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Le
nom de Cuba restera dans
l’histoire pour ce qu’elle a réalisé en faveur
de l’humanité dans les domaines de l’éducation,
la culture et la santé
ALLOCUTION
PRONONCÉE PAR FIDEL CASTRO RUZ, PRÉSIDENT DE LA
RÉPUBLIQUE DE CUBA, À L’OCCASION DE LA RENTRÉE
SCOLAIRE 2003-2004. PLACE DE LA RÉVOLUTION, LE 8
SEPTEMBRE 2003.
Chers
compatriotes,
Dans
le domaine de l’éducation, Cuba occupe d’ores
et déjà la première place parmi tous les pays, qu’ils
soient grands ou petits, qu’ils soient riches ou
pauvres. Et ce, alors qu’au début de la
Révolution, 30 p. 100 des personnes ne savaient ni
lire ni écrire et que 60 p. 100 étaient des
analphabètes fonctionnels, autrement dit des jeunes
et des adultes privés de connaissances et de
culture et n’ayant fait guère plus de trois ou
quatre années d’un enseignement primaire
extrêmement déficient.
Il n’existait
pas assez d’instituteurs pour éduquer des
millions de jeunes et d’adolescents. Il a fallu
les former. Il n’y avait pas de professeurs ni d’écoles
pour les accueillir quand la grande masse
atteindrait le certificat d’étude primaire ou le
brevet d’étude du premier cycle du second degré.
Il a fallu les former en envoyant dans les écoles
normales une avant-garde dévouée d’élèves
ayant conclu dix ans d’études et exerçant en
même temps comme professeurs de collèges, puis
faire la même chose plus tard dans les centres du
deuxième cycle, avec des bacheliers.
On a
fini par construire jusqu’à cinquante mille
capacités annuelles pour les élèves du
secondaire.
Il n’existait
alors que trois universités et un groupe de
disciplines réduit. En moins de vingt-cinq ans, le
pays a ouvert plus d’une cinquantaine d’établissements
d’enseignement supérieur où l’on étudie
maintenant quatre-vingt-cinq carrières
différentes.
L’enseignement
universitaire s’étend peu à peu, aujourd’hui,
à toutes les communes du pays, nécessité
imprescriptible d’une révolution éducationnelle
en plein essor.
Il n’existait
pas de crèches, d’écoles spéciales, d’écoles
sportives, d’écoles techniques et
professionnelles, et pas assez d’écoles primaires
pour l’ensemble des enfants et d’adolescents d’âge
scolaire. Fort de sa volonté, de sa patience et de
son héroïsme, notre peuple a fait le miracle de
créer des milliers d’écoles de ce genre où
étudient 2 500 474 enfants, adolescents et jeunes,
et des dizaines d’établissements d’enseignement
supérieur accueillant, à cette rentrée-ci, plus
de trois cent mille étudiants.
Tout
ceci, la Révolution l’a créé à un rythme sans
précédent dans l’histoire.
Comparez
donc ceci avec ce qui existe dans le tiers monde, et
même dans les pays développés.
Cuba
occupe aujourd’hui, comme le reconnaissent de
prestigieuses institutions, le premier rang en ce
qui concerne les connaissances des écoliers du
primaire en mathématique et en langage. La
totalité des enfants sont inscrits dans le
primaire, sans retard scolaire, et concluent ce
cycle. 99 p. 100 d’entre eux concluent le premier
cycle du second degré et peuvent suivre les études
du deuxième cycle.
Cuba
compte 11 177 743 habitants, dont seulement 0,2 p.
100 sont analphabètes, la plupart des personnes
âgées n’ayant pas connu le système
éducationnel dont notre pays dispose aujourd’hui.
Les
écoliers du primaire bénéficient du meilleur taux
d’instituteurs par classe : 1 instituteur pour 20
élèves, et 2 s’ils sont plus. Le taux à La
Havane, on le sait, a été réduit en deux ans
seulement de 37 à 18 élèves par instituteur et
salle de classe, grâce à la réparation totale ou
à la construction de 789 écoles primaires et
secondaires.
