les plus hostiles et les plus agressifs du blocus imposé à Cuba par les Etats-Unis
et suite aux difficultés entraînées par la disparition du socialisme en Europe de l'Est
et dans l'ex-URSS, les relations avec l'extérieur se sont renforcées», est-il dit
dans un rapport présenté devant le Parlement le 13 septembre dernier par le Ministre des
Relations Extérieures Felipe Pérez Roque.
Le document ajoute que notre pays n'a pas pu être isolé malgré les tentatives des administrations nord-américaines et de la mafia d'origine cubaine implantée aux Etats-Unis «qui font pression encore aujourd'hui».
Pour illustrer la diversité et le développement des liens existant entre l'île et l'extérieur, le ministre a mentionné entre autres, le nombre d'associations et groupes de solidarité avec Cuba qui est passé de 490 en 1990, répartis dans 98 pays, à 1 685, dans 128 pays, en 1998. 340 000 touristes sont venus visiter l'île en 1990 alors qu'on en attend 1 700 000 cette année.
D'autre part, au début de cette décennie, le pays avait des relations diplomatiques avec 121 pays contre 167 actuellement et il compte aujourd'hui plus de 360 affaires conjointes à participation étrangère, 170 ayant été créées après l'entrée en vigueur de la Loi Helms-Burton.
«L'objectif des lois Torricelli et Helms-Burton, qui consiste à empêcher Cuba de poursuivre sa stratégie d'ouverture économique est loin d'avoir été atteint» devait-il déclarer.
Mais cette politique a coûté très cher et causé de lourds dégâts auxquels fait référence la Proclamation adoptée par le Parlement et qui qualifie le blocus US d'acte de génocide.
LE BLOCUS EST RIGOUREUX ET DE PLUS EN PLUS CRUEL
«Il n'y a eu absolument aucune tentative d'assouplir cette politique génocide», a déclaré Roque après avoir affirmé que le blocus est appliqué de manière rigoureuse et de plus en plus durement.
Néanmoins, il a relevé qu'à cette tendance irrationnelle s'oppose l'avis de 157 pays qui, l'an dernier, ont rejeté cette politique. D'autre part, le blocus s'est discrédité non seulement aux yeux de la communauté internationale mais également au sein même des Etats-Unis.
«La société nord-américaine remet de plus en plus en question cette politique qui ignore les intérêts de l'Union et qui devient l'otage d'une puissante mafia, principalement celle de Floride et du New Jersey», a signalé Pérez Roque.
Il a précisé que, contrairement à ce qu'affirment les politiciens et la presse US, la position nord-américaine n'est pas due à l'importance du vote cubain en Floride. «Le pouvoir électoral est un mythe absolu» a-t-il dit, avant d'étayer son affirmation par des chiffres éloquents: «Aux dernières élections de 1996, l'électorat national comptait 117 millions de citoyens, dont 267 000 Cubains, c'est-à-dire seulement 0,22%. L'électorat de la Floride comptait 6 200 000 citoyens dont 173 000 Cubains.
«En réalité, a-t-il indiqué, certains politiciens nord-américains sont intéressés par les contributions financières de cette petite mais puissante mafia, qui a la mainmise sur les moyens de communication et n'hésite pas à recourir aux menaces, à la violence, à l'intimidation et à l'agression physique».
«Mais au-delà de ce qui a pu se passer au cours des 40 dernières années dans les relations entre Washington et l'île, ce différend, vieux de deux siècles, trouve ses racines dans l'histoire de Cuba et soulève la question de savoir si l'île peut ou non devenir un pays indépendant aux côtés de son puissant voisin», a dit le ministre. Par la suite Pérez Roque est revenu sur ces deux siècles de convoitise impériale en citant le président Jefferson qui avait déclaré au début du siècle dernier: «Cuba est ce qu'on pourrait ajouter de mieux à notre système d'Etats».
ON NE PEUT IGNORER LA CHARTE DE L'ONU
ET LES PRINCIPES DU DROIT INTERNATIONAL
Dans son rapport, le ministre des Relations extérieures a également fait référence à la menace que représente, pour les pays du tiers-monde, les tentatives des pays plus riches et plus puissants pour redessiner le système des relations internationales qui s'est établi après la deuxième guerre mondiale.
