Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

 
  

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 N A T I O N A L E S

La Havane. 12 Avril 2005

 

CUBA SOUS LE CAPITALISME

Des élections placées sous le signe de la politicaillerie et de la fraude

PAR JOAQUIN ORAMAS

SOUS la pseudo-république, Cuba était soumise aux règles brutales  du capitalisme, c’est-à-dire aux pratiques de la démocratie représentative, dont le système électoral avait pour axe les partis politiques  qui imposaient les candidats et contrôlaient l’engrenage d’où sortaient présidents, sénateurs, représentants, maires et conseillers.

  L’exercice du suffrage était obligatoire, de par la loi  mais surtout parce que bon nombre de citoyens  devaient remettre leur carte d’électeur contre des faveurs¼ ou pour ne pas perdre leur emploi! Obtenir un emploi, se faire hospitaliser, décrocher une bourse d’études, cela signifiait en premier lieu remettre sa carte électorale  aux sergents politiques du gouvernement de service ou de partis traditionnels, passés provisoirement à l’opposition.

  Telles étaient les règles du jeu électoral pendant les 58 années de république antérieures à la Révolution. Pourtant, tous ces mécanismes de coercition, de pression et de chantage  n’ont jamais empêché que le taux de participation aux élections soit extrêmement faible. Examinons de plus près les caractéristiques de ces prétendues élections.

  Aux premières élections présidentielles, en 1901, lorsque ni les analphabètes ni les femmes n’avaient le droit de vote et sous le garrot de l’amendement Platt, Tomas Estrada Palma est élu  par 47,32% des électeurs, avec un taux d’abstention de 30%. En 1906, Estrada Palma  recherche la réélection et l’obtient grâce à l’exercice flagrant de la fraude qui lui octroie 71,42% des voix, avec un taux d’abstention de 26,01%. Le conflit résultant de la fraude éléctorale et de la violence du pouvoir aboutit à la “petite guerre” d’août et à l’intervention militaire des Etats-Unis, à la demande expresse d’Estrada Palma.

  Après trois ans d’intervention militaire nord-américaine, le gouverneur Charles Magoon, nommé par le Secrétaire à la guerre des Etats-Unis, enlisa le pays dans un marécage et construisit sa fortune personnelle sur le Trésor public cubain. Entre autres vices, Magoon inventa les “bouteilles”, c’est-à-dire des emplois fictifs  pour tous ceux qui touchaient un salaire sans travailler.

  Il organisa des élections dont le vainqueur fut un de ses disciples, le général José Miguel Gómez, celui dont le peuple disait “Requin dans son bain éclabousse” parce qu’il répartissait les gains de la corruption entre ses complices. L’homme qui généralisa les “bouteilles” et la loterie fut élu avec 43,1% des suffrages, et 28,99% d’abstentions. Avec ce président commençait l’ère des hommes politiques millionnaires pour qui le pouvoir n’était rien d’autre qu’une source d’enrichissement, phénomène qui a caractérisé la vie politique de l’île sous le régime capitaliste.

  Au terme de ses quatre années de magistrature, le deuxième président cubain fut remplacé  en 1912 par le général Mario García Menocal, dont le score électoral ne figure pas dans les archives de la nation; on sait par contre qu’il fut réélu en 1916 avec le soutien du Secréariat d’Etat du président Wilson. Pour mieux soutenir son candidat, le président Wilson fit débarquer en plusieurs points de l’île ses marines, chargés de mettre un terme à la révolte de la Chambelona, menée par l’opposition. En deux mandats présidentiels, Menocal dilapida toute la richesse accumulée grâce aux prix élevés du sucre  pendant la première guerre mondiale; en outre, il fit en sorte que l’industrie  sucrière fût prise en main par le capital nord-américain  grâce au crack bancaire  provoqué par les principales banques des Etats-Unis avec la complicité de son gouvernement.