On a
créé à l’été 2001 quinze écoles d’animateurs
culturels.
De
nouvelles écoles de peinture, de théâtre, de
danse et de musique s’ouvrent dans tous les
chefs-lieux de province et les villes importantes du
pays.
Deux
nouvelles chaînes de télévision éducative ont
été lancées : l’une à couverture désormais
nationale et l’autre qui le sera d’ici à six
mois.
La
Foire du livre, qui ne concernait avant que la
capitale, s’étend maintenant à non moins de
trente villes.
De
nouvelles capacités d’impression permettront à
la population d’avoir accès aux meilleures
œuvres littéraires, scientifiques, politiques,
sociales et culturelles, à un coût minime, grâce
au système des « bibliothèques familiales »
(coffrets de livres bon marché) qui, conçu à
Cuba, commence à s’étendre dans d’autres pays,
tout comme le font les systèmes d’alphabétisation
par radio et télévision qui sont appelés à
révolutionner l’éducation dans le monde.
La
liste des créations et des nouvelles méthodes
éducatives et culturelles à fortes retombées
sociales et humaines serait interminable. Même les
ennemis les plus jurés de la Révolution n’oseraient
pas le nier.
Dans
quelles conditions la rentrée scolaire se
fait-elle, après les succès extraordinaires
obtenus ces quatre dernières années et alors que
la Période spéciale n’est pas encore finie ?
Au
terme de dix années de recherche scientifique,
notre pays applique sur tout le territoire national,
depuis l’année 1992-1993, le programme social
intitulé « Eduque ton enfant », qui vise à
préparer la famille à assurer le développement
intégral des garçons et des filles de la naissance
à six ans. C’est la famille elle-même qui
réalise systématiquement les actions éducatives
essentielles auprès de ses enfants. L’extension
graduelle de ce programme a permis de toucher, par
des voies tant institutionnelles que non formelles,
telles les crèches et les maternelles, 99,5 p. 100
des enfants de cette tranche d’âge.
Décisive
à cet égard a été l’intégration des médecins
et infirmières de la communauté, des animateurs
culturels et des instructeurs sportifs, des membres
de la Fédération des femmes cubaines et des
Comités de défense de la Révolution, des
représentants des syndicats, des organisations
paysannes, des administrations locales, en
particulier des conseils populaires, soit au total
plus de cent mille exécutants, comme on les
appelle, qui sont chargés de préparer, de suivre
et de soutenir les familles et dont la formation est
confiée à plus de 30 000 promoteurs, parmi
lesquels 8 286 sont des enseignants qualifiés du
ministère de l’Education, qui les suivent et les
conseillent.
L’évaluation
réalisée en 1999 a prouvé que 87 p. 100 des 48
000 enfants échantillonnés atteignaient tous les
indicateurs de développement prévus pour leur
âge, soit 34,6 p. 100 de plus qu’en 1994. 84 p.
100 des familles évaluées, soit plus de 47 000,
reconnaissent avoir modifié leur attitude
vis-à-vis des enfants : elles leur consacrent plus
de temps, elles sont plus affectueuses, elles les
écoutent, elles ne recourent pas à des mauvais
traitements psychiques ou physiques. Elles
reconnaissent aussi que le programme a contribué à
leur enrichissement culturel : 62 p. 100 affirment
écouter plus de musique ; 52 p. 100 se sont mises
à visiter des musées et des institutions
culturelles ; 44 p. 100 lisent davantage ; 64 p. 100
se préoccupent davantage d’acheter des livres de
contes à leurs enfants et de les leur lire.
Dans
le cadre de ce système concernant les enfants de la
naissance à six ans, 96,8 p. 100 des enfants
entrés à la maternelle durant la dernière année
scolaire ont dûment développé les habiletés de
base qui leur permettront d’entamer avec succès l’apprentissage
scolaire.
L’introduction
de l’informatique aux âges préscolaires chez
nous constitue une expérience novatrice et unique
par sa massivité et par les principes et
conceptions scientifiques et pédagogiques qui la
sous-tendent. Son introduction généralisée s’accompagne
d’une étude qui permet de définir notre position
relative à son utilisation pour l’éducation des
enfants d’âge préscolaire, en conformité avec
notre volonté de prévenir, d’identifier, de
contrôler et de supprimer tout facteur de risque
éventuel du fait de l’utilisation d’ordinateurs
à ces âges.