«On ne peut ignorer la Charte des Nations Unies et s'opposer aux principes du droit international», comme celui de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, a-t-il fait remarquer.
Après avoir rappelé le sombre chapitre de l'agression de la Yougoslavie, pour laquelle a prévalu la théorie de l'«ingérence humanitaire», notre ministre de l'Extérieur a dit que l'on prétend imposer au monde la thèse suivant laquelle certaines causes humanitaires internes à un pays, «qui appartient bien sûr toujours au tiers-monde», justifient une intervention étrangère invariablement chapeautée par les Etats-Unis.
«Notre politique extérieure se donne pour mission de participer aux débats internationaux, de défendre et de mobiliser les pays du tiers-monde dans le but d'affronter ce genre de tendances», a-t-il dit.
ON CHERCHE A TRANSFORMER LE TIERS MONDE EN UNE IMMENSE ZONE FRANCHE
Pérez Roque a expliqué comment, au cours du sommet qui s'est tenu récement entre les chefs d'Etat de l'Union Européenne, de l'Amérique Latine et de la Caraibe, «nous avons dû livrer une bataille invraisemblable» pour que dans la Déclaration soit consigné le fait que la relation entre les deux blocs «doit être basée sur le plein respect du droit international (...) ainsi que sur les principes de la non-intervention, du respect de la souveraineté, de l'égalité entre les Etats et de l'autodétermination».
Les pays membres de l'Union Européenne, certains plus que d'autres, se sont montrés réticents à une telle formulation, mais c'était la condition indispensable pour que Cuba ratifie le document. «Pour y parvenir, nous avons obtenu le soutien d'une grande partie des pays d'Amérique Latine et en particulier de la Caraïbe» a précisé le ministre.
Il a ajouté à ce propos que l'on cherche à imposer le Traité multilatéral sur les investissements ainsi que les intérêts des pays les plus riches et les plus développés à l'Organisation mondiale du Commerce.
Comme l'a dit Fidel, «on tente de transformer le tiers-monde en une immense zone franche» et de modifier les règles afin de poursuivre l'exploitation de nos pays.
Quant à la politique de lutte contre la prolifération nucléaire, Pérez Roque a relevé que les grandes puissances visent à empêcher de nouvelles acquisitions, mais que «par ailleurs, elles n'acceptent pas le désarmement nucléaire total, qui est celui que nous défendons».
Alors que les Etats-Unis produisent des armes de plus en plus dévastatrices, comme les bombes aseptiques, ils cherchent d'autre part à contrôler l'utilisation des pistolets et autres armes de petit calibre dans les pays du tiers-monde.
L'ORDRE ECONOMIQUE INTERNATIONAL ACTUEL EST INJUSTE ET INSOUTENABLE
Le rapport du MINREX devant le parlement insiste également sur la nécessité d'élargir et démocratiser le Conseil de Sécurité. «Il faut sauver l'autorité de l'ONU» foulée aux pieds de manière honteuse lors de la récente crise de l'agression contre la Yougoslavie. «Il faut respecter les Nations unies -a-t-il déclaré- comme l'organisation que se sont donnée les pays après la Deuxième Guerre Mondiale et qui a toujours un rôle à jouer.»
Le ministre considère également que l'affirmation du fait que l'ordre économique international actuel est injuste et insoutenable, est l'un des principaux chevaux de bataille de la politique extérieure cubaine.
«Un système économique qui détruit l'environnement est insoutenable», a-t-il signalé, après avoir attribué cette destruction aux habitudes de consommation irrationnelles. Pour illustrer les différents niveaux de consommation à travers le monde, il a cité un journal étasunien qui fait remarquer que «la consommation d'énergie d'un Nord-Américain correspond à celle de 3 Japonais, 38 Indiens ou 531 Ethiopiens».
Ces modèles irrationnels sont exportés dans les pays du tiers monde via les médias US: «62% des programmes TV diffusés en Amérique Latine sont des produits US.»
