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PROCESSUS
ELECTORAL
Des
souvenirs qui marquent une vie
PAR LISANKA
GONZALEZ SUAREZ, de Granma international
• ENFANT, j’entendais ma
mère affirmer avec la fierté d’un combattant
montrant la cicatrice d’une blessure subie au
cours d’une bataille que personne n’avait pu
l’obliger à voter en 1958. La famille devait une
faveur à un sergent politique et celui-ci, à
l’approche des présidentielles, comme c’était la
coutume à cette époque, vint se faire payer, en
l’occurrence en exigeant la carte d’électeur de
chacun des membres en âge de voter.
Ma mère refusa
catégoriquement et alla jusqu’à lui jeter en
pleine figure: «Quand il y aura à Cuba un
politicien honnête, je voterai». L’homme en
resta coi. Mon père, qui assistait à l’incident,
m’a avoué plus tard sa peur de la réaction du
sergent. Mais quelques semaines plus tard le
triomphe révolutionnaire vint mettre fin à ses
craintes.
Le souvenir dormait dans
ma mémoire, jusqu’à la semaine dernière que nous
est parvenue la convocation à l’assemblée de
proposition de candidats de notre circonscription.
Il manquait celle de ma mère: «On m’a oubliée
parce que suis trop vieille?», demanda-t-elle,
offensée. Mais c’était une erreur, involontaire
bien sûr, qui fut immédiatement corrigée puisque
quelques jours auparavant, la présidente de notre
Comité de défense de la Révolution nous avait
rendu visite pour vérifier la liste; nous avons pu
par ailleurs vérifier que notre famille se
trouvait parmi les électeurs de la circonscription,
et que nous faisions donc partie des 8 174 859
enregistrés.
QUELLE ÉPOQUE!
Ces jours-ci beaucoup de
Cubains comme moi, à mi-chemin entre les jeunes et
les plus âgés, ne peuvent éviter de comparer les
élections actuelles à celles des années 50, notre
plus proche référence, lorsqu’au milieu d’un grand
barrage de propagande les rues se remplissaient
d’affiches sur lesquelles on voyait des visages
inconnus, presque toujours souriant d’une oreille
à l’autre, alors que l’ambiance était saturée de
chansons et de consignes trompeuses et de
promesses qui ne seraient jamais tenues.
J’ai pu vérifier à quel
point ces souvenirs m’ont marquée lors d’un séjour
à Topes de Collantes, communauté perchée à plus de
700 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans les
montagnes de l’Escambray, durant lequel j’ai
conversé avec des habitants du lieu vivant près du
majestueux sanatorium construit en 1946 et auquel
bien entendu ils n’avaient jamais eu accès.
Olimpia Salabarria n’a pas
oublié cette nuit des années 50 au cours de
laquelle un de ses jeunes frères tomba malade. Le
père alla frapper à la porte de l’hôpital et le
personnel de garde refusa de soigner l’enfant,
l’établissement ayant été construit pour
accueillir les familles et les représentants du
régime en place.
Comme presque partout dans
le pays à cette époque, les habitants de Topes de
Collantes manquaient des soins médicaux les plus
élémentaires et se voyaient donc obligés de se
déplacer sur une dangereuse voie de montagne jusqu’à
Trinidad, à environ une demi-heure de trajet, ou à
Santa Clara, à deux heures de route, où ils ne
pouvaient être hospitalisés que s’ils
s’engageaient à voter pour le politicien local.
En écoutant ce récit je ne
pouvais éviter de me demander combien de votes
aurait coûté le stimulateur cardiaque qui avait
sauvé ma mère en 1995 —et qui fut remplacé huit
ans plus tard— sans qu’elle eut à payer un centime
et sans le moindre engagement politique.
A MAIN LEVEE
Les habitants de l’île
savent qu’aujourd’hui personne ne peut exiger quoi
que ce soit en échange d’une hospitalisation,
d’une intervention chirurgicale, d’une bourse
d’études ou d’un emploi, qui leur sont garantis
par la loi et qui font partie intégrante des
droits humains.
Pour les ennemis de la
révolution cubaine, cependant, l’unique modèle «valable»
d’élections est celui du puissant voisin du Nord
où les candidats —qui se ressemblent comme deux
gouttes d’eau— dépensent des millions qui
pourraient être utilisés pour secourir les démunis
de ce pays, et finalement, après des mois de
tournées interminables, de discours et de dîners à
des milliers de dollars le couvert finissent par
se tendre un piège.
N’importe quel citoyen
cubain jouissant de ses droits politiques peut
être proposé comme candidat au Pouvoir populaire.
Les habitants des quartiers ou de communautés
rurales appartenant aux 15 112 circonscriptions du
pays, réunis en assemblées générales d’électeurs,
sont les seuls habilités à élire leurs candidats,
à main levée, parmi les citoyens les plus capables,
sans aucune promesse ou campagne électorale.
A ce jour, plus de 8 000
candidats ont été proposés au niveau des
circonscriptions. Parmi ceux-ci seront élus le 17
avril prochain les délégués aux Assemblées
municipales du Pouvoir populaire au vote libre,
direct et secret.
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