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TOMBER DE RIDEAU SUR LE 31e
FESTIVAL DU
NOUVEAU CINEMA LATINO-AMERICAIN
Des prix «Corail» sans surprises
• Al sur de la frontera,
d’Oliver Stone, projeté en clôture de la fête du cinéma
à La Havane
Mireya Castañeda
• LES jurés du Festival de cinéma de La Havane ont été
complaisants cette année, en attribuant les prix Corail
à des films attendus: les meilleurs films, certes, mais
cela ne les avait jamais empêchés de faire des choix
plus controversés et audacieux.
Vingt longs-métrages étaient en lice, sous les yeux d’un
jury composé de Lucia Murat (Brésil), Arcelia Ramirez
(Mexique), Derubin Jacome (Cuba), Juan José Jusid
(Argentine) et Pedro Zaratiegui (Espagne).
La teta asustada
(Le sein effrayé), ce film prodigieux de la Péruvienne
Claudia Llosa, a remporté le Premier Corail de fiction,
«pour son portrait poétique de la violence et la
sensibilité émouvante avec laquelle il parvient à
montrer toute la richesse spirituelle de ce pays».
Ce film, qui raconte l’histoire d’une maladie transmise
par le lait maternel des femmes violées ou maltraitées
pendant la guerre contre le terrorisme au Pérou, est
arrivé à La Havane auréolé de l’Ours d’Or du Festival de
Berlin, et sélectionné pour représenter le Pérou aux
Oscar 2010.
La teta asustada
a également été récompensé du Prix Corail de direction
artistique (Susana Torres et Patricia Bueno).
Un second Corail mérité pour
La Nana
(La bonne), un film chilien de Sebastian Silva, parmi
les meilleurs films en compétition, qui brosse un
tableau très lucide des conflits sociaux et du
personnage principal, magistralement interprété par
Catalina Saavedra, qui a déroché le Prix Corail
d’interprétation féminine.
Le 3e Prix, le Prix du meilleur son et celui
de la FIPRESCI (de la critique), a été attribué à
Viajo porque necesito, vuelvo porque te amo
(Brésil), de Marcelo Gomes et Karim Aïnouz, une sorte de
road-movie dans le rude désert brésilien.
Le Prix spécial du jury, qui a parfois le goût de lot
de consolation - on se souviendra de Yo la peor de
todas, de Maria Luisa Bemberg, en 1990 - est revenu
cette année à El secreto de sus ojos (Argentine),
de Juan José Campanella, un mélange habile de thriller
et de mélodrame.
Très apprécié, ce film a raflé également les Prix Corail
de réalisation, d’interprétation masculine (Ricardo
Darin), de la meilleure musique (Federico Musid) et de
la popularité (4 655 points).
El traspatio,
d’un des meilleurs réalisateurs mexicains contemporains,
Carlos Carrera (El crimen del padre Amaro), un
réquisitoire contre les assassinats de femmes à Ciudad
Juarez, a obtenu les Prix Corail du meilleur scénario
(Sabine Berman), de la meilleure édition (Oscar
Figueroa) et le Prix Signis.
A signaler en particulier le Concours des premières
œuvres, une section qui réunit les jeunes talents, les
nouveaux réalisateurs, où on prend le pouls et où l’on
peut dire que la qualité de la relève est assurée dans
plusieurs pays.
Le premier Prix Corail a été remporté par Huacho
(Chili) d’Alejandro Fernandez Almendras; le 2e
Prix à Gigante (Uruguay) d’Adrian Biniez; le 3e
à Cinco días sin Nora (Mexique) de Mariana
Chenillo. Le Prix spécial du jury est allé à El
vuelco del cangrejo (Colombie) d’Oscar Ruiz Navia,
et une mention spéciale a été attribuée à
La Yuma
(Nicaragua), de Florence Jaugey.
Le Festival de La Havane récompense également les courts
métrages: Para pedir perdon (Brésil) de Iberê
Carvalho; les documentaires: Premier prix pour La
perdida (Argentine), de Enrique Gabriel et Javier
Angulo; 2e Prix pour Garapa (Brasil),
de José Padilla; 3e pour El General
(Mexique-Etats-Unis), de Natalia Almada. Le Prix spécial
du jury a été octroyé à Fragmentos rebelados
(Argentine) de David Blaustein, et la catégorie des
films d’animation a été remportée par 31 minutos, la
película (Chili) de Pedro Peirano et Alvaro DiazAni.
Dans la catégorie Scénario inédit, le Corail a été
décerné à Infancia clandestina (Argentine) de
Benjamin Avila et Marcello Muller, et le Prix de la
meilleure œuvre sur l’Amérique latine d’un réalisateur
non latino-américain est revenu à Hijos de Cuba
(Grande-Bretagne), d’Andrew Lang.
PEU DE LAURIERS POUR CUBA
Bien que présente dans toutes les catégories, la
cinématographie cubaine, en compétition avec les
histoires très crues racontées par la plupart des 42
films en lice, pour ne parler que de ce seul aspect, n’a
pas réussi à conquérir le jury.
Ainsi, un seul Corail pour l’île: la meilleure affiche
et une mention spéciale pour le documentaire
La Marea,
d’Eloy Ramon Hernandez Dubrosky et Liset Vidal de la
Cruz.
D’autres mentions, certainement. Dans la catégorie court
métrage pour Los minutos, las horas
(Brésil-Cuba), de Janaina Marques Ribeiro; film
d’animation: Prix spécial du jury pour 20 años de
Barbaro Joel Ortiz, et dans le genre Scénario inédit
pour Sobreviviendo, d’Alejandro Brugués. Le
public cubain a soutenu El premio flaco, de Juan
Carlos Cremata, film qui arrive en deuxième place en
popularité (4 500 points).
A l’issue de la remise des Prix, Alfredo Guevara,
président et fondateur du Festival, a déclaré dans son
allocution de clôture que le concours «démontre par le
seul fait d’exister la possibilité et l’obligation
d’articuler la justice, le regard tendu vers elle et la
beauté […] Le devoir de l’artiste est d’inonder le monde
de justice. Sans justice, il est impossible d’atteindre
la beauté dans toute sa splendeur […] Les cinéastes
latino-américains ont prouvé qu’il n’y a ni aveugles ni
sourds dans nos rangs».
AU SUD DE LA FRONTIERE
Pour clôturer le Festival, le choix s’est porté sur le
documentaire Au sud de la frontière, du
réalisateur Oliver Stone. Un entretien réalisé en
janvier de cette année à Caracas avec le président Hugo
Chavez.
Oliver Stone a signalé dans de plusieurs conférences de
presse et d’interviewes qu’il avait voulu analyser la
manière dont les médias de son pays avaient présenté
Chavez, «et si le président vénézuélien était réellement
une "force anti-américaine"».
Le réalisateur de Platoon, W – l’improbable
président, Looking for Fidel, Comandante,
Tueurs nés, JFK, Né le 4 juillet,
Wall Street et Salvador, entre beaucoup
d’autres, s’est rendu ailleurs au Venezuela pour
peaufiner l’histoire. A ce propos, il a rencontré les
présidents Evo Morales, Lula da Silva, Fernando Lugo,
Cristina Fernandez, Rafael Correa et Raul Castro.
Le 12 décembre, le 31e Festival international
du cinéma latino-américain a tiré sa révérence après
neuf jours de projections, de rencontres, de séminaires,
et un hommage à l’ICAIC pour son cinquantenaire.
Une tradition à La Havane: les spectateurs, en
cinéphiles convaincus, ont soutenu et apprécié ce qui se
fait dans leur région. •
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