|
IRAK
Un soldat nord-américain demande la
fin d’une occupation basée sur le mensonge
PAR
TIM PREDMORE, tiré de The Guardian
DURANT ces six derniers mois,
j’ai participé à ce que je pense être un grand
mensonge: l’Opération Liberté pour l’Irak.
Après les horribles
événements du 11 septembre 2001 et la bataille en
Afghanistan, toutes les conditions étaient réunies
pour envahir l’Irak. «Commotion et horreur»
ont été les mots employés pour décrire le
déploiement de pouvoir que le monde allait pouvoir
observer dès le début de l’Opération Liberté pour
l’Irak. Il s’agissait d’un dramatique et rude
déploiement de force militaire et de technologie
avancée par les arsenaux nord-américains et
britanniques.
Mais en tant que soldat sur
le point de participer à l’invasion de l’Irak, les
mots commotion et horreur vibraient fortement dans
mon esprit. Même au moment où nous nous préparions à
partir, il semblait que ces deux grandes
superpuissances n’étaient pas prêtes à respecter les
règles qu’elles imposaient à d’autres. Sans le
consentement des Nations unies et en ignorant les
supplications de leurs propres citoyens, les États-Unis
et la Grande-Bretagne ont envahi l’Irak. Commotion
et horreur? Oui, les mots décrivent parfaitement
l’impact émotionnel que j’ai ressenti lorsque nous
avons embarqué, non pour accomplir un acte de
justice sinon d’hypocrisie.
À partir du moment où le
premier coup de feu de cette guerre dite de
libération a retenti, l’hypocrisie s’est déployée à
bride abattue. Après la transmission des images
enregistrées des soldats nord-américains capturés,
par la télévision arabe, les leaders nord-américains
et arabes ont juré vengeance, tout en attaquant
verbalement ces transmissions qui déployaient des
images aussi crues. Quelques heures après la mort
des fils de Saddam Hussein, le gouvernement des
États-Unis publiait d’horribles photos des deux
frères morts afin qu’elles soient vues du monde
entier. Toujours le: «faites ce que nous disons et
pas ce que nous faisons».
En tant que soldats servant
en Irak, on nous a dit que notre rôle était d’aider
les habitants de l’Irak en leur fournissant
l’assistance militaire nécessaire et en nous
efforçant d’accomplir au mieux notre mission
humanitaire. Mais dites-moi où se trouve l’humanisme
quand une récente version de Stars and Stripes
(le journal des militaires yanquis), a publié que
deux enfants ont été amenés dans un campement
militaire par leur mère à la recherche de
l’assistance médicale.
Les deux enfants jouaient,
sans le savoir, avec des explosifs qu’ils avaient
trouvés et ils ont été sévèrement brûlés. La version
nous dit qu’après plus d’une heure d’attente, les
deux docteurs militaires leur ont refusé
l’assistance médicale. Un soldat a décrit l’incident
comme une des nombreuses atrocités auxquelles il
avait assisté de la part des militaires nord-américains.
Par chance, je n’ai pas été
témoin de ces atrocités –à moins que, bien entendu,
vous considériez comme moi que cette guerre en Irak
est la dernière des atrocités.
Alors, quel est notre rôle
ici? Cette invasion est-elle la conséquence de la
possession d’armes de destruction massive comme on a
pu l’entendre souvent? Si oui, où sont-elles? Avons-nous
envahi ce pays afin de renverser un leader et son
régime en raison de ses liens étroits avec Osama ben
Laden? Si tel est le cas, où sont les preuves?
Ou bien est-ce que cette
incursion ne répond qu’à notre avantage personnel?
Le pétrole iraquien peut être raffiné à un coût
extrêmement bas. Cela ressemble à une croisade
moderne, non pas pour libérer un peuple opprimé ou
pour libérer le monde d’un dictateur démoniaque et
implacable dans sa soif de conquête et de domination,
mais une croisade pour contrôler les ressources
naturelles d’une autre nation. Le pétrole, pour moi
du moins, paraît être la raison de notre présence là-bas.
Il n’y a qu’une vérité: les Américains meurent. On
estime qu’il y a entre 10 et 14 attaques
quotidiennes contre nos hommes et nos femmes en
Irak. Alors que le nombre de cadavres continue
d’augmenter, tout semble indiquer que nous sommes
encore loin d’apercevoir la sortie du tunnel.
Une fois, j’ai cru servir
une cause juste: «maintenir et défendre la
Constitution des États-Unis.» Je n’y crois plus
désormais, j’ai perdu ma conviction et ma
détermination. Je ne peux plus justifier mon service,
en me basant sur ce que je crois être des vérités
approximatives et des mensonges cyniques. La sagesse
augmente avec l’âge et à 36 ans, je ne crois plus
aveuglément sans me poser de questions.
Depuis mon arrivée en
novembre dernier à Fort Campbell, dans le Kentucky,
on parlait de déploiement et lors des préparatifs
réels, mon sang n’a fait qu’un tour et mes doutes
ont augmenté. Mes doutes n’ont jamais pâli, ce qui
n’a pas été le cas de ma résolution et de mon
engagement.
Mon temps et celui de bien
d’autres soldats ici est sur le point de s’achever.
Nous avons tous affronté la mort en Irak, sans
raison ni justification. Combien d’autres soldats
vont encore mourir? Combien de larmes vont couler
avant que les Nord-Américains se réveillent et
demandent le retour des hommes et des femmes dont le
travail consiste à les protéger et non à satisfaire
l’intérêt de leurs leaders?
*Tim Predmore est un soldat
américain accomplissant son devoir dans la 101e
division aérotransportée dont la base se trouve à
Mossoul, au nord de l’Irak.
Une version de cet article
est sortie dans le Peoria journal Star, de
l’Illinois. |