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Le sénateur Mel Martinez accusé de complicité avec
la firme Bacardi
PAR
GABRIEL MOLINA
LA décision du gouvernement
discrédité de George W. Bush qui a permis à la firme
Bacardi de s’emparer aux Etats-Unis de la marque
réputée de rhum Havana Club, s’est produite au
moment même où on accuse un ex-ministre du Commerce
de cette administration d’avoir accepté illégalement
des fonds de cette puissante entreprise d’origine
cubaine.
Citizens for Responsibility
and Ethics in Washington (CREW), un groupe nord-américain
de surveillance contre la corruption politique, a
accusé ce 7 août devant la Commission fédérale des
élections des États-Unis, l’ex-ministre et l’actuel
sénateur, le cubano-américain Mel Martinez, d’avoir
accepté illégalement des fonds, pour plus de 60 000
dollars, de la firme de boissons et rhums Bacardi
qui contrôle une bonne partie du marché mondial de
boissons alcooliques pour réaliser sa campagne au
siège dont il jouit maintenant au Sénat fédéral.
CREW lutte contre la corruption dans le gouvernement
des Etats-Unis au moyen de litiges créatifs. Le
groupe s’est distingué dernièrement en dénonçant le
réseau de corruption au Congrès créé par Jack
Abramoff, dont les connections ont provoqué la
démission du leader de la majorité à la Chambre des
représentants, Tom DeLay, un allié des législateurs
cubano-américains qui ont aussi été éclaboussés.
CREW allègue que Bacardi a
violé la Loi fédérale de campagne électorale et les
règlements de la FEC, en sollicitant des
contributions à une liste de distributeurs de
Bacardi pour la campagne de Martinez au Sénat.
Également, pour avoir utilisé des fonds corporatifs
pour payer le service de nourriture et de boissons
le 11 mai 2004, dans un événement ayant le même
objectif.
On dénonce que des employés
d’au moins trois distributeurs de Bacardi, Hunton &
Williams, Chesapeake Enterprises and The MWW Group,
ont fait des contributions à la campagne de Martinez
pour le Sénat, en répondant à l’appel de la firme.
Bacardi a déjà affirmé à la
FEC qu’elle a violé la loi en utilisant les fonds
corporatifs pour payer les dépenses de l’événement
électoral et a été condamné.e à 750 dollars d’amende
«pour ne pas avoir informé à temps de ces
contributions de campagne».
CREW a signalé que le
sénateur Martinez a violé les lois électorales en
n’identifiant pas les dirigeants de Bacardi, entre
autres, Eduardo Sardiña, principal exécutif de
Bacardi USA, et Frederick Wilson, conseiller général
de Bacardí USA, comme donateurs de 5 000 dollars à
la campagne du sénateur. Le groupe CREW a aussi
demandé à la FEC de mener une enquête et un audit de
la campagne de Martinez pour le Sénat durant le
cycle 2003 y 2004.
Melanie Sloan, directrice
exécutive de CREW a signalé que la situation est un
autre «exemple archi-typique de comment des
intérêts spéciaux utilisent de l’argent corporatif
pour acheter des influences à Washington».
Par un étrange hasard, la
dénonciation a eu lieu 24 heures avant que le
quotidien Wall Street Journal ait annoncé le 8 août
que Bacardi était sur le point de relancer la marque
de rhum Havana Club sur le marché des Etats-Unis.
Le Département du trésor des
Etats-Unis a ouvert le chemin à Bacardi en refusant
le permis nécessaire pour renouveler la propriété de
la marque au registre des Marques et brevets des
Etats-Unis à l’entreprise mixte Havana Club
International, formée par la firme française Pernod
Ricard et la cubaine Havana Rhum and Liquors, qui
distribue la marque dans le monde sauf aux Etats-Unis
où sa vente se trouve suspendue depuis 1974 par les
lois du blocus contre Cuba, là-bas appelé embargo.
La longue histoire d’outrage
aux lois des marques et brevets a connu son point
culminant en 1996 quand Bacardi a introduit sur le
marché étasunien un rhum nommé Havana Club produit
aux Bahamas. Havana Club International (HCI) a
intenté une poursuite.
Mais par une décision du 13
avril de 1999, dictée par la juge Shira Scheindling,
du district sud de New York, on a rejeté la
poursuite pour usurpation de marque contre la firme
Bacardi. Havana Club Holding (HCH) a décidé d’en
appeler.
Le verdict de Scheindling a
été basé sur la Section 211 de la Loi du budget
approuvée par le Congrès des Etats-Unis quelques
mois avant, le 21 octobre 1998, qualifiée par des
analystes comme étant une législation dont le seul
bénéficiaire est Bacardi.
L’entreprise cubano-française
a retrouvé le droit avec un recours devant une autre
instance fédérale supérieure. Mais la décision du
gouvernement Bush de ce mois passe par dessus le
mandat du tribunal.
Mel Martinez, alors
secrétaire au Commerce du gouvernement, avec les
congressistes également cubano-américains Iliana Ros
Lehtinen et les frères Diaz Balart à la Chambre, ont
été les artifices de cette créature juridique qui a
été rejetée par les organisations d’entreprises,
lesquelles se préoccupent de l’avenir du droit des
marques transgressées avec d’incalculables
conséquences.
Un dirigeant de Havana Club
international a dit en 1999 à Granma international
que «les ventes par Bacardi d’un rhum bahaméen
sous la marque Havana Club désoriente les
consommateurs nord-américains au sujet de l’origine
véritable de ce produit, violant le nom commercial
Havana Club. La Bacardi craint la compétition que
représente le rhum de Cuba, le Havana Club, dans le
monde, car nos ventes internationales ont quadruplé
au cours des cinq dernières années».
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