Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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N O T R E  A M E R I Q U E 

La Havane. 11 Décembre 2009

Un bilan positif après seulement
cinq ans d'existence

Nidia Diaz

• CINQ ans se sont écoulés depuis la signature des accords constitutifs de ce qui s’appela, dans un premier temps, l’Alternative bolivarienne pour les Amériques. Ce qui naissait alors était rien moins qu’une nouvelle manière d’exercer la solidarité, l’égalité des droits et des devoirs ainsi que le respect mutuel entre pays frères d’Amérique latine et des Caraïbes, enfin libérés de l’hégémonie impériale et de l’emprise des oligarchies.

Quelque 7300 médecins, en provenance de 45 pays et de près de 84 nations autochtones, ont été formés à l’Ecole latino-américaine de médecine.
Quelque 7300 médecins, en provenance de 45 pays et de près de 84 nations autochtones, ont été formés à l’Ecole latino-américaine de médecine.

Cuba et le Venezuela sont les fondateurs de cette nouvelle expérience, précédée de deux processus d’émancipation, la Révolution cubaine et la Révolution bolivarienne, qui ont permis aux deux nations d’avancer sur la voie de la souveraineté et de la dignité. Des expériences passées avaient montré à l’évidence qu’il n’y avait pas d’intégration possible dans la région tant que les classes capitalistes dominantes, dans chaque pays, subordonnaient leurs propres intérêts à ceux des Etats-Unis.

Au fil des vingt dernières années, le néolibéralisme s’est emparé des économies nationales en tournant le dos aux problèmes sociaux pourtant cruciaux auxquels les populations étaient confrontées. Les privatisations ont dépouillé les Etats de tout contrôle sur les richesses naturelles, les moyens de production et les chaînes de distribution. Dans un tel contexte, tout projet d’intégration était voué à l’échec, parce qu’il y manquait les ingrédients fondamentaux de la coopération et de la solidarité: Les mécanismes créés ne servaient qu’à masquer les vieux objectifs d’exploitation et de pillage en les harnachant d’oripeaux plus séduisants.

Le meilleur exemple en est sans doute l’Accord de libre commerce pour les Amériques (ALCA), aujourd’hui totalement discrédité: les gouvernements les plus conséquents d’Amérique latine et des Caraïbes ont refusé catégoriquement d’y entrer, ayant constaté qu’il s’agissait ni plus ni moins que d’une grossière escroquerie, d’un énorme mensonge qui ne ferait qu’imposer sous une forme encore plus crue le néolibéralisme et la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. L’ALCA aurait signifié le retour à l’annexion.

L’ALBA naît sous un signe contraire à celui de l’ALCA, celui de l’intégration véritable d’un type nouveau, juste et solidaire, répondant aux besoins concrets des pays de la région.

Cinq années de travail incessant, d’idées fécondes et de projets audacieux, conduits avec intelligence et habileté, inspirés par une vocation ouvertement internationaliste ont permis aux pays membres de ce qui est devenu l’Alliance bolivarienne d’atteindre des résultats tangibles. Les bienfaits de l’ALBA se sont étendus non seulement aux pays membres mais à d’autres Etats d’Amérique latine et des Caraïbes qui, d’une manière ou d’une autre, se sont associés à des projets et à des programmes qui concernent pratiquement toute la région.

Pour y parvenir, l’Alliance a été régie, dès sa création, par des principes qui orientent et déterminent son action quotidienne dans tous ses aspects. C’est ainsi qu’a surgi le concept de «grand-national», un qualificatif qui s’applique à tous les projets mis en œuvre et qui s’inspire, historiquement, de la vision bolivarienne de l’union de toutes les républiques latino-américaines et caribéennes. L’ALBA a tracé ses grandes lignes d’action, répondant aux besoins d’Etats qui partagent la même conception de l’exercice de la souveraineté nationale et régionale, défendent énergiquement leur identité sociale et politique et franchissent les barrières locales pour renforcer les capacités permettant de relever les défis dans l’union.

Ainsi sont nés les projets grands-nationaux et les entreprises grand-nationales qui concrétisent les projets sociaux et économiques d’intégration. Tout projet grand-national ne donne pas lieu à la création d’une entreprise grand-nationale, mais toute entreprise grand-nationale devra s’inscrire dans un projet grand-national qui guidera son action.

Les projets sociaux et culturels peuvent être mis en œuvre par les structures nationales existantes dans chaque pays. Ils peuvent concerner deux pays ou plus, et même la totalité des pays membres de l’Alliance. Les entreprises, quant à elles, s’inscrivent dans la nouvelle logique d’union qui est celle de l’ALBA, c’est-à-dire dans sa stratégie d’intégration, et elles peuvent assumer diverses formes d’association de capitaux à condition que l’efficacité productive soit garantie, selon les documents signés à cet effet.

Synthétiser, en quelques lignes, les acquis de l’ALBA n’est pas tâche facile.

La première des grandes actions sociales entreprises conjointement est l’ «Opération Miracle», dont l’initiative revient à Cuba et au Venezuela. Ce programme qui a permis à des millions de Latino-américains et de Caribéens de faire soigner des troubles de la vision et de récupérer la vue s’est ensuite étendu à d’autres pays.

Elle fut suivie de plusieurs autres, dans le domaine de l’éducation: Cuba apportait son savoir-faire au Venezuela dans le cadre des missions Robinson I et II, Sucre, Rivas et Vuelvan Caras, qui instauraient une véritable révolution éducationnelle dans la terre du Libertador.

