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L'ALBA comme un poisson dans l'eau
Nidia Diaz
• Le 5e
anniversaire de la création de l’Alliance bolivarienne
des peuples de Notre Amérique (ALBA), qui sera fêté à La
Havane, ne pouvait trouver de meilleur prélude que la
victoire éclatante et incontestable du président Evo
Morales aux élections de dimanche dernier, 6 décembre,
en Bolivie. Il s’agit d’une autre preuve que le
processus de changements, qui a débuté à la fin des
années 1990, n’est pas près de s’achever.
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Chavez, Fidel et Evo, lors de la
célébration du 1er anniversaire de l’ALBA, en
2005, à La Havane. |
Plusieurs
avaient trouvé que Fidel et Chavez faisaient preuve d’un
peu trop d’audace en misant sur le succès de l’ALBA dont
ils avaient jeté les bases ce 14 décembre 2004. Le
régime de Bush avait atteint de nouveaux sommets
d’agressivité et Cuba et le Venezuela étaient dans la
mire des francs-tireurs que l’empire avait postés au sud
du Rio Bravo dans le but d’empêcher que d’autres
gouvernements tout aussi audacieux entreprennent, à leur
tour, des processus de libération dans ce que l’empire
considère comme sa chasse gardée.
L’orage se
profilait à l’horizon et ceux qui rêvaient de sociétés
plus justes et équitables où s’imposeraient la
solidarité et la coopération risquaient fort bien de
faire naufrage. L’impérialisme a investi alors des
millions de dollars, comme il continue de le faire
aujourd’hui, pour discréditer ceux qui rêvaient d’un
autre monde opposé aux intérêts nord-américains.
En cinq
ans à peine, le paysage politique de l’Amérique latine
et des Caraïbes a complètement changé. Ainsi, un an
après la création de l’ALBA, le premier président
indigène de l’histoire de la Bolivie était élu, avec 54%
des voix. Cette victoire déchaîna alors le racisme de
l’oligarchie blanche qui allait tout tenter pour le
renverser pendant son premier mandat. Malgré ses
millions et ses appuis récoltés à Washington,
l’oligarchie séparatiste bolivienne n’a pu empêcher
qu’Evo soit confirmé dans ses fonctions lors du
référendum révocatoire, avec un pourcentage supérieur à
celui atteint lors de sa première élection, en 2005.
En 2005
également, José Manuel Zelaya remportait ses élections
au Honduras. Elu à la tête du Parti libéral, un parti
traditionnel et conservateur, il décida de prendre une
nouvelle direction qui profiterait davantage à son pays.
Il se joignit ainsi avec courage, enthousiasme et de son
propre gré au processus d’intégration qui était en
marche. Les forces politiques de droite et les
représentants des grandes corporations n’apprécièrent
pas le geste et ils complotèrent alors pour le
renverser. Le coup d’Etat du 28 juin dernier est un des
plus perfides de toute l’histoire de l’Amérique latine.
Il fut condamné unanimement par la communauté
internationale. Mais il fit la preuve
néanmoins
que les promesses du nouveau président des Etats-Unis,
Barack Obama, de négocier d’égal à égal avec les pays
d’Amérique latine et des Caraïbes, n’étaient que poudre
aux yeux.
Un an
plus tard, en 2006, Rafael Correa, en Equateur, et
Daniel Ortega, au Nicaragua, devaient également
triompher aux élections présidentielles. A peine deux
ans plus tard, au Nicaragua, le Front sandiniste
remporterait une autre victoire éclatante, lors des
élections municipales, avec 109 des 142 mairies en jeu.
Mais l’impérialisme nord-américain refuse toujours de
reconnaître cette victoire irréfutable et il tente par
tous les moyens de restituer ces mairies à la
bourgeoisie néolibérale, afin de redessiner la carte
politique de ce pays d’Amérique centrale.
En 2007,
le Guatemala a élu, à la présidence de ce pays, Alvaro
Colon. Ce dernier a tenté, à sa manière, de corriger les
inégalités sociales et de freiner la violence due à
l’extrême pauvreté qui affecte le Guatemala. S’appuyant
sur une politique extérieure indépendante des centres
traditionnels du pouvoir, il a même accepté de visiter
Cuba. Cela aurait été impensable auparavant, lorsque
siégeaient des gouvernements dociles aux intérêts de
l’empire. La preuve était ainsi faite que l’époque où
l’Amérique centrale n’était qu’une vaste république
bananière est désormais révolue.
En
Argentine, pendant cette même année 2007, la sénatrice
Cristina Kirchner, une femme reconnue pour ses positions
énergiques en faveur des droits de la personne et de la
souveraineté nationale, fut élue à la présidence de son
pays. L’Argentine allait poursuivre ainsi la politique
entreprise par son mari, Nestor Kirchner, en affirmant
son indépendance sur la scène internationale, aux côtés
du Brésil de Luiz Inacio Lula da Silva et du Chili de
Michelle Bachelet. Ces gouvernements défendent les
intérêts de l’Amérique latine sur la scène
internationale tout en s’engageant dans la construction
de sociétés plus justes dans leurs propres pays.
N’oublions pas de mentionner ici la victoire, au
Paraguay, en 2008, de l’ex-évêque Fernando Lugo, qui a
mis fin à 60 ans de monopole du pouvoir par le Parti
Colorado.
