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LE
CHANGEMENT CLIMATIQUE
Est-ce, ou non, une question politique?
• MÊME si on n’aime pas parler
d’échec, il est difficile de trouver un autre mot
pour évoquer le résultat de la deuxième rencontre
sur le Protocole de Tokyo qui s’est tenue à Nairobi.
Kofi Annan, qui est en train de faire ses adieux au
secrétariat général de l’ONU, a estimé qu’un «manque
atterrant de leadership» s’est fait jour dans la
capitale du Kenya.
Le dialogue entre 190 pays s’est
déroulé sans difficulté pendant deux semaines, tant
qu’on en restait sur les détails plus ou moins
académiques de la thèse sur les dangers et les
dégâts environnementaux. Par contre, la réunion a
purement et simplement naufragé lorsqu’il a été
demandé aux pays riches d’apporter une contribution
supplémentaire au profit de l’Afrique, le continent
le moins «polluant» du monde mais aussi celui qui
subit les pires effets des changements climatiques.
Le problème réside dans le fait que
sans la volonté des gouvernements des pays les plus
«pollueurs», il est impossible d’avancer dans la
réduction des émissions qui attaquent l’atmosphère.
Le climat continuera donc de changer et, avec lui,
certains comportements de l’humanité.
Cette rencontre a été l’occasion de
prendre connaissance d’études minutieuses qui
auraient dû mobiliser les indifférents, s’il en
reste. Le document connu sous le nom de Stern (qui
est un conseiller du gouvernement britannique)
indique que les impacts économiques du réchauffement
global affecteront à hauteur de 20% l’économie de la
planète si des mesures ne sont pas prises.
Les spécialistes n’ont pas manqué de
signaler que dans le pays siège, le Kenya, les
changements climatiques ont déjà provoqué la perte
de 10 millions de têtes de bétail, pour cause de
sécheresse, tandis que des réfugiés somaliens ont dû
repasser la frontière pour cause d’inondations. Ces
contrastes se répètent dans d’autres régions du
monde, avec plus ou moins les mêmes effets, alors
qu’il suffirait de 1% du PIB mondial pour y
remédier.
Les deux grands moments de la lutte
pour éviter d’atteindre un point de non-retour ont
été la Convention sur le climat de 1992, qui a
précédé la signature, par un groupe nombreux de
nations, du Protocole de Kyoto. Le document a été
signé en 1997 et entre en vigueur en 2005. Les
signataires s’engagent à réduire de 5% les émissions
de six des gaz à effet de serre, par rapport aux
émissions de 1990.
On attendait de la réunion du Kenya
des engagements effectifs et des plans d’action en
vue de parvenir à un pacte plus solide à partir de
2012 et d’installer dans la conscience collective
(et surtout dans celle des politiques qui peuvent
décider de ce qui s’applique et de ce qui ne
s’applique pas, de ce qui est accepté ou rejeté)
l’idée très juste selon laquelle les patrons
énergétiques actuels ne seront bientôt plus
rentables. Cette idée tend à montrer, qu’il est de
l’intérêt de tous, intérêt financier au premier
chef, de faire face au problème plutôt que d’en
subir les conséquences.
À des oreilles peu réceptives
s’ajoutent de tristes réalités : les nations pauvres
ne sont guère en mesure de procéder au changement
technologique requis, à savoir d’implanter de
nouveaux systèmes énergétiques propres, qui
reviennent encore très cher. Ces pays polluent
moins, certes, mais il leur est demandé d’appliquer
des mécanismes que les pays les plus pollueurs,
disons les États-Unis, ne songent même pas à
utiliser, même si cela fait du tort à tous les
autres.
Il s’agit donc de compter et
d’équilibrer, de mesurer à la fois la bonne volonté
mais aussi les possibilités réelles de chacun.
L’affaire est on ne peut plus grave, car certaines
sources d’aliments exhibent déjà des signes de
tarissement. Boris Worm, de l’Université Dalhousie
du Canada, assure qu’un tiers des espèces marines
ont disparu en raison d’une exploitation excessive
(basée en particulier sur les techniques de capture)
qui les empêche de se reproduire à leur rythme
normal.
De l’avis de cet océanologue et
d’autres de ses collègues, si des mesures
correctives ne sont pas prises immédiatement, les
espèces marines auront totalement disparu dans
cinquante ans. L’étude qui a démontré ces sombres
perspectives a été menée par de nombreux chercheurs
européens et nord-américains, avec l’aide de groupes
de techniciens expérimentés qui ont exploré toutes
les régions marines de la planète.
«Les politiques doivent suivre les conseils des
scientifiques et renforcer les interdictions de
pêche, observer minutieusement l’évolution de la
pêche et investir pour assurer l’entretien de ce
qu’il en reste (¼) Si rien ne se fait maintenant,
nous n’aurons bientôt plus devant nous que trente
ans de vie marine, alors que le poisson est un des
aliments les plus sains pour l’homme et pour
d’autres animaux.»On peut parfois avoir la sensation
que les écologistes exagèrent, mais ils ont raison
d’insister sur l’urgence de remédier à des problèmes
qui peuvent dégénérer en calamités et en phénomènes
irréversibles (comme la fusion du Groenland ou la
modification de la circulation thermohaline). Ils
insistent sur le fait que l’action doit être
coordonnée et en même temps relever de l’initiative
de chaque Etat : de tels enjeux ne peuvent dépendre
de la seule volonté individuelle ou des convenances
de tel ou tel groupe. L’auto-exclusion de nations
importantes occasionne de graves dommages et
«autorise» les autres à ignorer des accords
internationaux dont la stagnation ou le recul
pourraient avoir des effets irréparables. .
(Elsa Claro)
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