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L’ambassadeur Aguirre ne savait donc rien des vols
illégaux de la CIA?
PAR JEAN-GUY ALLARD de Granma international
EN arrivant en Espagne comme «représentant
personnel de George Bush» — il s’identifie ainsi
— l’ambassadeur nord-américain Eduardo Aguirre Jr,
un Cubain nationalisé étasunien, s’est déclaré «anxieux»
de travailler dans un pays «ami et grand allié».
Dans un geste qualifié de «normal»
par son personnel, il a réservé sa première visite à
l’intérieur du pays, aux bases de Morón de la
Frontera (Séville) et de Rota (Cadix), où il a
visité les troupes de la US Army. Quelques jours
plus tard, son fragile sens de la diplomatie n’a pu
lui éviter de rappeler publiquement que le président
du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, ne
s’était pas levé au passage du drapeau des
États-Unis dans un défilé militaire, le 12 octobre
2003.
Rien ne destinait Aguirre à ce
métier quand il est arrivé aux Etats-Unis en 1961
pour ensuite faire des études universitaires de
sciences en Louisiane. Il s’est rapidement installé
au Texas où il a assuré sa prospérité à l’ombre de
George Bush père.
Il a connu le futur président en
1977, précisément au moment où le géniteur de
l’actuel président occupait la direction de la CIA.
On ne sait trop les circonstances
au cours desquelles les deux texans se sont
rencontrés, ni la nature des relations qu’ils ont eu
à ce moment, mais Aguirre confesse, à chaque
occasion qui s’offre, qu’il admire «profondément»
l’ex-président Bush et considère qu’il est une «inspiration».
«Ses qualités héroïques
(sic) m’inspirent pour faire davantage»,
a-t-il confessé dans une entrevue accordée à la
revue du conseil de Madrid de la très conservatrice
US Navy League, peu après son arrivée en Espagne.
Dans cet article, on précise que «au
fil des ans, la relation entre les deux hommes a
évolué à un niveau plus personnel, spécialement
quand l’ambassadeur Aguirre a commencé à travailler
pour George W. Bush, tout d’abord quand celui-ci a
été gouverneur du Texas, puis quand il est arrivé à
la présidence des Etats-Unis».
De Cubain, Aguirre n’a plus — et
encore! — que la langue, qu’il parle avec un accent
qui révèle son identification totale avec sa
nouvelle patrie.
Dans une entrevue qu’a publié le
quotidien espagnol La Vanguardia, on a
demandé au diplomate nord-américain quelle langue il
utilisait à la maison. Sa réponse ne peut être plus
franche :
— Avec mes enfants, l’anglais.
Avec ma femme, en ce qui nous vient à l’instant,
quoique quand ça devient sérieux, alors là,
toujours, nous parlons anglais.
Aguirre qui admet être mauvais en
mathématiques — il laisse cela «aux employés»,
dit-il — a travaillé durant 24 ans dans une
institution privée de crédit, la Bank of America,
une des plus grandes banques des Etats-Unis.
Il a commencé sa carrière avec le
gouvernement fédéral en 2001 quand George Bush fils
l’a nommé président de la banque d’Import-export des
Etats-Unis, qui se consacre à aider dans le
financement de la vente des exportations
nord-américaines, de préférence celle des copains,
en offrant garanties et crédits.
En 2003, Bébé Bush l’a nommé
premier directeur du Bureau des services de
citoyenneté et d’immigration (USCIS) du Département
de sécurité de la patrie (Homeland Security).
Il y a assuré la citoyenneté aux
50 000 soldats qui sont membres des forces armées
des États-Unis sans être citoyens nord-américains.
Il affirme que l’un des moments les
plus émouvants de sa carrière de tsar de
l’immigration fut en octobre 2004, quand il a voyagé
à la base nord-américaine de Bagram, en Afghanistan,
et au Camp Victory de Bagdad, en Irak, pour donner
la citoyenneté à un groupe de soldats «dans leur
uniforme de combat», a-t-il dit au reporter de
la Navy League.
Dans cette fonction, Aguirre a eu
sous sa responsabilité tous les services
d’immigration qu’il a dirigé avec l’intention de
renforcer la sécurité étasunienne, en restreignant
au maximum les rares droits des travailleurs
immigrants, à un point tel que, sous sa direction,
l’USCIS est demeurée paralysée avec 8 millions de
résidents détenant des visas périmés.
Membre actif de la faune
cubano-américaine la plus réactionnaire — liée
historiquement aux services souterrains de l’Etat
nord-américain, tels que la CIA — Aguirre s’est
toujours prêté à ses manœuvres occultes.
Autre hasard, diront ses affiliés
de la droite espagnole, Luis Posada Carriles entre
illégalement aux Etats-Unis, réapparaît à Miami et
arrive à demeurer en sol nord-américain, grâce à la
complaisance des fonctionnaires de l’immigration du
Texas, alors qu’Aguirre est toujours chef des
services migratoires.
«IL N’AVAIT PAS D’INDICATION»
DES VOLS INFERNAUX
Le 16 novembre 2005, Aguirre
affirme effrontément à la presse espagnole qu’«il
n’a pas d’indication» de ce que des avions de la
CIA aient utilisé les aéroports d’Espagne pour
transporter des suspects de terrorisme islamique.
Cependant, le 23 novembre, il
affirme qu’il ne parlera pas «de questions liées
au renseignement» en faisant référence aux vols
illégaux devant un public complaisant de
personnalités, dont Esperanza Aguirre, la mairesse
madrilène, une de ses plus serviles admiratrices.
Le 25 janvier, enfin, Aguirre
confesse que quelque chose s’est produit au sujet
des vols mais que «l’on a jamais violé la loi».
« Nous avons communiqué au
gouvernement espagnol que nous n’avions jamais violé
la loi. Au contraire, elle a été observée», a
déclaré avec candeur le copain de Bush.
Il y a quelques jours, un rapport
du parlement européen a dénombré 125 vols qui ont
fait escale, entre le 11 septembre 2001 et fin 2005
à Palma de Mallorque, Ibiza, Barcelone, Madrid,
Valence, Alicante, Málaga, Séville, Vigo et Tenerife
qui peuvent être reliés aux opérations de «restitutions
extraordinaires» menées par la CIA.
Chargé de mener cette enquête, le
parlementaire socialiste Claudio Fava a pu vérifier
que des avions de compagnies considérées des façades
de la CIA ont transporté d’innombrables suspects de
terrorisme à GuantAnamo ou à l’un ou l’autre des
camps de torture et d’interrogatoire qu’entretient
la CIA à plusieurs endroits.
L’ambassadeur Aguirre, «représentant
personnel de George Bush» en Espagne, ami de
George Bush père depuis qu’il dirigeait la CIA,
copain de la mafia terroriste cubano-américaine, ne
savait donc rien des vols illégaux et des «restitutions
extraordinaires» de la CIA ? Ou serait-ce qu’il
a collaboré activement à une opération à laquelle il
a fourni tout l’appui logistique nécessaire, sans
craindre de recourir au mensonge et à la tromperie,
en se moquant grossièrement d’un pays «ami et
grand allié»? |