|
Bosch se vante de ses exploits
terroristes à Miami
PAR
GABRIEL MOLINA
ORLANDO Bosch, l’auteur du
sabotage en vol de l’avion cubain parti de la
Barbade, a reconnu qu’il bénéficiait en 1971 de la
complicité active du chef des renseignements de
Pinochet, le général Manuel Contreras, pour tenter
d’assassiner le président Fidel Castro au Chili.
Le ténébreux pédiatre,
complice de Luis Posada Carriles, a raconté au
quotidien La Vanguardia, de Barcelone, le 16
août dernier, quelques-uns de ses exploits
terroristes, même si « le mot terroriste fait
maintenant mauvais effet».
--Nous sommes allés à Buenos
Aires et, par l’intermédiaire du journaliste Manuel
Fuentes, j’ai pris contact avec la Triple A, la plus
puissante organisation anticommuniste de l’époque,
et nous avons organisé un attentat contre
l’ambassadeur cubain. Après, on a fait mille choses…
« Sous la présidence de
Salvador Allende, Fidel passa un mois au Chili. Deux
de nos hommes entrèrent dans ce pays avec des
papiers de journalistes de la chaîne de télévision
vénézuelienne Venevision, révèle Bosch. Ils avaient
caché dans un appareil photo un pistolet de calibre
45. Le plan bénéficiait du soutien du chef des
renseignements chiliens, Manuel Contreras. Ses
agents ont dit à nos hommes de se jeter au sol après
avoir tiré et qu’on ferait semblant de les arrêter.
Ils étaient à deux mètres de Castro. »
--Et que se passa-t-il ?
demande le journaliste Andy Robinson à Miami.
-- Celui qui devait tirer ne
l’a pas fait… par peur !
Bosch se flatte aussi
d’avoir envoyé les frères Novo en Espagne en 1992,
avec de faux passeports. Eux aussi avaient pour
mission d’assassiner le président cubain.
Les frères Ignacio et
Guillermo Novo Sampoll ont comme Bosch de brillants
états de service en matière de terrorisme, des hauts
faits « qui font mauvais effet », et pas seulement
maintenant. Ce 21 septembre est la date du 30ème
anniversaire de l’assassinat de l’ancien ministre
chilien des Relations extérieures et ambassadeur
Orlando Letelier et de sa secrétaire, Ronny Moffit,
en plein centre de Washington. Lorsque Bosch et
Posada préparaient le sabotage de l’avion cubain un
mois plus tard, en octobre 1976, ils se félicitaient
bruyamment, selon des documents du FBI, du succès de
l’attentat contre Letelier. Ces attentats du gang de
Bosch et Posada, préparés dès juin 1976 à Saint-Domingue,
faisaient partie de ce qu’ils appelaient « la guerre
sur les chemins du monde », considérée comme
l’antécédent du Plan Condor : des assassinats
orchestrés par la CIA dans n’importe quel pays, y
compris à Washington… Et aujourd’hui, les cinq
Cubains qui essayaient de couper la voie au
terrorisme « sur les chemins du monde » sont
condamnés à de lourdes peines ou même à la prison à
vie.
Outre Bosch et les frères
Novo, une bonne partie du gang avait trempé dans la
pose d’explosifs dans la voiture de Letelier : Alvin
Ross, Virgilio Paz Romero, José Dionisio Suarez
Esquivel, Michael Townsend et Juan Manuel Diaz, tous
sous les ordres de Manuel Contreras et de Pedro
Espinosa, qui était chef des opérations du général
Pinochet.
Plus grave encore : les
enquêtes menées par le Comité sélect du Congrès des
Etats-Unis indiquent que le groupe, secondé par des
membres de la fameuse Opération 40 de la CIA, Frank
Sturgis et Pedro Diaz Lanz, est soupçonné de
participation à l’assassinat du président John F.
Kennedy.
