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Nous
connaître, nous reconnaître et nous intégrer
La
portée du projet culturel de l’ALBA. Contribution et
attentes de Cuba
Pedro de la Hoz
S’IL existe
un acronyme ayant une signification symbolique aussi
révélatrice, c’est bien celui de l’ALBA, cette Alliance
bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique. L’ALBA
signifie, en français, aube, cette première lumière du
jour. Transposée à la politique, elle signifie la
concrétisation d’un vieux rêve: l’intégration
continentale sur la base de l’indépendance, de la
coopération et d’une pleine reconnaissance des
identités.
Un des
raisons d’être de cette alliance est l’ALBA culturelle,
dont la coordination générale est assumée par Ismaël
Gonzalez, un psychologue cubain qui possède une solide
expérience dans la gestion des institutions culturelles.
«Il s’agit, raconte-t-il à Granma, d’une tâche
très motivante pour quelqu’un qui, comme moi, croit
qu’un des critères essentiels pour réussir
l’intégration, c’est de mieux se connaître et se
reconnaître. Le 14 décembre 2004, à La Havane, Fidel et
Chavez signaient un premier accord qui jetait les bases
de l’ALBA. Tous deux affirmaient alors que la culture
devait jouer un rôle capital dans la concrétisation de
cette nouvelle instance de concertation.»
«Il ne
s’agit pas d’une simple affirmation, poursuit-il, mais
bien d’une donnée fondamentale puisque l’ALBA doit
adopter des mesures concrètes, comme la création et la
mise en circulation de produits culturels, qui fassent
la promotion des valeurs les plus authentiques de nos
peuples. Et cela s’inscrit dans une stratégie qui vise à
mettre en valeur une culture de l’émancipation tout en
contrant les effets de l’hégémonie culturelle
qu’exercent les transnationales et autres entreprises de
loisirs et qui tendent à uniformiser la diversité
culturelle de Notre Amérique, selon l’expression de José
Marti.»
Gonzalez
affirme que ce programme en est au stade embryonnaire,
mais que plusieurs projets ont déjà été réalisés depuis
5 ans. «Ainsi, lors du Salon international du livre de
La Havane, en 2006, précise-t-il, Chavez et Fidel ont
annoncé la création d’un Fonds culturel de l’ALBA, une
avancée considérable, car il s’agit d’un instrument
indispensable pour financer les programmes d’aide à la
création. Un an plus tard, le Fonds débutait ses
travaux.»
«En 2007,
poursuit Gonzalez, les ministres de la culture des pays
de l’ALBA se sont réunis pour la première fois. D’autres
pays, qui n’étaient pas encore membres de l’ALBA,
assistaient également à la réunion, mais ils
partageaient manifestement nos points de vue. Lors de
cette réunion, on a élaboré un programme culturel
stratégique qui serait revu tous les trois ans, décision
qui fut entérinée lors du Sommet des chefs d’Etat de
l’ALBA à Caracas, un an plus tard. Lors de cette
rencontre, on a fixé les budgets nécessaires pour
réaliser les objectifs culturels de l’ALBA et on a
établi quel rôle devait jouer la tout jeune Banque de
l’ALBA dans le financement de ces projets
«Mais le plus important, c’était de convenir que, au
plan culturel, l’ALBA devait étendre son champ d’action
à toute l’Amérique latine et aux Caraïbes. En effet, les
vases communicants entre les cultures nationales sont
nombreux et variés, les attentes fort grandes, et les
besoins tout autant.»
Actuellement, dans le cadre du programme
«grand-national», une cinquantaine de projets ont été
mis sur pied, dans 5 domaines stratégiques: aide à la
création, distribution et diffusion des arts et de la
littérature, création de réseaux alternatifs de
gestionnaires et de directeurs favorisant le
développement des industries et organisations
culturelles, formation de ressources humaines en art,
organisations d’événements qui favorisent la visibilité
des écrivains et des artistes, comme des concours, des
remises de prix mettant en valeur la qualité et la
créativité des créateurs, des festivals et des
colloques.
Pour Fernando Rojas, vice-ministre cubain de la
Culture, cette initiative visant une plus grande
intégration a été parfaitement assimilée par les
autorités et les institutions cubaines. Les
intellectuels et les artistes l’ont également fait
sienne et le public y trouve son compte.
«D’ailleurs, a expliqué le vice-ministre, bien avant
que soit inaugurée la Maison de l’ALBA (située sur le
rue Linea, au coin de l’avenue D, dans le quartier
Vedado à La Havane, la Maison de l’ALBA doit être
inaugurée officiellement en décembre, soit dans quelques
jours), plusieurs activités y ont déjà eu lieu, comme
des lancements de livres, des concerts, du théâtre, des
récitals de poésie et des conférences, des
manifestations qui ont attiré des centaines de personnes
qui vont se familiariser peu à peu avec la vocation de
cette institution.»
«Les écrivains et leurs lecteurs, ajoute-t-il,
apprécient énormément la création du Fonds éditorial de
l’ALBA. Les œuvres les plus représentatives de notre
littérature y ont déjà été publiées, de même que des
classiques.
Signalons, entre autres, L’âge d’or, de José
Marti, Todo Caliban, de Roberto Fernandez Retamar,
ou Bolivar : pensamiento precursor del antimperalismo,
de Francisco Pividal.»
Rojas a ensuite expliqué pourquoi, selon lui, les
artistes cubains ont adhéré d’emblée aux grands
principes de l’ALBA. Il s’agit, a-t-il précisé, d’un
programme qui «privilégie les valeurs spirituelles
plutôt que l’appât du gain». Il s’agit également de
«partager notre patrimoine, nos réalisations actuelles
et nos questionnements» et nous sommes tout à fait
d’accord avec cette proposition, a-t-il ajouté.
«Le fait de considérer l’Amérique latine et les
Caraïbes comme une seule entité, a-t-il poursuivi, est
tout à fait logique, même si nous ne nous sommes pas
toujours rendu compte combien ces îles, où l’on parle
des langues différentes de la nôtre, contribuent à notre
enrichissement. Il convient d’ailleurs de souligner
qu’une attention toute spéciale est accordée aux projets
émanant des populations autochtones.»
Gonzalez et
Rojas ont tous deux souligné que le Sommet de l’ALBA,
qui se tiendra prochainement à La Havane, est le lieu
tout indiqué pour remettre les Prix ALBA 2009 aux deux
lauréats: le théologien et écrivain brésilien Frei Betto
et l’artiste argentin Léon Ferrari.
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