|
OTTO
REICH
Funérailles pour un menteur
PAR
JEAN-GUY ALLARD, de Granma international
SI mentir était une maladie
mortelle, Otto Reich se trouverait depuis longtemps
en phase terminale: sa dernière prouesse dans le
domaine de la tromperie, abstraction faite de son
caractère grotesque, montre bien comment un individu
au passé de délinquant confirmé peut continuer à
faire les manchettes et à manipuler le public
étasunien, avec la complicité d’organes de presse.
Le 26 octobre dernier, Reich
a publié sur Internet un article qui s’est
maintenant converti, sans aucun doute, en impair le
plus spectaculaire de sa carrière peu connue de
professionnel de la désinformation.
Ce jour-là, l’ex diplomate
numéro un de l’Administration Bush pour l’hémisphère
occidental, avec la plus grande sérénité, que si
Fidel n’était pas déjà mort, il le serait en une
question d’heures, et qu’il détenait la «confirmation
de sa maladie terminale» obtenue de «sources
usuelles mais de façon non conventionnelle».
Il ajoutait, sur le ton de
celui qui sait tout et encore davantage, que le «gouvernement
de Cuba a convoqué à La Havane des représentants des
principaux médias internationaux pour négocier les
meilleurs sièges, angles de caméras et entrevues»
et pour «les informer des règles fixées pour la
couverture des funérailles».
Ce qui suit est proprement
délirant: Reich confie à ses lecteurs que le modèle
de ces funérailles sorties de son imagination —
aussi malade que cynique — est¼ celui des
funérailles du pape Jean Paul II.
L’ex conseiller de Bush fils
pour l’Amérique latine poursuit avec une description
échevelée d’un événement qui n’a jamais eu lieu.
Cette œuvre mémorable —qui
sûrement aura contribué à la campagne permanente de
désinformation menée selon le Plan Bush— est
accompagnée d’une note complaisante où on mentionne
que Otto J. Reich a collaboré avec George W. Bush
entre 2001 et 2004, d’abord comme Secrétaire d’État
adjoint, puis au Conseil de sécurité national.
ASSOCIÉ À LUIS POSADA ET
FÉLIX RODRIGUEZ
Sa biographie officielle que
diffusaient les ambassades nord-américaines en
Amérique latine, alors qu’il était fonctionnaire de
la Maison blanche, omettait ses exploits les plus
remarquables : comment il a aidé Félix Rodriguez
Mendigutía, l’agent qui a ordonné l’assassinat du
Che au nom de la CIA, et Luis Posada Carriles, le
terroriste le plus dangereux du continent, à couvrir
le gigantesque trafic de drogue contre armes qui
alimentait la Contra nicaraguayenne.
Reich, en tant qu’ambassadeur
nord-américain à Caracas, a machiné l’entrée de
Orlando Bosch Avila, complice de Posada, sur le
territoire des États-Unis.
Né accidentellement à Cuba,
en 1945, d’un père autrichien, Reich s’est joint à
la CIA alors qu’il fréquentait l’Université de la
Caroline du nord, grâce à Frank Calzon qui orientera
ses pas vers la Maison blanche.
Après avoir passé deux ans
dans les rangs de l’armée, à Panama, (1967-69),
Reich s’installe à Miami en 1972 où prospère la
station JM/WAVE de la CIA qui multiplie les
opérations terroristes contre Cuba. On y trouve
Porter Goss que George Bush fils utilisera comme
chef de l’Agence, et un nombre important d’autres
terroristes qui réapparaîtront plus tard dans une
succession d’actes criminels, depuis le Watergate
jusqu’à l’Opération Condor.
ÉMINENT FABRIQUANT DE
FAUSSES NOUVELLES
Reich est apparu à la vue du
public nord-américain quand George Bush père, ex
chef de la CIA, est devenu vice-président dans
l’Administration Reagan. Il est alors nommé
directeur du Départment Amérique latine de l’Agence
nord-américaine pour le développement international
(USAID) où John Bolton est conseiller général.
Il devient ensuite chef de
ce qu’on appelait le Bureau de la diplomatie
publique, une invention de la CIA pour effectuer
officiellement, sous la couverture du Département
d’État, des tâches de couverture et de
désinformation. Il se trouve sous les ordres du
colonel Oliver North.
