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 I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 17 août 2006

Le sénateur Mel Martinez accusé de complicité avec la firme Bacardi

PAR GABRIEL MOLINA

LA décision du gouvernement discrédité de George W. Bush qui a permis à la firme Bacardi de s’emparer aux Etats-Unis de la marque réputée de rhum Havana Club, s’est produite au moment même où on accuse un ex-ministre du Commerce de cette administration d’avoir accepté illégalement des fonds de cette puissante entreprise d’origine cubaine.

Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW), un groupe nord-américain de surveillance contre la corruption politique, a accusé ce 7 août devant la Commission fédérale des élections des États-Unis, l’ex-ministre et l’actuel sénateur, le cubano-américain Mel Martinez, d’avoir accepté illégalement des fonds, pour plus de 60 000 dollars, de la firme de boissons et rhums Bacardi qui contrôle une bonne partie du marché mondial de boissons alcooliques pour réaliser sa campagne au siège dont il jouit maintenant au Sénat fédéral. CREW lutte contre la corruption dans le gouvernement des Etats-Unis au moyen de litiges créatifs. Le groupe s’est distingué dernièrement en dénonçant le réseau de corruption au Congrès créé par Jack Abramoff, dont les connections ont provoqué la démission du leader de la majorité à la Chambre des représentants, Tom DeLay, un allié des législateurs cubano-américains qui ont aussi été éclaboussés.

CREW allègue que Bacardi a violé la Loi fédérale de campagne électorale et les règlements de la FEC, en sollicitant des contributions à une liste de distributeurs de Bacardi pour la campagne de Martinez au Sénat. Également, pour avoir utilisé des fonds corporatifs pour payer le service de nourriture et de boissons le 11 mai 2004, dans un événement ayant le même objectif.

On dénonce que des employés d’au moins trois distributeurs de Bacardi, Hunton & Williams, Chesapeake Enterprises and The MWW Group, ont fait des contributions à la campagne de Martinez pour le Sénat, en répondant à l’appel de la firme.

Bacardi a déjà affirmé à la FEC qu’elle a violé la loi en utilisant les fonds corporatifs pour payer les dépenses de l’événement électoral et a été condamné.e à 750 dollars d’amende «pour ne pas avoir informé à temps de ces contributions de campagne».

CREW a signalé que le sénateur Martinez a violé les lois électorales en n’identifiant pas les dirigeants de Bacardi, entre autres, Eduardo Sardiña, principal exécutif de Bacardi USA, et Frederick Wilson, conseiller général de Bacardí USA, comme donateurs de 5 000 dollars à la campagne du sénateur. Le groupe CREW a aussi demandé à la FEC de mener une enquête et un audit de la campagne de Martinez pour le Sénat durant le cycle 2003 y 2004.

Melanie Sloan, directrice exécutive de CREW a signalé que la situation est un autre «exemple archi-typique de comment des intérêts spéciaux utilisent de l’argent corporatif pour acheter des influences à Washington».

Par un étrange hasard, la dénonciation a eu lieu 24 heures avant que le quotidien Wall Street Journal ait annoncé le 8 août que Bacardi était sur le point de relancer la marque de rhum Havana Club sur le marché des Etats-Unis.

Le Département du trésor des Etats-Unis a ouvert le chemin à Bacardi en refusant le permis nécessaire pour renouveler la propriété de la marque au registre des Marques et brevets des Etats-Unis à l’entreprise mixte Havana Club International, formée par la firme française Pernod Ricard et la cubaine Havana Rhum and Liquors, qui distribue la marque dans le monde sauf aux Etats-Unis où sa vente se trouve suspendue depuis 1974 par les lois du blocus contre Cuba, là-bas appelé embargo.

La longue histoire d’outrage aux lois des marques et brevets a connu son point culminant en 1996 quand Bacardi a introduit sur le marché étasunien un rhum nommé Havana Club produit aux Bahamas. Havana Club International (HCI) a intenté une poursuite.

Mais par une décision du 13 avril de 1999, dictée par la juge Shira Scheindling, du district sud de New York, on a rejeté la poursuite pour usurpation de marque contre la firme Bacardi. Havana Club Holding (HCH) a décidé d’en appeler.

Le verdict de Scheindling a été basé sur la Section 211 de la Loi du budget approuvée par le Congrès des Etats-Unis quelques mois avant, le 21 octobre 1998, qualifiée par des analystes comme étant une législation dont le seul bénéficiaire est Bacardi.

L’entreprise cubano-française a retrouvé le droit avec un recours devant une autre instance fédérale supérieure. Mais la décision du gouvernement Bush de ce mois passe par dessus le mandat du tribunal.

Mel Martinez, alors secrétaire au Commerce du gouvernement, avec les congressistes également cubano-américains Iliana Ros Lehtinen et les frères Diaz Balart à la Chambre, ont été les artifices de cette créature juridique qui a été rejetée par les organisations d’entreprises, lesquelles se préoccupent de l’avenir du droit des marques transgressées avec d’incalculables conséquences.

Un dirigeant de Havana Club international a dit en 1999 à Granma international que «les ventes par Bacardi d’un rhum bahaméen sous la marque Havana Club désoriente les consommateurs nord-américains au sujet de l’origine véritable de ce produit, violant le nom commercial Havana Club. La Bacardi craint la compétition que représente le rhum de Cuba, le Havana Club, dans le monde, car nos ventes internationales ont quadruplé au cours des cinq dernières années».
 

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