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I N T E R N A T I O N A L

La Havane. 4 Juillet 2006

Israël réenvahit Gaza

PAR ELSA CLARO, de Granma international

LES indices sont flagrants et ne permettent d’aboutir qu’à une conclusion: Israël avait planifié l’invasion de Gaza et le soldat pris en otage n’a servi que de prétexte pour avancer la date de l’offensive. Le fait qu’elle ait lieu juste au moment où les différents groupes palestiniens viennent de signer un accord d’unité autour d’objectifs communs ne fait que confirmer les soupçons.

Israël réenvahit GazaLe gouvernement d’Ejud Olmert ne souhaite pas négocier avec l’Autorité nationale palestinienne. Assis à la table en présence de témoins internationaux, il faudrait faire des concessions, et tel n’est pas le projet conçu par Ariel Sharon et son héritier politique. Etablir unilatéralement les frontières définitives de l’Etat d’Israël, en gardant sous son contrôle les sources d’eau qui partent de Cisjordanie et continuer de surveiller les mouvements palestiniens aux passages frontaliers, cela, oui, figure au plan.

Dans un rapport adressé à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, le professeur John Dugard, envoyé par cet organisme, prévenait peu de temps avant le retrait juif d’il y neuf mois qu’«Israël ne se propose pas d’abandonner ses domaines de la Bande de Gaza. Il conservera la haute main sur Gaza en en contrôlant les frontières, les eaux maritimes et l’espace aérien. Par conséquent, selon la loi, Israël reste un occupant sujet aux obligations figurant dans la IVe Convention de Genève».

Le texte du pacte international a été violé à plusieurs reprises par Israël. Les avertissements du Dugart n’étaient pas vains. Revenus dans les territoires occupés il y quinze jours, il s’exprimait ainsi: « Gaza est en état de siège. Israël contrôle l’espace aérien et a recommencé à lancer les explosifs qui terrorisent et traumatisent le peuple palestinien. Les assassinats sélectifs de militants augmentent. Inévitablement et comme par le passé, ces assassinats occasionnent la mort ou les blessures de passants innocents. Israël contrôle aussi les eaux maritimes de Gaza et lance ses missiles depuis des bateaux en mer¼».

A cette situation s’ajoutait le boycott financier de l’Europe, des Etats-Unis et d’Israël qui rend la vie encore plus précaire dans la Bande de Gaza. Il s’agit d’un des instruments utilisés pour asphyxier la population et la conduire à rejeter le gouvernement de Hamas, élu selon les règles établies par l’Occident.

Aurait-on peur de Hamas parce qu’il ne reconnaît pas l’Etat d’Israël, parce qu’il ne renie pas la lutte armée en tant qu’instrument de conquête de la souveraineté? C’est peu probable. Pour un pays doté d’une armée puissante et solidement approvisionnée, et fort du contrôle de toutes les entrées et sorties de ces enclaves, il ne doit guère être problématique de faire face à des poignées d’hommes mal armés. Par contre, ce sont des motifs suffisants pour semer le bruit et la fureur, créer des conditions déterminées et prendre des mesures drastiques sous n’importe quel prétexte.

C’est un fait: en conciliant ses points de vue et intérêts avec les autres forces palestiniennes, Hamas représente une grave menace pour les sionistes. Car cela signifie que Hamas sait faire preuve de flexibilité, sait céder et mettre en place des stratégies dynamiques qui ouvrent des perspectives et donnent des capacités. Les obstacles à la reconnaissance internationale du gouvernement formé par Hamas demeurent aujourd’hui sans fondement.

De fait, l’accord auquel sont parvenues les forces palestiniennes maintient l’OLP comme leur représentant général et reconnaît implicitement auprès de Tel Aviv les frontières de 1967. Il y a encore davantage de pièces sur l’échiquier, et plusieurs mouvements possibles, ce qui ne convient pas à Olmert.

L’enlèvement d’une cinquantaine de députés et de ministres palestiniens est significatif dans ce contexte. Il s’agit de les faire sortir de la circulation en les emprisonnant, allez savoir dans quelles conditions et jusqu’à quand, pour qu’ils ne puissent pas exercer d’influence sur leur communauté. Ils pourraient connaître le même destin que tant de femmes et d’enfants palestiniens arrêtés sans chef d’accusation ni raison déclarée et qui demeurent reclus dans des prisons israéliennes.

Tout cela est normal pour un peuple aux yeux duquel les actes insolites et les atrocités sont devenus le pain quotidien. Et qui en concevrait de la honte? Non, on se tait ou on soutient les usurpateurs. Les Etats-Unis en tête. Cela ne fait pas de doute: Bush savait que le coup se préparait. Quelques minutes après le début de l’incursion juive par air, terre et mer, il se jetait sur le premier micro à sa portée pour dire que les Israéliens ont «le droit de se défendre».

Et la très propre Europe? Bien merci, c’est gentil de demander des nouvelles¼

Recuadro (optativo)

• LA Bande de Gaza a été occupée par Israël pendant la Guerre des six jours (1967). Les Accords d’Oslo, signés en 1993, la restituaient à l’Autorité palestinienne. Malgré les engagements signés dans la capitale norvégienne, l’armée israélienne ne se retire de la zone qu’en septembre 2005, avec la mise en pratique du déploiement unilatéral de Sharon.

.Un accord d’unité porte Hamas à reconnaître l’existence d’Israël dans les frontières qui étaient les siennes en 1967. Il est signé la veille de la réoccupation de Gaza par des représentants d’Al Fatah, de Hamas, de la Jihad islamique et du Front populaire de libération. A l’heure qu’il est il s’appelle le Document des prisonniers, car il a été signé par des dirigeants palestiniens en prison.

. Plusieurs résolutions internationales exigent la démolition du mur et le retrait d’Israël à l’intérieur de ses frontières. Mais on n’en parle guère. Pas plus d’ailleurs que des assassinats commis par l’armée israélienne contre une bonne centaine de civils, dont trente enfants, depuis le début de l’année et rien qu’à Gaza. Selon Amnesty International, quelque six cents citoyens se trouvent actuellement dans des prisons israéliennes sans chef d’accusation et dans des conditions très strictes.

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