Pérez Roque a comparé le système financier international à un immense casino où sont réalisées chaque jour des transactions spéculatives pour une valeur de 3 billions de dollars, en mentionnant ensuite les privilèges «irritants» de la monnaie des Etats-Unis qui obligent les pays du tiers-monde à constituer de fortes réserves monétaires -au prix de régimes d'austérité draconiens subis par le peuple- afin de défendre leur monnaie face au dollar et tenter d'accumuler les quelques réserves qui se volatiliseront à la prochaine attaque spéculative.
Il a évoqué à ce sujet le cas du Brésil qui, dans une vaine tentative pour défendre sa monnaie, a perdu récemment en un seul jour 30 milliards de dollars de sa réserve.
UN MONDE AUX MAINS DES MULTINATIONALES
Le rapport du MINREX aborde aussi la question de la dette extérieure. En 1991, l'Amérique Latine et la Caraïbe devaient 459 milliards de dollars; elles doivent aujourd'hui 800 milliards au titre du service de la dette. Il s'agit d'un mécanisme féroce «qui fait qu'aujourd'hui, tout en ayant payé deux fois la somme due, on doive le double de ce qu'on devait il y a plusieurs années».
Plus loin, le ministre a aussi dénoncé la diminution de l'aide officielle au développement et les termes de l'échange de plus en plus préjudiciables à nos économies. «Les pays riches se sont engagés à consacrer 0,7% de leur PIB à l'aide au développement et aujourd'hui ce chiffre, qui n'a jamais été aussi bas, ne dépasse pas 0,23% dans un contexte où les produits d'importation nécessaires, comme les produits de haute technologie, sont de plus en plus chers alors que les produits exportés sont vendus à des prix de plus en plus bas.»
Dans ces conditions, la situation devient insupportable pour les pays sous-développés, qui comptent 1, 3 milliard de pauvres, dont près de 900 000 souffrent de la faim.
«Ce monde est aux mains des transnationales qui cherchent à renforcer les moyens de le contrôler». En s'appuyant sur des données récentes publiées par le PNUD, le ministre a signalé à titre d'exemple, que l'année dernière les 10 plus grandes transnationales de télécommunications, de pesticides et de produits pharmaceutiques contrôlaient 86%, 85% et 35% de leurs marchés respectifs.
POUR UN RESSERREMENT DES RELATIONS AVEC
LA CARAIBE ET L'INTEGRATION LATINO-AMERICAINE
Parmi les prioritées définies pour la politique extérieure de Cuba, Pérez Roque a mentionné l'encouragement des relations avec les Caraibes et le renforcement de l'intégration de l'Amérique Latine.
Pour lui, l'admission de Cuba au sein de l'Association Latino-Américaine d'intégration est primordiale et représente une victoire et une reconnaissance de la part de ces pays en dépit du climat d'opposition et des pression nord-américaines.
«Les Etats-Unis s'opposent à ce que nous participions au Sommet des Amériques qu'ils organisent ou à l'ALCA (l'espace de libre échange des Amériques), un de leurs projets qui vise à négocier séparément avec chaque pays latino-américain et à absorber ses industries, ses propriétés, ses capitaux, et face auquel nous nous dressons.»
Pour illustrer quel genre de coopération et de relation Cuba défend avec l'Amérique Latine et la Caraïbe, le rapport fait allusion aux médecins (plus de 1 200) que l'île a envoyés en Amérique centrale et en Afrique, et aux plus de 1 800 étudiants en provenance de 17 pays qui suivent leur formation à l'Ecole de Médecine latino-américaine de La Havane.
Le document lu par le ministre ajoute par ailleurs que la plus grande des Antilles se propose de continuer à travailler en faveur de l'Afrique, de renforcer ses relations avec l'Asie et de redynamiser et approfondir ses liens avec l'Europe, région avec laquelle elle effectue plus de la moitié de ses échanges commerciaux, d'où provient 50% de ses touristes et qui participe à la moitié des affaires engagées avec des capitaux étrangers. «Ainsi, nous avons 27 ambassades cubaines en Europe et 25 ambassades étrangères à La Havane» a-t-il conclu.
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