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Israël réenvahit Gaza
PAR ELSA CLARO, de Granma international
LES indices sont flagrants et ne
permettent d’aboutir qu’à une conclusion: Israël
avait planifié l’invasion de Gaza et le soldat pris
en otage n’a servi que de prétexte pour avancer la
date de l’offensive. Le fait qu’elle ait lieu juste
au moment où les différents groupes palestiniens
viennent de signer un accord d’unité autour
d’objectifs communs ne fait que confirmer les
soupçons.
Le
gouvernement d’Ejud Olmert ne souhaite pas négocier
avec l’Autorité nationale palestinienne. Assis à la
table en présence de témoins internationaux, il
faudrait faire des concessions, et tel n’est pas le
projet conçu par Ariel Sharon et son héritier
politique. Etablir unilatéralement les frontières
définitives de l’Etat d’Israël, en gardant sous son
contrôle les sources d’eau qui partent de
Cisjordanie et continuer de surveiller les
mouvements palestiniens aux passages frontaliers,
cela, oui, figure au plan.
Dans un rapport adressé à la
Commission des droits de l’homme de l’ONU, le
professeur John Dugard, envoyé par cet organisme,
prévenait peu de temps avant le retrait juif d’il y
neuf mois qu’«Israël ne se propose pas d’abandonner
ses domaines de la Bande de Gaza. Il conservera la
haute main sur Gaza en en contrôlant les frontières,
les eaux maritimes et l’espace aérien. Par
conséquent, selon la loi, Israël reste un occupant
sujet aux obligations figurant dans la IVe
Convention de Genève».
Le texte du pacte international a
été violé à plusieurs reprises par Israël. Les
avertissements du Dugart n’étaient pas vains.
Revenus dans les territoires occupés il y quinze
jours, il s’exprimait ainsi: « Gaza est en état de
siège. Israël contrôle l’espace aérien et a
recommencé à lancer les explosifs qui terrorisent et
traumatisent le peuple palestinien. Les assassinats
sélectifs de militants augmentent. Inévitablement et
comme par le passé, ces assassinats occasionnent la
mort ou les blessures de passants innocents. Israël
contrôle aussi les eaux maritimes de Gaza et lance
ses missiles depuis des bateaux en mer¼».
A cette situation s’ajoutait le
boycott financier de l’Europe, des Etats-Unis et
d’Israël qui rend la vie encore plus précaire dans
la Bande de Gaza. Il s’agit d’un des instruments
utilisés pour asphyxier la population et la conduire
à rejeter le gouvernement de Hamas, élu selon les
règles établies par l’Occident.
Aurait-on peur de Hamas parce qu’il
ne reconnaît pas l’Etat d’Israël, parce qu’il ne
renie pas la lutte armée en tant qu’instrument de
conquête de la souveraineté? C’est peu probable.
Pour un pays doté d’une armée puissante et
solidement approvisionnée, et fort du contrôle de
toutes les entrées et sorties de ces enclaves, il ne
doit guère être problématique de faire face à des
poignées d’hommes mal armés. Par contre, ce sont des
motifs suffisants pour semer le bruit et la fureur,
créer des conditions déterminées et prendre des
mesures drastiques sous n’importe quel prétexte.
C’est un fait: en conciliant ses
points de vue et intérêts avec les autres forces
palestiniennes, Hamas représente une grave menace
pour les sionistes. Car cela signifie que Hamas sait
faire preuve de flexibilité, sait céder et mettre en
place des stratégies dynamiques qui ouvrent des
perspectives et donnent des capacités. Les obstacles
à la reconnaissance internationale du gouvernement
formé par Hamas demeurent aujourd’hui sans
fondement.
De fait, l’accord auquel sont
parvenues les forces palestiniennes maintient l’OLP
comme leur représentant général et reconnaît
implicitement auprès de Tel Aviv les frontières de
1967. Il y a encore davantage de pièces sur
l’échiquier, et plusieurs mouvements possibles, ce
qui ne convient pas à Olmert.
L’enlèvement d’une cinquantaine de
députés et de ministres palestiniens est
significatif dans ce contexte. Il s’agit de les
faire sortir de la circulation en les emprisonnant,
allez savoir dans quelles conditions et jusqu’à
quand, pour qu’ils ne puissent pas exercer
d’influence sur leur communauté. Ils pourraient
connaître le même destin que tant de femmes et
d’enfants palestiniens arrêtés sans chef
d’accusation ni raison déclarée et qui demeurent
reclus dans des prisons israéliennes.
Tout cela est normal pour un peuple
aux yeux duquel les actes insolites et les atrocités
sont devenus le pain quotidien. Et qui en concevrait
de la honte? Non, on se tait ou on soutient les
usurpateurs. Les Etats-Unis en tête. Cela ne fait
pas de doute: Bush savait que le coup se préparait.
Quelques minutes après le début de l’incursion juive
par air, terre et mer, il se jetait sur le premier
micro à sa portée pour dire que les Israéliens ont
«le droit de se défendre».
Et la très
propre Europe? Bien merci, c’est gentil de demander
des nouvelles¼
Recuadro (optativo)
• LA Bande de
Gaza a été occupée par Israël pendant la Guerre des
six jours (1967). Les Accords d’Oslo, signés en
1993, la restituaient à l’Autorité palestinienne.
Malgré les engagements signés dans la capitale
norvégienne, l’armée israélienne ne se retire de la
zone qu’en septembre 2005, avec la mise en pratique
du déploiement unilatéral de Sharon.
.Un accord
d’unité porte Hamas à reconnaître l’existence
d’Israël dans les frontières qui étaient les siennes
en 1967. Il est signé la veille de la réoccupation
de Gaza par des représentants d’Al Fatah, de Hamas,
de la Jihad islamique et du Front populaire de
libération. A l’heure qu’il est il s’appelle le
Document des prisonniers, car il a été signé par des
dirigeants palestiniens en prison.
. Plusieurs
résolutions internationales exigent la démolition du
mur et le retrait d’Israël à l’intérieur de ses
frontières. Mais on n’en parle guère. Pas plus
d’ailleurs que des assassinats commis par l’armée
israélienne contre une bonne centaine de civils,
dont trente enfants, depuis le début de l’année et
rien qu’à Gaza. Selon Amnesty International, quelque
six cents citoyens se trouvent actuellement dans des
prisons israéliennes sans chef d’accusation et dans
des conditions très strictes. |