Pendant
la dernière année scolaire, 117 868 garçons et
filles de la maternelle ont eu accès à un
ordinateur à l’école à raison d’une
demi-heure hebdomadaire. Cette année-ci, les 23 527
autres enfants de la maternelle, mais des crèches
cette fois-ci, en bénéficieront aussi, les
équipements pertinents étant prévus.
Un
total de 823 professeurs qui se sont formés comme
éducateurs informatiques pour ces âges
poursuivront leur formation au niveau supérieur.
Les observations faites à ce jour prouvent que l’ordinateur
contribue à développer chez les enfants la
motricité fine et les habiletés intellectuelles
qui constituent des objectifs à atteindre à la fin
de la maternelle et devant servir de base à l’entrée
au cours préparatoire.
Cette
année-ci, 84 p. 100 des groupes d’enseignement
primaire compteront vingt écoliers ou moins.
On
dispose de réserves d’instituteurs dans toutes
les provinces, hormis La Havane-province, Matanzas
et Camagüey où l’on travaille pour surmonter
cette difficulté.
L’excellente
situation actuelle dérive de l’entrée de plus de
14 662 jeunes instituteurs ayant reçu une formation
accélérée qui ont eu beaucoup de succès.
Plus
de 96,6 p. 100 des écoliers du primaire du pays
bénéficient désormais de classes matin et
après-midi. Mais la transformation principale a
concerné le perfectionnement de l’organisation
scolaire qui a permis d’instaurer un horaire
unique, de sorte que l’enseignement se fait tant
le matin que l’après-midi. On donnera une classe
de plus par semaine en langue espagnole et en
mathématique ; en espagnol, on donnera la priorité
à l’orthographe, à l’utilisation du
dictionnaire, à l’écriture, à la rédaction et
à la compréhension de textes ; en mathématique,
on renforcera les contenus de calcul, de
raisonnement des problèmes, de traitement des
grandeurs et de la géométrie.
A
compter de janvier, il y aura une classe de plus par
semaine en anglais de la troisième année à la
cinquième année du primaire, et deux de plus en
sixième année du primaire, avec utilisation des
moyens audiovisuels.
On a
mis au point quarante et un logiciels qui
entraîneront un changement fondamental dans l’enseignement
en ce qui concerne la relation entre l’instituteur
et le professeur d’informatique. Tous deux
mèneront des activités conjointes, tant scolaires
que périscolaires, qui permettront d’élever la
qualité de l’enseignement et la formation d’une
culture générale intégrale.
Une
évaluation de la qualité de l’éducation à La
ville de l’Havane réalisée en 1999 avait
révélé que les enfants du primaire ne
maîtrisaient pas les connaissances de leur niveau
avec la qualité et la rapidité requises. Ainsi, en
quatrième année, les réponses correctes n’étaient
que 43,3 p. 100 en mathématique et de 53,5 p. 100
en langue espagnole.
Les
mesures spéciales instaurées dans l’éducation
à La ville de l’Havane ont contribué à ce que,
en juin dernier, les bonnes réponses se soient
élevées à 71 p. 100 en maths et à 86 p. 100 en
langage, et que les connaissances se soient
améliorées de 60 p. 100 par rapport à 1999.
L’enseignement
spécial touchera cette année-ci, comme cela se
fait depuis des années, tous les enfants atteints d’un
défaut physique ou d’un retard mental compatible
avec la capacité d’apprendre, soit un total de 51
938 enfants, dont s’occupent 14 600 professeurs et
spécialistes. De ce total d’enfants, 1 386
étudieront chez eux grâce à 580 professeurs
ambulants, tandis que 372 le feront dans 22 salles
de classe d’hôpital.
