Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

TEXTE seulement       

N O U V E L L E S

La Havane. 6 Juillet 2009

La presse à Cuba : Un OVNI sorti des rotatives

par Michel Porcheron

Il n’y a pas que le Net dans la vie.

Le dernier né de la presse cubaine est à la fois un vrai journal, de 16 pages, polychrome, format 29 x 38 cm, tout ce qui a de plus réel, palpable, que l’on peut manier, qui a l’odeur de l’encre, de ceux qui se vendent en kiosque, que l’on peut lire et feuilleter plusieurs fois, avant de le donner éventuellement à son voisin, lequel le donnera à un ami, lequel, etc…de ceux encore qui finiront par envelopper vos choux (1) ou vos tomates, comme n’importe quelle publication en papier journal de la Colombie britannique au Kamchatka, en passant par la Patagonie ou le bush sud-africain …

…et un journal « virtuel », immatériel, en ce sens qu’il est un magazine sans salle de rédaction, sans rédaction fixe, sans locaux, sans téléphone (2) donc sans standardiste, sans secrétaire ni DRH, sans distributeur de café ou boissons fraîches, ni connexion web ou wifi à son nom, sans jamais donc (un comble) la moindre visite de livreur de pizzas et pop corn (palomitas) réunis…

Mais dans sa panoplie, que l’essentiel, des lecteurs.

Cent mille (100.000) dans les heures qui suivent la mise en vente, un jour de la fin du mois. Le tirage étant de 100.000 exemplaires, pas de bouillon, pas de retour d’invendus. Qui dit 99.800 acheteurs (le service de presse n’est en effet que de 200 exemplaires, en cubain « cortesia ») dit au moins 3 fois plus de lecteurs, selon une estimation moyenne, qui est la même de la Colombie britannique au…, en passant par…

A Cuba, il ne serait pas exagéré d’avancer « au moins 5 et 6 fois plus »…compte tenu aussi que, selon un sondage éclair, l’acheteur lit, relit et lit encore ce qui est devenu sa publication préférée. Certains le connaissent par cœur. On en fait des lectures publiques et n’interrogez jamais un acheteur-lecteur : vous en aurez pour …un bon moment, notre lecteur, vrai lecteur assidu de A à Z, vous en dira même trop, comme ceux qui prennent un malin plaisir à vous raconter la fin du film. Par ailleurs si demain le tirage était de 150.000 puis 200.000, il ne fait aucun doute qu’il n’y aurait toujours pas de bouillon.

"…por la noche, un poco de alcohol y buenos amigos para conversar. Siempre tengo la necesidad de estar en contacto con la gente de la calle y bien enterado de la actualidad". G. Garcia Marquez (1982). (3)

Ce mensuel a un an d’âge, donc il ne figurera que dans la prochaine édition imprimée de « Publicaciones Seriadas Cubanas » (PSC) 2010-2011, que publie El Instituto cubano del libro (4). http://www.seriadas.cult.cu/catalogo/index.php?codbusca=105&version=Impreso

Il ne faut pas confondre cette nouvelle publication avec La Calle (La Rue) créée elle en 1995, revue papier de quatre numéros par an (32 pages) éditée par les CDR (Comités de Défense de la Révolution). Ne pas la fondre non plus – rien à voir- avec la célébrissime « Bodeguita del Medio », de la non moins emblématique rue Empedrado, dans la Vieille Havane. Un rendez-vous obligé pour les touristes du monde entier et pour quelques nostalgiques, cubains ou non. Dans cette appellation, « medio » signifie « au milieu de », la Bodeguita se trouvant au 207 de Empedrado, a mi chemin entre la calle Cuba et la calle San Ignacio qui donne sur la Plaza de la Catedral. Le mojito et le daiquiri –excellents- y sont hors de prix. Ceux de Manolito C. du Floridita ont notre préférence. Mais comme disait le camarade Rudyard Kipling (1865-1936) « cela est une autre histoire » (dans Kim, 1901).

