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La presse à Cuba : Un OVNI sorti des
rotatives
par Michel Porcheron
Il n’y a pas que le Net dans la vie.
Le dernier né de la presse cubaine est à la fois un
vrai journal, de 16 pages, polychrome, format 29 x 38 cm,
tout ce qui a de plus réel, palpable, que l’on peut
manier, qui a l’odeur de l’encre, de ceux qui se vendent
en kiosque, que l’on peut lire et feuilleter plusieurs
fois, avant de le donner éventuellement à son voisin,
lequel le donnera à un ami, lequel, etc…de ceux encore
qui finiront par envelopper vos choux (1) ou vos
tomates, comme n’importe quelle publication en papier
journal de la Colombie britannique au Kamchatka, en
passant par la Patagonie ou le bush sud-africain …
…et
un journal « virtuel », immatériel, en ce sens qu’il est
un magazine sans salle de rédaction, sans rédaction fixe,
sans locaux, sans téléphone (2) donc sans standardiste,
sans secrétaire ni DRH, sans distributeur de café ou
boissons fraîches, ni connexion web ou wifi à son nom,
sans jamais donc (un comble) la moindre visite de
livreur de pizzas et pop corn (palomitas) réunis…
Mais dans sa panoplie, que l’essentiel, des lecteurs.
Cent mille (100.000) dans les heures qui suivent la
mise en vente, un jour de la fin du mois. Le tirage
étant de 100.000 exemplaires, pas de bouillon, pas de
retour d’invendus. Qui dit 99.800 acheteurs (le service
de presse n’est en effet que de 200 exemplaires, en
cubain « cortesia ») dit au moins 3 fois plus de
lecteurs, selon une estimation moyenne, qui est la même
de la Colombie britannique au…, en passant par…
A Cuba, il ne serait pas exagéré d’avancer « au moins
5 et 6 fois plus »…compte tenu aussi que, selon un
sondage éclair, l’acheteur lit, relit et lit encore ce
qui est devenu sa publication préférée. Certains le
connaissent par cœur. On en fait des lectures publiques
et n’interrogez jamais un acheteur-lecteur : vous en
aurez pour …un bon moment, notre lecteur, vrai lecteur
assidu de A à Z, vous en dira même trop, comme ceux qui
prennent un malin plaisir à vous raconter la fin du
film. Par ailleurs si demain le tirage était de 150.000
puis 200.000, il ne fait aucun doute qu’il n’y aurait
toujours pas de bouillon.
"…por la noche, un poco de alcohol y buenos amigos
para conversar. Siempre tengo la necesidad de estar en
contacto con la gente de la calle y bien enterado de la
actualidad". G. Garcia Marquez (1982). (3)
Ce mensuel a un an d’âge, donc il ne figurera que
dans la prochaine édition imprimée de « Publicaciones
Seriadas Cubanas » (PSC) 2010-2011, que publie El
Instituto cubano del libro (4).
http://www.seriadas.cult.cu/catalogo/index.php?codbusca=105&version=Impreso
Il ne faut pas confondre cette nouvelle publication
avec La Calle (La Rue) créée elle en 1995, revue
papier de quatre numéros par an (32 pages) éditée par
les CDR (Comités de Défense de la Révolution). Ne pas la
fondre non plus – rien à voir- avec la célébrissime
« Bodeguita del Medio », de la non moins
emblématique rue Empedrado, dans la Vieille Havane. Un
rendez-vous obligé pour les touristes du monde entier et
pour quelques nostalgiques, cubains ou non. Dans cette
appellation, « medio » signifie « au milieu de », la
Bodeguita se trouvant au 207 de Empedrado, a mi chemin
entre la calle Cuba et la calle San Ignacio qui donne
sur la Plaza de la Catedral. Le mojito et le daiquiri
–excellents- y sont hors de prix. Ceux de Manolito C. du
Floridita ont notre préférence. Mais comme disait le
camarade Rudyard Kipling (1865-1936) « cela est une
autre histoire » (dans Kim, 1901).
« La Calle del
Medio », nous y voilà [traduction littérale donc :
« la rue du milieu » ou « au milieu de la rue »,
en réalité il s’agit d’un cubanisme à partir de «Echarse
en la calle de en medio » qui signifie (Larousse, Gran
Diccionario, 2005, España] « foncer droit au but, ne
pas y aller par quatre chemins, y aller carrément ».
