LES ÉLECTIONS À CUBA
Le peuple désigne ses candidats et
vote
• DEPUIS
le triomphe de la Révolution, le taux de
participation aux élections a toujours dépassé 95%
PAR LILLIAM RIERA, de Granma international
À Cuba, tout
citoyen, sans distinction de sexe, de race ou de
credo, devient électeur sans avoir à débourser un
centime ni à se soumettre à de quelconques
démarches administratives. Ceci constitue un des
droits acquis avec le triomphe de la Révolution,
et voué à une disparition sans appel si les États-Unis
venaient à implanter dans l’île leur démocratie de
pacotille.
Le
show électoral made in USA a été monté dans la
plus grande des Antilles lors des premières
élections municipales organisées dans le pays en
1900, après l’intervention tardive et
opportuniste de Washington dans une guerre contre
la métropole espagnole que les Cubains avaient
déjà gagnée et dont le fruit leur était ainsi
confisqué.
Pour ces
premières élections néo-coloniales le droit de
vote était l’apanage exclusif de tous ceux qui
n’étaient ni Noirs, ni mulâtres, ni femmes, ni
pauvres.
Le président du
Parlement cubain actuel, Ricardo Alarcón, évoquait
récemment ces élections et rappelait que leur
grand artificier, le général Leonard Wood, alors
gouverneur militaire de l’île, avait reçu en
récompense les félicitations du secrétaire à la
Guerre des États-Unis.
Alarcón
participait à un débat public sur le système
électoral et la démocratie à Cuba qui s’est tenu
le 15 février dernier à La Havane.
Latvia Gaspe
Alvarez, chercheuse à l’Institut d’histoire,
précisait pour sa part à l’hebdomadaire
Trabajadores que dans ces conditions, 14%
seulement de l’électorat en âge de voter avait pu
exercer ce droit.
Elle ajoute que
parmi les conditions fixées à l’exercice du droit
de vote, dont les femmes étaient de toutes
manières esclues, figuraient celles-ci : savoir
lire et écrire, posséder des biens d’une valeur
minimale de 250 dollars ou avoir servi dans
l’armée cubaine avant le 18 juillet 1898.
Dans un pays
rongé par l’analphabétisme et ruiné par la guerre,
il va de soi que les deux premières conditions
permettaient d’éliminer une large majorité
d’électeurs potentiels et bien entendu toute la
population de race noire qui, historiquement,
n’avait jamais capitalisé que misère et ignorance,
tout droit à l’instruction lui ayant été refusé.
Les Archives
nationales conservent des documents du Secrétariat
d’État et de l’Intérieur où figurent des
dénonciations relatives aux élections en question
montrant qu’elles ne furent pas aussi
“transparentes” que Wood le laissa entendre.
Parmi toute une
série d’actes arbitraires on relève le refus
d’enregistrer sur les registres électoraux des
personnes réunissant pourtant toutes les
conditions requises, la non-présentation des
listes d’électeurs où chacun aurait pu vérifier
s’il était ou non dûment inscrit, le changement de
noms sur les registres pour que les électeurs
concernés ne puissent pas voter, les pressions
coercitives au moment de l’exercice du suffrage,
l’interdiction faite à des représentants de
groupes politiques importants de participer aux
collèges électoraux, et le refus pur et simple du
droit de vote aux combattants des guerres
d’indépendance. •
Curieuse démocratie que celle-ci, la même
d’ailleurs qui a construit l’empire, que celui-ci
défend et qui reviendrait caracoler dans l’île si
ses plans d’annexion se réalisaient.
Mais après le
triomphe de la Révolution, cette fausse démocratie
a disparu de la plus grande des Antilles où le
droit de chacun au vote est acquis dès la
naissance.
Tout Cubain de
16 ans est inscrit automatiquement sur les
registres électoraux et peut exercer son droit au
suffrage. Les inscriptions sont effectuées à
partir des données figurant dans les registres
d’état civil, qui incluent la totalité des
citoyens.
Le vote est
volontaire, libre et secret. Aucune loi n’oblige
personne à voter. Selon les informations données
lors de l’audience publique du Parlement, la
participation aux élections après la victoire
révolutionnaire a toujours dépassé le taux de 95%.
LES URNES
SONT SURVEILLEES PAR DES ENFANTS
L’image
traditionnelle des urnes placées sous la haute
surveillance du soldat ou du policier armé de son
fusil a radicalement changé car ce sont maintenant
des enfants en uniforme scolaire qui ont reçu
cette mission dans les 25 500 collèges électoraux
installés dans les quatorze mille et quelque
circonscriptions du territoire national. Dans les
collèges se trouvent affichées les listes
d’électeurs ainsi que les biographies et les
photos des candidats de la circonscription.
C’est parmi
les délégués de circonscription, présentés et élus
par la population du quartier, que sont élus à
leur tour les membres des assemblées municipales,
puis provinciales, du Pouvoir populaire.
Les députés à l’Assemblée nationale ou Parlement
sont choisis parmi les membres des assemblées
provinciales et rejoints dans l’exercice de leurs
fonctions par des représentants de secteurs
scientifiques et administratifs, d’associations
paysannes, d’intellectuels et d’organisations de
masse.
Le Parlement
élit lui-même parmi ses représentants les membres
du Conseil d’Etat, et celui-ci élit le Président.
COMPTAGE DES VOIX ET REGISTRES ELECTORAUX A LA VUE
DE TOUS
Ceux qui visiteront l’île pendant les élections
pourront constater que le comptage des voix est un
acte public réalisé par les membres du collège
électoral en présence de n’importe quel électeur,
voisin du quartier ou même touriste étranger
désireux de s’assurer de la transparence du
processus.
La
publication des registres primaires d’électeurs
est aussi un signe distinctif du processus
électoral cubain.
Affichés depuis
le 15 février dernier et jusqu’au 17 mars prochain
dans les lieux les plus fréquentés du quartier
ou du village, ces registres primaires sont sujets
à modifications, à la demande de la population.
Quiconque détecte une erreur, une omission ou
toute autre irrégularité touchant à son
inscription a le droit de demander à la
commission électorale de sa circonscription de
procéder aux rectifications pertinentes.
Ainsi, les
amendements apportés à la liste ne seront pas
secrets et n’obéiront qu’à la participation
citoyenne et non aux intérêts douteux de partis
politiques.
De l’avis
d’Alarcón, la publication de ces registres à Cuba
devrait être diffusée dans la presse
internationale. Mais comme il le fait remarquer
lui-même, les grands médias n’en parlent pas, pour
la simple raison qu’ils servent les intérêts d’une
puissance qui ne reconnaît pas l’existence d’un
peuple qui présente et élit ses représentants,
sans l’intervention de l’artillerie souvent bien
lourde des partis politiques. |