« La Calle del Medio », nous y voilà [traduction littérale donc : « la rue du milieu » ou « au milieu de la rue », en réalité il s’agit d’un cubanisme à partir de «Echarse en la calle de en medio » qui signifie (Larousse, Gran Diccionario, 2005, España] « foncer droit au but, ne pas y aller par quatre chemins, y aller carrément ». Dans sa version cubaine cette expression est plus familière encore, l’équivalent en français de « estar en La Calle del Medio ! » serait : « être un peu gonflé, agir librement, y aller fort, sans être étouffé par les scrupules, publiquement, etc…etc… »…

….est un magazine mensuel généraliste, destiné, selon la formule consacrée, au grand public, mais pas seulement, en réalité à tous, à tous les lecteurs, pour peu qu’ils soient curieux, et qu’il ait un peso cubain ( avec un peso devise c.u.c, vous avez ainsi entre 23 et 25 exemplaires, selon le change du jour sur les bourses mondiales) et qui s’auto-intitule « Publicacion mensual de opinion y debate », bandeau qui figure en bonne place en Une, au milieu du titre qui, en grandes lettres noires, occupe justement près du tiers de la page.

Il est précisé dans l’ours que La Calle del Medio est une « Publicacion cultural de Prensa Latina », l’agence de presse cubaine PL (5). La maquette originale, fort attractive, est signée 10K (pour le patronyme à coucher dehors : Rodriguez Diezcabezas de Armada, Alexis Manuel) et Zardoyas, dessinateur de la dernière génération, et en tout cas de ceux qui montent. En treize numéros (la sortie du n° 14, juin 2009, est imminente. Nous avons reçu sa version PDF ), la Une et la maquette n’ont pas été modifiées. Signe que dès le n° 1, les deux types ont visé juste et trouvé LA maquette, la seule, que devait avoir ce newsmagazine cubain du troisième type.

Chroniques de la vie ordinaire, ce qu’il faut de culture pour tous, livres, musique, télévision, CDs bien sûr, mais aussi du sport, des recettes de cuisine, des dessins de presse, deux pages des lecteurs, des papiers magazine, features… Pas de brèves politiques, ni nationales ni internationales, ni rubrique ex cathedra d’économie mondiale, nationale, régionale ou locale. En un mot, comme pourrait dire ce jeune ami de La Cité, de la grande banlieue de Paris (ou de Lyon ou Marseille ou Carcassonne) « pas de prise de tête ».

Le ton, le style, les titres se veulent directs. En cubain on dirait « ! impactantes !  ». Ils touchent le public, comme l’épée de Cyrano (de Bergerac), à la fin de l’envoi.

Un Ovni

Ovni : cet acronyme, de Objet Volant Non Identifié, outre son sens premier (calque de l’anglais américain, flying saucer-: objet volant d'origine inconnue, peut-être extraterrestre. Soucoupe volante) veut dire aussi par extension familière et courante «  2  Artiste, œuvre inclassable, qui surprend en ne suivant pas les lois du genre », selon le Dictionnaire usuel Le Petit Robert. Selon Le Petit Larousse, concurrent et ami : «  2. Familier. Personne inclassable, atypique ; phénomène, création hors normes, sans références connues. Un ovni littéraire ».

La Calle del Medio est un ovni journalistique. Tombé du ciel. A des années-lumière de la galaxie journalistique existante. Hors des routes tracées, des sentiers battus, des chemins balisés, des voies uniques, de garage ou sacrées. Un article fait au moule, mais moulé sur rien de connu, etc…etc…Et que des textes et des illustrations inédites.

Au delà de la seule presse écrite et bien au-delà des médias en général, ce mensuel est devenu, après plus d’un an d’existence, un fait de société. Il a déjà son immense club de supporters, on l’a vu, et ses détracteurs, ou « plutôt contre » ou déçus, de la famille « NSP, Ne Se Prononcent pas » ou les irrités et aigris, ce qui constitue le meilleur signe de succès. Il est bien connu que les aigris s’envolent et que les lecteurs restent. Lesquels « plutôt contre » ou irrités ne sont pas oubliés. Ils ont la parole, la priorité, parfois l’exclusivité, dans le courrier des lecteurs. Pour eux cet objet tombé du ciel n’est en réalité qu’un objet démagogique au ras des pâquerettes. Le côté… plutôt « table rase académique » les agace, leur provoque une démangeaison (una picazon) que treize numéros ont aggravée. D’autres auraient préféré à l’inverse que ce mensuel « aille plus loin encore », qu’il soit « un peu moins amateur », qu’il aborde des thèmes « plus incisifs » ou qu’il propose et publie des « vrais discussions ».  