Dans sa version cubaine cette expression est plus
familière encore, l’équivalent en français de « estar en
La Calle del Medio ! » serait : « être un peu gonflé,
agir librement, y aller fort, sans être étouffé par les
scrupules, publiquement, etc…etc… »…
….est un magazine mensuel généraliste, destiné, selon
la formule consacrée, au grand public, mais pas
seulement, en réalité à tous, à tous les lecteurs, pour
peu qu’ils soient curieux, et qu’il ait un peso cubain (
avec un peso devise c.u.c, vous avez ainsi entre 23 et
25 exemplaires, selon le change du jour sur les bourses
mondiales) et qui s’auto-intitule « Publicacion
mensual de opinion y debate », bandeau qui figure en
bonne place en Une, au milieu du titre qui, en grandes
lettres noires, occupe justement près du tiers de la
page.
Il est précisé dans l’ours que La Calle del Medio
est une « Publicacion cultural de Prensa Latina »,
l’agence de presse cubaine PL (5). La maquette
originale, fort attractive, est signée 10K (pour le
patronyme à coucher dehors : Rodriguez Diezcabezas de
Armada, Alexis Manuel) et Zardoyas, dessinateur de la
dernière génération, et en tout cas de ceux qui montent.
En treize numéros (la sortie du n° 14, juin 2009, est
imminente. Nous avons reçu sa version PDF ), la Une et
la maquette n’ont pas été modifiées. Signe que dès le n°
1, les deux types ont visé juste et trouvé LA maquette,
la seule, que devait avoir ce newsmagazine cubain du
troisième type.
Chroniques de la vie ordinaire, ce qu’il faut de
culture pour tous, livres, musique, télévision, CDs bien
sûr, mais aussi du sport, des recettes de cuisine, des
dessins de presse, deux pages des lecteurs, des papiers
magazine, features… Pas de brèves politiques, ni
nationales ni internationales, ni rubrique ex cathedra
d’économie mondiale, nationale, régionale ou locale. En
un mot, comme pourrait dire ce jeune ami de La Cité, de
la grande banlieue de Paris (ou de Lyon ou Marseille ou
Carcassonne) « pas de prise de tête ».
Le ton, le style, les titres se veulent directs. En
cubain on dirait « ! impactantes ! ». Ils
touchent le public, comme l’épée de Cyrano (de Bergerac),
à la fin de l’envoi.
Un Ovni
Ovni : cet acronyme,
de Objet Volant Non Identifié, outre son sens premier
(calque de l’anglais américain, flying saucer-:
objet volant d'origine inconnue, peut-être
extraterrestre. Soucoupe volante) veut dire aussi par
extension familière et courante « 2 Artiste,
œuvre inclassable, qui surprend en ne suivant pas les
lois du genre », selon le Dictionnaire usuel Le Petit
Robert. Selon Le Petit Larousse, concurrent
et ami : « 2. Familier. Personne
inclassable, atypique ; phénomène, création hors normes,
sans références connues.
Un ovni littéraire ».
La Calle del Medio
est un ovni journalistique. Tombé du ciel. A des années-lumière
de la galaxie journalistique existante. Hors des routes
tracées, des sentiers battus, des chemins balisés, des
voies uniques, de garage ou sacrées. Un article fait au
moule, mais moulé sur rien de connu, etc…etc…Et que des
textes et des illustrations inédites.
Au delà de la seule presse écrite et bien au-delà des
médias en général, ce mensuel est devenu, après plus
d’un an d’existence, un fait de société. Il a déjà son
immense club de supporters, on l’a vu, et ses
détracteurs, ou « plutôt contre » ou déçus, de la
famille « NSP, Ne Se Prononcent pas » ou les irrités et
aigris, ce qui constitue le meilleur signe de succès. Il
est bien connu que les aigris s’envolent et que les
lecteurs restent. Lesquels « plutôt contre » ou irrités
ne sont pas oubliés. Ils ont la parole, la priorité,
parfois l’exclusivité, dans le courrier des lecteurs.
Pour eux cet objet tombé du ciel n’est en réalité qu’un
objet démagogique au ras des pâquerettes. Le côté…
plutôt « table rase académique » les agace, leur
provoque une démangeaison (una picazon) que treize
numéros ont aggravée. D’autres auraient préféré à
l’inverse que ce mensuel « aille plus loin encore »,
qu’il soit « un peu moins amateur », qu’il aborde des
thèmes « plus incisifs » ou qu’il propose et publie des
« vrais discussions ».
