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 E C O N O M I E

La Havane. 8 Février 2007

ESPACE FUMEUR
Havanes: Comment se payer un luxe avec une petite poignée d’euros

Par Michel Porcheron

Trente trois marques de havane, le meilleur cigare du monde entier et d’ailleurs, environ 300 vitoles et 400 références de prix. De quoi s’y perdre. Surtout si vous êtes novice. Vous cherchez « vitole » dans votre dictionnaire préféré. Ce mot féminin est aux abonnés absents. Rabattez-vous sur un mot approchant, module, taille, forme. En espagnol de Castille, vitola au sens figuré veut dire aspect (d’une personne).

Novice - et non VIP, comme ceux qui vont fréquenter le IXe Festival International du Havane (1) du 26 février au 2 mars - vous cherchez seulement à vous initier. Mais vous faîtes partie, non pas des radins, de ceux qui ont des oursins dans le porte-monnaie, mais des fauchés ou vraiment trop fauchés pour vous payer le must, soit un double corona de Cohiba (27,50 euros l’unité, en France), un robusto de Montecristo (16,70) ou encore un figurado de Partagás (13,20). Déraisonnable pour votre bourse. Achèteriez-vous une Rolls-Royce, une Ferrari ou un Quatre-quatre urbain à 7 places, vingt quatre heures après avoir eu votre permis ? C’est plutôt la dernière petite Renault Logan qui correspondrait à votre budget.

Idem pour les havanes. Sur lesquels vous êtes mal informé. Qui dit havane, pensez-vous, dit forcément grosses cylindrées. Première erreur. Qui dit acheter des havanes, dit payer une boîte de 25, soit 24 de trop ? Deuxième erreur.

Un jour, comme quoi le hasard fait bien les choses, vous débarquez à La Havane (ou à Santiago, Varadero ou Holguín). Sur un petit bout de papier pense-bête, style Post-It, vous aviez écrit avant votre départ, car vous avez, depuis le secondaire, quelques notions d’espagnol : « cigares, il me faut du bueno, bonito y barato ».

Et troisième erreur : comme tous vos collègues de noviciat, vous ignorez que chez votre marchand de journaux, votre kiosquier, au coin de votre rue en France, se trouve, pas toujours mis en évidence il est vrai, une bible pour débutants : « Les 100 meilleurs cigares à moins de 6 euros » (6 euros en France) que publie chaque année le bimestriel L’Amateur de Cigare (www.amateurdecigare.com) dont le directeur de publication est Jean Paul Kauffmann (n°52, Palmarès 2006, 5,50 euros, correspondants à La Havane : José Goitia et Stéphane Ferrux ). Sur « les 100 » (« cent » est plus parlant que « 98 ») 47 sont des havanes, 27 viennent de Saint-Domingue, 15 du Honduras, 5 du Nicaragua et pour la première fois sont mentionnés, 2 du Mexique et 2 des Philippines.

Comme le bordeaux est moins cher dans le Bordelais qu’au Japon ou ailleurs, le havane est bien plus abordable à Cuba qu’en France ou ailleurs. Une lapalissade. Mais quelles sont les différences de prix, demandera notre débutant curieux ? Variable. Il n’y a pas de règle. La fourchette va de 50 à 25 %. Et les bonnes « affaires » sont à découvrir sur l’ensemble de la pyramide. A titre d’exemples, le Quintero Londres Extra (au 4 ième rang des ventes en France durant le premier semestre 2006) vaut 2 euros en France et 0,91 à Cuba (1,05 cuc). Et le robusto de Romeo y Julieta 13 en France et 5,01 à Cuba. CQFD.

A rappeler qu’à Cuba, les achats se font avec une devise locale le CUC, peso cubain convertible et en janvier 2007, avec un euro on obtient environ 1,14 CUC, monnaie désormais indexée sur le cours dollar US/Euro.

Soit 49 havanes sur les quelque 180 en vente sur le marché français dans cette gamme de prix. Dans la même gamme, existent à Cuba près de 320 références de prix…Autrement dit à Cuba, mecque du cigare de luxe, seules 80 références passent la barre des six euros l’unité…

A savoir qu’il n’y a pas de havanes bas de gamme, il n’existe que des havanes moins chers que d’autres. Il n’y a pas de mauvais havanes, il en est de médiocres. Et cerise sur le gâteau pour notre novice, ils peuvent être vendus à l’unité ou en étuis de 3,5 ou 10. Un bon plan isn’t it ?

Pour les pingres, les regardants ou les désargentés, parmi les 49, taper dans les José L. Piedra (1,30 et 1,50 euro l’unité en France), ce sont avec les Belinda les moins chers en France et à Cuba (moins d’un euro). Le comité de dégustation de l’Amateur (CDA) n’a retenu aucun Belinda, mais deux José L. Piedra, le Conservas (corona, 0,82 euros à Cuba) et le Cremas (petit panatella, 0,69), classés juste « honnête ».

A l’autre bout de la gamme, à six euros pile, choisir entre : le Petit Coronas de Bolivar/ le Petit Coronas de H.Upmann/ le Hoyo de Monterey (Short Hoyo Coronas) / le Montecristo n°5 (très petit corona) / le Royal Selection n°12 de Punch et le Panetelas de Quai d’Orsay (en français dans le texte).

Mais pour son Palmarès 2006, le CDA (1) a sélectionné cinq havanes avec la note « excellent » et avec des prix entre 4,5 et 6 euros :

- le Petit Coronas de Bolivar

- le Médaille d’Or N° 3 de La Gloria Cubana

- le Coronas Senior de Partagás

- le Royal Selection n°12 de Punch

- le Romeo y Julieta N° 2 (petit corona).