  Le vol et la braderie des ressources nationales aux transnationales nord-américaines se poursuivirent sous les régimes d’Alfredo Zayas, élu en 1920 par 27,8% des votants, et du général Gerardo Machado (1928-1933) dont la tyrannie sanglante fut renversée sous la pression de l’ambassadeur Summer Welles, qui craignait que les secteurs progressistes et le peuple ne prennent le pouvoir.

  Ainsi commença une série de gouvernements provisoires : celui de Carlos Manuel de Céspedes, la pentarchie présidée par Ramón Grau San Martín  et celui du colonel  Carlos Mendieta Montefur. Ce dernier fut imposé par Fulgencio Batista, qui avait fait irruption sur la scène publique le 4 septembre 1933, à la tête d’un mouvement de sergents de l’armée qui destitua les chefs militaires traditionnels.

  Pour essayer de donner une image de stabilité, l’homme fort de Cuba, comme on disait aux Etats-Unis, convoqua en 1936 des élections présidentielles  qui portèrent au pouvoir Miguel Mariano Gómez, avec un peu plus de 20% des suffrages. Quelques mois plus tard  il était destitué par le congrès sous la pression du dictateur Batista qui, avec le grade de colonel, avait assumé le commandement de l’armée.

  Après une nouvelle période d’instabilité où les présidents étaient nommés par Batista et l’ambassadeur nord-américain, et sous la pression internationale et populaire, il y eut en 1940 une Assemblée constituante  suivie d’élections, celle de Batista, avec 45,68% des voix. Des élections  restées dans la mémoire historique comme une anthologie des fraudes électorales : parmi les procédés utilisés figurait le vol des urnes par les militaires.

  En 1944, c’est-à-dire près de la fin de la deuxième guerre mondiale, des élections véritables se tenaient pour la première fois à Cuba. Ramón Grau San Martí était élu avec 44,71% des voix et 19,17% d’abstentions. Mais le mirage du gouvernement honnête ne tarda pas à se dissiper : dès les premiers mois les ministres commençaient à se remplir les poches, profitant de la situation favorable du marché du sucre, dont Cuba était un des principaux fournisseurs sur le mùarché nord-américain et mondial. Le vol et la spéculation s’intensifièrent  sous le régome de Carlos Prío Socarras, son successeur en 1948, élu avec  36% des votes. Prío fut renversé le 10 mars 1952 par des militaires qui conspiraient avec Batista, et celui-ci rétablit la dictature militaire pour son enrichissement et celui de ses proches.

  Après une lutte sanglante qui débuta le 26 juillet 1953 avec l’attaque des casernes Moncada à Santiago de Cuba et Carlos Manuel de Céspedes à Bayamo et qui prit de l’ampleur après le débarquement du yacht Granma en 1956, la dictature fut renversée par les forces rebelles  sous le commandement de Fidel Castro.

  En 1954 le tyran avait convoqué des élections  où les irrégularités furent encore plus scandaleuses que pendant les onze années où il était l’homme fort  des Etats-Unis à Cuba. Après la farce électorale, plus personne ne doutait  que seule la lutte insurrectionnelle représentait une issue. Le tyran et l’ambassade des Etats-Unis en étaient conscients et organisèrent  les élections de 1958 dont le “gagnant” fut Andrés Rivero Agüero , avec 15% des votes et 55% d’abstentions. En fait, le scrutin eut lieu dans quelques provinces seulement, avec pour candidat unique celui de la tyrannie; militaires et fonctionnaires se distribuaient les votes pour les sièges à un Congrès fantomatique.

  Rivero Agüero n’eut pas le temps de recevoir l’investiture et prit la fuite avec le tyran à destination de Saint-Domingue, où ils furent accueillis par un collègue alors plus chanceux, Rafael Leónidas Trujillo. L’étape où les élections n’étaient qu’un chapitre de l’histoire de la corruption et du crime dans l’île était alors définitivement révolue.
 

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