Ailleurs (en français et en France, pour ne prendre
qu’un seul exemple), on parlerait d’une presse proche
des gens, de « proximité », manifestement faite pour
eux, pour l’homme de la rue (de la calle) pour M et Mme
Tout-le-monde et plus encore (de la calle del medio). En
espagnol, de Cuba et d’ailleurs : « la gente » ou « la
calle ».
A ce stade de la présentation de La Calle del
Medio, le lecteur (le nôtre) pourrait penser
qu’on a affaire là à une publication concoctée à l’abri
des regards, dans la pénombre d’une arrière-boutique,
dans la touffeur d’une chambre sous les toits ou la
fraîcheur relative d’un local en sous-sol, d’un garage
ou d’un atelier désaffecté d’un artiste récemment
disparu, et qui serait le fruit de quelques illuminés,
de doux rêveurs à l’ardente imagination, d’anciens
journalistes recyclés ou de rédacteurs frustrés en mal
de copie. Ou encore un « Spécial copinage», sous le
« parapluie » de Prensa Latina.
Indice de satisfaction : …heu, disons 97, 86 %
Rien de tout cela. On l’a vu, La Calle del Medio
a pignon sur rue, le numéro 0583 dans le RNPS
(Registro nacional de Publicaciones seriadas), jouit
d’une excellente distribution tout ce qui a de plus
légal, et de toute évidence de una excelente
aceptacion (bon accueil, bon indice de
satisfaction). Sa gestation a dépassé de peu les neuf
mois. Aceptacion qui correspond-- le mieux
possible, dentro de lo que cabe-- a une réelle
expectativa, une attente (6) qui existait dans le
public. Il ne serait pas exagéré de dire que ça fait des
lustres ( ■ Littér. Cinq années. « Mes douze
lustres » (Rousseau) :
mes soixante ans.▫ Par ext. Des lustres :
période de temps longue et indéterminée. Je ne
l'ai pas vu depuis des lustres») qu’une telle
initiative en direction de millions de lecteurs, de
vous, de moi et a fortiori couronnée de succès de vente
et d’estime voit le jour à Cuba. La vente est directe,
en kiosque seulement, pas de vente par abonnement.
Les promoteurs n’ont eu qu’une idée en tête, répondre
à cette demande, combler un vide. En effet « La
Jiribilla de papel » (qui a, selon nous, le plus
beau site culturel cubain, www.lajiribilla.cu )
également mensuel culturel, lancé il y a 6 ans, n’est
tiré qu’à 3000 exemplaires et de toute évidence n’a pas
le même lectorat.
Il existait donc un …créneau. Consultons à nouveau
nos Dictionnaires usuels.
créneau- Ouverture
pratiquée dans un remblai pour viser et tirer/ Loc.
fig. Monter au créneau : s'engager
personnellement dans une action (cf. Monter au filet, en
ligne), se porter à l’endroit où se déroule l’action :
intervenir / Espace disponible entre deux espaces
occupés/ Manœuvre pour se garer le long d'un trottoir
entre deux voitures/ (Abstrait) Comm. Partie d'un
marché sur lequel la concurrence est faible. segment.
Créneaux commerciaux. Un créneau porteur, segment
de marché en expansion, où peut être exploité un type de
service. « il y avait un créneau à prendre ».
Aéronaut. Créneau de lancement : temps
pendant lequel on peut lancer un engin dans de bonnes
conditions ».
Mensuel cherche adjoint avec références. Urgent.
Dans le cas qui nous occupe, toutes ces définitions
sont à prendre en considération. Elles renvoient bien à
la philosophie, la politique qui ont présidé à la
naissance de La Calle del Medio. Pour Enrique
Ubieta, bombardé et auto-bombardé, à lui tout seul [« je
voudrais bien prendre de vrais vacances »… « et si je
tombais malade ? »] director, editor, secretario,
tesorero, mensajero, plataforma giratoria, pivote, brain-trust,
antena parabolica, meteorólogo de la calle, cazador de
opiniones, papel secante itinerante, estación de
escucha, etc, etc… le principal est de capter l’état
de l’opinion, être à l’écoute de ce que dit « la
calle », aller à la rencontre des lecteurs, tâter le
pouls de la « gente », prendre en compte « el gusto
popular », sans paternalisme et sans « populisme » mais
dans le sens du respect du lecteur et de sa « culture »
dans sa définition la plus large possible.
