A un dixième de
seconde du seuil humain!
BERLIN. - DES journalistes le décrivent comme un être
surnaturel, des études de vitesse, de psychologie ne
cessent de paraître, et même le sprinter nord-américain
Tyson Gay n’a pas caché son admiration. La prestation du
Jamaïcain Usain Bolt fait couler beaucoup d’encre et de
salive, après qu’il se soit affirmé comme l’homme le
plus rapide du monde en couvrant la distance de 100
mètres en 9’’58.
D’après une analyse mathématique de Mark Denny,
professeur de l'Université Standford, parue dans le
Journal of Experimental Biology, il ne reste qu’un
dixième de seconde à l’être humain pour atteindre sa
vitesse maximale dans la course du 100 mètres.
Pour savoir si l’homme a vraiment atteint sa vitesse
maximale ou s’il reste encore une marge, Mark Denny a
comparé des records pour voir l'évolution de la vitesse
chez les chevaux, les chiens et l'être humain. A son
avis, il n'y a eu aucune amélioration de la vitesse des
purs-sangs dans le Kentucky Derby depuis les années
1940, tandis que les performances des chiens ont atteint
des sommets dans les années 1970.
Il semble que si les hommes n'ont toujours pas
atteint leur vitesse maximale dans aucune distance,
Denny prédit que les sprinters du 100 mètres pourraient
un jour réussir le temps incroyable de 9’’48.
Usain Bolt, qui à l’issue de son exploit a été
qualifié de «boulet de canon humain de la Caraïbe»,
avait déclaré qu’il chercherait à s’attaquer aux 9’’40
pour défier les limites humaines fixées par les
scientifiques.
Quant à l’Association internationale des fédérations
d’athlétisme, elle a été exhaustive quant aux
performances du recordman du monde en précisant qu’il
avait atteint une vitesse de 44,72 km/h le dimanche 16
août dans la finale du 100 mètres, qu’il avait amélioré
son départ avec un temps de réaction de 140 millièmes de
secondes, contre 160 à Pékin il y a un an, et qu’il
était déjà en tête au 20 premiers mètres, et n’avait
investi que 2’’89 pour atteindre sa vitesse maximale
entre les 60 et 80 mètres, ce qui ne lui a pris que
1’’61.
Les oiseaux peuvent atteindre des vitesses en vol
jusqu’à 300 km/h, tandis que le quadrupède le plus
rapide, le guépard, peut courir à 120 km/h, et le cheval
ne dépasse pas les 75 km/h.
Chez les bipèdes, l’autruche est la plus rapide avec
70 km/h, autrement dit, elle fait beaucoup mieux que les
45 km/h réussis par Bolt sur la piste bleue du stade
olympique de Berlin. A propos, faisant allusion à la
couleur de la piste, le psychologue allemand Harald
Braem a dit ne pas avoir été surpris par le record
établi par Bolt, étant donné que le bleu de la piste
donne des ailes.
Il a expliqué que le bleu est la couleur la plus
fluide. Sur une piste bleue, les athlètes peuvent courir
de façon plus détendue et atteindre des vitesses plus
élevées que sur les traditionnelles pistes rouges ou
oranges.
La presse européenne a élevé la prestation du
recordman et médaillé olympique au rang de scénario de
science fiction. «Le tonnerre Bolt sur une galaxie hors
d’atteinte du commun des mortels» (Times), «Un
nouvel éclair dans un ciel serein» (The Daily Mail),
«Phénomène du siècle» (The Daily Telegraph), «Exagéré,
immense, une légende» (La Gazzetta dello Sport)
ou même «Superman» (The Guardian) et «Surhumain»
(Il Corriere della Sera).