Ailleurs (en français et en France, pour ne prendre qu’un seul exemple), on parlerait d’une presse proche des gens, de « proximité », manifestement faite pour eux, pour l’homme de la rue (de la calle) pour M et Mme Tout-le-monde et plus encore (de la calle del medio). En espagnol, de Cuba et d’ailleurs : « la gente » ou « la calle ».

A ce stade de la présentation de La Calle del Medio, le lecteur (le nôtre) pourrait penser qu’on a affaire là à une publication concoctée à l’abri des regards, dans la pénombre d’une arrière-boutique, dans la touffeur d’une chambre sous les toits ou la fraîcheur relative d’un local en sous-sol, d’un garage ou d’un atelier désaffecté d’un artiste récemment disparu, et qui serait le fruit de quelques illuminés, de doux rêveurs à l’ardente imagination, d’anciens journalistes recyclés ou de rédacteurs frustrés en mal de copie. Ou encore un « Spécial copinage», sous le « parapluie » de Prensa Latina.

Indice de satisfaction : …heu, disons 97, 86 %

Rien de tout cela. On l’a vu, La Calle del Medio a pignon sur rue, le numéro 0583 dans le RNPS (Registro nacional de Publicaciones seriadas), jouit d’une excellente distribution tout ce qui a de plus légal, et de toute évidence de una excelente aceptacion (bon accueil, bon indice de satisfaction). Sa gestation a dépassé de peu les neuf mois. Aceptacion qui correspond-- le mieux possible, dentro de lo que cabe-- a une réelle expectativa, une attente (6) qui existait dans le public. Il ne serait pas exagéré de dire que ça fait des lustres ( ■ Littér. Cinq années. « Mes douze lustres » (Rousseau) : mes soixante ans.▫ Par ext. Des lustres : période de temps longue et indéterminée. Je ne l'ai pas vu depuis des lustres») qu’une telle initiative en direction de millions de lecteurs, de vous, de moi et a fortiori couronnée de succès de vente et d’estime voit le jour à Cuba. La vente est directe, en kiosque seulement, pas de vente par abonnement.

Les promoteurs n’ont eu qu’une idée en tête, répondre à cette demande, combler un vide. En effet « La Jiribilla de papel » (qui a, selon nous, le plus beau site culturel cubain, www.lajiribilla.cu ) également mensuel culturel, lancé il y a 6 ans, n’est tiré qu’à 3000 exemplaires et de toute évidence n’a pas le même lectorat.

Il existait donc un …créneau. Consultons à nouveau nos Dictionnaires usuels.

créneau- Ouverture pratiquée dans un remblai pour viser et tirer/  Loc. fig. Monter au créneau : s'engager personnellement dans une action (cf. Monter au filet, en ligne), se porter à l’endroit où se déroule l’action : intervenir / Espace disponible entre deux espaces occupés/ Manœuvre pour se garer le long d'un trottoir entre deux voitures/ (Abstrait) Comm. Partie d'un marché sur lequel la concurrence est faible.  segment. Créneaux commerciaux. Un créneau porteur, segment de marché en expansion, où peut être exploité un type de service. « il y avait un créneau à prendre ». Aéronaut. Créneau de lancement : temps pendant lequel on peut lancer un engin dans de bonnes conditions ».

Mensuel cherche adjoint avec références. Urgent.

Dans le cas qui nous occupe, toutes ces définitions sont à prendre en considération. Elles renvoient bien à la philosophie, la politique qui ont présidé à la naissance de La Calle del Medio. Pour Enrique Ubieta, bombardé et auto-bombardé, à lui tout seul [« je voudrais bien prendre de vrais vacances »… « et si je tombais malade ? »] director, editor, secretario, tesorero, mensajero, plataforma giratoria, pivote, brain-trust, antena parabolica, meteorólogo de la calle, cazador de opiniones, papel secante itinerante, estación de escucha, etc, etc… le principal est de capter l’état de l’opinion, être à l’écoute de ce que dit « la calle », aller à la rencontre des lecteurs, tâter le pouls de la « gente », prendre en compte « el gusto popular », sans paternalisme et sans « populisme » mais dans le sens du respect du lecteur et de sa « culture » dans sa définition la plus large possible.

