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La Havane. 30 Janvier 2007

Dernière chance pour McKinnon
Le hacker anglais, menacé d’extradition vers les Etats-Unis, fixé sur son sort le 13 février prochain

Michel Porcheron

Son transfert vers un pénitencier américain, pourquoi pas Guantanamo, une peine à purger dans une prison anglaise, de lourdes sanctions pécuniaires ou….la relaxe, le sort de cet Anglais de Londres, Gary McKinnon, menacé d’extradition vers les Etats-Unis pour avoir pénétré des systèmes informatiques de la NASA et d’autres ordinateurs sensibles, devrait être connu le 13 ou le 14 février prochain.

Celui que la presse britannique nomme le « Nasa hacker » vient en effet d’apprendre que son derniers recours pour échapper à l'extradition vers les Etats-Unis allait être examiné à cette date devant la Haute Cour londonienne. Il risque jusqu'à 70 ans d'emprisonnement et une amende de…1,75 million de dollars, si la Cour suit les réquisitions américaines.

McKinnon, 40 ans, un des plus célèbres hackers de ces dernières années, avait réussi en effet à s’introduire dans des ordinateurs américains de secrets-défense entre 2001 et 2002. Il ne l’a jamais nié, avançant pour sa défense leurs défauts de protection qui lui ont permis son intrusion, mais sans pour autant avoir voulu mener une attaque informatique. « Ma technique d'intrusion reposait sur une série de scan pour trouver un mot de passe vierge. Techniquement c'est à la portée de pas mal de hackers », expliquait-il. Il est au cœur d’une affaire judiciaire qui, au-delà de son impact dans le cyber-univers, pose la question de la subordination de la justice britannique aux intérêts américains, autrement dit l’indépendance de Londres à l’égard de Washington.

McKinnon est réaliste sur sa situation et même s’il garde l'espoir il a récemment déclaré à la presse britannique avoir peu de chances de l'emporter : « Je ne crois pas en l'indépendance de ce gouvernement vis-à-vis des Etats-Unis ». Un argument recevable après le scandale de l'affaire Enron et l'extradition de plusieurs citoyens britanniques vers le pays de l’Oncle Sam.

Son affaire a déjà connu plusieurs étapes (2).

Arrêté au mois de juin 2005, il est accusé d'avoir mené le plus gros hacking de données militaires de tous les temps en s'introduisant sur une centaine de machines notamment de la Nasa, de la Navy et du Pentagone. Le montant des dommages occasionnés par ce hack est estimé par le gouvernement américain à 700.000 dollars. McKinnon, qui s'est largement exprimé dans la presse et dans les forums dédiés au hacking a répliqué que rien n’a été en réalité endommagé. McKinnon, surnommé Solo sur le réseau, a très vite compris qu’il pouvait être extradé vers Guantanamo, bagne qu’on ne présente plus. « Au début, en entendant cela, j'ai bien rigolé, je me suis dit c'est ridicule, seulement j'ai rapidement déchanté en apprenant que des innocents étaient enfermés pendant des années dans ce camp ».

Depuis le début de l'affaire, il lutte pour éviter cette dramatique extradition, déclarant notamment : «aux USA je suis déjà au bout de la corde ». Son inquiétude augmenta quand la cour britannique, à la fin du printemps,  fit savoir que la demande d’extradition de la part de Washington était recevable et qu’elle ne s’y opposerait pas. Le ministre de l'Intérieur John Reid signait immédiatement l'ordre d'extradition vers les Etats-Unis. « Je suis triste, mon sentiment actuel est d'être abandonné par mon propre gouvernement », commentait-il alors. McKinnon fit appel, mais durant l’été, son appel fut rejeté, la cour renvoyant l’affaire devant la Haute cour (HC) londonienne.

Si la HC confirmait la recevabilité de la demande d’extradition, il ne resterait plus à McKinnon qu’à se présenter devant la Cour des Lords. Mais, estime le site Silicon.fr, il y a peu d'espoir pour que cette dernière remette en cause la décision de la cour d'appel.

Un seul argument milite en faveur de l’informaticien anglais : il n’a jamais mené la moindre attaque informatique au Royaume-Uni. "Notons que sans la pression du gouvernement américain pour récupérer McKinnon, il y a fort à parier que la justice britannique aurait abandonné les poursuites », vient d’estimer l’expert français Arnaud Dimberton pour le site Silicon.fr. Il a ajouté que « le texte de loi britannique sur l'extradition de 2003 a été imposé après les attentats du 11 septembre 2001. Cette loi n'a pas été ratifiée par le gouvernement américain. Du coup, si les Etats-Unis peuvent demander l’extradition de McKinnon,  le gouvernement britannique ne peut pas obtenir l'extradition d'un américain. Si la justice anglaise décide d'extrader McKinnon, il y a fort à parier que les langues vont jaser en particulier sur l'assujettissement de la Grande-Bretagne vis-à-vis des USA, un vrai sujet de société outre- Manche où le grand frère US est de plus en plus vilipendé ».

McKinnon ne refuse pas le principe d'un procès, seulement il veut que cela se passe en Grande-Bretagne car c'est depuis son pays d’origine que le pirate a mené ses attaques. Interrogé par le magazine en ligne Out- Law, il a estimé que l’exposé des accusations portées contre lui a été monté de toutes pièces pour faciliter son extradition vers les Etats-Unis. « Pour être extradable selon les lois de l'informatique en place aux États-Unis il faut avoir causé un dommage d'au moins 5.000 dollars. Ce qui est étonnant c'est que l'administration américaine considère que j'ai exactement causé 5.000 dollars de dommages sur chacune des machines que j'ai pénétrées. Il est clair qu'il s'agit d'un argument monté de toutes pièces ».

Gary McKinnon a de l’humour, bien anglais. Il pense que l’orange de l’uniforme des détenus de Guantanamo n’irait pas bien avec la couleur tirant vers le roux de ses cheveux.

(1) consulter le site (en anglais) http://freegary.org.uk/ . Contacts : info@freegary.org.uk Pour l’heure, prévenu libre, cet informaticien de haut niveau subit la plus sévère des frustrations. En bas de page du site on lit en effet: NB- Gary McKinnon is « not allowed to use any computer connected to the Internet », as part his current bail conditions.

(2) voir nos Cubarte des 2 et 30 mai 2006.
 

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