Ambitieux n’est-ce pas ? Assurément très nouveau
(novedoso) dans sa conception et sa réalisation. Si on
devait définir sa philosophie, on choisirait ce titre
(n° 8, p. 14) qui annonce un papier sur un chanteur et
compositeur : « Hacer algo diferente que se
parezca a nosotros ».
La Calle del Medio s’adresse d’abord et avant
tout au lecteur et à la lectrice qui n’a pas Internet ou
qui préfère lire « son » mensuel (7). Lequel (ou
laquelle) va se retrouver dans ces seize pages qui lui
sont destinées, où on lui parle de « thèmes culturels »
qui composent sa vie de tous les jours, par le biais de
textes agréables à lire, où le mensuel propose plus de
questions que de solutions et dans toute la mesure du
possible donne la parole à ceux qui habituellement ne
l’ont pas ou ne la prennent pas.
Selon Enrique Ubieta, le mensuel La Calle del
Medio ne publiera pas par exemple la énième
interview de telle ou telle personnalité qu’on a pu lire
ailleurs, ou alors il le fera à partir d’un angle
(enfoque) qui n’a pas été traité jusque là. Pour
reprendre les termes de cet aimable homme-orchestre, le
magazine veut nommer les choses par leur nom (nombrar
las cosas por su nombre) et « a camisa tirada » (sans
détours, circonlocutions, et littéralement, au sens
figuré, jusqu’à tomber la chemise et faire le coup de
poing).
Treize numéros, soit 13 x 16 = 208 pages,
Immersion
Dans son n° 10 (février 2009, qui compte 10
« colaboradores », soit pigistes ou free lance, plutôt
djeunes, sans qu’ils soient obligatoirement
journalistes encartés, plutôt choisis en fait comme
conocedores dans une spécialité) le sport en réalité
le récent II Clasico Mundial de base-ball (béisbol),
occupe les 6 premières pages, deux sont consacrées à
« Lecturas » et deux autres à « Musica ». En page 14, le
directeur Enrique Ubieta Gomez, signe la « Cronica ».
Toute la page 15 est celle des lecteurs « Los lectores
opinan /La Esquina caliente» et la der, la 16 (Variados)
propose « El secreto de la buena mesa/ Sopa de cebolla »
ainsi qu’un choix de CDs « Propuestas musicales ».
Dans d’autres n°, on trouve et de manière régulière
les rubriques Television, Gente, Mundo, Sociedad, Hechos
y Cine. Et toujours les deux pages centrales consacrées
au dessin de presse ou d’humour.
Cette courte présentation suffirait à souligner le
caractère original de ce mensuel qui, à en croire les
habitués des kiosques à journaux (estanquillo) de la
capitale, a rapidement su trouver une clientèle et grâce
aussi à une politique bien pensée de distribution
nationale, un succès certain (le tirage est passé de
50.000 à 100.000 à partir du n° 4) les lecteurs y voyant
un mensuel nouveau, « que no parece cubano »
comme le disaient les premiers acheteurs et à un prix
modique.
« La Calle del Medio » [lacalledelmedio@enet.cu.
Elle n’a pas pour l’instant de site, mais tous les n°
sont accessibles sur les sites www.cubasi.cu ou
www.prensa-latina.cu voir section Publicaciones]a
une autre originalité qui lui confère une spécificité
inédite : le mensuel ouvre ses deux pages centrales (8
et 9) aux dessinateurs de presse, sous le titre « La
Ubre» (plutôt mamelle, tétine). Dans son n° 10, 17
dessins (dont 15 en couleurs) de Ares, Zardoyas, Tamayo,
Charli, Yaimel et de Abela, avec deux invités
colombiens, Jucalo et Ramiro. Ces deux pages ont depuis
le n°13 de LCdelM une autre dimension encore, après la
suspension, provisoire, du mensuel de dessins d’humour
dedeté (supplément du quotidien national « Juventud
Rebelde »).
"Cela faisait déjà un moment qu’Ares et moi étions
convaincus de la nécessité de créer un nouvel espace
pour l’humour graphique cubain contemporain, nous dit
Zardoyas, en particulier dans son domaine le plus
expérimental et le plus rénovateur, sans avoir à traîner
de vieux et problèmes de la profession sur lesquels je
ne veux pas m’étendre »,
"Nous avions cela en tête quand s’est présentée
l’offre de travailler pour La Calle. Quand le directeur
Enrique Ubieta m’a téléphoné au sujet de la maquette, je
lui ai tout de suite proposé pour les deux pages
centrales, « La Ubre », une sélection en couleurs des
meilleurs dessins du moment.