Dans
cet enseignement spécial, il faut mentionner l’introduction
de méthodes novatrices pour le traitement de 241
autistes, de 106 sourds et aveugles et de 14 à
implant cochléaire. On travaille à l’introduction
et à la validation de nouveaux moyens et
équipements à même de permettre à des élèves
atteints d’une incapacité donnée d’accéder à
l’informatique : écran tactile, réponse vocale,
interrupteurs, clavier intelligent et scanneur.
On a
augmenté de 252 les places d’interprètes de
langue par signes et de professeurs d’appoint pour
élèves sourds, aveugles et à handicap
physico-moteur, ce qui permettra de mieux les
suivre.
À
cette rentrée, on a mis en marche une moderne
imprimerie Braille pour éditer des livres de texte
et des ouvrages qui permettront aux aveugles d’élever
leur culture générale intégrale. Le pays compte
193 groupes de diagnostic et d’orientation,
constitués de plus de 1 056 spécialistes chargés
de dépister et de suivre les élèves ayant des
besoins éducationnels spéciaux.
On a
continué de développer le programme d’informatique
dans tous les établissements des différents
enseignements au point qu’il touche maintenant la
totalité des élèves : 46 290 ordinateurs sont
installés dans les écoles maternelles, primaires
et secondaires, y compris dans toutes les écoles
rurales, en vue de quoi il a fallu installer des
panneaux solaires dans 2 368 écoles, dont 93 ne
comptent qu’un seul élève, ce qui prouve le soin
extraordinaire que la Révolution prête à l’éducation
de chaque enfant, sans la moindre exception.
Le
programme d’étude actuel permet à l’élève de
maîtriser le fonctionnement d’un ordinateur, le
traitement de texte, la création graphique, les
tableurs, les présentations multimédias et la mise
au point de pages web, et de régler des problèmes
en rapport avec les différents domaines de la
connaissance. Qui plus est, ce qui est extrêmement
important, l’utilisation de l’ordinateur comme
outil d’enseignement d’autres matières augmente
progressivement.
Ce
programme dispose maintenant de 19 227 professeurs,
dont 13 805 constituent de nouveaux emplois. On
compte aussi deux nouvelles collections de logiciels
éducatifs : Multisaber (41 logiciels pour le
primaire et l’enseignement spécial) et Navegante
(37 logiciels pour le secondaire). Ce qui permettra
d’utiliser le logiciel éducatif pour contribuer
au développement de toutes les matières dans le
primaire et le secondaire.
Ces
logiciels se caractérisent par leur grande
interactivité, par l’utilisation de ressources
multimédias, telles qu’images, sons, photos,
dictionnaires spécialisés, explications de
professeurs chevronnés, exercices et jeux
instructifs qui soutiennent les fonctions d’évaluation
et de diagnostic.
Les
inscriptions dans les écoles d’animateurs
culturels se monteront à 4 840 en première année,
de 4 038 en seconde année, de 3 605 en troisième
année et de 3 523 en dernière année.
Le
corps enseignant est formé de 2 929 professeurs, à
savoir 948 de formation générale et 1 981 de
spécialités, dont 1 384 sont en même temps des
professionnels de la culture.
Des
158 800 élèves ayant conclu l’an dernier le
premier cycle du second degré, 89 100 entrent dans
le deuxième cycle et 69 700 dans l’enseignement
technique et professionnel.
Le
cours de recyclage intégral pour jeunes a débuté
en septembre 2001. Deux ans après, on peut
constater l’énorme impact qu’il a eu sur la
famille, la communauté, les élèves et les
enseignants, compte tenu du changement d’attitude
des jeunes concernés.
À la
fin de l’année scolaire précédente, on en
comptait 102 005, dont 64 488 préparent maintenant
le bac et 34 318 sont entrés dans l’enseignement
supérieur.
Le
programme éducationnel Alvaro Reynoso, structuré
en 2002-2003, accueille cette année-ci 128 377
travailleurs, dont 38 103, soit 30 p. 100, sont
payés pour étudier, 4 786 servent de professeurs
compte tenu de leur niveau élevé et les 85 488
restants combinent le travail et les études.