Ambitieux n’est-ce pas ? Assurément très nouveau (novedoso) dans sa conception et sa réalisation. Si on devait définir sa philosophie, on choisirait ce titre (n° 8, p. 14) qui annonce un papier sur un chanteur et compositeur : « Hacer algo diferente que se parezca a nosotros ».

La Calle del Medio s’adresse d’abord et avant tout au lecteur et à la lectrice qui n’a pas Internet ou qui préfère lire « son » mensuel (7). Lequel (ou laquelle) va se retrouver dans ces seize pages qui lui sont destinées, où on lui parle de « thèmes culturels » qui composent sa vie de tous les jours, par le biais de textes agréables à lire, où le mensuel propose plus de questions que de solutions et dans toute la mesure du possible donne la parole à ceux qui habituellement ne l’ont pas ou ne la prennent pas.

Selon Enrique Ubieta, le mensuel La Calle del Medio ne publiera pas par exemple la énième interview de telle ou telle personnalité qu’on a pu lire ailleurs, ou alors il le fera à partir d’un angle (enfoque) qui n’a pas été traité jusque là. Pour reprendre les termes de cet aimable homme-orchestre, le magazine veut nommer les choses par leur nom (nombrar las cosas por su nombre) et « a camisa tirada » (sans détours, circonlocutions, et littéralement, au sens figuré, jusqu’à tomber la chemise et faire le coup de poing).

Treize numéros, soit 13 x 16 = 208 pages, Immersion

Dans son n° 10 (février 2009, qui compte 10 « colaboradores », soit pigistes ou free lance, plutôt djeunes, sans qu’ils soient obligatoirement journalistes encartés, plutôt choisis en fait comme conocedores dans une spécialité) le sport en réalité le récent II Clasico Mundial de base-ball (béisbol), occupe les 6 premières pages, deux sont consacrées à « Lecturas » et deux autres à « Musica ». En page 14, le directeur Enrique Ubieta Gomez, signe la « Cronica ». Toute la page 15 est celle des lecteurs « Los lectores opinan /La Esquina caliente» et la der, la 16 (Variados) propose « El secreto de la buena mesa/ Sopa de cebolla » ainsi qu’un choix de CDs « Propuestas musicales ».

Dans d’autres n°, on trouve et de manière régulière les rubriques Television, Gente, Mundo, Sociedad, Hechos y Cine. Et toujours les deux pages centrales consacrées au dessin de presse ou d’humour.

Cette courte présentation suffirait à souligner le caractère original de ce mensuel qui, à en croire les habitués des kiosques à journaux (estanquillo) de la capitale, a rapidement su trouver une clientèle et grâce aussi à une politique bien pensée de distribution nationale, un succès certain (le tirage est passé de 50.000 à 100.000 à partir du n° 4) les lecteurs y voyant un mensuel nouveau, « que no parece cubano » comme le disaient les premiers acheteurs et à un prix modique.

« La Calle del Medio » [lacalledelmedio@enet.cu. Elle n’a pas pour l’instant de site, mais tous les n° sont accessibles sur les sites www.cubasi.cu ou www.prensa-latina.cu voir section Publicaciones]a une autre originalité qui lui confère une spécificité inédite : le mensuel ouvre ses deux pages centrales (8 et 9) aux dessinateurs de presse, sous le titre « La Ubre» (plutôt mamelle, tétine). Dans son n° 10, 17 dessins (dont 15 en couleurs) de Ares, Zardoyas, Tamayo, Charli, Yaimel et de Abela, avec deux invités colombiens, Jucalo et Ramiro. Ces deux pages ont depuis le n°13 de LCdelM une autre dimension encore, après la suspension, provisoire, du mensuel de dessins d’humour dedeté (supplément du quotidien national « Juventud Rebelde »).

"Cela faisait déjà un moment qu’Ares et moi étions convaincus de la nécessité de créer un nouvel espace pour l’humour graphique cubain contemporain, nous dit Zardoyas, en particulier dans son domaine le plus expérimental et le plus rénovateur, sans avoir à traîner de vieux et problèmes de la profession sur lesquels je ne veux pas m’étendre »,

"Nous avions cela en tête quand s’est présentée l’offre de travailler pour La Calle. Quand le directeur Enrique Ubieta m’a téléphoné au sujet de la maquette, je lui ai tout de suite proposé pour les deux pages centrales, « La Ubre », une sélection en couleurs des meilleurs dessins du moment.

