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DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE
Tous les livres du président
• Une série de best-sellers
politiques s'en prennent à Bush,
remettant en question ses décisions, et à sa famille
PAR
JOSÉ MANUEL CALVO
Washington
GEORGE W. Bush est cerné.
Il est cerné par des livres dont il est, malgré lui,
le protagoniste et qui parlent du calendrier de la
guerre en Irak, des mois antérieurs au 11 septembre,
du linge sale du Bureau Ovale ou de sa relation
étroite avec les princes saoudiens. De la même
manière qu'à l'automne 2003, les livres satiriques
ont poussé comme des champignons contre le locataire
de la Maison Blanche, et en ce printemps fleurissent
les oeuvres politiques dans lesquelles sont remises
en question ses décisions les plus importantes des
trois dernières années et se dessine un portrait peu
rassurant de l'homme le plus puissant du monde.
Les livres ont remplacé les
informations parce que ce sont eux qui font
l’information: une minutieuse planification qui
comprend des fuites, des avant-premières, la
publication de chapitres dans la presse et les
apparitions des auteurs dans des émissions vedettes
de la télévision placent le sujet et l'auteur au
centre de l'actualité. Le phénomène, combiné à un
calendrier comme l'actuel (crise de l'Irak, enquête
du 11 septembre), multiplie la répercussion des
livres et leurs ventes.
Le best-seller politique est
davantage un grand reportage ou une révélation
sensationnelle que les traditionnelles analyses ou
interprétations qui distinguaient auparavant les
livres des médias. La mère de tous les livres est
annoncée pour l'été bien que dans ce cas Bush ne
sera pas au centre de la tourmente, car il s'agit
des mémoires de Bill Clinton.
Cette semaine, paraît
l'avant-dernier livre polémique, La politique de
la vérité: mémoires d'un diplomate, de Joseph
Wilson, l'homme qui est allé au Niger en 2002 pour
vérifier s'il était vrai que Saddam avait tenté d'y
acheter de l'aluminium enrichi. Son rapport a été
très clair: non. La réponse a déplu à ceux qui
cherchaient des preuves des tentatives du régime
irakien de reconstruire son programme d'armement. Le
fait que, après avoir constaté que son rapport
n'était pas utilisé, Wilson élève la voix pour le
raconter, n'as pas plu non plus.
Les représailles ont été
féroces. Quelqu'un, à la Maison Blanche, a laissé
filtrer que sa femme, Valerie Plume, était un agent
de la CIA. Wilson a promis de donner l'identité de
la personne ou des personnes responsables de cette
fuite. Le nom du conseiller politique de Bush, Karl
Rove, n'a jamais été très loin de cette histoire.
Jusqu'à maintenant, les deux
livres les plus chauds de la saison sont ceux de Bob
Woodward et celui de Richard Clarke. Dans Plan
d'attaque, le journaliste qui a enquêté
l'affaire du Watergate révèle que Bush a chargé
Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, de la
mise à jour des plans contre l'Irak, 16 mois avant
la guerre, et que le général Franks, responsable du
Commandement central, alors en pleine guerre de
l'Afghanistan a réagi durement: «Putain, de quoi
est-ce qu’ils parlent?» À partir de 75
interviews (dont seules celles de Bush et Rumsfeld
sont enregistrées) et de l'accès à de nombreux
documents, Plan d'attaque affirme que le
secrétaire d'État Colin Powell (dont on dit qu'il a
été l'informateur de Woodward) entretient une
relation difficile avec le vice-président, Dick
Cheney, et l'on assure que l'ambassadeur saoudien à
Washington a été mis au courant des projets de
guerre avant la Conseillère à la Sécurité,
Condoleezza Rice.
C'est précisément de la trame
texane-saoudienne dont parle Maison des Bush,
Maison des Saud, la relation secrète entre les
deux dynasties les plus puissantes du monde, de
Craig Hunger. Sur un thème déjà connu, Hunger,
également journaliste, assure que la politique des
États-Unis envers l'Arabie saoudite est modelée par
les intérêts du clan Bush.
Contre tous les ennemis,
de l'ex-coordonnateur anti-terroriste Richard
Clarke, se trouve en tête de liste des meilleures
ventes (dix éditions, 750 000 exemplaires). Dès le
premier chapitre, cinématographique, sur le 11
septembre à la Maison Blanche, le livre donne la
parole à Bush: «Regardez si ce n'est pas Saddam».
«Mais, président, c'est Al Qaeda», lui a dit
Clarke. «Je le sais, je le sais mais... regardez
si Saddam n'est pas impliqué. Simplement cela. Je
veux savoir chaque détail».
Un autre volume qui complique
la vie du président est Le prix de la loyauté
de Ron Suskind; les plaintes au sujet de Bush et de
son gouvernement vues de l'intérieur par l'ancien
secrétaire au Trésor, Paul O'Neill. Comme dans le
cas de Clarke, le dommage vient de ce qu'il s'agit
de protagonistes du circuit intérieur (bien que non
intime) du pouvoir.
Dans la lignée du portrait
familier, il faut souligner Dynastie américaine,
de Kevin Phillips, avec ce sous-titre significatif:
Aristocratie, fortune et politique de tromperie
dans la maison des Bush. Phillips, un
républicain, s'avoue «consterné et déçu», et
conclut que les Bush offrent «un portrait
inhabituel et peu flatteur d'une grande famille,
grande en pouvoir et non en morale» et il dit
que «les deux présidents Bush se sont ouvert la
voie par des scandales politiques, économiques et
militaires qui, dans une autre ambiance ou à un
autre moment, auraient pu les mener à la
destitution. Quatre générations ont créé chez les
Bush l'appétit du pouvoir et les pratiques de
capitalisme pour les amis, avec une arrogance morale
et un mépris intime des traditions démocratiques et
républicaines du gouvernement des États-Unis».
Dans la même veine, Peter et
Rochelle Schweizer viennent de publier le livre
Les Bush: portrait d'une dynastie, une tentative
d'explication psychologique des relations entre Bush
père et fils.
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