Des années plus tard, un
rapport du General Accountant Office révèlera la
nature des opérations de désinformation menées par
Reich dans la guerre sale menée au Nicaragua. Le
public nord-américain découvre alors comment, en
utilisant l’argent de ses impôts, il avait fabriqué
toute une série de mensonges grossiers dans le but
de désinformer tant les citoyens que les politiciens.
Il publiait des nouvelles
qui prétendaient faire croire que les sandinistes
nicaraguayens persécutaient les amérindiens
Misquitos et qu’il avaient acheté plusieurs
chasseurs Mig-29 à l’Union soviétique pour préparer
des attaques aériennes contre le territoire nord-américain.
Il allait jusqu’à ordonner
la rédaction de fausses déclarations qu’il faisait
signer des noms de cabecillas mercenaires de
la Contra.
Reich a publié des annonces
qui sollicitaient des dons en faveur de la Contra¼
afin de justifier l’apparition de l’argent du
trafique de drogue, réuni par ses complices de
Ilopango, dans les comptes de mercenaires
antisandinistes, dans des banques de Gran Caiman et
de Suisse.
À CARACAS, IL SORT BOSCH DE
SA PRISON
çQuand l’opération explose
au grand jour, Reich est soudainement nommé
ambassadeur des États-Unis à Caracas, au Venezuela.
Il y accomplit la mission de résoudre le cas de
Orlando Bosch qui était détenu pour l’attentat
désastreux contre le vol de Cubana. Il a alors
obtenu pour lui un verdict complaisant d’une cour
militaire.
Bosch porte alors
l’étiquette de dangereux terroriste: il a reconnu
publiquement — dans une entrevue publiée par le
revue New Times — être responsable de plus de
cinquante attentats réalisés par la CORU.
Bosch est arrivé aux États-Unis
le 17 mai 1998 avec un visa accordé illégalement par
Reich, malgré des directives contraires de
fonctionnaires du Département d’État, et il a été
immédiatement détenu pour avoir manqué à une
libération conditionnelle concédée des années
auparavant.
En juillet 1990, après une
campagne déclenchée par Reich, la candidate au
Congrès Ileana Ros-Lehtinen, son directeur de
campagne, Jeb Bush, et ses partenaires de la Miami
mafieuse, George Bush autorise sans grand risque la
libération du pédiatre assassin.
En 1991 et 1992, Reich — il
n’y a pas de limite à l’effronterie — représente les
États-Unis à la Commission des droits de l’homme des
Nations Unies, à Genève.
En 1996, il fonde RMA
international et reçoit 600 000 dollars de la
corporation Bacardi pour protéger ses intérêts et
pour faciliter l’adoption de la loi assassine Helms-Burton,
signée par Bill Clinton le 12 mars 1996, au milieu
de la période spéciale dans l’île.
En janvier 2002, Otto Juan
Reich était choisi comme secrétaire adjoint au
Département d’État malgré la volonté du Congrès qui
s’est refusé à donner son consentement à une
nomination aussi scandaleuse.
On sait aujourd’hui comment,
cette même année, il a encouragé des conspirateurs à
réaliser le coup d’État raté contre le président
vénézuélien Hugo Chavez et a orienté la campagne de
désinformation.
En 2003, forcé d’abandonner
son poste, il devient «envoyé spécial pour les
initiatives de l’hémisphère occidentale», un
poste qui lui permet d’autres «initiatives»
comme la préparation du putsch contre le président
haïtien Aristide et la création de la Commission
d’assistance à une Cuba libre qui donnera lieu au
Plan Bush et ses annexes secrètes d’agression.
Reich a démissionné le 4 mai
2004 pour réaliser, à son compte, des opérations de
lobbying, en plus de se consacrer, avec la
complicité d’une certaine presse qui feint d’ignorer
son passé et l’utilise comme référence, à sa
spécialité : le mensonge.
Sa dernière primeur pourrait
cependant marquer la fin de ce qui lui restait comme
valeur marchande. Et sa mort politique puisqu’il y a
une limite au délire, même avec des lettres de
course du clan Bush à la main.
|