Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

 
  

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N A T I O N A L E S

La Havane. 8.Mars.2005

PROCESSUS ELECTORAL
Des souvenirs qui marquent une vie

PAR LISANKA GONZALEZ SUAREZ, de Granma international

• ENFANT, j’entendais ma mère affirmer avec la fierté d’un combattant montrant la cicatrice d’une blessure subie au cours d’une bataille que personne n’avait pu l’obliger à voter en 1958. La famille devait une faveur à un sergent politique et celui-ci, à l’approche des présidentielles, comme c’était la coutume à cette époque, vint se faire payer, en l’occurrence en exigeant la carte d’électeur de chacun des membres en âge de voter.

Ma mère refusa catégoriquement et alla jusqu’à lui jeter en pleine figure: «Quand il y aura à Cuba un politicien honnête, je voterai». L’homme en resta coi. Mon père, qui assistait à l’incident, m’a avoué plus tard sa peur de la réaction du sergent. Mais quelques semaines plus tard le triomphe révolutionnaire vint mettre fin à ses craintes.

Le souvenir dormait dans ma mémoire, jusqu’à la semaine dernière que nous est parvenue la convocation à l’assemblée de proposition de candidats de notre circonscription. Il manquait celle de ma mère: «On m’a oubliée parce que suis trop vieille?», demanda-t-elle, offensée. Mais c’était une erreur, involontaire bien sûr, qui fut immédiatement corrigée puisque quelques jours auparavant, la présidente de notre Comité de défense de la Révolution nous avait rendu visite pour vérifier la liste; nous avons pu par ailleurs vérifier que notre famille se trouvait parmi les électeurs de la circonscription, et que nous faisions donc partie des 8 174 859 enregistrés.

QUELLE ÉPOQUE!

Ces jours-ci beaucoup de Cubains comme moi, à mi-chemin entre les jeunes et les plus âgés, ne peuvent éviter de comparer les élections actuelles à celles des années 50, notre plus proche référence, lorsqu’au milieu d’un grand barrage de propagande les rues se remplissaient d’affiches sur lesquelles on voyait des visages inconnus, presque toujours souriant d’une oreille à l’autre, alors que l’ambiance était saturée de chansons et de consignes trompeuses et de promesses qui ne seraient jamais tenues.

J’ai pu vérifier à quel point ces souvenirs m’ont marquée lors d’un séjour à Topes de Collantes, communauté perchée à plus de 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans les montagnes de l’Escambray, durant lequel j’ai conversé avec des habitants du lieu vivant près du majestueux sanatorium construit en 1946 et auquel bien entendu ils n’avaient jamais eu accès.

Olimpia Salabarria n’a pas oublié cette nuit des années 50 au cours de laquelle un de ses jeunes frères tomba malade. Le père alla frapper à la porte de l’hôpital et le personnel de garde refusa de soigner l’enfant, l’établissement ayant été construit pour accueillir les familles et les représentants du régime en place.

Comme presque partout dans le pays à cette époque, les habitants de Topes de Collantes manquaient des soins médicaux les plus élémentaires et se voyaient donc obligés de se déplacer sur une dangereuse voie de montagne jusqu’à Trinidad, à environ une demi-heure de trajet, ou à Santa Clara, à deux heures de route, où ils ne pouvaient être hospitalisés que s’ils s’engageaient à voter pour le politicien local.

En écoutant ce récit je ne pouvais éviter de me demander combien de votes aurait coûté le stimulateur cardiaque qui avait sauvé ma mère en 1995 —et qui fut remplacé huit ans plus tard— sans qu’elle eut à payer un centime et sans le moindre engagement politique.

A MAIN LEVEE

Les habitants de l’île savent qu’aujourd’hui personne ne peut exiger quoi que ce soit en échange d’une hospitalisation, d’une intervention chirurgicale, d’une bourse d’études ou d’un emploi, qui leur sont garantis par la loi et qui font partie intégrante des droits humains.

Pour les ennemis de la révolution cubaine, cependant, l’unique modèle «valable» d’élections est celui du puissant voisin du Nord où les candidats —qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau— dépensent des millions qui pourraient être utilisés pour secourir les démunis de ce pays, et finalement, après des mois de tournées interminables, de discours et de dîners à des milliers de dollars le couvert finissent par se tendre un piège.

N’importe quel citoyen cubain jouissant de ses droits politiques peut être proposé comme candidat au Pouvoir populaire. Les habitants des quartiers ou de communautés rurales appartenant aux 15 112 circonscriptions du pays, réunis en assemblées générales d’électeurs, sont les seuls habilités à élire leurs candidats, à main levée, parmi les citoyens les plus capables, sans aucune promesse ou campagne électorale.

A ce jour, plus de 8 000 candidats ont été proposés au niveau des circonscriptions. Parmi ceux-ci seront élus le 17 avril prochain les délégués aux Assemblées municipales du Pouvoir populaire au vote libre, direct et secret.
 

 

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