Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

  TEXTE seulement 

D E   L A   P R E S S E   É T R A N G È R E

La Havane. 6 Janvier  2004

Le quatrième Reich
PAR IGNACIO RAMONET, tiré de La Voz de Galicia

TOUTE guerre moderne a deux fronts: un militaire et un autre médiatique. Ce dernier, dans nos sociétés hyper-informées, a presque plus d’importance que le premier. Car il remue des signes, suggère des idées, évoque des mythes, crée une conscience. Et parce que l’être humain ressentira toujours une passion irrésistible pour les symboles.

La longue «guerre contre le terrorisme international» dans laquelle s’est lancé le président George W. Bush a commencé par une formidable défaite symbolique des États-Unis. Les infâmes attentas de ce fameux 11 septembre 2001 se sont traduits en images (les avions-bombes détruisant le World Trade Center) de profonde humiliation. Le symbole du pouvoir économique nord-américain effacé par une opération terroriste spectaculaire.

Depuis lors, Washington, tel un lion blessé, est à la recherche des auteurs de ce crime infini. Mais aussi d’une image médiatique qui fasse oublier ce drame des Tours Jumelles s’écroulant dans un chaos de poussière, de sang et de terreur.

C’est dans ce but que Donald Rumsfeld a créé au Pentagone une cellule de communication spécialisée dans la production de scènes destinées à provoquer un fort impact favorable aux États-Unis au sein de l’opinion publique. Ses membres sont ceux qui ont eu l’idée, en mars dernier, d’incorporer des journalistes aux troupes d’invasion.

Par la suite, lorsque les envahisseurs ont conquis Bagdad, ils ont eu l’idée de détruire la statue géante de Saddam Hussein. Ils ont également imaginé la grande supercherie du soldat Jessica Lynch. Finalement ils ont mis en scène l’annonce de la fin des hostilités par le président Bush, déguisé en pilote de guerre de type Top gun, à bord d’un porte-avion et devant cette affirmation triomphante: "Mission accomplie".

Mais aucune de ces mises en scène n’avait la force symbolique requise. De plus, depuis que la résistance s’est intensifiée, les contre-images d’hélicoptères et de soldats abattus sont venues mettre en doute l’efficacité de la propagande officielle.

C’est pour cela qu’on recherchait une image totale et qu’on pariait sur la capture de Saddam. Dans cette attente, le Pentagone a étudié la meilleure manière d’annoncer l’arrestation de l’ex-dictateur. Il ne voulait pas commettre la même erreur que de la mort des fils de Saddam.

Le Pentagone a rédigé un document interne, High value target n° 1, analysant la meilleure façon de diffuser l’éventuelle détention de Saddam.

Un ex-journaliste, Gary Thatcher, a été nommé pour diriger cette annonce. Il a retenu deux possibilités: Saddam mort ou Saddam vivant. Dans le premier cas, une identification de l’ADN serait effectuée immédiatement à Bagdad. De toute manière, l’annonce devait être faite par un Irakien.

Pour ne pas faire de Saddam un martyr, la meilleure option était de le prendre vivant. Aussi, lorsqu’on a su exactement où il se cachait, un gaz a été introduit par le système d’aération qui l’a étourdi et l’a empêché d’utiliser son arme pour se défendre ou se suicider. Ensuite, Gary Thatcher a imaginé avec un soin particulier la mise en scène des images qui allaient être diffusées de par le monde.

Saddam a été filmé dans le style d’une vidéo amateur, sans son, à travers un miroir invisible. Le contraste a été accentué entre l’ex-dictateur barbu, hirsute, vêtu de noir, sur un fond de revêtement blanc hôpital, face à un médecin chauve, imberbe et en blouse claire, qui le domine de toute sa taille et le manipule, l’épuce, lui inspecte la bouche avec des gants blancs en caoutchouc.

Outre qu’elle est humiliante —et contraire à ce qu’établit la Convention de Genève—, cette vision d’un Saddam rendu, docile, vulnérable, ayant l’air d’un vagabond déconcerté et pouilleux (et non d’un chef militaire), et examiné comme un patient passif, était destiné à l’opinion irakienne et arabe.

C’est l’image qui tue les milliers de représentations narcissistes que l’ex-dictateur, dans son culte de la personnalité délirant, avait exhibé sur les places publiques irakiennes.

Mais une chose est détruire un symbole de la tyrannie et venir à bout de la résistance en est une autre.

                             IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Frank Aguero Gomez / Directeur éditorial: Gabriel Molina Franchossi
HÔTE: Teledatos-ICCC. Internet Cubaweb Communications Corporations. http://www.cubaweb.cu/
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

Egalement a: http://granmai.cubaweb.com/
http://www.granmai.cubasi.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano | MAGAZINE
© Copyright. 1996-2004.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page