En 2006
également, le président Hugo Chavez fut réélu et il
remporta ensuite le référendum qui permet la réélection,
pour des périodes successives, à tous les postes d’élus
au suffrage populaire. Il s’agissait d’une autre grande
victoire pour le Révolution bolivarienne et pour la
nouvelle ère de changements qui s’est instaurée dans la
région, où la Révolution cubaine fait figure de
référence, en termes de résistance et de vocation
solidaire et internationaliste.
En cette
fin d’année 2009, le Front élargi a été réélu à la
présidence en Uruguay, une victoire qui démontre que la
population ne veut pas revenir en arrière. La victoire
sans équivoque de l’ex-tupamaro et candidat du Front
élargi, José Mujica, qui est un symbole vivant de la
lutte pour un monde meilleur, n’est qu’un autre exemple
des changements qui se produisent sur ce continent
depuis les cinq dernières années.
Parallèlement à l’arrivée d’un nouveau leadership
régional qui met de l’avant des politiques
indépendantes, les mécanismes d’intégration se sont
consolidés, suivant l’exemple et les objectifs de
l’ALBA. Pendant cette période, l’empire a perdu quelques
batailles significatives, de sorte qu’il doit de nouveau
sortir son arsenal belliqueux pour tenter de freiner ce
courant de réforme. Le remise en service de la 4e flotte
de guerre, la réapparition de gorilles au pouvoir comme
au Honduras et la militarisation sans scrupule de la
région avec l’installation et l’agrandissement de bases
militaires yankees en Colombie et au Panama ne font que
confirmer que les Etats-Unis envisagent et privilégient
encore et toujours l’option militaire dans les
différends qui les opposent avec leurs voisins,
lorsqu’ils échouent dans leurs tentatives de s’immiscer
dans les affaires intérieures des gouvernements pour
contrer la volonté des peuples latino-américains et
caribéens.
Pendant
cette même période, l’ALBA a progressé et consolidé ses
assises, avec l’arrivée de nouveaux pays membres, comme
la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras, l’Equateur, la
Dominique, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et
Antigua-et-Barbuda. Elle a même étendu ses programmes
d’aide à des pays non-membres. Parallèlement à ce
processus, d’importants événements se sont produits, qui
favorisent la lutte commune pour la seconde et
définitive indépendance.
Signalons,
entre autres :
- La
création de l’Union des nations du Sud (UNASUR), qui
favorise la consultation et l’intégration de tous les
pays d’Amérique du Sud, sans ingérence étrangère.
- Le Groupe
de Rio, qui a pris position énergiquement dans le
conflit opposant l’Equateur à la Colombie, en
réussissant à éviter le pire lorsque les troupes
colombiennes ont violé le territoire équatorien. Cet
épisode a confirmé la nécessité d’un mécanisme propre de
concertation autre que l’OEA, qui a toujours fait la
preuve de sa dépendance envers les Etats-Unis.
- L’entrée
de Cuba dans le Groupe de Rio, qui démontre, d’une
part, le respect et l’autorité de la Révolution
cubaine, la confiance qu’elle inspire et, d’autre part,
l’indépendance de ce groupe en matière de politique
extérieure.
- La
victoire de Correa au référendum sur l’approbation de la
nouvelle Constitution en Equateur.
_ La tenue
du premier Sommet des pays latino-américains et des
Caraïbes sur l’intégration et le développement, convoqué
par le président Lula, sans la participation de pays
extérieurs à la région, à Salvador de Bahia, au Brésil.
C’était une preuve supplémentaire que les pays de la
région ont suffisamment de maturité pour trouver
eux-mêmes les solutions à leurs problèmes.
- La
consolidation des liens entre Cuba et la CARICOM, dans
le but évident de resserrer les liens entre des pays
d’une même région.
- Le
renforcement des relations entre les chefs d’Etat de la
Chine, de la Russie et de l’Iran et plusieurs chefs
d’Etat d’Amérique latine.
- La
création d’un Conseil de défense de l’UNASUR, dont le
but est de mettre sur pied un système de défense qui
soit propre aux besoins de la région et de favoriser des
mécanismes qui renforcent la coopération dans la région,
alors que le gouvernement des Etats-Unis se sert du
prétexte de la lutte contre le narcotrafic et
l’insurrection en Colombie pour mieux contrer les
processus de libération nationale en cours et s’emparer,
sans honte aucune, de nos ressources naturelles, dont il
a tant besoin pour maintenir son hégémonie.
L’Amérique latine et les Caraïbes sont convaincues qu’il
ne faut s’attendre à rien qui vaille du nouveau
président étasunien qui pratique la valse hésitation en
ce qui a trait à nos exigences communes. Il ne fera que
répéter les vieilles politiques qu’on lui connaît depuis
plus de cent ans et qui ont marqué les relations des
Etats-Unis avec nos pays : intimidation, pillage et
manifestation de sa super-puissance.
La
célébration, dans la capitale cubaine, du 5e
anniversaire de la création de l’ALBA, alors que les
relations des pays de la région avec Washington sont des
plus tendues, doit être et sera, sans aucun doute,
l’occasion pour les pays membres de réaffirmer qu’il ne
faut surtout pas abandonner la lutte pour notre seconde
et plus que jamais nécessaire indépendance tout en
sachant que nous ne sommes plus seuls dans ce combat.
Avec l’UNASUR, avec tous les autres mécanismes
d’intégration politique et économique, nous dessinerons
la carte de l'unité pour laquelle nous luttons depuis
deux cents ans, tout en respectant les diversités de
tout un chacun. •
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