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Dernière chance pour McKinnon
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Le hacker anglais, menacé
d’extradition vers les Etats-Unis, fixé sur son sort
le 13 février prochain
Michel Porcheron
Son
transfert vers un pénitencier américain, pourquoi
pas Guantanamo, une peine à purger dans une prison
anglaise, de lourdes sanctions pécuniaires ou….la
relaxe, le sort de cet Anglais de Londres, Gary
McKinnon, menacé d’extradition vers les Etats-Unis
pour avoir pénétré des systèmes informatiques de la
NASA et d’autres ordinateurs sensibles, devrait être
connu le 13 ou le 14 février prochain.
Celui que la presse britannique nomme le « Nasa
hacker » vient en effet d’apprendre que son derniers
recours pour échapper à l'extradition vers les
Etats-Unis allait être examiné à cette date devant
la Haute Cour londonienne. Il risque jusqu'à 70 ans
d'emprisonnement et une amende de…1,75 million de
dollars, si la Cour suit les réquisitions
américaines.
McKinnon, 40 ans, un des plus célèbres hackers de
ces dernières années, avait réussi en effet à
s’introduire dans des ordinateurs américains de
secrets-défense entre 2001 et 2002. Il ne l’a jamais
nié, avançant pour sa défense leurs défauts de
protection qui lui ont permis son intrusion, mais
sans pour autant avoir voulu mener une attaque
informatique.
« Ma technique
d'intrusion reposait sur une série de scan pour
trouver un mot de passe vierge. Techniquement c'est
à la portée de pas mal de hackers », expliquait-il.
Il est au cœur d’une affaire judiciaire qui, au-delà
de son impact dans le cyber-univers, pose la
question de la subordination de la justice
britannique aux intérêts américains, autrement dit
l’indépendance de Londres à l’égard de Washington.
McKinnon est
réaliste sur sa situation et même s’il garde
l'espoir il a récemment déclaré à la presse
britannique avoir peu de chances de l'emporter : «
Je ne crois pas en l'indépendance de ce gouvernement
vis-à-vis des Etats-Unis ». Un argument recevable
après le scandale de l'affaire Enron et
l'extradition de plusieurs citoyens britanniques
vers le pays de l’Oncle Sam.
Son
affaire a déjà connu plusieurs étapes (2).
Arrêté au mois de
juin 2005, il est accusé d'avoir mené le plus gros
hacking de données militaires de tous les temps en
s'introduisant sur une centaine de machines
notamment de la Nasa, de la Navy et du Pentagone. Le
montant des dommages occasionnés par ce hack est
estimé par le gouvernement américain à 700.000
dollars. McKinnon, qui s'est largement exprimé dans
la presse et dans les forums dédiés au hacking a
répliqué que rien n’a été en réalité endommagé.
McKinnon, surnommé Solo sur le réseau, a très vite
compris qu’il pouvait être extradé vers Guantanamo,
bagne qu’on ne présente plus. « Au début, en
entendant cela, j'ai bien rigolé, je me suis dit
c'est ridicule, seulement j'ai rapidement déchanté
en apprenant que des innocents étaient enfermés
pendant des années dans ce camp ».
Depuis le début
de l'affaire, il lutte pour éviter cette dramatique
extradition, déclarant notamment : «aux USA je suis
déjà au bout de la corde ». Son inquiétude augmenta
quand la cour britannique, à la fin du printemps,
fit savoir que la demande d’extradition de la part
de Washington était recevable et qu’elle ne s’y
opposerait pas.
Le
ministre de l'Intérieur John Reid signait
immédiatement l'ordre d'extradition vers les
Etats-Unis. « Je suis triste, mon sentiment actuel
est d'être abandonné par mon propre gouvernement »,
commentait-il alors. McKinnon fit appel, mais durant
l’été, son appel fut rejeté, la cour renvoyant
l’affaire devant la Haute cour (HC) londonienne.
Si la HC
confirmait la recevabilité de la demande
d’extradition, il ne resterait plus à McKinnon qu’à
se présenter devant la Cour des Lords. Mais, estime
le site Silicon.fr, il y a peu d'espoir pour que
cette dernière remette en cause la décision de la
cour d'appel.
Un seul argument
milite en faveur de l’informaticien anglais : il n’a
jamais mené la moindre attaque informatique au
Royaume-Uni. "Notons que sans la pression du
gouvernement américain pour récupérer McKinnon, il y
a fort à parier que la justice britannique aurait
abandonné les poursuites », vient d’estimer l’expert
français Arnaud Dimberton pour le site Silicon.fr.
Il a ajouté que « le texte de loi britannique sur
l'extradition de 2003 a été imposé après les
attentats du 11 septembre 2001. Cette loi n'a pas
été ratifiée par le gouvernement américain. Du coup,
si les Etats-Unis peuvent demander l’extradition de
McKinnon, le gouvernement britannique ne peut pas
obtenir l'extradition d'un américain. Si la justice
anglaise décide d'extrader McKinnon, il y a fort à
parier que les langues vont jaser en particulier sur
l'assujettissement de la Grande-Bretagne vis-à-vis
des USA, un vrai sujet de société outre- Manche où
le grand frère US est de plus en plus vilipendé ».
McKinnon ne
refuse pas le principe d'un procès, seulement il
veut que cela se passe en Grande-Bretagne car c'est
depuis son pays d’origine que le pirate a mené ses
attaques. Interrogé par le magazine en ligne Out-
Law, il a estimé que l’exposé des accusations
portées contre lui a été monté de toutes pièces pour
faciliter son extradition vers les Etats-Unis. «
Pour être extradable selon les lois de
l'informatique en place aux États-Unis il faut avoir
causé un dommage d'au moins 5.000 dollars. Ce qui
est étonnant c'est que l'administration américaine
considère que j'ai exactement causé 5.000 dollars de
dommages sur chacune des machines que j'ai pénétrées.
Il est clair qu'il s'agit d'un argument monté de
toutes pièces ».
Gary McKinnon a
de l’humour, bien anglais. Il pense que l’orange de
l’uniforme des détenus de Guantanamo n’irait pas
bien avec la couleur tirant vers le roux de ses
cheveux.
(1) consulter le site (en anglais) http://freegary.org.uk/
. Contacts : info@freegary.org.uk Pour l’heure,
prévenu libre, cet informaticien de haut niveau
subit la plus sévère des frustrations.
En bas de page du site on lit en
effet: NB- Gary McKinnon is « not allowed to use any
computer connected to the Internet », as part his
current bail conditions.
(2) voir nos Cubarte des 2 et 30 mai 2006.
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