Deux fois condamné à
perpétuité, Guillermo Novo est actuellement en
liberté. Bosch ne méritait pas moins. Bush père lui
accorda son pardon et l’autorisation de s’installer
à Miami à partir de juillet 1990, malgré un dossier
qui en faisait le plus dangereux terroriste du monde
terroriste. Mais Bush Sr fut un des cerveaux de
l’Opération 40*.
Tandis que Bosch se
rengorgeait de son passé, on apprenait à Miami que
des groupes de l’extrême droite, mal remis de leur
déception après l’opération chirurgicale du
président Fidel Castro, ourdissent actuellement des
plans contre le Sommet du Mouvement des pays non
alignés (MNOAL) qui aura lieu à La Havane du 11 au
16 septembre prochain.
Des représentants de deux
groupes accompagnés d’activistes cubains et
vénézueliens voyagent au Costa Rica, au Nicaragua,
au Pérou et en République dominicaine pour
orchestrer une campagne de soutien à leurs plans
contre le Sommet du MNOAL auprès des délégations de
ces pays, selon le porte-parole Martia Eugenia
Cosculluela.
La Vanguardia
note que Bosch a fait cinq ans de prison aux Etats-Unis
pour avoir tiré au bazooka contre un bateau polonais
ancré au port de Miami en 1968. Le journal ajoute qu’« il
a passé sept ans dans une prison vénézuelienne sous
l’accusation d’avoir organisé l’attentat contre le
vol de Cubana 455 (l’appareil qui explosa dans les
airs au large des côtes de la Barbade) en octobre
1976, causant la mort de 73 personnes à bord »…
Bosch fut remis en liberté en 1987 suite à des
démarches d’Otto Reich.
Bosch prétend que la CIA et
la Fondation nationale cubano-américaine ont
participé à ces plans, mais seulement à des périodes
déterminées.
Il a reconnu indirectement
sa participation à l’attentat contre l’avion, dans
sa réponse à La Vanguardia : « Pour moi,
c’est une cible de guerre. Il y a beaucoup de choses
que je ne peux pas dire. Mais il s’agissait bien
d’actes de guerre… Nous avions convenu à Saint-Domingue
(lors de la constitution du Commandement des
organisations révolutionnaires, en 1976) que tout ce
qui sortait de Cuba pour servir la gloire de Fidel
devait courir les mêmes risques que ceux qui, comme
nous, combattaient la tyrannie. »
Interrogé sur la situation
actuelle à Cuba, il affirme qu’il n’y a rien à faire
« parce que la répression est puissante. On peut
tout juste faire un graffiti. » Il n’a pas précisé
s’il entendait par graffiti les annonces lumineuses
de la Section des intérêts des Etats-Unis, sur
l’avenue du bord de mer ce La Havane. Par contre, il
se rappelle très bien qu’il y a une dizaine
d’années, « il y a eu des attentats contre des
hôtels de La Havane ».
-- Ça, c’est Luis Posada. Il
a payé un Salvadorien. Un Centre-américain. Pensez
donc, ils ont tellement faim que vous leur donnez
cent dollars et ils font n’importe quoi… Celui-ci
est entré à Cuba. Il transportait son matériel dans
un téléviseur. Il a posé trois bombes : une dans un
hôtel où un Italien est mort, et une autre au
restaurant La Bodeguita del Medio.
Bosch reconnaît qu’on a
alors laissé entendre que les attentats avaient été
effectués par des membres de l’armée de Cuba, « pour
la propagande ».
-- Mais aujourd’hui, il est
devenu difficile de trouver quelqu’un de disposé à
faire quelque chose. On a envoyé un type, et au lieu
de s’acquitter de sa mission il a pris l’argent et
il est allé voir une pute à Saint-Domingue. Aujourd’hui,
ça va vraiment mal.
-- Acceptez-vous d’être
catalogué comme terroriste ? demande Robinson.
-- Depuis le 11 Septembre,
le mot « terroriste » fait mauvais effet. Mais les
Nord-Américains tuent des milliers de femmes et
d’enfants en Irak. On ne gagne rien à lancer des
fleurs à Fidel.
