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ESPACE FUMEUR
Havanes: Comment se payer un luxe avec une petite
poignée d’euros
Par
Michel Porcheron
Trente trois marques de havane, le meilleur
cigare du monde entier et d’ailleurs, environ 300
vitoles et 400 références de prix. De quoi s’y
perdre. Surtout si vous êtes novice. Vous cherchez «
vitole » dans votre dictionnaire préféré. Ce mot
féminin est aux abonnés absents. Rabattez-vous sur
un mot approchant, module, taille, forme. En
espagnol de Castille, vitola au sens figuré veut
dire aspect (d’une personne).
Novice - et non VIP, comme ceux qui vont
fréquenter le IXe Festival International du Havane
(1) du 26 février au 2 mars - vous cherchez
seulement à vous initier. Mais vous faîtes partie,
non pas des radins, de ceux qui ont des oursins dans
le porte-monnaie, mais des fauchés ou vraiment trop
fauchés pour vous payer le must, soit un double
corona de Cohiba (27,50 euros l’unité, en France),
un robusto de Montecristo (16,70) ou encore un
figurado de Partagás (13,20). Déraisonnable pour
votre bourse. Achèteriez-vous une Rolls-Royce, une
Ferrari ou un Quatre-quatre urbain à 7 places, vingt
quatre heures après avoir eu votre permis ? C’est
plutôt la dernière petite Renault Logan qui
correspondrait à votre budget.
Idem pour les havanes. Sur lesquels vous êtes mal
informé. Qui dit havane, pensez-vous, dit forcément
grosses cylindrées. Première erreur. Qui dit acheter
des havanes, dit payer une boîte de 25, soit 24 de
trop ? Deuxième erreur.
Un jour, comme quoi le hasard fait bien les
choses, vous débarquez à La Havane (ou à Santiago,
Varadero ou Holguín). Sur un petit bout de papier
pense-bête, style Post-It, vous aviez écrit avant
votre départ, car vous avez, depuis le secondaire,
quelques notions d’espagnol : « cigares, il me faut
du bueno, bonito y barato ».
Et troisième erreur : comme tous vos collègues de
noviciat, vous ignorez que chez votre marchand de
journaux, votre kiosquier, au coin de votre rue en
France, se trouve, pas toujours mis en évidence il
est vrai, une bible pour débutants : « Les 100
meilleurs cigares à moins de 6 euros » (6 euros en
France) que publie chaque année le bimestriel
L’Amateur de Cigare (www.amateurdecigare.com) dont
le directeur de publication est Jean Paul Kauffmann
(n°52, Palmarès 2006, 5,50 euros, correspondants à
La Havane : José Goitia et Stéphane Ferrux ). Sur «
les 100 » (« cent » est plus parlant que « 98 ») 47
sont des havanes, 27 viennent de Saint-Domingue, 15
du Honduras, 5 du Nicaragua et pour la première fois
sont mentionnés, 2 du Mexique et 2 des Philippines.
Comme le bordeaux est moins cher dans le
Bordelais qu’au Japon ou ailleurs, le havane est
bien plus abordable à Cuba qu’en France ou ailleurs.
Une lapalissade. Mais quelles sont les différences
de prix, demandera notre débutant curieux ?
Variable. Il n’y a pas de règle. La fourchette va de
50 à 25 %. Et les bonnes « affaires » sont à
découvrir sur l’ensemble de la pyramide. A titre
d’exemples, le Quintero Londres Extra (au 4 ième
rang des ventes en France durant le premier semestre
2006) vaut 2 euros en France et 0,91 à Cuba (1,05
cuc). Et le robusto de Romeo y Julieta 13 en France
et 5,01 à Cuba. CQFD.
A rappeler qu’à Cuba, les achats se font avec une
devise locale le CUC, peso cubain convertible et en
janvier 2007, avec un euro on obtient environ 1,14
CUC, monnaie désormais indexée sur le cours dollar
US/Euro.
