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La Havane. 17 Décembre 2009

Cuba, un exemple en agroécologie

Livia Rodriguez Delis / Photos Alberto Borrego

• «CUBA est un phare qui illumine les pays du monde dans le domaine de la souveraineté alimentaire», a affirmé à La Havane Peter Rosset, spécialiste de la Commission internationale de l’agriculture durable, de l’organisation internationale Via Campesina (La voie paysanne), qui regroupe de nombreuses associations dans le monde.

L’année 2009 devrait se terminer sur une production de plus de 120 000 tonnes d’humus de vers de terre.
L’année 2009 devrait se terminer
 sur une production de plus de
 120 000 tonnes d’humus de vers
 de terre.


Plus de 200 000 fermes cubaines pratiquent déjà l’agroécologie.
Plus de 200 000 fermes cubaines
 pratiquent déjà l’agroécologie.

Ce spécialiste, qui a participé à la 2e Rencontre internationale d’agroécologie, a fait l’éloge de la stratégie mise en place par l’Association nationale des petits agriculteurs (ANAP) pour une production plus saine des aliments, en harmonie avec l’environnement, et mieux orientée vers la satisfaction des consommateurs du pays.

L’important, a-t-il expliqué, est la façon dont l’ANAP a perçu la nécessité de faire de la famille paysanne le principal acteur de la transformation de sa propre réalité, dès le début du mouvement agroécologique à Cuba, vers la fin des années 90.

Rosset a précisé que 10 ans ont suffi pour que 110 000 familles -qui ne sont pas toutes membres de l’association- s’orientent vers une production plus écologique. Un exemple qui fait tâche d’huile: plus de la moitié des familles paysannes cubaines appliquent déjà ces méthodes agroécologiques, ce qui les rend moins dépendantes des intrants importés, et leur permet d’augmenter la production d’aliments plus sains.

«Plusieurs raisons justifient les pratiques agroécologiques: en premier lieu, les prix élevés des aliments produits avec des engrais chimiques dépendant du prix du pétrole, ce que nos pays ne peuvent plus accepter; ensuite le fait que le modèle conventionnel d’agriculture, basé sur l’utilisation d’agrotoxiques, détruit l’environnement, réduit la productivité future des sols, contamine les agriculteurs et entraîne des effets nocifs sur la santé des consommateurs», a-t-il affirmé.

Concernant la situation des agriculteurs du Mexique, son pays de résidence, «les paysans doivent faire face, selon lui, à un désastre total, dû à la crise politique, économique, et à la guerre des gangs de narcotrafiquants, dont les responsables sont à rechercher au sein même du gouvernement.

«Cependant, nous plaçons tous nos espoirs dans les mouvements sociaux, notamment le mouvement indigène, qui a la vision la plus claire de l’avenir du pays.»

GLOBALISER L’AGROECOLOGIE

Lors de visites de fermes, de jardins, de coopératives de production agricole et de crédits et services, les plus de 170 délégués de 25 pays présents à la Rencontre internationale ont pu constater les avancées cubaines dans l’utilisation de méthodes écologiques et le niveau de conscience acquis par les paysans sur l’importance de leur usage.

Plus de 200 000 fermes ont adopté différentes méthodes agroécologiques à Cuba, telles l’utilisation de moyens biologiques, les plantes répulsives contres les maladies, la reforestation, la rotation des cultures et la conservation des aliments par des procédés traditionnels.

«Au début, nous avons pensé à cette stratégie comme une solution de rechange pour faire face au manque de carburant et de fertilisants, du fait de la période spéciale et de l’intensification de la guerre économique des Etats-Unis contre Cuba», a expliqué le président de l’ANAP, Orlando Lugo. 

Ensuite, a-t-il rappelé, nous avons été victimes d’une attaque bactériologique yankee avec l’introduction d’une maladie, le tris palmi, qui a pratiquement détruit les récoltes de pommes de terre et de haricots dans l’ouest du pays, alors que nous n’avions ni les produits chimiques, ni les moyens d’en acheter, ni d’informations pour la combattre. Tout ceci nous a amenés à prendre conscience de l’urgence de créer un mouvement de cette nature.

Le dirigeant paysan a expliqué que de cette époque date la réorganisation du travail de l’ANAP, basé sur un travail plus écologique, la création d’un groupe national pour ce secteur, et la formation de membres de l’organisation afin de permettre la mise en œuvre de ce processus dans chaque province, ville et village.

Aujourd’hui, des médiateurs sont présents dans toutes les coopératives, chargés de travailler avec les paysans en fonction de cette stratégie, considérée comme une nécessité économique par l’île, vu l’augmentation constante du prix des intrants agricoles au niveau international et le fait que l’alimentation de la population est désormais un sujet de sécurité nationale.

La construction de petits abris rustiques destinés à l’élevage de vers produisant de l’humus dépassera cette année les 120 000 tonnes, a précisé Lugo.

L’Association nationale des petits agriculteurs a une grande réussite à son actif: plus de 150 000 paysans produisent aujourd’hui cet engrais organique.

DE PAYSAN A PAYSAN

A ce jour, 270 000 coopératives et plus de 30 000 paysans vont se consacrer à ce nouveau type de production, une initiative du président cubain, Raul Castro.

La distribution de terres, à travers le Décret loi 259, a entraîné un mouvement de solidarité entre les paysans: les nouveaux agriculteurs sont formés par leurs voisins à l’ensemencement, la récolte, le labourage de la terre par traction animale, la préparation des semis, entres autres activités agricoles.

Cette méthode, dénommée «de paysan à paysan», spécifiquement cubaine, est la conséquence directe de l’adaptation des techniques agroécologiques à la réalité du pays.

Peut-on réaliser en une seule matinée, dans un seul pays, 5 000 ateliers de formation pour l’application de pratiques écologiques dans l’agriculture? A Cuba, certainement, car il existe une grande volonté politique de développer ce mouvement, a précisé le président de l’Association des petits agriculteurs.

En coordination avec le ministère de l’Agriculture et du Sucre, et les instituts de recherche de ces organismes gouvernementaux, des cours de spécialisation sur les nouvelles orientations de l’agriculture sont mis en place pour les agriculteurs expérimentés, qui ensuite servent de relais dans leur région.

«L’agroécologie sera éternelle; des améliorations seront toujours nécessaires, mais l’essentiel est que nous soyons parvenus à atteindre la conscience des paysans, a-t-il conclu. •
 

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