Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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La Havane. 11 Décembre 2009

L'ALBA comme un poisson dans l'eau

Nidia Diaz

• Le 5e anniversaire de la création de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), qui sera fêté à La Havane, ne pouvait trouver de meilleur prélude que la victoire éclatante et incontestable du président Evo Morales aux élections de dimanche dernier, 6 décembre, en Bolivie. Il s’agit d’une autre preuve que le processus de changements, qui a débuté à la fin des années 1990, n’est pas près de s’achever. 

Chavez, Fidel et Evo, lors de la célébration du 1er anniversaire de l’ALBA, en 2005, à La Havane.
Chavez, Fidel et Evo, lors de la célébration du 1er anniversaire de l’ALBA, en 2005, à La Havane.

Plusieurs avaient trouvé que Fidel et Chavez faisaient preuve d’un peu trop d’audace en misant sur le succès de l’ALBA dont ils avaient jeté les bases ce 14 décembre 2004. Le régime de Bush avait atteint de nouveaux sommets d’agressivité et Cuba et le Venezuela étaient dans la mire des francs-tireurs que l’empire avait postés au sud du Rio Bravo dans le but d’empêcher que d’autres gouvernements tout aussi audacieux entreprennent, à leur tour, des processus de libération dans ce que l’empire considère comme sa chasse gardée.

L’orage se profilait à l’horizon et ceux qui rêvaient de sociétés plus justes et équitables où s’imposeraient la solidarité et la coopération risquaient fort bien de faire naufrage. L’impérialisme a investi alors des millions de dollars, comme il continue de le faire aujourd’hui, pour discréditer ceux qui rêvaient d’un autre monde opposé aux intérêts nord-américains.

  En cinq ans à peine, le paysage politique de l’Amérique latine et des Caraïbes a complètement changé. Ainsi, un an après la création de l’ALBA, le premier président indigène de l’histoire de la Bolivie était élu, avec 54% des voix. Cette victoire déchaîna alors le racisme de l’oligarchie blanche qui allait tout tenter pour le renverser pendant son premier mandat. Malgré ses millions et ses appuis récoltés à Washington, l’oligarchie séparatiste bolivienne n’a pu empêcher qu’Evo soit confirmé dans ses fonctions lors du référendum révocatoire, avec un pourcentage supérieur à celui atteint lors de sa première élection, en 2005.

  En 2005 également, José Manuel Zelaya remportait ses élections au Honduras. Elu à la tête du Parti libéral, un parti traditionnel et conservateur, il décida de prendre une nouvelle direction qui profiterait davantage à son pays. Il se joignit ainsi avec courage, enthousiasme et de son propre gré au processus d’intégration qui était en marche. Les forces politiques de droite et les représentants des grandes corporations n’apprécièrent pas le geste et ils complotèrent alors pour le renverser. Le coup d’Etat du 28 juin dernier est un des plus perfides de toute l’histoire de l’Amérique latine. Il fut condamné unanimement par la communauté internationale. Mais il fit la preuve

néanmoins que les promesses du nouveau président des Etats-Unis, Barack Obama, de négocier d’égal à égal avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, n’étaient que poudre aux yeux.

  Un an plus tard, en 2006, Rafael Correa, en Equateur, et Daniel Ortega, au Nicaragua, devaient également triompher aux élections présidentielles. A peine deux ans plus tard, au Nicaragua, le Front sandiniste remporterait une autre victoire éclatante, lors des élections municipales, avec 109 des 142 mairies en jeu. Mais l’impérialisme nord-américain refuse toujours de reconnaître cette victoire irréfutable et il tente par tous les moyens de restituer ces mairies à la bourgeoisie néolibérale, afin de redessiner la carte politique de ce pays d’Amérique centrale.

  En 2007, le Guatemala a élu, à la présidence de ce pays, Alvaro Colon. Ce dernier a tenté, à sa manière, de corriger les inégalités sociales et de freiner la violence due à l’extrême pauvreté qui affecte le Guatemala. S’appuyant sur une politique extérieure indépendante des centres traditionnels du pouvoir, il a même accepté de visiter Cuba. Cela aurait été impensable auparavant, lorsque siégeaient des gouvernements dociles aux intérêts de l’empire. La preuve était ainsi faite que l’époque où l’Amérique centrale n’était qu’une vaste république bananière est désormais révolue.

  En Argentine, pendant cette même année 2007, la sénatrice Cristina Kirchner, une femme reconnue pour ses positions énergiques en faveur des droits de la personne et de la souveraineté nationale, fut élue à la présidence de son pays. L’Argentine allait poursuivre ainsi la politique entreprise par son mari, Nestor Kirchner, en affirmant son indépendance sur la scène internationale, aux côtés du Brésil de Luiz Inacio Lula da Silva et du Chili de Michelle Bachelet. Ces gouvernements défendent les intérêts de l’Amérique latine sur la scène internationale tout en s’engageant dans la construction de sociétés plus justes dans leurs propres pays. N’oublions pas de mentionner ici la victoire, au Paraguay, en 2008, de l’ex-évêque Fernando Lugo, qui a mis fin à 60 ans de monopole du pouvoir par le Parti Colorado.