A
cette rentrée scolaire-ci, plus de 100 000
compatriotes entrent dans l’enseignement
supérieur dans le cadre des plans de la
Révolution. On constate une augmentation importante
d’étudiants faisant des études au niveau des
communes, ce qui est là un nouveau modèle en plein
développement de l’enseignement supérieur à
Cuba.
Dans
les études pédagogiques, le modèle de l’universalisation
se fonde sur l’entrée des étudiants dans 5 204
établissements d’enseignement considérés comme
des micro-universités, sous la conduite de tuteurs
qui les suivront durant toutes leurs études, tandis
que les livres de texte nécessaires sont
accessibles entre autres sur un cédérom par
matière et par étudiant. Cette année-ci, on
comptera 41 973 enseignants entre professeurs
titulaires et tuteurs.
Le
plan de réparations des 110 écoles de province
prévu en 2003, dont l’agrandissement des salles
de classe pour garantir des groupes de vingt
élèves ou moins dans le primaire et des classes
matin et après-midi dans les collèges, ainsi que
le remplacement total du mobilier scolaire, a
fortement stimulé l’élévation de la qualité de
l’éducation dans toutes les provinces.
De ces
110 écoles du plan 2003, 31 ont déjà été
conclues à cette rentrée ; 56 le seront d’ici la
fin du mois, 20 en octobre et 3 en
novembre-décembre. Un effort spécial sera consenti
pour réparer totalement 200 écoles de province en
2004. Nous souhaiterions pouvoir élever ces
chiffres, mais il faut savoir qu’un programme
très important dans le secteur santé, qui exige de
nombreuses contructions, se réalise parallèlement
dans tout le pays.
Ce qui
caractérise la rentrée scolaire 2003-2004 et la
rendra historique, c’est une révolution profonde
et inédite de l’enseignement dans le premier
cycle du secondaire (septième, huitième et
neuvième années) à Cuba, qui aura une connotation
mondiale. Ce cycle - maillon décisif dans la
formation de la personnalité et dans la vie de tous
les enfants et adolescents - est le plus complexe,
mais s’avère pourtant un vrai désastre à l’échelle
internationale en matière d’enseignement.
Un
système d’enseignement où un professeurs
superspécialisé doit faire classe à deux ou trois
cents élèves divisés en groupe de trente ou
quarante, de sorte qu’il ne sait même pas le nom
de tous ses élèves, qu’il ignore leurs
caractéristiques individuelles, leurs problèmes
personnels, les caractéristiques de leurs familles
et leur environnement social, ne peut absolument pas
offrir le traitement attentif et différencié dont
a besoin chaque adolescent. Luz y Caballero avait
déjà voulu l’exprimer prophétiquement dans sa
fameuse phrase, telle que nous l’interprétons :
éduquer est plus important et plus difficile qu’instruire.
Une vérité incontournable. Nous pensons qu’on
peut réussir les deux choses aujourd’hui dans
notre patrie. Dans le monde actuel où l’éducation
massive est imposée, quelque soit l’effort et la
qualité des enseignants, le système traditionnel
ne peut éduquer ni peut instruire.
Le
Nord-Américain Leon Max Lederman, Prix Nobel de
physique de 1988, a récemment affirmé quelque
chose de très intéressant :
Il
est urgent d’améliorer l’éducation. L’important,
c’est qu’un adolescent concluant le premier
cycle du secondaire ait acquis une manière de
penser scientifique, indépendamment de la
profession qu’il choisira ensuite.
Il
faut réformer le premier cycle du second degré
afin que les élèves soient à la hauteur du
XXIe
siècle, qu’ils puissent maîtriser le
développement accéléré et ses conséquences
socio-politiques, qu’ils soient capables de
gagner leur vie tout en restant attachés à la
rationalité comme une forme de vie, de se
colleter avec un monde en transformation
constante.
Si
tout ceci se réalisait, alors les élèves
terminant ce cycle connaîtraient mieux les
sciences que les anciens bacheliers, voire que
les diplômés de Harvard. Dès lors, ils
seraient sans aucun doute meilleurs comme
parents, comme fils, comme politiques, comme
travailleurs, comme êtres humains. L’élève
qualifié aujourd’hui de moyen apparaîtrait
comme un génie.
