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CUBA SOUS LE CAPITALISME
Des élections placées sous le
signe de la politicaillerie et de la fraude
PAR JOAQUIN ORAMAS
SOUS la pseudo-république,
Cuba était soumise aux règles brutales du
capitalisme, c’est-à-dire aux pratiques de la
démocratie représentative, dont le système
électoral avait pour axe les partis politiques
qui imposaient les candidats et contrôlaient
l’engrenage d’où sortaient présidents, sénateurs,
représentants, maires et conseillers.
L’exercice du suffrage
était obligatoire, de par la loi mais surtout
parce que bon nombre de citoyens devaient
remettre leur carte d’électeur contre des faveurs¼
ou pour ne pas perdre leur emploi! Obtenir un
emploi, se faire hospitaliser, décrocher une
bourse d’études, cela signifiait en premier lieu
remettre sa carte électorale aux sergents
politiques du gouvernement de service ou de partis
traditionnels, passés provisoirement à
l’opposition.
Telles étaient les règles du
jeu électoral pendant les 58 années de république
antérieures à la Révolution. Pourtant, tous ces
mécanismes de coercition, de pression et de
chantage n’ont jamais empêché que le taux de
participation aux élections soit extrêmement
faible. Examinons de plus près les
caractéristiques de ces prétendues élections.
Aux premières élections
présidentielles, en 1901, lorsque ni les
analphabètes ni les femmes n’avaient le droit de
vote et sous le garrot de l’amendement Platt,
Tomas Estrada Palma est élu par 47,32% des
électeurs, avec un taux d’abstention de 30%. En
1906, Estrada Palma recherche la réélection et
l’obtient grâce à l’exercice flagrant de la fraude
qui lui octroie 71,42% des voix, avec un taux
d’abstention de 26,01%. Le conflit résultant de la
fraude éléctorale et de la violence du pouvoir
aboutit à la “petite guerre” d’août et à
l’intervention militaire des Etats-Unis, à la
demande expresse d’Estrada Palma.
Après trois ans
d’intervention militaire nord-américaine, le
gouverneur Charles Magoon, nommé par le Secrétaire
à la guerre des Etats-Unis, enlisa le pays dans un
marécage et construisit sa fortune personnelle sur
le Trésor public cubain. Entre autres vices,
Magoon inventa les “bouteilles”, c’est-à-dire des
emplois fictifs pour tous ceux qui touchaient un
salaire sans travailler.
Il organisa des élections
dont le vainqueur fut un de ses disciples, le
général José Miguel Gómez, celui dont le peuple
disait “Requin dans son bain éclabousse” parce qu’il
répartissait les gains de la corruption entre ses
complices. L’homme qui généralisa les “bouteilles”
et la loterie fut élu avec 43,1% des suffrages, et
28,99% d’abstentions. Avec ce président commençait
l’ère des hommes politiques millionnaires pour qui
le pouvoir n’était rien d’autre qu’une source
d’enrichissement, phénomène qui a caractérisé la
vie politique de l’île sous le régime capitaliste.
Au terme de ses quatre
années de magistrature, le deuxième président
cubain fut remplacé en 1912 par le général Mario
García Menocal, dont le score électoral ne figure
pas dans les archives de la nation; on sait par
contre qu’il fut réélu en 1916 avec le soutien du
Secréariat d’Etat du président Wilson. Pour mieux
soutenir son candidat, le président Wilson fit
débarquer en plusieurs points de l’île ses
marines, chargés de mettre un terme à la révolte
de la Chambelona, menée par l’opposition. En deux
mandats présidentiels, Menocal dilapida toute la
richesse accumulée grâce aux prix élevés du sucre
pendant la première guerre mondiale; en outre, il
fit en sorte que l’industrie sucrière fût prise
en main par le capital nord-américain grâce au
crack bancaire provoqué par les principales
banques des Etats-Unis avec la complicité de son
gouvernement.
