Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

 
  

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 D E   L A   P R E S S E   É T R A N G È R E

La Havane. 25 Avril 2005

 

DE LA PRESSE ETRANGERE

Fernando Botero a fait le travail de Genève

PAR VICKY PELAEZ (Tiré de La Prensa)

 «Je choisis les couleurs                                                                                        dans la mesure où je les entends crier»                                                        (Pablo Picasso)

SERAIT-ce une coïncidence? Peu importe. Mais au moment où à Genève les Etats-Unis jouaient une fois de plus au jeu du pays «bon, méchant et laid», l’illustre peintre colombien Fernando Botero secouait le monde de sa léthargie en montrant sur 50 toiles la barbarie pratiquée contre le peuple irakien, et surtout signalait du doigt le pays qui viole réellement les Droits de l’homme.

Botero, comme Picasso dans son Guernica, montre sur ces toiles des êtres humains empalés, d’autres dans des postures infâmes et humiliantes, des femmes et des gommes traqués par des chiens et d’autres animaux, des grilles, du sang, des ombres et de la souffrance, peints d’après les tortures infligées par les soldats US aux prisonniers irakiens dans l’immonde prison d’Abou Ghraïb et dont on dit qu’elles continuent dans différents lieux de ce pays saigné à blanc.

«La conduite des Américains m’a fait un choc, comme au reste du monde, en particulier parce que les Etats-Unis posent en modèle de compassion et aussi parce qu’il agissent au mépris total de ce qu’établit la Convention de Genève, dont ils sont signataires», a déclaré Botero, qui se dit indigné par l’invasion «illégale et abusive» de l’Irak.

Depuis 1988, la Commission des Droits de l’homme de l’ONU se livre chaque année à Genève à son sale travail, suivant à la lettre l’instruction du Département d’Etat nord-américain de condamner Cuba pour violations des droits humains. Le cynisme de la superpuissance et de ses serviteurs est tel que les résolutions, les condamnations et les recommandations de cet organisme n’importent plus à personne, car tout le monde, comme Botero, sait bien que le pays qui se pose en juge unique et suprême du monde est en réalité le plus grand transgresseur des droits humains de la planète.

Cette année la farce s’est répétée lorsque Washington a proféré contre Cuba la même accusation, obtenant l’adoption de la résolution par 21 voix pour, 17 contre et 15 abstentions. Le fait est d’autant plus risible que l’ONU n’a même pas prêté attention au fait que la Chambre des Représentants du Congrès nord-américain a approuvé il y a peu une motion, présentée par le démocrate Edward Markey, contre la torture dans son pays, car ils ont «découvert» que la CIA emploie la méthode d’«interrogatoire agressif», comme ils appellent maintenant la torture. Le congressiste Markey a déclaré après le vote que «la guerre contre le terrorisme inclut aussi la lutte contre ceux qui appliquent la torture».

L’ONU ne doit rien ignorer tout ceci et c’est pour cela que le monde, comme Botero, est dégoûté par la double morale de la Commission de Genève, au point que ce qu’ils décident n’importe plus à personne.

L’Union Européenne, si fière de son système et de sa philosophie démocratiques, supposément les plus anciens au monde, est devenue après la Deuxième Guerre mondiale un simple «suiveur» des Etats-Unis, perdant finalement son identité, comme l’ont signalé ses philosophes Derrida et Haberman, qui en mai 2003 ont déclaré que sans opposition ouverte à l’actuelle politique nord-américaine de guerre préventive et de violation des lois internationales on ne peut construire l’identité européenne.

L’Europe n’a pas voulu écouter ses meilleurs philosophes et ses désaccords apparents avec les USA  —tout comme dans le cas du Japon— sont conçus pour la consommation interne, mais ils n’ont en réalité aucune portée.

Non, Cuba ne doit plus souffrir de l’ingratitude de l’Ukraine. Le nouveau maître de Victor Youstchenko lui a ordonné d’oublier des 35 000 enfants de Tchernobyl atteints de cancer suite au tragique accident nucléaire, et que l’île soigne depuis plus de quinze ans, gratuitement. Cuba ne doit pas non plus déplorer la trahison du Mexique, du Guatemala, du Costa Rica et du Honduras, qui ont vendu eux aussi leur identité contre la promesse d’une poignée de dollars, pas plus que les sournoises abstentions de pays amis au vote de Genève.

Cuba ne doit pas insister non plus sur la dénonciation de ce qui se passe avec les détenus de la base nord-américaine de Guantanamo. Pourquoi? Parce que la peinture du maître Fernando Botero, son «instrument de guerre pour freiner la brutalité et l’obscurité» a immortalisé pour l’histoire la barbarie de notre temps.

Si le Guernica de Picasso, qui se trouve aux Nations Unies, est un souvenir si cuisant des atrocités de la guerre civile espagnole et en réalité de toutes les guerres (en 2003 Colin Powell demanda qu’on couvre le fameux tableau pour qu’il n’y ait aucun empêchement à la nouvelle guerre des Etats-Unis), les 50 toiles sur les tortures de Botero feront plus que mille réunions de Genève: elles nous empêcheront d’oublier les maîtres du «siècle des chiens loups».
 

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