Soit 49 havanes sur les quelque 180 en vente sur
le marché français dans cette gamme de prix. Dans la
même gamme, existent à Cuba près de 320 références
de prix…Autrement dit à Cuba, mecque du cigare de
luxe, seules 80 références passent la barre des six
euros l’unité…
A savoir qu’il n’y a pas de havanes bas de gamme,
il n’existe que des havanes moins chers que
d’autres. Il n’y a pas de mauvais havanes, il en est
de médiocres. Et cerise sur le gâteau pour notre
novice, ils peuvent être vendus à l’unité ou en
étuis de 3,5 ou 10. Un bon plan isn’t it ?
Pour les pingres, les regardants ou les
désargentés, parmi les 49, taper dans les José L.
Piedra (1,30 et 1,50 euro l’unité en France), ce
sont avec les Belinda les moins chers en France et à
Cuba (moins d’un euro). Le comité de dégustation de
l’Amateur (CDA) n’a retenu aucun Belinda, mais deux
José L. Piedra, le Conservas (corona, 0,82 euros à
Cuba) et le Cremas (petit panatella, 0,69), classés
juste « honnête ».
A l’autre bout de la gamme, à six euros pile,
choisir entre : le Petit Coronas de Bolivar/ le
Petit Coronas de H.Upmann/ le Hoyo de Monterey
(Short Hoyo Coronas) / le Montecristo n°5 (très
petit corona) / le Royal Selection n°12 de Punch et
le Panetelas de Quai d’Orsay (en français dans le
texte).
Mais pour son Palmarès 2006, le CDA (1) a
sélectionné cinq havanes avec la note « excellent »
et avec des prix entre 4,5 et 6 euros :
- le Petit Coronas de Bolivar
- le Médaille d’Or N° 3 de La Gloria Cubana
- le Coronas Senior de Partagás
- le Royal Selection n°12 de Punch
- le Romeo y Julieta N° 2 (petit corona).
A Cuba les prix de ces havanes se situent …entre
2,16 et 3,93 euros (soit entre 2,50 et 4,55 cuc).
Hors Palmarès, quatorze autres havanes obtiennent
également les meilleures notes, dont les 3 Bolivar
de la liste, les 2 Juan Lopez, 2 Por Larrañaga et 2
autres Romeo y Julieta, etc…Pour les novices un peu
excentriques, les 2 figurados de la marque Cuaba
sont à essayer. Ils pourront noter que seules trois
très grandes marques ne figurent pas dans la liste
des 49, Cohiba, Trinidad et Vegas Robaina.
A Cuba, à moins de 6 euros, ou nettement moins,
il faudrait ajouter –entre autres- le Bolivar Tubos
N°2 (petit corona) et trois robusto (124 mm x 19,84
mm, le format le plus vendu en France), Le Choix
suprême de Rey del Mundo, de H.Upmann le Connoisseur
N°1 (ainsi écrit) L’Epicure N°2 de Hoyo de
Monterrey, Le Princess de Partagás ou encore le
Habanera N°2 de Gispert (à recommander).
Liste très sélective pour ne pas lasser notre
débutant et le surcharger de conseils.
Par ailleurs, mais on ne va s’appesantir, Cuba
fabrique désormais des mini- havanes en étuis de 5,
20, 25 ou 50 (un peu plus de 20 variétés de
marques), mini qu’on a toujours tendance à appeler
en France cigarillos.
Page 18 de ce numéro « Les 100… », un encadré est
destiné aux « superfauchés en voyage à Cuba ». « Si
vos devises son rares ou votre curiosité insatiable
», dit la revue, essayez le cigare de consumo
nacional, vendu un peso cubain (on dit aussi moneda
nacional, M.N) dans les petites boutiques ou bars en
M.N. (un CUC = 25 pesos cubains). Pourquoi pas ?