L’autre domaine d’action considéré simultanément comme prioritaire était, bien entendu, la santé publique: le programme Barrio Adentro, les hôpitaux et les centres de diagnostic ouverts par la mission cubaine au Venezuela. Bientôt suivaient les instructeurs de sports (Barrio Adentro deportivo) et les instructeurs d’art (Barrio Adentro cultural). Par ailleurs, des milliers de jeunes Vénézuéliens ont fait leurs études de médecine, aussi bien à Cuba qu’au Venezuela, sous la direction de spécialistes cubains.

On ne saurait passer sous silence la création des missions médicales cubaines parties dans plusieurs pays de l’ALBA pour procéder au dépistage de diverses maladies génétiques, jusque dans les régions les plus reculées. Ces missions portent les noms de Moto Méndez (en Bolivie), Manuela Espejo (en Equateur) et Todos con Voz (au Nicaragua). Ce travail a déjà été achevé au Venezuela.

L’intégration solidaire des pays de l’ALBA ne se réduit pas au seul domaine de l’assistance sociale, économique ou commerciale, mais elle va bien au-delà: elle comprend aussi l’important secteur culturel avec le développement des formes les plus diverses d’expression artistiques et de la littérature à travers le programme ALBA-Culturel, qui décerne chaque année les prix ALBA des lettres et de littérature. 

L’excellente chaîne de télévision multinationale TeleSur est devenue un point de référence pour l’opinion publique latino-américaine et mondiale, avec un taux d’audience de plus en plus élevé et un niveau de compétence reconnu par tous. Prochainement va commencer à émettre Radio Sur.

Sous l’égide du Traité de commerce des peuples (TCP), plusieurs traités et projets grand-nationaux dans le domaine du commerce ont été adoptés; elles ont donné le jour à des entreprises de ce type comme celle concernant les fournitures  industrielles, d’importations et d’exportations, les magasins de l’ALBA, la foire de l’ALBA et des centres de formation pour améliorer la capacité de production, la création et l’innovation technologique. 

Très importants aussi sont les accords établis à l’intérieur d’ALBA-Financier, comme celui du Fonds de coopération et d’investissements, la Banque de l’ALBA et l’émission du Bon ALBA pour un montant qui devrait s’élever à un milliard de dollars. Pour sa part, le projet ALBA-Alimentation a des caractéristiques stratégiques car il consiste dans le partage de l’auto-approvisionnement et la garantie de la sécurité alimentaire, sans oublier aussi une Banque alimentaire et une entreprise grand-nationale de production alimentaire.

Dans les domaines des télécommunications et du tourisme, des efforts communs sont déployés pour les développer avec la création d’une entreprise grand-nationale de télécommunications, d’un projet de tourisme social et de l’Université touristique de l’ALBA. 

D’autres initiatives de grande ampleur sont prévues dans les secteurs des mines, de l’industrie et de l’énergie, avec la création d’entreprises d’aluminium, géologico-minières, de ciment et de bois.

Concernant les industries lourde et légère, il existe des accords pour la création d’entreprises de fabrication d’acier inoxydable des dénommés produits de «ligne blanche» en association avec la Biélorussie, l’Iran et la Chine.

Les projets les plus importants pour les pays de l’ALBA concernent le secteur énergétique, liés au Traité énergétique de l’organisation: on envisage ainsi la création d’une entreprise grand-nationale d’énergie qui embrasse les secteurs du pétrole et du gaz, du raffinage et de la pétrochimie, du transport et du stockage, de l’électricité, de l’énergie alternative et du transport maritime. 

Dans ce sens, cinq projets sont en cours pour la Bolivie, deux au Nicaragua, deux à Cuba et trois à Haïti: ils comprennent des raffineries, des usines électriques, de regazéification et d’asphalte.

Pour en revenir au secteur financier, qui contribue à la réalisation des projets, accords et traités signés par l’Alliance, il est nécessaire de mettre l’accent sur la constitution de la Banque de l’ALBA, un organisme économique dont le siège est à Caracas, et qui aura des filiales dans tous les pays membres. Cette banque est chargée de financer les projets, d’octroyer les crédits et de trouver une solution aux litiges de nature économique. Son capital initial est d’un milliard de dollars apporté par les pays membres selon les possibilités de chaque nation.

Un autre fait important dans le domaine économique: la création du SUCRE (Système unique de compensation régionale), qui dans une première phase agira comme monnaie virtuelle, jusqu’au jour où elle deviendra une monnaie réelle à l’intérieur de l’union de la zone monétaire adoptée, ainsi que la création d’une chambre de compensation de paiements et un fonds de réserves financés par les nations membres.

Les programmes d’alphabétisation de l’ALBA, un gage pour l’indépendance de nos peuples.
Les programmes d’alphabétisation de l’ALBA, un gage pour l’indépendance de nos peuples.

Ce sont, sommairement, les plus importantes réalisations de l’ALBA durant cette courte période de cinq ans. Elles montrent, en premier lieu, la volonté politique émancipatrice des pays qui composent cette puissante alliance dont les gouvernements et les peuples ont su, en peu de temps, apporter une réponse solide et durable aux ambitions impériales inscrites dans l’ALCA, une organisation moribonde.

Le processus de transformations et de souveraineté qui a commencé à voir le jour en Amérique latine et dans les Caraïbes a entraîné la création de ces conditions et il a permis à l’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique, qui incarne et promeut les idéaux de Bolivar et de Marti, de devenir réalité. Cela prouve qu’il est possible d’œuvrer en faveur des peuples malgré les difficultés d’un monde où l’égoïsme et l’individualisme sont toujours les atouts de l’empire pour maintenir son hégémonie. • 
 

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