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N O U V E L L E S

La Havane. 24 Juillet 2009

Les visites de Raul: émouvante en Namibie, intense en Angola

LAZARO BARREDO MEDINA

L’arrivée de Raul en Namibie, le dimanche 19 juillet, pourrait être décrite comme l’apothéose de la fraternité combative entre les deux peuples, une fraternité qui demeure insensible au passage des ans. Que de vérité dans les propos de José Marti, l’auteur intellectuel de la Moncada, lorsqu’il signalait: «L’âme et l’occasion, voilà ce dont les peuples ont besoin pour se rédimer, et dès que l’occasion se présente, les âmes sortent…»

L’aéroport de Windhoek, la capitale namibienne, s’est transformé en une fête populaire entre amis. Il y avait, d’un côté, les motivations liées à la danse et à la culture en général de ce pays africain, qui vous subjuguent par ses couleurs, son éclat et la grâce de ses rythmes (Raul dirait plus tard que devant un tel spectacle, il pouvait comprendre pourquoi la plupart des Cubains parvenaient à bouger avec autant de souplesse au rythme de la musique).

Mais il y avait aussi ces centaines de femmes et d’hommes arborant des drapeaux namibiens et cubains, venus saluer la délégation cubaine en scandant des vivats à l’adresse de Raul: «Raul, amigo, Namibia está contigo!» (Raul, ami, la Namibie est avec toi!), «Raul, amigo, el pueblo te saluda!», (Raul, ami, le peuple te salue!». Et, le plus impressionnant de tout, c’est que la plupart d’entre eux ont fait des études à Cuba, vécu au sein de notre peuple, et beaucoup d’autres ont partagé les tranchées avec leurs frères cubains dans le feu du combat contre l’apartheid, et d’autres encore entretiennent des liens avec nos coopérants dans diverses sphères, dans l’effort de développement du pays.

S’il fallait définir en un mot ce qui s’est passé pendant toute la journée du 19 juillet, je n’hésiterais pas à recourir au terme émouvant! Car nous tous, Cubains, devant les témoignages d’affection de la population namibienne, avions la gorge nouée tellement l’émotion était forte.

Après les honneurs rendus par le président Hifikepunya Lucas Pohamba et la quasi-totalité des plus hautes autorités de la Namibie, la délégation s’est dirigée vers la belle ville de Windhoek. Il faut traverser près d’une cinquantaine de kilomètres de l’impressionnante savane africaine, qui s’étend à l’horizon, des deux côtés de l’autoroute, jusqu’aux hautes montagnes.

Windhoek était le territoire de plusieurs ethnies jusqu’au XIXe siècle. L’Allemagne occupa la région en 1885, instaura un régime colonial en 1892 et en fit la capitale de la colonie de l’Afrique du Sud-Ouest allemand (Deutsch-Südwestafrika). Pendant la Première Guerre mondiale, la ville fut occupée par les troupes sud-africaines et devint un dominion britannique. Jusqu’à la proclamation de l’indépendance de la Namibie, en 1990, Windhoek fut reconnue comme la capitale de l’Afrique du Sud-ouest, administrée par le gouvernement sud-africain.

Cette ville, située sur les hauts plateaux, se distingue par ses belles constructions, son ordre et sa propreté. Elle compte 230 000 habitants, et pour avoir une idée de l’attachement marqué aux Cubains, il suffit de dire qu’une de ses principales avenues porte le nom du leader de la Révolution, Fidel Castro Ruz.

La fraternité a été le trait marquant de ce voyage. A peine installée à l’hôtel, la délégation s’est dirigée vers le beau Palais de la Présidence, de construction récente. Raul était accompagné d’un ministre qui a ceci de particulier : il fut l’un des enfants victimes de la criminelle action de Cassinga et on l’envoya plus tard étudier à Cuba.

A son arrivée au Palais, le général d’armée a été reçu par le président Pohamba, avec qui il a eu un entretien privé. Plus tard, les deux chefs d’Etat se sont rendus dans un salon où les attendaient leurs délégations respectives pour ce que, dans le jargon diplomatique, on appelle les «conversations officielles», mais qui n’avaient rien de protocolaire tellement le climat était convivial et où les deux parties ont discuté comme des frères sur les idées et les efforts, les difficultés et la coopération novatrice qu’ils entretiennent, leur décision de lutter dans un monde de plus en plus injuste et inégal. La teneur des discours, d’une partie comme de l’autre, ne laissait entrevoir le moindre doute sur les principes et les liens profonds qui caractérisent les relations entre nos deux pays.

Le président Pohamba s’est senti tellement ému qu’il a serré les mains de Raul pour le remercier pour tout ce qu’a fait Cuba. Mais il a encore plus apprécié la réponse du général d’armée: «Vous n’avez pas à nous remercier. Nous n’avons fait que payer une dette de gratitude envers nos racines.»

Ce qui est advenu ensuite est difficile à décrire. La dîner, qui réunissait quelque 300 invités du gouvernement namibien, restera gravé à jamais dans les mémoires des convives, car il a confirmé que l’honneur est à la fois bonheur et force.

