Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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 I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 7 décembre 2006

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

Est-ce, ou non, une question politique?

• MÊME si on n’aime pas parler d’échec, il est difficile de trouver un autre mot pour évoquer le résultat de la deuxième rencontre sur le Protocole de Tokyo qui s’est tenue à Nairobi. Kofi Annan, qui est en train de faire ses adieux au secrétariat général de l’ONU, a estimé qu’un «manque atterrant de leadership» s’est fait jour dans la capitale du Kenya.

Le dialogue entre 190 pays s’est déroulé sans difficulté pendant deux semaines, tant qu’on en restait sur les détails plus ou moins académiques de la thèse sur les dangers et les dégâts environnementaux. Par contre, la réunion a purement et simplement naufragé lorsqu’il a été demandé aux pays riches d’apporter une contribution supplémentaire au profit de l’Afrique, le continent le moins «polluant» du monde mais aussi celui qui subit les pires effets des changements climatiques.

Le problème réside dans le fait que sans la volonté des gouvernements des pays les plus «pollueurs», il est impossible d’avancer dans la réduction des émissions qui attaquent l’atmosphère. Le climat continuera donc de changer et, avec lui, certains comportements de l’humanité.

Cette rencontre a été l’occasion de prendre connaissance d’études minutieuses qui  auraient dû mobiliser les indifférents, s’il en reste. Le document connu sous le nom de Stern (qui est un conseiller du gouvernement britannique) indique que les impacts économiques du réchauffement global affecteront à hauteur de 20% l’économie de la planète si des mesures ne sont pas prises.

Les spécialistes n’ont pas manqué de signaler que dans le pays siège, le Kenya, les changements climatiques ont déjà provoqué la perte de 10 millions de têtes de bétail, pour cause de sécheresse, tandis que des réfugiés somaliens ont dû repasser la frontière pour cause d’inondations. Ces contrastes se répètent dans d’autres régions du monde, avec plus ou moins les mêmes effets, alors qu’il suffirait de 1% du PIB mondial pour y remédier.

Les deux grands moments de la lutte pour éviter d’atteindre un point de non-retour ont été la Convention sur le climat de 1992, qui a précédé la signature, par un groupe nombreux de nations, du Protocole de Kyoto. Le document a été signé en 1997 et entre en vigueur en 2005. Les signataires s’engagent à réduire de 5% les émissions de six des gaz à effet de serre, par rapport aux émissions de 1990.

On attendait de la réunion du Kenya des engagements effectifs et des plans d’action en vue de parvenir à un pacte plus solide à partir de 2012 et d’installer dans la conscience collective (et surtout dans celle des politiques qui peuvent décider de ce qui s’applique et de ce qui ne s’applique pas, de ce qui est accepté ou rejeté) l’idée très juste selon laquelle les patrons énergétiques actuels ne seront bientôt plus rentables. Cette idée tend à montrer, qu’il est de l’intérêt de tous, intérêt financier au premier chef, de faire face au problème plutôt que d’en subir les conséquences.

À des oreilles peu réceptives s’ajoutent de tristes réalités : les nations pauvres ne sont guère en mesure de procéder au changement technologique requis, à savoir d’implanter de  nouveaux systèmes énergétiques propres, qui reviennent encore très cher. Ces pays polluent moins, certes, mais il leur est demandé d’appliquer des mécanismes que les pays les plus pollueurs, disons les États-Unis, ne songent même pas à utiliser, même si cela fait du tort à tous les autres.

Il s’agit donc de compter et d’équilibrer, de mesurer à la fois la bonne volonté mais aussi les possibilités réelles de chacun. L’affaire est on ne peut plus grave, car certaines sources d’aliments exhibent déjà des signes de tarissement. Boris Worm, de l’Université Dalhousie du Canada, assure qu’un tiers des espèces marines ont disparu en raison d’une exploitation excessive (basée en particulier sur les techniques de capture) qui les empêche de se reproduire à leur rythme normal.

De l’avis de cet océanologue et d’autres de ses collègues, si des mesures correctives ne sont pas prises immédiatement, les espèces marines auront totalement disparu dans cinquante ans. L’étude qui a démontré ces sombres perspectives a été menée par de nombreux chercheurs européens et nord-américains, avec l’aide de groupes de techniciens expérimentés qui ont exploré toutes les régions marines de la planète.

«Les politiques doivent suivre les conseils des scientifiques et renforcer les interdictions de pêche, observer minutieusement l’évolution de la pêche et investir pour  assurer l’entretien de ce qu’il en reste (¼) Si rien ne se fait maintenant, nous n’aurons bientôt plus devant nous que trente ans de vie marine, alors que le poisson est un des aliments les plus sains pour l’homme et pour d’autres animaux.»On peut parfois avoir la sensation que les écologistes exagèrent,  mais ils ont raison d’insister sur l’urgence de remédier à des problèmes qui peuvent dégénérer en calamités et en phénomènes irréversibles (comme la fusion du Groenland ou la modification de la circulation thermohaline). Ils insistent sur le fait que l’action doit être coordonnée et en même temps relever de l’initiative de chaque Etat : de tels enjeux ne peuvent dépendre de la seule volonté individuelle ou des convenances de tel ou tel groupe. L’auto-exclusion de nations importantes occasionne de graves dommages et «autorise» les autres à ignorer des accords internationaux dont la stagnation ou le recul pourraient avoir des effets irréparables. . (Elsa Claro)
 

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