  En 2006 également, le président Hugo Chavez fut réélu et il remporta ensuite le référendum qui permet la réélection, pour des périodes successives, à tous les postes d’élus au suffrage populaire. Il s’agissait d’une autre grande victoire pour le Révolution bolivarienne et pour la nouvelle ère de changements qui s’est instaurée dans la région, où la Révolution cubaine fait figure de référence, en termes de résistance et de vocation solidaire et internationaliste.

  En cette fin d’année 2009, le Front élargi a été réélu à la présidence en Uruguay, une victoire qui démontre que la population ne veut pas revenir en arrière. La victoire sans équivoque de l’ex-tupamaro et candidat du Front élargi, José Mujica, qui est un symbole vivant de la lutte pour un monde meilleur, n’est qu’un autre exemple des changements qui se produisent sur ce continent depuis les cinq dernières années.

Parallèlement à l’arrivée d’un nouveau leadership régional qui met de l’avant des politiques indépendantes, les mécanismes d’intégration se sont consolidés, suivant l’exemple et les objectifs de l’ALBA. Pendant cette période, l’empire a perdu quelques batailles significatives, de sorte qu’il doit de nouveau sortir son arsenal belliqueux pour tenter de freiner ce courant de réforme. Le remise en service de la 4e flotte de guerre, la réapparition de gorilles au pouvoir comme au Honduras et la militarisation sans scrupule de la région avec l’installation et l’agrandissement de bases militaires yankees en Colombie et au Panama ne font que confirmer que les Etats-Unis envisagent et privilégient encore et toujours l’option militaire dans les différends qui les opposent avec leurs voisins, lorsqu’ils échouent dans leurs tentatives de s’immiscer dans les affaires intérieures des gouvernements pour contrer la volonté des peuples latino-américains et caribéens.

  Pendant cette même période, l’ALBA a progressé et consolidé ses assises, avec l’arrivée de nouveaux pays membres, comme la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras, l’Equateur, la Dominique, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Antigua-et-Barbuda. Elle a même étendu ses programmes d’aide à des pays non-membres. Parallèlement à ce processus, d’importants événements se sont produits, qui favorisent la lutte commune pour la seconde et définitive indépendance.

Signalons, entre autres :

- La création de l’Union des nations du Sud (UNASUR), qui favorise la consultation et l’intégration de tous les pays d’Amérique du Sud, sans ingérence étrangère.

- Le Groupe de Rio, qui a pris position énergiquement dans le conflit opposant l’Equateur à la Colombie, en réussissant à éviter le pire lorsque les troupes colombiennes ont violé le territoire équatorien. Cet épisode a confirmé la nécessité d’un mécanisme propre de concertation autre que l’OEA, qui a toujours fait la preuve de sa dépendance envers les Etats-Unis.

- L’entrée de Cuba dans le Groupe de Rio, qui démontre, d’une part,  le respect et l’autorité de la Révolution cubaine, la confiance qu’elle inspire et, d’autre part, l’indépendance de ce groupe en matière de politique extérieure.

- La victoire de Correa au référendum sur l’approbation de la nouvelle Constitution en Equateur.

_ La tenue du premier Sommet des pays latino-américains et des Caraïbes sur l’intégration et le développement, convoqué par le président Lula, sans la participation de pays extérieurs à la région, à Salvador de Bahia, au Brésil. C’était une preuve supplémentaire que les pays de la région ont suffisamment de maturité pour trouver eux-mêmes les solutions à leurs problèmes.

- La consolidation des liens entre Cuba et la CARICOM, dans le but évident de resserrer les liens entre des pays d’une même région.

- Le renforcement des relations  entre les chefs d’Etat de la Chine, de la Russie et de l’Iran et plusieurs chefs d’Etat d’Amérique latine.

- La création d’un Conseil de défense de l’UNASUR, dont le but est de mettre sur pied un système de défense qui soit propre aux besoins de la région et de favoriser des mécanismes qui renforcent la coopération dans la région, alors que le gouvernement des Etats-Unis se sert du prétexte de la lutte contre le narcotrafic et l’insurrection en Colombie pour mieux contrer les processus de libération nationale en cours et s’emparer, sans honte aucune, de nos ressources naturelles, dont il a tant besoin pour maintenir son hégémonie.

  L’Amérique latine et les Caraïbes sont convaincues qu’il ne faut s’attendre à rien qui vaille du nouveau président étasunien qui pratique la valse hésitation en ce qui a trait à nos exigences communes. Il ne fera que répéter les vieilles politiques qu’on lui connaît depuis plus de cent ans et qui ont marqué les relations des Etats-Unis avec nos pays : intimidation, pillage et manifestation de sa super-puissance.

  La célébration, dans la capitale cubaine, du 5e anniversaire de la création de l’ALBA, alors que les relations des pays de la région avec Washington sont des plus tendues, doit être et sera, sans aucun doute, l’occasion pour les pays membres de réaffirmer qu’il ne faut surtout pas abandonner la lutte pour notre seconde et plus que jamais nécessaire indépendance tout en sachant que nous ne sommes plus seuls dans ce combat. Avec l’UNASUR, avec tous les autres mécanismes d’intégration politique et économique, nous dessinerons la carte de l'unité pour laquelle nous luttons depuis deux cents ans, tout en respectant les diversités de tout un chacun. •
 

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