Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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I N T E R N A T I O N A L

La Havane. 4 Juillet 2006

L’ambassadeur Aguirre ne savait donc rien des vols illégaux de la CIA?

PAR JEAN-GUY ALLARD de Granma international

EN arrivant en Espagne comme «représentant personnel de George Bush» — il s’identifie ainsi — l’ambassadeur nord-américain Eduardo Aguirre Jr, un Cubain nationalisé étasunien, s’est déclaré «anxieux» de travailler dans un pays «ami et grand allié».

 Dans un geste qualifié de «normal» par son personnel, il a réservé sa première visite à l’intérieur du pays, aux bases de Morón de la Frontera (Séville) et de Rota (Cadix), où il a visité les troupes de la US Army. Quelques jours plus tard, son fragile sens de la diplomatie n’a pu lui éviter de rappeler publiquement que le président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, ne s’était pas levé au passage du drapeau des États-Unis dans un défilé militaire, le 12 octobre 2003.

 Rien ne destinait Aguirre à ce métier quand il est arrivé aux Etats-Unis en 1961 pour ensuite faire des études universitaires de sciences en Louisiane. Il s’est rapidement installé au Texas où il a assuré sa prospérité à l’ombre de George Bush père.

 Il a connu le futur président en 1977, précisément au moment où le géniteur de l’actuel président occupait la direction de la CIA.

 On ne sait trop les circonstances au cours desquelles les deux texans se sont rencontrés, ni la nature des relations qu’ils ont eu à ce moment, mais Aguirre confesse, à chaque occasion qui s’offre, qu’il admire «profondément» l’ex-président Bush et considère qu’il est une «inspiration».

 «Ses qualités héroïques (sic) m’inspirent pour faire davantage», a-t-il confessé dans une entrevue accordée à la revue du conseil de Madrid de la très conservatrice US Navy League, peu après son arrivée en Espagne.

 Dans cet article, on précise que «au fil des ans, la relation entre les deux hommes a évolué à un niveau plus personnel, spécialement quand l’ambassadeur Aguirre a commencé à travailler pour George W. Bush, tout d’abord quand celui-ci a été gouverneur du Texas, puis quand il est arrivé à la présidence des Etats-Unis».

 De Cubain, Aguirre n’a plus — et encore! — que la langue, qu’il parle avec un accent qui révèle son identification totale avec sa nouvelle patrie.

 Dans une entrevue qu’a publié le quotidien espagnol La Vanguardia, on a demandé au diplomate nord-américain quelle langue il utilisait à la maison. Sa réponse ne peut être plus franche :

Avec mes enfants, l’anglais. Avec ma femme, en ce qui nous vient à l’instant, quoique quand ça devient sérieux, alors là, toujours, nous parlons anglais.

 Aguirre qui admet être mauvais en mathématiques — il laisse cela «aux employés», dit-il — a travaillé durant 24 ans dans une institution privée de crédit, la Bank of America, une des plus grandes banques des Etats-Unis.

 Il a commencé sa carrière avec le gouvernement fédéral en 2001 quand George Bush fils l’a nommé président de la banque d’Import-export des Etats-Unis, qui se consacre à aider dans le financement de la vente des exportations nord-américaines, de préférence celle des copains, en offrant garanties et crédits.

 En 2003, Bébé Bush l’a nommé premier directeur du Bureau des services de citoyenneté et d’immigration (USCIS) du Département de sécurité de la patrie (Homeland Security).

 Il y a assuré la citoyenneté aux 50 000 soldats qui sont membres des forces armées des États-Unis sans être citoyens nord-américains.

 Il affirme que l’un des moments les plus émouvants de sa carrière de tsar de l’immigration fut en octobre 2004, quand il a voyagé à la base nord-américaine de Bagram, en Afghanistan, et au Camp Victory de Bagdad, en Irak, pour donner la citoyenneté à un groupe de soldats «dans leur uniforme de combat», a-t-il dit au reporter de la Navy League.

 Dans cette fonction, Aguirre a eu sous sa responsabilité tous les services d’immigration qu’il a dirigé avec l’intention de renforcer la sécurité étasunienne, en restreignant au maximum les rares droits des travailleurs immigrants, à un point tel que, sous sa direction, l’USCIS est demeurée paralysée avec 8 millions de résidents détenant des visas périmés.

 Membre actif de la faune cubano-américaine la plus réactionnaire — liée historiquement aux services souterrains de l’Etat nord-américain, tels que la CIA — Aguirre s’est toujours prêté à ses manœuvres occultes.

  Autre hasard, diront ses affiliés de la droite espagnole, Luis Posada Carriles entre illégalement aux Etats-Unis, réapparaît à Miami et arrive à demeurer en sol nord-américain, grâce à la complaisance des fonctionnaires de l’immigration du Texas, alors qu’Aguirre est toujours chef des services migratoires.

«IL N’AVAIT PAS D’INDICATION» DES VOLS INFERNAUX

 Le 16 novembre 2005, Aguirre affirme effrontément à la presse espagnole qu’«il n’a pas d’indication» de ce que des avions de la CIA aient utilisé les aéroports d’Espagne pour transporter des suspects de terrorisme islamique.

 Cependant, le 23 novembre, il affirme qu’il ne parlera pas «de questions liées au renseignement» en faisant référence aux vols illégaux devant un public complaisant de personnalités, dont Esperanza Aguirre, la mairesse madrilène, une de ses plus serviles admiratrices.

 Le 25 janvier, enfin, Aguirre confesse que quelque chose s’est produit au sujet des vols mais que «l’on a jamais violé la loi».

 « Nous avons communiqué au gouvernement espagnol que nous n’avions jamais violé la loi. Au contraire, elle a été observée», a déclaré avec candeur le copain de Bush.

 Il y a quelques jours, un rapport du parlement européen a dénombré 125 vols qui ont fait escale, entre le 11 septembre 2001 et fin 2005 à Palma de Mallorque, Ibiza, Barcelone, Madrid, Valence, Alicante, Málaga, Séville, Vigo et Tenerife qui peuvent être reliés aux opérations de «restitutions  extraordinaires» menées par la CIA.

 Chargé de mener cette enquête, le parlementaire socialiste Claudio Fava a pu vérifier que des avions de compagnies considérées des façades de la CIA ont transporté d’innombrables suspects de terrorisme à GuantAnamo ou à l’un ou l’autre des camps de torture et d’interrogatoire qu’entretient la CIA à plusieurs endroits.

 L’ambassadeur Aguirre, «représentant personnel de George Bush» en Espagne, ami de George Bush père depuis qu’il dirigeait la CIA,  copain de la mafia terroriste cubano-américaine, ne savait donc rien des vols illégaux et des «restitutions  extraordinaires» de la CIA ?  Ou serait-ce qu’il a collaboré activement à une opération à laquelle il a fourni tout l’appui logistique nécessaire, sans craindre de recourir au mensonge et à la tromperie, en se moquant grossièrement d’un pays «ami et grand allié»?

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