Et c’est précisément l’honneur qui se respirait dans cette enceinte lorsqu’on a annoncé qu’un groupe de combattants namibiens qui, aux côtés de leurs frères angolais et cubains, avaient participé à la bataille de Cuito Cuanavale pour repousser l’agresseur sud-africain, étaient venus adresser leurs salutations à Raul. J’ai regardé vers une table voisine et j’ai pu voir le bonheur et la fierté sur les visages radieux des généraux Polo (qui participa à la guerre d’Angola pendant neuf ans, dix mois et vingt-huit jours) et Hochimin, l’actuel ministre de la Défense de Namibie, deux frères d’armes dans cette lutte de libération. Mais il y a eu d’autres scènes émouvantes, comme lorsqu’un camarade de la délégation cubaine a sorti une photo le montrant à côté d’un combattant namibien, expliquant qu’ils avaient participé ensemble à de nombreuses actions, il y a 25 ans, et qu’il aimerait avoir des nouvelles de ce combattant namibien. Qu’elle ne fut sa surprise de constater que ce camarade namibien se trouvait précisément dans la salle. Les deux hommes se sont fondus dans une étreinte. Le combattant namibien en question n’était autre que l’actuel ministre de la Défense de la Namibie!

Et plus d’un avaient les yeux humides lorsqu’une cinquantaine de personnes, hommes et femmes ayant fait des études à Cuba - beaucoup d’entre eux des victimes du massacre de Cassinga et devenus aujourd’hui des professionnels, certains promus à de hautes responsabilités, dont des ministres, des ambassadeurs, des fonctionnaires du gouvernement ou de la SWAPO -, se sont approchés de la présidence pour rendre hommage à Fidel et à Sam Nujoma, le père fondateur de la République de Namibie qui était présent, et ont entonné des chansons cubaines comme Qué linda es Cuba! et la Guantanamera, avec les vers de José Marti.

Le lundi 20 juillet, Raul et Sam Nujoma ont eu un entretien. Nujoma vient de fêter récemment ses 80 ans et depuis qu’il a quitté ses fonctions au gouvernement, il a consacré son temps à parfaire ses connaissances en géologie, obtenant même un doctorat.

Plus tard, la délégation cubaine a visité le monumental complexe à la mémoire des héros, érigé sur une colline qui surplombe les environs de la ville.

Fasciné par la beauté de l’endroit et par la conception du monument, Raul a souligné combien il était important de transmettre aux nouvelles générations les connaissances et la tradition de lutte, comme celle de la Namibie.

Néerlandais, Britanniques, Allemands, Portugais et Sud-africains colonisèrent sauvagement ce pays en réprimant toute tentative de rébellion contre l’oppression depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à ce que vers le milieu du XXe siècle apparut un mouvement nationaliste qui eut pour noyau les émigrés venus du nord, les travailleurs des mines et des fermes, qui fondèrent la SWAPO sous le leadership de Sam Nujoma.

L’amitié entre Cuba et la Namibie s’est encore considérablement renforcée après cette rencontre fraternelle entre les présidents Raul et Pohamba, comme en ont témoigné les adieux émouvants à l’aéroport, avant le départ de la délégation cubaine pour la République d’Angola.

VISITE DE TRAVAIL EN ANGOLA

Après plus de deux heures de vol, l’avion de Cubana de Aviacion se pose à Luanda, dans l’après-midi. Raul est reçu, au bas de la passerelle, par le premier ministre Paulo Kassoma et plusieurs fonctionnaires angolais.

Luanda connaît en ce moment un véritable «boom» de la construction. Ces chantiers font partie du programme de reconstruction du pays entrepris par le gouvernement pour pallier les séquelles de la guerre avec l’Afrique du Sud, qui avait entraîné un flot de réfugiés vers la capitale, causant ainsi un grave problème démographique.

Jusqu’en 1975, année de la proclamation de l’indépendance, Luanda était avant tout une ville portugaise. Très peu d’Africains étaient autorisés à y vivre, en raison du racisme des colons portugais.

On ne peut oublier également que pendant 300 ans, soit entre 1550 et 1850, Luanda fut un important centre de traite des Noirs. Ceux-ci étaient destinés à l’esclavage en Amérique latine, notamment au Brésil.

Raul est hébergé dans la résidence protocolaire, située juste aux côtés du Palais présidentiel. Il s’agit d’une maison de type colonial, érigée sur un promontoire d’où l’on peut apercevoir une partie de la ville et la baie. Aujourd’hui, on y voit des dizaines de bateaux, qui attendent d’être déchargés.

En après-midi et en soirée, Raul et la délégation cubaine ont rencontré leurs homologues angolais pour une première séance de travail.

Puis, dans la matinée du mardi 21 juillet, le président José Eduardo dos Santos a reçu le général d’Armée au Palais présidentiel. Après la cérémonie militaire d’usage, les conversations privées ont immédiatement commencé et se sont déroulées pendant deux heures. Le président angolais a ensuite invité Raul et la délégation cubaine à un repas, au terme duquel les conversations ont repris jusqu’au moment du départ.