Pour
nous, qui étions conscients depuis longtemps de
la nécessité de faire face à la situation de ce
niveau d’enseignement, la difficulté
fondamentale était de parvenir à concilier la
qualification indispensable de l’enseignant, sa
vocation personnelle, le nombre et la fréquence
de chaque matière et la quantité totale de
professeurs nécessaires.
Nous
nous efforcions de chercher des solutions en
pleine Bataille d’idées. Et l’une d’elles a
été la formation d’un professeur intégral.
Même si l’effort était immense, nous n’avons
pas hésité à nous engager dans cette direction.
Que
faire toutefois du grand nombre d’excellents
professeurs spécialisés durant tant d’années
?
La
quête incessante de solutions nous a finalement
conduits à des modalités qui, partant de bien d’autres
idées déjà testées et d’une expérimentation
concrète, ont permis la mise au point de la
méthode audacieuse et révolutionnaire dont l’application
massive démarre justement aujourd’hui, 8
septembre 2003.
Cette
méthode combine les solides connaissances des
professeurs spécialisés, celles d’un grand
nombre de jeunes professeurs ayant reçu une
formation accélérée et s’étant engagés à
enseigner aux élèves toutes les matières et à
être leurs professeurs tout au long de ces trois
années, et l’utilisation exhaustive et
systématique des moyens audiovisuels les plus
pointus.
Le
résultat final sera un professeur pour quinze
élèves, essentiellement dans des salles de
trente élèves où deux professeurs coopéreront
étroitement mais seront chacun responsables de
tout ce qui concerne l’éducation et la
formation des quinze élèves dont ils assumeront
la tutelle, la conduite et la préparation à la
vie durant cette étape scolaire décisive.
Les
plus grandes difficultés apparaissaient, comme à
l’accoutumée, dans la capitale. Où l’on
avait déjà recruté de nombreux milliers de
jeunes pour les former comme travailleurs sociaux,
instituteurs en cours accélérés, infirmières
selon cette même méthode, techniciens en
physiothérapie et autres services de santé,
professeurs d’informatique, élèves choisis
spécialement pour entrer à l’université des
sciences informatiques - déjà en fonctionnement
et en expansion rapide, quoique non inaugurée
encore - si bien qu’elle ne comptait plus assez
de jeunes ayant conclu la terminale pour se former
comme professeurs par cours accélérés. A quoi
il faut ajouter que l’enseignement dans la
capitale était le plus déficient du pays, ce qui
avait des retombées sur la qualité des
connaissances et sur la formation des jeunes.
On
ne pouvait perdre une minute. Il a donc fallu
appeler au secours de La ville de l’Havane plus
de quatre mille bacheliers de province qui sont
entrés à la prestigieuse école Salvador Allende
et qui feront des cours pendant une année en
compagnie de professeurs spécialisés de premier
rang. Et il en sera ainsi chaque année des
professeurs issus des cours de formation
accélérée de cette Ecole jusqu’à ce que la
capitale dispose du personnel suffisant. Et, une
fois de retour dans leurs provinces d’origine,
ils suivront leurs élèves d’une année à l’autre.
Les
résultats de l’école expérimentale Youri
Gagarine et de l’école José Martí à la
Vieille-Havane avalisent les avantages de cette
nouvelle conception dans le premier cycle du
second degré, ce qui constitue un apport
révolutionnaire et novateur de l’éducation à
la formation des adolescents.
Citons
parmi les principaux résultats : amélioration de
l’assistance et de la ponctualité aux classes ;
meilleure discipline découlant de la persuasion
et de la volonté des élèves eux-mêmes ; bonne
communication enseignant-élève-famille ;
meilleure qualité des cours ; acquisition des
connaissances supérieure à celle du modèle
antérieur en maths et en espagnol à partir de
normes internationales.
La
preuve :
À l’école
Youri Gagarine, au début du cours, octobre 2002 :
en maths, 31,9 p. 100 des élèves ont donné des
réponses satisfaisantes ; en mai 2003, 65,7 p.
100. En espagnol : octobre 2002, 57,9 p. 100 de
réponses satisfaisantes ; en mai 2003, 77,3 p.