« L’idée, avec Ares, était de regrouper tous ces
jeunes créateurs que l’on ne voit pas dans les espaces
existants consacrés au dessin d’humour. Au sujet du
dessin éditorial, La Calle del Medio, est un bon support
pour la créativité, par la diversité des thèmes qu’il
traite et la nouvelle optique avec laquelle il les
aborde ».
Links pour télécharger les 13 numéros de La Calle del
Medio en pdf : (en pdf zip sur prensa-latina.cu)
http://www.cubasi.cu/desktopdefault.aspx?spk=160&clk=234423&lk=1&ck=119894&spka=35
(avec au 27 juin, près d’une centaine de commentaires).
Dans un court éditorial (signé bien sûr CM) on peut
lire après un "Estimados lectores" …."casi a las
puertas del II Clasico nos metemos como siempre en el
debate de la calle", suivent les grands titres
du n° 10 avant de conclure par un « Esperamos que se
sienten a gusto. Gracias ». Là tout est dit avec
« estimados lectores » et « gracias », voilà une
publication qui affiche explicitement son but :
s’adresser à des lecteurs considérés comme de vrais
lecteurs et que l’on remercie de l’être.
La Calle del Medio est en cela un (des)
miroir (s) de la société cubaine actuelle, qui tente de
renvoyer une image, le plus et le mieux possible, proche
des réalités. Et par un effet boomerang le mensuel se
nourrit, se met au rythme des ondulations d’une société,
plutôt in et/ou plutôt off, en régulières et subtiles
mutations, en mouvement (malgré les apparences) propre,
endogène.
La voie de la calle, la voix de la calle
Enfin, il existe deux autres signes qui confirment le
bien fondé d‘une telle publication : elle a d’ores et
déjà pris toute sa place sur les rayons de la
Bibliothèque Nationale. Section Presse ou section
Patrimoine ? Probablement les deux. Dans quelques
années, la collection constituera un « corpus » unique,
à la disposition de ces estudiosos qui rédigeront
des thèses sur l’état de la société à Cuba à partir de
2008. En attendant, d’ores et déjà, ces mêmes
estudiosos seraient bien inspirés de se plonger dans
une étude des titres des papiers des 13 premiers
numéros….
Voilà pour sa vie « officielle ». Dans le même temps,
comme tout produit que l’on s’arrache, une fois sortie
des rotatives des camarades « typos » et « linos » de la
« Imprenta Federico-Engels » de La Havane, une fois
envolée des kiosques, La Calle del Medio, depuis
son premier numéro, a une autre vie, elle circule, non
sous le manteau, mais va de main en main sous de
nouvelles couleurs, celle du marché informel. On parle
alors de reventes, d’enchères et de bisness. Autre
rançon du succès. Dans ce cas l’exemplaire que vous
souhaitez acquérir (conseguir) vaudra au moins …deux
pesos, quand ce n’est pas plus.
« Il n’y en aura pas pour tout le monde ! »
Le philosophe et essayiste de formation Enrique
Ubieta serait-il en train de gagner un pari dont il
n’est jamais que le porte-avion, le porte-clés, le
porte-enseigne, le porte-voix ? Car il est clair que
La Calle del Medio est avant tout un pur produit de
« la calle », (pas de la « caillera » non non, mais à
l’occasion pourquoi pas) le team de l’ancien
universitaire n’en étant que son scribe, son nègre et
son écrivain public. Fidèle.
La « calle » a la parole. Elle peut avoir raison,
elle peut se tromper. Elle peut faire fausse route, elle
peut aussi apporter ses lumières. C’est la voix de la
calle. Qu’on soit d’accord ou pas, là n’est pas la
question. Il s’agit d’abord d’être à l’écoute et d’y
rester. Pour la suite… comme écrirait Rudyard Kipling…
Estimados Enrique Ubieta y "10K" ¿unas palabras de
conclusión por hoy? : " Debatir
de todo siempre ha sido unos de los puntos fuertes de
los cubanos y cubanas. Si la gente busca, se identifica,
opina y hasta discrepa de la publicación o de los temas
tratados en ella, quizás entonces La Calle del Medio
tendrá una larga vida útil dentro de la sociedad
cubana".
