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La
loi du père trahie par le fils
PAR PHILIP AGEE, tiré du Sun
Sentinel, Floride
L’ACTUEL tohu-bohu concernant les
aventures d’un agent secret de la CIA nous rappelle
de vifs souvenirs et des ironies comiques.
La loi de 1982, qui menace
aujourd’hui Karl Rove ou quel que soit celui qui a
révélé le nom de l’agent, est la dite Loi pour la
protection de l’identité des membres de
l’Intelligence, adoptée pour me faire taire.
J’ai été agent de la CIA en Amérique
Latine pendant 11 ans, mais j’ai quitté
l’organisation en 1969 et écrit un livre qui
relatait la véritable histoire de ma vie au sein de
l’agence.
Dans les années 70, quelques
collègues et moi-même, avons suivi une campagne de
“journalisme guérillero” afin de révéler les
opérations de la CIA et de son personnel dans le
monde entier car nous pensions que nous pouvions
combattre le rôle de l’agence qui appuyait tant de
dictatures criminelles à cette époque, comme celles
du Vietnam, de Grèce, du Chili, d’Argentine,
d’Uruguay et du Brésil.
La Loi pour la protection de
l’identité des membres de l’Intelligence, qui
transforme en délit la révélation des opérations
effectuées par un agent secret par l’organisation, a
été créée pour nous arrêter.
La première ironie est la suivante:
c’est le président George H. W. Bush qui a fait tout
ce qui était en son pouvoir pour que cette loi soit
approuvée lorsqu’il était directeur de la CIA en
1976-1977 et plus tard en tant que vice-président.
Pour justifier les restrictions
qu’accorde la loi aux droits du premier amendement,
Bush père et d’autres autorités de la CIA ont répété
plusieurs fois le même mensonge: que pour avoir
dénoncé publiquement Richard Welch, qui était le
chef de la CIA à Athènes et fut assassiné par les
terroristes en décembre 1975, j’étais le responsable
de sa mort. Bush a plusieurs fois répété ce mensonge
après l’approbation de cette loi par le Congrès,
durant son mandat présidentiel et bien après.
Son épouse, Barbara, l’a répété dans
son autobiographie de 1994. Je l’ai attaquée en
justice pour écrit diffamatoire. Dans le cadre d’un
accord légal, elle m’a envoyé une lettre d’excuse
dans laquelle elle admettait que je n’avais pas
identifié Welch.
En réalité, je n’ai jamais rencontré
Welch, je ne savais pas qu’il se trouvait à Athènes
et je n’avais jamais publié son nom ni ne l’avais
donné à personne.
Mais dans les années 70, la campagne
de Bush a été efficace. Lorsqu’il était directeur de
la CIA, l’agence a travaillé en coopération avec les
services d’intelligence en Europe, et m’a accusé à
plusieurs reprises de constituer une menace pour la
sécurité, d’être un déserteur et un agent soviétique
ou cubain, réussissant ainsi à me faire expulser de
cinq pays de l’OTAN.
Et aujourd’hui, le fils de George et
Barbara est l’actuel président, avec un programme
dur et néo-impérialiste, allant jusqu’à faire une
guerre pour s’assurer du contrôle, par les
États-Unis, du pétrole du Moyen-Orient.
Afin de vendre cette guerre de
sélection comme une guerre de nécessité, Bush junior
profère toute une série de mensonges. Mais lorsque
l’ex-ambassadeur Joseph C.
Wilson vient mettre un bémol à la série de
justifications de Bush, quelqu’un de la
Maison-Blanche accuse, en guise de vengeance,
l’épouse de Wilson d’être un agent officiel de la
CIA, tentative évidente pour ruiner sa carrière.
Il serait bon de se demander ce que
pense Bush père de cette claire violation de sa
propre loi dans le bureau de son propre fils.
Nous avions raison de révéler les
activités de la CIA dans les années 70, car l’agence
était utilisée pour imposer une politique criminelle
nord-américaine.
Je continue de croire aujourd’hui
que les opérations de l’agence devraient être
dénoncées dans des pays comme le Venezuela, où elle
effectue sans aucun doute des heures supplémentaires
pour organiser et soutenir les forces destinées à
renverser le président élu à deux reprises, Hugo
Chavez. Son crime flagrant consiste à développer,
par le biais de cette immense richesse pétrolière,
des programmes au bénéfice de la population.
Mais au lieu de ce type de
dénonciation appropriée, les agents de
l’intelligence sont démasqués et la loi est violée
par l’administration Bush elle-même, dans le cadre
d’une tactique politique bon marché visant à punir
un ennemi et à continuer de soutenir une guerre
indéfendable et malhonnête.
L’ironie est déprimante.
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