También reconoció que ha
atentado contra buques españoles:
Il reconnaît aussi avoir
attenté contre des bateaux espagnols :
-- Oui, en 1968. Nous avions
onze hommes grenouille. Ce sont eux qui ont miné le
Santurce. A Miami, les Cubains étaient très
en colère contre l’Espagne… parce que l’Espagne
s’installait à Cuba avec le groupe Melia, ses hôtels,
etc… (Légère erreur : le groupe Melia n’entra à Cuba
qu’une vingtaine d’années plus tard… Mais notre
homme n’est pas à un mensonge près !)
Il vaudrait sans doute la
peine d’avoir l’avis d’Aznar et de ceux qui
prétendent encore sanctionner Cuba au sein de
l’Union européenne.
Et si c’était à refaire ?
lui demande le journaliste.
Bosch savoure son impunité…
-- Oui, je referais
exactement la même chose.
NOTE
LE New York Times du
17 août 1989 rapportait que la congressiste Lliana
Lehtinen s’était entretenue avec le président George
Bush (père) pour lui demander la grâce d’Orlando
Bosch.
La réunion était organisée
par Jeb Bush, fils du président, qui exerçait alors
les fonctions de chef de campagne électorale de Ros
Lehtinen. Quand, le 20 juillet de cette même année,
le président a gracié Bosch, le New York Times
a été le seul média à dénoncer cette décision dans
un éditorial. Manuel Contreras Sepulveda, le célèbre
assassin, chef de la direction des Renseignements de
Pinochet, déclara que Bush père avait été l’un des
organisateurs de la clique de Bosch.
Pour Pedro Escalona Carullo,
citoyen cubain né à Miami, qui avait infiltré les
principales organisations terroristes cubaines aux
Etats-Unis, la grâce n’avait rien d’étrange.
Escalona a témoigné devant des tribunaux judiciaires
que l’ancien président George Bush, quand il était
directeur général de la CIA, en 1976, avait organisé
un commando d’action, le CORE, pour faire la « guerre
sur les chemins du monde », à la tête duquel il
avait nommé le fameux terroriste Orlando Bosch.
Depuis déjà 1968, alors qu’il
dirigeait le groupe Poder Cubano, Bosch
s’était fait remarquer par des attentats contre des
bateaux, dont le Polonika, qui battait
pavillon polonais. Jugé et condamné aux Etats-Unis à
10 ans de prison, il n’a purgé que 4 ans de sa
peine.
Il a organisé au Venezuela
avec Luis Posada Carriles l’explosion de l’avion de
la Barbade en 1976. Escalona a déclaré que Ricardo
el Mono Morales avait transporté l’explosif
et que Luis Posada Carriles avait fabriqué la bombe.
Tous deux ont été condamnés, mais Bosch a pu sortir
de prison avec l’aide d’Otto Reich, et Posada s’est
enfui.
Bosch s’est réfugié à Miami
en 1988 mais les Services d’immigration ont refusé
de légaliser son entrée dans le pays car le
Département de la Justice le qualifiait de plus
grand terroriste des Etats-Unis et spécifiait qu’il
s’était enfui des Etats-Unis après avoir été libéré
sur parole, alors qu’il lui restait encore à purger
6 ans de prison.
Bosch a alors instruit
Adriana, son épouse, de chercher des avocats et lui
a annoncé qu’il menacerait d’avouer tout ce qu’il
savait de l’explosion de l’avion cubain qui venait
de la Barbade, où 73 personnes ont trouvé la mort.
En mai, les services
d’Immigration lui ont annoncé son expulsion, ce qui
a provoqué une mobilisation de ses partisans. Pour
mettre en oeuvre sa menace, l’auteur du crime de la
Barbade a écrit une lettre relatant tous les faits,
qu’il a remise à Pedro Corzo.
En novembre se sont
déroulées les élections présidentielles et elles
furent remportées par Bush. Rien d’étonnant donc à
ce que Bush lui ait «accordé sa grâce».
|