Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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 I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 7 Juin 2006

Steve Forbes: ni les millions ni la tromperie n’ont pu lui obtenir un tour à la Maison Blanche
• «Si quelqu’un le branchait sur un détecteur de charisme, l’aiguille ne bougerait pas», a écrit une commentatrice nord-américaine durant la campagne des primaires de 1996 • Il a été le champion de la publicité électorale mensongère, selon une experte

PAR JEAN-GUY ALLARD, de Granma international

«STEVE Forbes entre dans un restaurant plein d’électeurs avec toute la prestance et la confiance d’une sardine entrant dans le bassin d’un requin», écrivait Roger Simon, du US News & World Report, durant la campagne de 2000 quand Forbes a de nouveau tenté de gagner l’investiture républicaine.

Et il donnait cette description: «Il plonge la tête vers le bas et se remonte les épaules, se tord les doigts par dessus les manches trop longues de sa chemise, dans son habit mal ajusté, et il cherche un assistant autour de lui…»

Aux présidentielles de 1996, Steve Forbes s’est distingué comme le candidat qui a le plus utilisé la technique de la publicité trompeuse (deceptive advertising, en anglais) en bombardant le public avec des milliers de messages perfides pour compenser son manque de charisme et dans le but délibéré de manipuler le vote.

Non seulement ses adversaires l’ont-ils commenté — comme l’a fait le républicain Bob Dole qui a attribué au manque d’éthique de Forbes la réélection de Bill Clinton — mais des spécialistes bien connus du sujet ont–ils fait de même. Kathleen Hall Jamieson, de l’Université de la Pennsylvanie, entre autres analystes, a conclu que Forbes a utilisé la publicité mensongère plus que tout autre candidat.

Un commentateur a calculé que l’éditeur multimillionnaire a dépensé 30 millions de dollars pour recueillir 900 545 votes, c’est à dire la somme absurde de 33 133 dollars et 16 cents par vote reçu.

Malgré le pouvoir que lui confère son immense fortune, les millions qu’il a engloutis dans une campagne démagogique et le prestige que lui confère la publication qu’il contrôle, Forbes n’est même pas parvenu à s’approcher de la candidature républicaine à la présidence, tellement sa personnalité est fausse et ennuyeuse.

«Si quelqu’un le branchait sur un détecteur de charisme, l’aiguille ne bougerait pas», a écrit une commentatrice nord-américaine durant la campagne des primaires de 1996, en se demandant pourquoi Forbes arrivait à faire les manchettes.

Après avoir analysé le personnage en détail, Sandy Grady, chroniqueure des journaux Knight-Ridder, arrivait à une simple conclusion: 17 922 585 dollars et 61 cents, la somme déclarée de l’argent que l’héritier de la revue financière avait investi dans sa candidature jusqu’à ce moment.

La journaliste ne pouvait imaginer un personnage politique ayant moins de brio: «Est-ce un être humain ou un zombie riche ?», demandait-elle.

« Malgré sa célébrité achetée au magasin du coin, Forbes est un candidat robot, une marionnette avec une enregistreuse implantée sous sa coiffure des années 50», ajoutait-elle avec ironie en se référant au caractère répétitif du discours politique de ce fils à papa burlesque.

À un autre moment, Pat Buchanan, un autre républicain, s’est demandé ce qui faisait l’éphémère succès du candidat: «Quatre cent quarante millions, plus ou moins», a-t-il répondu en se référant à l’immense fortune du politicien improvisé assis sur la fortune héritée de son grand-père.

Situé à la droite de Bush (si cela est possible!), Steve Forbes s’est exprimé dans ses campagnes contre le contrôle de la pollution et des armes, il ‘est opposé à l’avortement et il a réclamé des lois encore plus dures contre l’immigration. Il appartient au conseil de direction de la Heritage Foundation, berceau des John Bolton, Dan Fisk et de plusieurs autres énergumènes de la droite nord-américaine.

«IL MARCHE AVEC DES LIASSES DE BILLETS DE 50 DOLLARS…»

En réalité, le véritable but de Forbes dans les deux campagnes présidentielles auxquelles il a participé — 1996 et 2000 — était de payer moins d’impôts.

Et dans plusieurs des assemblées publiques auxquelles il a participé, il ne le cachait même pas. À un moment de ses interventions monotones, il l’affirmait d’une façon ou d’une autre, à sa clientèle sur le ton de la confidence: «Le seul programme que je respecterai à Washington est de restreindre les agents de l’IRS», le fisc fédéral.

Jay Leno, l’humoriste le plus connu de la télévision américaine, n’a pas perdu l’occasion de se moquer de ce multimillionnaire qui prétend sauver le peuple en s’emparant de la présidence du pays.

«Steve Forbes, candidat républicain à la présidence, vaut 400 millions de dollars. Il n’y a que dans notre système que l’on peut voir un individu qui vaut 400 millions dépenser 25 millions pour un poste qui en paye 200 000 et se prétendre un expert financier», a-t-il ironisé.

Un autre humoriste souligne jusqu’à quel point Steve Forbes compte sur sa seule fortune pour tenter de s’asseoir à la Maison blanche, malgré la médiocrité de son talent politique: «Pour avoir l’air plus grand, il marche avec des liasses de billets de 50 dollars attachés sous les pieds».
 

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