Tous les chemins mènent à Rome,
dit le
proverbe. Soit selon le Dictionnaire Petit Robert :
« Il y a plusieurs chemins pour se rendre à un endroit;
fig.
il existe de nombreux moyens pour obtenir un résultat ».
La Calle del Medio a choisi les siens.
Notes et Bonus :
(1)- Ce mensuel éventuellement, en cas d’extrême
nécessité, feuille à chou, n’est pas pour autant « une
feuille de chou ». ▫ Une feuille de chou :
journal, revue de peu d'importance ou de peu de valeur.
è canard. (NdE). Brève enquête faite, cette
publication-papier journal (matière biodégradable et
recyclable s’il en est) n’est en réalité rien de tout
cela : elle est réputée - outre ne pas engendrer la
mélancolie—être soigneusement conservée (guardada) sans
donc finir tristement sa vie dans un sac-poubelle, ou
déchirée ou froissée à des fins domestiques journalières
ou périodiques.
(2)- L’Annuaire téléphonique 2009-2010, édité par la
compagnie Etecsa, n’est donc d’aucun secours. Ni à la
lettre C ou L, ni dans les pages jaunes à Periodicos
ou à Revistas. L’adresse Calle 21 dans le Vedado
est celle d’une dépendance de l’agence Prensa Latina
dont le siège central est sur La Rampa (de la calle 23).
Avec un peu de bonne volonté, un peu de chance, quelques
coups de téléphone et visites ici ou là, je parvins à
savoir à quel n° de téléphone le directeur de la
publication pouvait être joint. Rendez-vous fut pris
pour le mardi 23 juin à 10h a.m. Treize n° sont déjà
sortis. Un temps suffisant pour tirer un premier bilan.
(3)- Extrait de « El Olor de la Guayaba »,
conversaciones con Plinio Apuleyo Mendoza (p. 40 en
Ed.Diana, Mexico, 1982, 116 p). GGM répondait à une
question sur les lieux favorables à l’écriture.
(4)- El Catalogo 2008-2009 des PSC recueille les
fiches techniques de 668 publications (372 papier, en
numérique seul 178, et papier et numérique 118 (voir
tableau).
(5)- L’agence Prensa Latina (qui célèbre actuellement
ses 50 ans) publie également, entre autres publications,
l’hebdomadaire Orbe, Semanario International de
PL (tirage et vente 50.000 exemplaires, 16 pages,
monochrome) vendu en kiosque (et également distribuée
dans cinq pays : Mexico, Venezuela, El Salvador, Bolivia
et Nicaragua) .et qui bénéficie aussi d’une bonne « aceptacion ».
On peut consulter www.prensa-latina.cu ou
www.orbe.prensa-latina.cu . D’autres chiffres de
tirage : l’hebdomadaire Bohemia 120.000 ex., le
quotidien national Juventud Rebelde (JR) 200.000 ex. et
le quotidien Granma, 500.000 ex. le plus fort tirage.
Dans une autre tonalité, il existe un courrier des
lecteurs dans ces deux quotidiens (dans JR, « Acuse de
recibo » de José Alejandro Rodriguez, un des plus fins
connaisseurs de la vie quotidienne des Cubains,
www.juventudrebelde.cu et « Cartas a la direction »,
deux pages le vendredi dans le second,
www.granma.co.cu ou http://granma.cubaweb.cu)
(6)- La dernière « apothéose » estremecedora,
pour ne parler que de la chose imprimée au service de
l’ensemble de la population, fut la mise en circulation
du …Directorio telefonico 1996…Qui répondait à
une attente presque séculaire. L’édition antérieure
datait en effet de ….1979. Le 23 avril 1996, le
journaliste argentin Alfredo Muñoz Unsain, commençait
ainsi son papier envoyé au siège de l’AFP à Paris :
« Vu de l’étranger, l’information pourrait être prise
pour une banalité confondante, mais nous sommes à Cuba
et la nouvelle n’a rien moins que des implications
transcendantes : des habitants de La Havane l’auraient
vu et d’autres l’auraient déjà à la portée de la main.
Le nouvel annuaire téléphonique vient de sortir… Le
problème est que le dernier remontait à …1979…».
(7)- Toutefois largement plus de 50 % des courriers
de lecteurs sont des mails. Et ces internautes, plutôt
des lecteurs jeunes, ont lu LCdelM sur cubasi (mp, 29
juin 2009).
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