« L’idée, avec Ares, était de regrouper tous ces jeunes créateurs que l’on ne voit pas dans les espaces existants consacrés au dessin d’humour. Au sujet du dessin éditorial, La Calle del Medio, est un bon support pour la créativité, par la diversité des thèmes qu’il traite et la nouvelle optique avec laquelle il les aborde ».

Links pour télécharger les 13 numéros de La Calle del Medio en pdf : (en pdf zip sur prensa-latina.cu)

http://www.cubasi.cu/desktopdefault.aspx?spk=160&clk=234423&lk=1&ck=119894&spka=35 (avec au 27 juin, près d’une centaine de commentaires).

Dans un court éditorial (signé bien sûr CM) on peut lire après un "Estimados lectores" …."casi a las puertas del II Clasico nos metemos como siempre en el debate de la calle", suivent les grands titres du n° 10 avant de conclure par un « Esperamos que se sienten a gusto. Gracias ». Là tout est dit avec « estimados lectores » et « gracias », voilà une publication qui affiche explicitement son but : s’adresser à des lecteurs considérés comme de vrais lecteurs et que l’on remercie de l’être.

La Calle del Medio est en cela un (des) miroir (s) de la société cubaine actuelle, qui tente de renvoyer une image, le plus et le mieux possible, proche des réalités. Et par un effet boomerang le mensuel se nourrit, se met au rythme des ondulations d’une société, plutôt in et/ou plutôt off, en régulières et subtiles mutations, en mouvement (malgré les apparences) propre, endogène.

La voie de la calle, la voix de la calle

Enfin, il existe deux autres signes qui confirment le bien fondé d‘une telle publication : elle a d’ores et déjà pris toute sa place sur les rayons de la Bibliothèque Nationale. Section Presse ou section Patrimoine ? Probablement les deux. Dans quelques années, la collection constituera un « corpus » unique, à la disposition de ces estudiosos qui rédigeront des thèses sur l’état de la société à Cuba à partir de 2008. En attendant, d’ores et déjà, ces mêmes estudiosos seraient bien inspirés de se plonger dans une étude des titres des papiers des 13 premiers numéros….

Voilà pour sa vie « officielle ». Dans le même temps, comme tout produit que l’on s’arrache, une fois sortie des rotatives des camarades « typos » et « linos » de la « Imprenta Federico-Engels » de La Havane, une fois envolée des kiosques, La Calle del Medio, depuis son premier numéro, a une autre vie, elle circule, non sous le manteau, mais va de main en main sous de nouvelles couleurs, celle du marché informel. On parle alors de reventes, d’enchères et de bisness. Autre rançon du succès. Dans ce cas l’exemplaire que vous souhaitez acquérir (conseguir) vaudra au moins …deux pesos, quand ce n’est pas plus.

« Il n’y en aura pas pour tout le monde ! »

Le philosophe et essayiste de formation Enrique Ubieta serait-il en train de gagner un pari dont il n’est jamais que le porte-avion, le porte-clés, le porte-enseigne, le porte-voix ? Car il est clair que La Calle del Medio est avant tout un pur produit de « la calle », (pas de la « caillera » non non, mais à l’occasion pourquoi pas) le team de l’ancien universitaire n’en étant que son scribe, son nègre et son écrivain public. Fidèle.

La « calle » a la parole. Elle peut avoir raison, elle peut se tromper. Elle peut faire fausse route, elle peut aussi apporter ses lumières. C’est la voix de la calle. Qu’on soit d’accord ou pas, là n’est pas la question. Il s’agit d’abord d’être à l’écoute et d’y rester. Pour la suite… comme écrirait Rudyard Kipling…

Estimados Enrique Ubieta y "10K" ¿unas palabras de conclusión por hoy? : "Debatir de todo siempre ha sido unos de los puntos fuertes de los cubanos y cubanas. Si la gente busca, se identifica, opina y hasta discrepa de la publicación o de los temas tratados en ella, quizás entonces La Calle del Medio tendrá una larga vida útil dentro de la sociedad cubana".