Le vol et la braderie des
ressources nationales aux transnationales nord-américaines
se poursuivirent sous les régimes d’Alfredo Zayas,
élu en 1920 par 27,8% des votants, et du général
Gerardo Machado (1928-1933) dont la tyrannie
sanglante fut renversée sous la pression de
l’ambassadeur Summer Welles, qui craignait que les
secteurs progressistes et le peuple ne prennent le
pouvoir.
Ainsi commença une série de
gouvernements provisoires : celui de Carlos Manuel
de Céspedes, la pentarchie présidée par Ramón Grau
San Martín et celui du colonel Carlos Mendieta
Montefur. Ce dernier fut imposé par Fulgencio
Batista, qui avait fait irruption sur la scène
publique le 4 septembre 1933, à la tête d’un
mouvement de sergents de l’armée qui destitua les
chefs militaires traditionnels.
Pour essayer de donner une
image de stabilité, l’homme fort de Cuba, comme on
disait aux Etats-Unis, convoqua en 1936 des
élections présidentielles qui portèrent au
pouvoir Miguel Mariano Gómez, avec un peu plus de
20% des suffrages. Quelques mois plus tard il
était destitué par le congrès sous la pression du
dictateur Batista qui, avec le grade de colonel,
avait assumé le commandement de l’armée.
Après une nouvelle période
d’instabilité où les présidents étaient nommés par
Batista et l’ambassadeur nord-américain, et sous
la pression internationale et populaire, il y eut
en 1940 une Assemblée constituante suivie
d’élections, celle de Batista, avec 45,68% des
voix. Des élections restées dans la mémoire
historique comme une anthologie des fraudes
électorales : parmi les procédés utilisés figurait
le vol des urnes par les militaires.
En 1944, c’est-à-dire près
de la fin de la deuxième guerre mondiale, des
élections véritables se tenaient pour la première
fois à Cuba. Ramón Grau San Martí était élu avec
44,71% des voix et 19,17% d’abstentions. Mais le
mirage du gouvernement honnête ne tarda pas à se
dissiper : dès les premiers mois les ministres
commençaient à se remplir les poches, profitant de
la situation favorable du marché du sucre, dont
Cuba était un des principaux fournisseurs sur le
mùarché nord-américain et mondial. Le vol et la
spéculation s’intensifièrent sous le régome de
Carlos Prío Socarras, son successeur en 1948, élu
avec 36% des votes. Prío fut renversé le 10 mars
1952 par des militaires qui conspiraient avec
Batista, et celui-ci rétablit la dictature
militaire pour son enrichissement et celui de ses
proches.
Après une lutte sanglante
qui débuta le 26 juillet 1953 avec l’attaque des
casernes Moncada à Santiago de Cuba et Carlos
Manuel de Céspedes à Bayamo et qui prit de
l’ampleur après le débarquement du yacht Granma en
1956, la dictature fut renversée par les forces
rebelles sous le commandement de Fidel Castro.
En 1954 le tyran avait
convoqué des élections où les irrégularités
furent encore plus scandaleuses que pendant les
onze années où il était l’homme fort des Etats-Unis
à Cuba. Après la farce électorale, plus personne
ne doutait que seule la lutte insurrectionnelle
représentait une issue. Le tyran et l’ambassade
des Etats-Unis en étaient conscients et
organisèrent les élections de 1958 dont le
“gagnant” fut Andrés Rivero Agüero , avec 15% des
votes et 55% d’abstentions. En fait, le scrutin
eut lieu dans quelques provinces seulement, avec
pour candidat unique celui de la tyrannie;
militaires et fonctionnaires se distribuaient les
votes pour les sièges à un Congrès fantomatique.
Rivero Agüero n’eut pas le temps de recevoir
l’investiture et prit la fuite avec le tyran à
destination de Saint-Domingue, où ils furent
accueillis par un collègue alors plus chanceux,
Rafael Leónidas Trujillo. L’étape où les élections
n’étaient qu’un chapitre de l’histoire de la
corruption et du crime dans l’île était alors
définitivement révolue.
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