Visiblement, les deux chefs d’Etat étaient satisfaits de leurs conversations, à l’image des relations de compréhension mutuelle qui unissent ces deux pays frères. Cela fut tout aussi visible en soirée lors des échanges amicaux avec les principaux dirigeants du pays, dont le premier ministre Paulo Kassoma et de nombreux chefs militaires qui ont participé à la guerre d’indépendance. De part et d’autre, Cubains et Angolais ont pu échanger et évoquer les grands moments de cette guerre, ainsi que de nombreuses anecdotes.

Avant de quitter le sol angolais, en matinée du 22 juillet, le camarade Raul et la délégation qui l’accompagnait ont rencontré des coopérants cubains qui travaillent actuellement en Angola dans différents domaines.

Le deuxième secrétaire du Parti a ainsi pu leur faire part de la situation économique que connaît actuellement notre pays, ainsi que de la situation internationale. Il a abordé la question des relations bilatérales avec les Etats-Unis et avec les pays de l’ALBA, de même que les derniers événements au Honduras. Il leur a aussi parlé de l’importance de leur travail en Angola, dans le cadre de la coopération avec ce pays. Il a insisté sur la nécessité d’être en tout temps responsable, afin de rendre cette mission encore meilleure que celle qui participa à la guerre d’indépendance. «Il faut sans cesse s’efforcer et tenter d’améliorer nos relations fraternelles avec le peuple angolais», a-t-il dit en substance.

De toute évidence, cette visite de travail de Raul en Angola a permis de consolider encore davantage les rapports et les ententes signées en février dernier entre les deux pays.

UNE ESCALE A SALVADOR DE BAHIA

Après avoir quitté l’Angola, l’avion de Cubana de Aviacion a mis le cap sur Salvador de Bahia, au Brésil, pour y effectuer une escale technique, au terme d’un vol d’un peu plus de 7 heures.

Salvador de Bahia, qui fut la première capitale du Brésil colonial, porte différents noms: la capitale de la joie, en raison de son folklore africain; ou la Rome Noire, parce qu’elle abrite le plus grand pourcentage de Noirs africains hors de l’Afrique. Elle offre plusieurs similitudes avec Cuba, en raison de son idiosyncrasie, son métissage, ses coutumes, ses croyances religieuses, sa musique aux rythmes contagieux, son architecture, etc. On croirait se trouver à Santiago de Cuba.

La délégation cubaine a parcouru le centre historique de la ville pendant environ quatre heures. Elle a pu constater que les Brésiliens sont très proches et très solidaires des Cubains. Partout, au passage des véhicules, des «Viva Cuba!» nous accueillaient. Et lorsque Raul est arrivé dans le secteur de la cathédrale pour s’adresser à la presse, les gens se sont spontanément approchés pour le saluer affectueusement.

On se rappellera que Raul et Hugo Chavez, au terme du Sommet des présidents d’Amérique latine et des Caraïbes (le Groupe de Rio), à Sauipe au Brésil, en décembre dernier, avaient inauguré ici même un monument à la mémoire de Simon Bolivar. En soirée, ils avaient visité la ville en compagnie du gouverneur, Jacques Wagner, qui est un dirigeant du Parti des Travailleurs. Ce dernier les avait ensuite invités à un repas de famille à Ondina, la résidence officielle des gouverneurs, perchée sur une colline d’où on peut apercevoir une partie de la ville.

Raul en a donc profité pour visiter de nouveau cet endroit en compagnie du gouverneur et des membres de sa famille, avec lesquels il a pu s’entretenir dans une atmosphère détendue.

Vers 19 h, l’avion a décollé de nouveau pour se diriger vers Cuba, un voyage d’une durée de 7 heures, pour atterrir à La Havane aux petites heures du matin du jeudi 23 juillet. Raul et sa délégation ont été accueilli, à leur arrivée, par José Ramon Machado Ventura, premier vice-président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, par le général de corps d’armée Abelardo Colomé Ibarra, ministre de l’Intérieur, ainsi que par d’autres dirigeants de la Révolution.

La délégation, présidée par le deuxième secrétaire du Parti et comprenant, en outre, le commandant de la Révolution Ramiro Valdés et le général de corps d’armée Leopoldo Cintras Frais, tous deux membres du Bureau politique, ainsi que Ricardo Cabrisas, vice-président du Conseil des ministres et le ministre des Relations extérieures, Bruno Rodriguez Parrilla, a visité, pendant 11 jours, 4 pays africains. Ces visites ont permis de consolider les relations bilatérales avec chacun de ces pays. La délégation a également participé au 15e Sommet des Pays non-alignés, au cours duquel la majorité des délégations ont remercié Cuba pour le rôle qu’elle a joué à la présidence de cette organisation.

Bref, ce fut, comme l’a dit Raul lors de son point de presse à Salvador de Bahia, un bon voyage, où tous ont beaucoup travaillé et dont les résultats sont très satisfaisants.
 

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