Tous les chemins mènent à Rome, dit le proverbe. Soit selon le Dictionnaire Petit Robert : « Il y a plusieurs chemins pour se rendre à un endroit; fig. il existe de nombreux moyens pour obtenir un résultat ». La Calle del Medio a choisi les siens.

Notes et Bonus :

(1)- Ce mensuel éventuellement, en cas d’extrême nécessité, feuille à chou, n’est pas pour autant « une feuille de chou ». ▫ Une feuille de chou : journal, revue de peu d'importance ou de peu de valeur. è canard. (NdE). Brève enquête faite, cette publication-papier journal (matière biodégradable et recyclable s’il en est) n’est en réalité rien de tout cela : elle est réputée - outre ne pas engendrer la mélancolie—être soigneusement conservée (guardada) sans donc finir tristement sa vie dans un sac-poubelle, ou déchirée ou froissée à des fins domestiques journalières ou périodiques.

(2)- L’Annuaire téléphonique 2009-2010, édité par la compagnie Etecsa, n’est donc d’aucun secours. Ni à la lettre C ou L, ni dans les pages jaunes à Periodicos ou à Revistas. L’adresse Calle 21 dans le Vedado est celle d’une dépendance de l’agence Prensa Latina dont le siège central est sur La Rampa (de la calle 23). Avec un peu de bonne volonté, un peu de chance, quelques coups de téléphone et visites ici ou là, je parvins à savoir à quel n° de téléphone le directeur de la publication pouvait être joint. Rendez-vous fut pris pour le mardi 23 juin à 10h a.m. Treize n° sont déjà sortis. Un temps suffisant pour tirer un premier bilan.

(3)- Extrait de « El Olor de la Guayaba », conversaciones con Plinio Apuleyo Mendoza (p. 40 en Ed.Diana, Mexico, 1982, 116 p). GGM répondait à une question sur les lieux favorables à l’écriture.

(4)- El Catalogo 2008-2009 des PSC recueille les fiches techniques de 668 publications (372 papier, en numérique seul 178, et papier et numérique 118 (voir tableau).

(5)- L’agence Prensa Latina (qui célèbre actuellement ses 50 ans) publie également, entre autres publications, l’hebdomadaire Orbe, Semanario International de PL (tirage et vente 50.000 exemplaires, 16 pages, monochrome) vendu en kiosque (et également distribuée dans cinq pays : Mexico, Venezuela, El Salvador, Bolivia et Nicaragua) .et qui bénéficie aussi d’une bonne « aceptacion ». On peut consulter www.prensa-latina.cu ou www.orbe.prensa-latina.cu . D’autres chiffres de tirage : l’hebdomadaire Bohemia 120.000 ex., le quotidien national Juventud Rebelde (JR) 200.000 ex. et le quotidien Granma, 500.000 ex. le plus fort tirage. Dans une autre tonalité, il existe un courrier des lecteurs dans ces deux quotidiens (dans JR, « Acuse de recibo » de José Alejandro Rodriguez, un des plus fins connaisseurs de la vie quotidienne des Cubains, www.juventudrebelde.cu et « Cartas a la direction », deux pages le vendredi dans le second, www.granma.co.cu ou http://granma.cubaweb.cu)

(6)- La dernière « apothéose » estremecedora, pour ne parler que de la chose imprimée au service de l’ensemble de la population, fut la mise en circulation du …Directorio telefonico 1996…Qui répondait à une attente presque séculaire. L’édition antérieure datait en effet de ….1979. Le 23 avril 1996, le journaliste argentin Alfredo Muñoz Unsain, commençait ainsi son papier envoyé au siège de l’AFP à Paris :

« Vu de l’étranger, l’information pourrait être prise pour une banalité confondante, mais nous sommes à Cuba et la nouvelle n’a rien moins que des implications transcendantes : des habitants de La Havane l’auraient vu et d’autres l’auraient déjà à la portée de la main. Le nouvel annuaire téléphonique vient de sortir… Le problème est que le dernier remontait à …1979…».

(7)- Toutefois largement plus de 50 % des courriers de lecteurs sont des mails. Et ces internautes, plutôt des lecteurs jeunes, ont lu LCdelM sur cubasi (mp, 29 juin 2009).
 

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