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À plein jazz avec Michel Legrand et Chucho Valdés
• Le musicien français a participé au 21e Festival Jazz Plaza
• L’Argentine remporte le Prix SGAE PAR MIREYA CASTAÑEDA, de Granma international
L’EXTRAORDINAIRE compositeur et pianiste français Michel Legrand est revenu à Cuba. Cette fois pour participer au Festival Jazz Plaza, et à double titre: pour un concert à deux pianos avec un autre grand, Chucho Valdés, et pour intégrer le jury du Prix SGAE de latin jazz. Sans aucun doute le jazz fait partie intégrante de la vie musicale de Legrand (Paris, 1932). Dans une de ses multiples interviews, il assure : «Le jazz a influencé ma vie parce j’ai grandi avec lui. Je pense que le jazz est l’un des événements musicaux les
plus importants du XXe siècle. Il est devenu une part de ma culture, je joue du jazz comme si c’était ma langue. L’improvisation conserve les doigts et l’ esprit souples et jeunes». Il a aussi rappelé que le jazz
fut un genre interdit par les nazis durant la guerre. Mais en 1947 un ami l’emmena à un concert de Dizzie Gillespie à la salle Pleyel. «Ma vie a commencé ce soir-là.» Il put alors acheter des disques de Miles Davis, Stan Kenton, Count Basie.
Après des études de piano il a travaillé avec des chanteurs tels que Jacqueline François et fut le directeur musical de Maurice Chevalier, avec lequel il voyagea pour la première fois à New York en 1956.
À l’âge de 22 ans il avait enregistré son premier disque, I love Paris, l’un des plus vendus à l’époque en Europe et aux États-Unis, «sans recevoir la moindre royaltie». À New York, une maison de disques nord-américaine, qui avait vendu Il love
Paris par millions, lui proposa d’enregistrer le disque de son choix. Je veux faire un album de jazz —répondit Legrand— avec Miles Davis, John Coltrane, Ben Bill Evans, Hank Jones et Phil Woods. Il s’agit de
Legrand Jazz. On peut voir à quel point est proche, passionné et fidèle le lien qui unit le jazz et Michel Legrand, lequel a travaillé avec Sarah Vaughan, Stan Gets, Aretha Franklyn, Ray Charles et Lena Horne. Legrand est un compositeur fécond. Il a à son actif plus de 200 oeuvres pour le cinéma et la télévision (qui peut oublier Les parapluies de Cherbourg, dirigé par Jacques Demy?) et a remporté trois Oscar (notamment pour deux chansons
devenues des «classiques»: The windmills of your mind et How do you keep the music playing?, cette dernière pour le film Yentl, dirigé par Barbra Streisand. Ces deux morceaux sont le fruit de son travail
avec Alan et Marilyn Bergman, qui ont joint des paroles inoubliables à la musique exceptionnelle de Legrand. Tous trois ont donné il y a quelques années un concert mémorable au théâtre Karl Marx de La Havane. Legrand reviendrait, précisément durant un Festival de cinéma, pour interpréter son
Concertoratorio, dirigé par Zenaida Romeu. Et on l’a revu une nouvelle fois, invité par Chucho Valdés pour ce Festival Jazz Plaza. On pouvait à juste titre espérer un succès musical. Les deux musiciens et
compositeurs ont confirmé au piano qu’ils font désormais partie de l’histoire du jazz. D’AUTRES PARTICIPANTS Le gala inaugural de Jazz Plaza 2004 a eu lieu au théâtre Karl Marx. Parmi les invités se trouvaient les Canadiens Decidely Jazz et le Hugh Fraser (trombone) & Quintet, ainsi que les Brésiliens Wagner Tirso (piano) et Leo Gandelman (saxo)
et son quintette, et l’Argentin résidant au Brésil Victor Biglione (guitare); et parmi les hôtes, Habana Ensemble, que dirige César Lopez (saxo). Très applaudis également —à d’autres moments et dans d’autres espaces—,
on a entendu le guitariste argentin Luis Salinas, le groupe Latin from the North, le trio du saxophoniste allemand Peter Weniger et les Espagnols Jordi Berni (piano), Xavi Hinojosa (batterie) et David Gonzalez (contrebasse). Malheureusement, une fois de plus, comme c’est devenu habituel aussi
pour les musiciens, cinéastes, intellectuels ou scientifiques, le refus des autorités de leur pays de permettre leur voyage à Cuba nous a privés de la présence des musiciens nord-américains. Les artistes cubains
—consacrés ou non— ont offert le meilleur du jazz tout au long de ce rendez-vous. Par exemple, la Maison de la Culture de Plaza, où est né le Festival, a accueilli au cours d’une des soirées qu’elle a consacrées à
l’événement (16-19 décembre) Orlando Valle (Maraca), l’un des grands flûtistes du moment. On y a vu aussi Bobby Carcasés, l’un des fondateurs. La liste serait longue, mais on ne peut passer sous silence les prestations
des pianistes Ernan Lopez-Nussa et Aldo Lopez-Gavilan, Giraldo Piloto (à la batterie lors du concert Legrand-Valdés), ou Bellita et son Jazztumbata. La clôture a été dédiée à la chanteuse Maria Caridad Valdés,
pour ses 25 ans passés sur scène. Placé sous la direction de son frère Chucho, ce spectacle a montré le meilleur jazz cubain. PRIX LATIN JAZZ Le Prix de la Sociedad General de Autores y Editores de España (SGAE) de Latin Jazz, représentant 8 000 euros, a été attribué au compositeur
argentin Guillermo Ernesto Reuter, qui s’est imposé avec El gorgojo, face à six autres compositions d’auteurs d’Espagne, de Cuba, du Venezuela et de Colombie. Le deuxième prix, de 5 000 euros, est allé au
Colombien Orlando Sandoval, avec Nostalgia, et le troisième, de 2 500 euros, a été partagé entre les Cubains Rember Duharte, pour Azul, et José Antonio Rivero Rodriguez, pour Pa’ Eleggua. Le jury
était présidé par Chucho Valdés et composé de Michel Legrand, la chanteuse espagnole Soledad Giménez, Luis Salinas et le saxophoniste brésilien Carlos Malta. Nous avons vu une Havane «à plein jazz», pour reprendre le
titre si justement donné à leur émission par mes collègues et amis Rita Rosa et Carlos Figueroa. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’après ces journées de concerts, Jazz Plaza aura désormais lieu chaque année. Espérons seulement qu’il ne coïncide pas, comme ce fut le cas cette fois-ci, du moins pour
quelques journées, avec le Festival de cinéma e La Havane.
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