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D E   L A   P R E S S E   E T R A N G E R E

La Havane. 9 Décembre  2003

La loi du père trahie par le fils

PAR PHILIP AGEE, tiré du Sun Sentinel, Floride

L’ACTUEL tohu-bohu concernant les aventures d’un agent secret de la CIA nous rappelle de vifs souvenirs et des ironies comiques.

La loi de 1982, qui menace aujourd’hui Karl Rove ou quel que soit celui qui a révélé le nom de l’agent, est la dite Loi pour la protection de l’identité des membres de l’Intelligence, adoptée pour me faire taire.

J’ai été agent de la CIA en Amérique Latine pendant 11 ans, mais j’ai quitté l’organisation en 1969 et écrit un livre qui relatait la véritable histoire de ma vie au sein de l’agence.

Dans les années 70, quelques collègues et moi-même, avons suivi une campagne de “journalisme guérillero” afin de révéler les opérations de la CIA et de son personnel dans le monde entier car nous pensions que nous pouvions combattre le rôle de l’agence qui appuyait tant de dictatures criminelles à cette époque, comme celles du Vietnam, de Grèce, du Chili, d’Argentine, d’Uruguay et du Brésil.

La Loi pour la protection de l’identité des membres de l’Intelligence, qui transforme en délit la révélation des opérations effectuées par un agent secret par l’organisation, a été créée pour nous arrêter.

La première ironie est la suivante: c’est le président George H. W. Bush qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour que cette loi soit approuvée lorsqu’il était directeur de la CIA en 1976-1977 et plus tard en tant que vice-président.

Pour justifier les restrictions qu’accorde la loi aux droits du premier amendement, Bush père et d’autres autorités de la CIA ont répété plusieurs fois le même mensonge: que pour avoir dénoncé publiquement Richard Welch, qui était le chef de la CIA à Athènes et fut assassiné par les terroristes en décembre 1975, j’étais le responsable de sa mort. Bush a plusieurs fois répété ce mensonge après l’approbation de cette loi par le Congrès, durant son mandat présidentiel et bien après.

Son épouse, Barbara, l’a répété dans son autobiographie de 1994. Je l’ai attaquée en justice pour écrit diffamatoire. Dans le cadre d’un accord légal, elle m’a envoyé une lettre d’excuse dans laquelle elle admettait que je n’avais pas identifié Welch.

En réalité, je n’ai jamais rencontré Welch, je ne savais pas qu’il se trouvait à Athènes et je n’avais jamais publié son nom ni ne l’avais donné à personne.

Mais dans les années 70, la campagne de Bush a été efficace. Lorsqu’il était directeur de la CIA, l’agence a travaillé en coopération avec les services d’intelligence en Europe, et m’a accusé à plusieurs reprises de constituer une menace pour la sécurité, d’être un déserteur et un agent soviétique ou cubain, réussissant ainsi à me faire expulser de cinq pays de l’OTAN.

Et aujourd’hui, le fils de George et Barbara est l’actuel président, avec un programme dur et néo-impérialiste, allant jusqu’à faire une guerre pour s’assurer du contrôle, par les États-Unis, du pétrole du Moyen-Orient.

Afin de vendre cette guerre de sélection comme une guerre de nécessité, Bush junior profère toute une série de mensonges. Mais lorsque l’ex-ambassadeur Joseph C. Wilson vient mettre un bémol à la série de justifications de Bush, quelqu’un de la Maison-Blanche accuse, en guise de vengeance, l’épouse de Wilson d’être un agent officiel de la CIA, tentative évidente pour ruiner sa carrière.

Il serait bon de se demander ce que pense Bush père de cette claire violation de sa propre loi dans le bureau de son propre fils.

Nous avions raison de révéler les activités de la CIA dans les années 70, car l’agence était utilisée pour imposer une politique criminelle nord-américaine.

Je continue de croire aujourd’hui que les opérations de l’agence devraient être dénoncées dans des pays comme le Venezuela, où elle effectue sans aucun doute des heures supplémentaires pour organiser et soutenir les forces destinées à renverser le président élu à deux reprises, Hugo Chavez. Son crime flagrant consiste à développer, par le biais de cette immense richesse pétrolière, des programmes au bénéfice de la population.

Mais au lieu de ce type de dénonciation appropriée, les agents de l’intelligence sont démasqués et la loi est violée par l’administration Bush elle-même, dans le cadre d’une tactique politique bon marché visant à punir un ennemi et à continuer de soutenir une guerre indéfendable et malhonnête.

L’ironie est déprimante.
 

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