|
Cuba,
un exemple en agroécologie
Livia Rodriguez Delis / Photos Alberto Borrego
• «CUBA est un phare qui
illumine les pays du monde dans le domaine de la
souveraineté alimentaire», a affirmé à La Havane Peter
Rosset, spécialiste de la Commission internationale de
l’agriculture durable, de l’organisation internationale
Via Campesina (La voie paysanne), qui regroupe de
nombreuses associations dans le monde.
|

L’année 2009
devrait se terminer
sur une production de plus de
120 000 tonnes d’humus de vers
de terre.

Plus de 200 000
fermes cubaines
pratiquent déjà l’agroécologie. |
Ce spécialiste, qui a participé
à la 2e Rencontre internationale d’agroécologie, a fait
l’éloge de la stratégie mise en place par l’Association
nationale des petits agriculteurs (ANAP) pour une
production plus saine des aliments, en harmonie avec
l’environnement, et mieux orientée vers la satisfaction
des consommateurs du pays.
L’important, a-t-il expliqué,
est la façon dont l’ANAP a perçu la nécessité de faire
de la famille paysanne le principal acteur de la
transformation de sa propre réalité, dès le début du
mouvement agroécologique à Cuba, vers la fin des années
90.
Rosset a précisé que 10 ans ont
suffi pour que 110 000 familles -qui ne sont pas toutes
membres de l’association- s’orientent vers une
production plus écologique. Un exemple qui fait tâche
d’huile: plus de la moitié des familles paysannes
cubaines appliquent déjà ces méthodes agroécologiques,
ce qui les rend moins dépendantes des intrants importés,
et leur permet d’augmenter la production d’aliments plus
sains.
«Plusieurs raisons justifient
les pratiques agroécologiques: en premier lieu, les prix
élevés des aliments produits avec des engrais chimiques
dépendant du prix du pétrole, ce que nos pays ne peuvent
plus accepter; ensuite le fait que le modèle
conventionnel d’agriculture, basé sur l’utilisation
d’agrotoxiques, détruit l’environnement, réduit la
productivité future des sols, contamine les agriculteurs
et entraîne des effets nocifs sur la santé des
consommateurs», a-t-il affirmé.
Concernant la situation des
agriculteurs du Mexique, son pays de résidence, «les
paysans doivent faire face, selon lui, à un désastre
total, dû à la crise politique, économique, et à la
guerre des gangs de narcotrafiquants, dont les
responsables sont à rechercher au sein même du
gouvernement.
«Cependant, nous plaçons tous
nos espoirs dans les mouvements sociaux, notamment le
mouvement indigène, qui a la vision la plus claire de
l’avenir du pays.»
GLOBALISER L’AGROECOLOGIE
Lors de visites de fermes, de
jardins, de coopératives de production agricole et de
crédits et services, les plus de 170 délégués de 25 pays
présents à la Rencontre internationale ont pu constater
les avancées cubaines dans l’utilisation de méthodes
écologiques et le niveau de conscience acquis par les
paysans sur l’importance de leur usage.
Plus de 200 000 fermes ont
adopté différentes méthodes agroécologiques à Cuba,
telles l’utilisation de moyens biologiques, les plantes
répulsives contres les maladies, la reforestation, la
rotation des cultures et la conservation des aliments
par des procédés traditionnels.
«Au début, nous avons pensé à
cette stratégie comme une solution de rechange pour
faire face au manque de carburant et de fertilisants, du
fait de la période spéciale et de l’intensification de
la guerre économique des Etats-Unis contre Cuba», a
expliqué le président de l’ANAP, Orlando Lugo.
Ensuite, a-t-il rappelé, nous
avons été victimes d’une attaque bactériologique yankee
avec l’introduction d’une maladie, le tris palmi, qui a
pratiquement détruit les récoltes de pommes de terre et
de haricots dans l’ouest du pays, alors que nous
n’avions ni les produits chimiques, ni les moyens d’en
acheter, ni d’informations pour la combattre. Tout ceci
nous a amenés à prendre conscience de l’urgence de créer
un mouvement de cette nature.
Le dirigeant paysan a expliqué
que de cette époque date la réorganisation du travail de
l’ANAP, basé sur un travail plus écologique, la création
d’un groupe national pour ce secteur, et la formation de
membres de l’organisation afin de permettre la mise en
œuvre de ce processus dans chaque province, ville et
village.
Aujourd’hui, des médiateurs sont
présents dans toutes les coopératives, chargés de
travailler avec les paysans en fonction de cette
stratégie, considérée comme une nécessité économique par
l’île, vu l’augmentation constante du prix des intrants
agricoles au niveau international et le fait que
l’alimentation de la population est désormais un sujet
de sécurité nationale.
La construction de petits abris
rustiques destinés à l’élevage de vers produisant de
l’humus dépassera cette année les 120 000 tonnes, a
précisé Lugo.
L’Association nationale des
petits agriculteurs a une grande réussite à son actif:
plus de 150 000 paysans produisent aujourd’hui cet
engrais organique.
DE PAYSAN A PAYSAN
A ce jour, 270 000 coopératives
et plus de 30 000 paysans vont se consacrer à ce nouveau
type de production, une initiative du président cubain,
Raul Castro.
La distribution de terres, à
travers le Décret loi 259, a entraîné un mouvement de
solidarité entre les paysans: les nouveaux agriculteurs
sont formés par leurs voisins à l’ensemencement, la
récolte, le labourage de la terre par traction animale,
la préparation des semis, entres autres activités
agricoles.
Cette méthode, dénommée «de
paysan à paysan», spécifiquement cubaine, est la
conséquence directe de l’adaptation des techniques
agroécologiques à la réalité du pays.
Peut-on réaliser en une seule
matinée, dans un seul pays, 5 000 ateliers de formation
pour l’application de pratiques écologiques dans
l’agriculture? A Cuba, certainement, car il existe une
grande volonté politique de développer ce mouvement, a
précisé le président de l’Association des petits
agriculteurs.
En coordination avec le
ministère de l’Agriculture et du Sucre, et les instituts
de recherche de ces organismes gouvernementaux, des
cours de spécialisation sur les nouvelles orientations
de l’agriculture sont mis en place pour les agriculteurs
expérimentés, qui ensuite servent de relais dans leur
région.
«L’agroécologie sera éternelle;
des améliorations seront toujours nécessaires, mais
l’essentiel est que nous soyons parvenus à atteindre la
conscience des paysans, a-t-il conclu. •
|