A Cuba les prix de ces havanes se situent …entre 2,16 et 3,93 euros (soit entre 2,50 et 4,55 cuc). Hors Palmarès, quatorze autres havanes obtiennent également les meilleures notes, dont les 3 Bolivar de la liste, les 2 Juan Lopez, 2 Por Larrañaga et 2 autres Romeo y Julieta, etc…Pour les novices un peu excentriques, les 2 figurados de la marque Cuaba sont à essayer. Ils pourront noter que seules trois très grandes marques ne figurent pas dans la liste des 49, Cohiba, Trinidad et Vegas Robaina.

A Cuba, à moins de 6 euros, ou nettement moins, il faudrait ajouter –entre autres- le Bolivar Tubos N°2 (petit corona) et trois robusto (124 mm x 19,84 mm, le format le plus vendu en France), Le Choix suprême de Rey del Mundo, de H.Upmann le Connoisseur N°1 (ainsi écrit) L’Epicure N°2 de Hoyo de Monterrey, Le Princess de Partagás ou encore le Habanera N°2 de Gispert (à recommander).

Liste très sélective pour ne pas lasser notre débutant et le surcharger de conseils.

Par ailleurs, mais on ne va s’appesantir, Cuba fabrique désormais des mini- havanes en étuis de 5, 20, 25 ou 50 (un peu plus de 20 variétés de marques), mini qu’on a toujours tendance à appeler en France cigarillos.

Page 18 de ce numéro « Les 100… », un encadré est destiné aux « superfauchés en voyage à Cuba ». « Si vos devises son rares ou votre curiosité insatiable », dit la revue, essayez le cigare de consumo nacional, vendu un peso cubain (on dit aussi moneda nacional, M.N) dans les petites boutiques ou bars en M.N. (un CUC = 25 pesos cubains). Pourquoi pas ? Plusieurs marques existent, les Selectos, les Moya ou les Cacique. On y trouve de tout, de l’honnête, du moyen ou du médiocre, le cigare peut avoir des problèmes de combustion, de tirage ou de consistance (trop serré ou trop mou). Les Cubains qui en consomment une énorme quantité les appellent los tabacos de la bodega (épicerie). A Cuba, quand on parle de cigare, on dit plutôt en effet tabaco. En Espagne, quand on dit un puro, on parle généralement d’un havane.

Deux règles sont à respecter : 1/ comme dit L’Amateur, laissez- vous guider vers des produits légers, aromatiques. « Le corona est souvent un bon choix pour commencer ». 2/ Si vous voyagez avec vos cigares, les placer toujours dans un étui. Sans une hygrométrie à 70 %, « votre précieuse vitole risque de se transformer en momie ».

Faut-il insister non sur un conseil, mais sur un impératif ? Débutant ou pas, n’achetez jamais de cigare dans la rue. En la calle. Vous seriez vous le pigeon, et l’autre vous abordant un faisan.

Vous venez donc de faire une sélection dans une des boutiques de la Havane ou d’ailleurs, il ne vous reste plus qu’à la conserver dans les meilleures conditions possibles, le voyage de retour est long jusqu’à Paris (3), où vous devrez vous jeter sur les pages 4 et 5 de « 100 meilleurs… », intitulées « Les Premiers Pas », avec tous les conseils d’usage élémentaires.

Novice vous n’avez pas d’humidor. Improvisez en un : il vous faudra une boîte en plastique avec un couvercle préalablement troué par vos soins, une ou deux éponges bien imprégnées d’eau déminéralisée et un range-couverts ajouré.

Et retenez bien ce commentaire de l’Amateur : « Soyez attentif à votre dégustation et écoutez le meilleur juge : vous-même » (4).

(1)- Cuba aura exporté en 2006 environ 150 millions de havanes, ce qui représente des ventes de quelque 370 millions de dollars. L’Ile couvre 80 % du marché mondial, si l’on met à part celui des Etats-Unis, premier pays consommateur de cigare (avec 200 millions d’unités) mais où les ventes cubaines sont interdites depuis l’embargo commercial de 1962.

(2)- Dans « Les 100 meilleurs .. » ou dans son Havanoscope annuel, L’Amateur de Cigare consacre à chaque havane, une « fiche technique » d’environ 100-120 mots maximum. Un exploit de concision, de rigueur, tout y est dit et en plus c’est agréable à lire car très bien écrit.

(2)- L’amateur de havane français devra faire preuve d’imagination. Vous avez un sursis de onze mois (le 1er janvier 2008) pour aller fumer votre havane dans les débits de boissons, hôtels, restaurants, débits de tabacs, casinos, discothèques, etc…Après trop tard, il y sera interdit de fumer, comme c‘est le cas depuis ce 1 er février 2007 en France, « dans tous les lieux publics, fermés ou couverts ». Vous avez encore le choix entre le balcon de votre appartement, le pont d’un bateau, le trottoir, d’une avenue de préférence, une randonnée en montagne en solitaire, le siège d’un pédalo (par mer calme), etc...

(3)- Trois adresses web sont à citer, deux cubaines : http://www.habanos.com/ et http://www.lacasadelhabano.cu/ (les deux en espagnol et en anglais) ainsi qu’un site français hélas réduit à une page d’accueil :

http://www.andre-santini.net/decouvrir/club_havane.htm. Il s’agit du Club des Parlementaires Amateurs de Havane (CPAH) dont le président, élu à vie par ses pairs, est le député André Santini. Les membres du CPAH « s’engagent par leurs adhésions à vanter et à n'apprécier (à de très rares exceptions près) que les cigares manufacturés à Cuba ». Ils sont « les ambassadeurs du "ciento por ciento cubano, hecho a mano" tant en France qu'à l'étranger ».

Nous avons connu pire comme programme.
 

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