100.
A l’école
José Martí, début du cours octobre 2002 : en
maths, 30 p. 100 de réponses satisfaisantes ; en
mai 2003, 54,3 p. 100. En espagnol, octobre 2002,
57,2 p. 100 de réponses satisfaisantes ; en mai
2003, 70,1 p. 100.
Ecoles-témoin
Jorge Vilaboy et Enrique Galarraga : en maths,
début de cours, octobre 2002, 31,9 p. 100 de
réponses satisfaisantes ; en mai 2003, 44 p. 100.
En espagnol, début de cours, octobre 2002, 59,1
p. 100 de réponses satisfaisantes ; en mai 2003,
54,7 p. 100.
Les
élèves de la José Martí et de la Youri
Gagarine ont doublé leurs connaissances par
rapport à ceux des écoles-témoin qui suivaient
la méthode traditionnelle. Par ailleurs, à la
fin de l’année scolaire 2002-2003, 99,16 p. 100
des élèves de la Youri Gagarine ont réussi aux
examens, soit à peine 3 recalés sur 358
élèves. À l’école expérimentale José
Martí, un établissement bien plus complexe, 98,8
des élèves ont réussi aux examens, soit 14
recalés sur 1 167 élèves.
La
totalité des collèges du pays, accueillant 494
318 élèves, suivront cette année cette
méthode, qui peut être qualifiée de synthèse
de toutes les expériences accumulées, dont, bien
entendu, celles des écoles expérimentales Youri
Gagarine et José Martí.
Dans
le cadre de cette prouesse, il faut signaler la
réponse donnée par les professeurs en exercice
des collèges, dont 33 281, soit 94,8 p. 100, ont
été d’accord pour suivre cette méthode :
compte tenu de la fonction qu’ils rempliront
dans notre société, on peut en toute justice les
qualifier de professeurs intégraux.
Ainsi
que la contribution décisive et extraordinaire du
corps enseignant de l’école Salvador Allende,
formé de 409 professeurs, dont 89 titulaires de
maîtrise et 43 docteurs en sciences.
Cette
année-ci, 95 p. 100 des élèves des collèges
auront classe matin et après-midi.
Dans
le cadre de cette révolution éducationnelle, la
télévision, la vidéo et l’informatique à des
fins instructives et éducatives deviennent des
facteurs irremplaçables et contribuent à
stimuler l’intérêt et la motivation des
élèves, leur pensée indépendante, leur
réflexion critique, l’envie de la recherche et
la créativité, ce qui permettra de continuer de
perfectionner l’enseignement dans une quête
constante de l’élévation de la qualité de l’éducation.
Les
heures d’informatique, dont le programme d’études
prévoyait 172, passent à 216. Dans les deux
premières années du premier cycle du secondaire,
la moitié du temps sera consacrée à son étude,
l’autre moitié servira de moyen d’enseignement
avec la participation du professeur d’informatique
et du professeur intégral. En troisième année,
elle servira de moyen d’enseignement dans toutes
les matières.
On
évalue très positivement les efforts consentis
par les professeurs de télé-enseignement et les
consultants pour faire des classes attrayantes et
novatrices, à profonde approche scientifique,
pour satisfaire aux intérêts et aux motivations
des élèves en recourant à des matériaux
didactiques, à des techniques d’apprentissage,
à des méthodes d’études et à des activités
axées sur le développement de la pensée logique
à partir des nouvelles technologies.
Toutes
les classes de maths, d’espagnol et
littérature, d’histoire et d’anglais des
trois années seront enregistrées sur
vidéo-cassettes ; ainsi que celles de physique
dans les deux dernières, qui serviront de support
exceptionnel à la formation des élèves et des
enseignants.
Les
classes sont enregistrées à partir du travail
des professeurs en tandem et avec la participation
d’élèves de collèges. A La ville de l’Havane,
y participent 28 professeurs d’enseignement à
distance et 252 élèves distribués en 14 groupes
; dans les provinces de Cienfuegos, de Villa Clara
et de Santiago de Cuba, y prennent part 24
enseignants et 216 élèves. Ainsi, un total
national de 52 enseignants et 468 élèves ont
pris part à ces enregistrements pendant les
vacances et continueront de le faire jusqu’à la
fin de l’année scolaire. Ils font preuve d’un
enthousiasme extraordinaire et d’un grand
dévouement.