Plusieurs marques existent, les Selectos, les Moya
ou les Cacique. On y trouve de tout, de l’honnête,
du moyen ou du médiocre, le cigare peut avoir des
problèmes de combustion, de tirage ou de consistance
(trop serré ou trop mou). Les Cubains qui en
consomment une énorme quantité les appellent los
tabacos de la bodega (épicerie). A Cuba, quand on
parle de cigare, on dit plutôt en effet tabaco. En
Espagne, quand on dit un puro, on parle généralement
d’un havane.
Deux règles sont à respecter : 1/ comme dit
L’Amateur, laissez- vous guider vers des produits
légers, aromatiques. « Le corona est souvent un bon
choix pour commencer ». 2/ Si vous voyagez avec vos
cigares, les placer toujours dans un étui. Sans une
hygrométrie à 70 %, « votre précieuse vitole risque
de se transformer en momie ».
Faut-il insister non sur un conseil, mais sur un
impératif ? Débutant ou pas, n’achetez jamais de
cigare dans la rue. En la calle. Vous seriez vous le
pigeon, et l’autre vous abordant un faisan.
Vous venez donc de faire une sélection dans une
des boutiques de la Havane ou d’ailleurs, il ne vous
reste plus qu’à la conserver dans les meilleures
conditions possibles, le voyage de retour est long
jusqu’à Paris (3), où vous devrez vous jeter sur les
pages 4 et 5 de « 100 meilleurs… », intitulées « Les
Premiers Pas », avec tous les conseils d’usage
élémentaires.
Novice vous n’avez pas d’humidor. Improvisez en
un : il vous faudra une boîte en plastique avec un
couvercle préalablement troué par vos soins, une ou
deux éponges bien imprégnées d’eau déminéralisée et
un range-couverts ajouré.
Et retenez bien ce commentaire de l’Amateur : «
Soyez attentif à votre dégustation et écoutez le
meilleur juge : vous-même » (4).
(1)- Cuba aura exporté en 2006
environ 150 millions de havanes, ce qui représente
des ventes de quelque 370 millions de dollars. L’Ile
couvre 80 % du marché mondial, si l’on met à part
celui des Etats-Unis, premier pays consommateur de
cigare (avec 200 millions d’unités) mais où les
ventes cubaines sont interdites depuis l’embargo
commercial de 1962.
(2)- Dans « Les 100 meilleurs .. »
ou dans son Havanoscope annuel, L’Amateur de Cigare
consacre à chaque havane, une « fiche technique »
d’environ 100-120 mots maximum. Un exploit de
concision, de rigueur, tout y est dit et en plus
c’est agréable à lire car très bien écrit.
(2)- L’amateur de havane français
devra faire preuve d’imagination. Vous avez un
sursis de onze mois (le 1er janvier 2008) pour aller
fumer votre havane dans les débits de boissons,
hôtels, restaurants, débits de tabacs, casinos,
discothèques, etc…Après trop tard, il y sera
interdit de fumer, comme c‘est le cas depuis ce 1 er
février 2007 en France, « dans tous les lieux
publics, fermés ou couverts ». Vous avez encore le
choix entre le balcon de votre appartement, le pont
d’un bateau, le trottoir, d’une avenue de préférence,
une randonnée en montagne en solitaire, le siège
d’un pédalo (par mer calme), etc...
(3)- Trois adresses web sont à
citer, deux cubaines : http://www.habanos.com/ et
http://www.lacasadelhabano.cu/ (les deux en espagnol
et en anglais) ainsi qu’un site français hélas
réduit à une page d’accueil :
http://www.andre-santini.net/decouvrir/club_havane.htm.
Il s’agit du Club des Parlementaires Amateurs de
Havane (CPAH) dont le président, élu à vie par ses
pairs, est le député André Santini. Les membres du
CPAH « s’engagent par leurs adhésions à vanter et à
n'apprécier (à de très rares exceptions près) que
les cigares manufacturés à Cuba ». Ils sont « les
ambassadeurs du "ciento por ciento cubano, hecho a
mano" tant en France qu'à l'étranger ».
Nous avons connu pire comme
programme.
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