Par
ailleurs, on a augmenté à cinq par semaine les
classes de math et d’espagnol- littérature, et
introduit 20 p. 100 de nouvelles matières, dont l’informatique,
l’éducation au travail pratique et l’histoire
en troisième année du secondaire.
L’enseignement
des différentes matières se fera matin et
après-midi, trois ou quatre heures étant
consacrées tous les jours à repasser et à fixer
les connaissances acquises par télé-enseignement
(télévision et vidéo).
Les
matières de ce programme sont éducation
artistique en première année du secondaire ;
biologie, géographie et chimie dans les deux
suivantes, et éducation au travail pratique en
troisième année.
Pour
pouvoir introduire les classes matin et
après-midi dans tous les collèges de la
capitale, on a bâti 550 salles de classe et
quatre collèges, et on a agrandi trois autres. On
a créé treize cités pour loger les professeurs
intégraux qui enseigneront dans les collèges de
la capitale. On a travaillé avec discrétion,
mais l’effort réalisé avec le soutien des
provinces a été vraiment notable et méritoire.
Pour
assurer que la majorité des collèges du pays
puissent fonctionner matin et après-midi, on a
cherché les locaux nécessaires de concert avec
le reste des organismes et organisations, si bien
que, compte tenu de l’allocation de plus de cent
vingt mille pupitres pour le plan en cours, tous
les locaux disposeront du mobilier nécessaire.
En
septembre, 177 collèges fourniront une collation
scolaire à 93 169 élèves et à 9 728
travailleurs, si bien que, en comptant les 115 110
internes, 42 p. 100 du total des élèves en
bénéficieront.
D’ici
à septembre prochain, la totalité des externes
recevra cette collation qui contient environ 40 p.
100 des protéines requises à cet âge.
Je
dois signaler que huit pays, grands et petits,
dont un de l’OCDE, appliquent actuellement la
méthode cubaine d’alphabétisation par radio et
télévision. L’intérêt croît et les demandes
de coopération technique et de conseil pleuvent.
Ce mouvement irrépressible pourrait contribuer à
éliminer en peu de temps ce qui est une honte
inconcevable : 860 millions d’analphabètes et
des milliards de semi-analphabètes dans le tiers
monde.
Les
ennemis les plus perfides, dans le pays et à l’étranger,
sont frappés par la résistance héroïque de
notre peuple et par les succès de la Révolution,
en particulier à partir de la Bataille d’idées
et de l’effondrement progressif de l’idéologie
néo-libérale et de l’ordre économique
intenable imposé au monde et d’ores et déjà
en pleine décadence et en profonde crise. Des
individus aux aguets brûlent d’impatience de
lancer de nouveaux coups de griffe, incapables qu’ils
sont de comprendre que nulle force au monde ne
pourra plus vaincre la Révolution cubaine si,
comme nous l’avons fait pendant un demi-siècle,
nous sommes capables de détecter nos erreurs et
de les amender, ainsi que de préserver les vertus
qui nous ont donné et nous donneront toujours la
victoire.
Le
nom de Cuba passera à l’Histoire pour ce qu’elle
a fait et continue de faire au profit de l’humanité
dans les domaines de l’éducation, de la culture
et de la santé, à l’époque la plus difficile
qu’ait connue notre espèce.
Notre
pays a-t-il beau être soumis au blocus de la
seule superpuissance et au quasi-blocus de l’Europe,
les deux ensemble ne pourront pas vaincre la
Révolution cubaine, entre autres raisons parce
que les deux ensemble ne possèdent ni ne
posséderont jamais le capital humain et les
valeurs morales nécessaires pour faire ce que
Cuba socialiste a été capable de faire.
La
Patrie ou la Mort !
Nous
vaincrons !
(Traduction
assurée par ESTI, Entreprise de services de
traducteurs et interprètes)
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