Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 25 Juin 2009

Le germe d’Auschwitz est latent

Inés Miriam Aleman

A l’issue du procès de Nuremberg, où furent jugés quelques-uns des principaux coupables de crimes contre l’humanité et la paix, il semblait que le monde eût assisté au crépuscule d’une ère historique, celle de la barbarie, et à l’aurore d’un temps nouveau et d’un ordre international qui barrerait la voie à toute répétition des horreurs vécues pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Face aux atrocités nazies, le monde adopta la Déclaration des droits universels de l’homme, que tout gouvernement est dans l’obligation de respecter, en temps de guerre comme en temps de paix.

Ce document contient une définition claire de ce que sont les crimes contre la paix : ceux qui violent les traités internationaux ou favorisent l’agression injustifiée contre une autre nation ; les crimes contre l’humanité, à savoir la planification et l’exécution, directe ou complice, d’exterminations et de génocides ; et les crimes de guerre: violation des lois et des accords internationaux sur la guerre.

Par la suite, un certain nombre d’instruments légaux internationaux ont défini avec une précision croissante les délits contre les droits humains. Ces mécanismes prévoient des peines pour les crimes de génocide et de torture. La torture figure parmi les crimes qui ont entaché l’histoire des Etats-Unis

A la Convention de Genève s’est ajoutée plus récemment la Convention contre la torture, qui oblige les pays membres de l’ONU à agir face à ceux qui violent ces pactes.

Toutefois, les nombreux témoignages recueillis depuis 2001 sur la pratique de la torture par des autorités étasuniennes montrent que les lois nationales et internationales sont manipulées en toute préméditation.

On utilise à cette fin des méthodes qui ont fait leurs preuves dans l’intervention dans les affaires intérieures d’un autre pays : il s’avère « nécessaire » de torturer pour soutirer à quelqu’un de l’information qui évitera une attaque armée contre un pays donné ; un interrogatoire « musclé » devient impérieux pour cause de prétendues connexions avec Al Qaeda, ou un gouvernement s’arroge le « droit » de procéder à des exécutions extrajudiciaires contre toute personne portant préjudice à ses intérêts impériaux.

Les médias des Etats-Unis se sont prononcés en faveur de la torture

Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, la presse, qui lance aujourd’hui des cris d’alarme, se prononçait sans honte pour la torture de prisonniers censés avoir participé à des actes de terrorisme. Elle a, de fait, approuvé des actes de torture commis par la suite.

Le 5 novembre de cette même année, l’éditorialiste du Newsweek, Jonathan Alter, écrivait un article intitulé « Il est temps de reconsidérer l’usage de la torture », dans lequel il affirmait : « Nous ne pouvons la légitimer parce qu’elle est contraire aux valeurs de notre pays mais… il nous incombe de garder une perspective ouverte sur certaines pratiques… Il nous faudra envisager de transférer quelques suspects dans des pays alliés où la torture n’est pas aussi mal vue. »

Ce même jour, le New York Times titrait « La torture fait l’objet de débats dans les médias », avec, à l’appui de cette thèse, une longue liste d’organes de presse tels que les chaînes de télévision CNN et Fox ou un journal comme Wall Street Journal, qui s’étaient prononcés en faveur de la torture.

Aujourd’hui, le ton a changé : les médias et les fonctionnaires étasuniens s’insurgent face aux révélations sur les exactions commises par des forces des Etats-Unis en Irak. Mais où donc était passée cette noble indignation au moment des bombes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, du napalm du Vietnam, de l’élaboration de nouvelles méthodes de torture ?

L’adhésion déclarée à la torture de l’administration Bush n’a pas de précédent dans l’histoire.

Bush a exigé sans honte le droit de torturer et sa légitimation.

Les dernières révélations sur les tortures pratiquées par les Etats-Unis ont été accueillies sans émotion ni incrédulité, mais avec des peurs anciennes qui refaisaient surface.

Le souvenir de ce proche passé et de ce qui fait encore partie des réalités d’aujourd’hui, comme les prisons secrètes de la CIA où les personnes sont martyrisées sans qu’on ait pu, dans la plupart des cas, apporter de preuves justifiant les accusations, porte à réfléchir.

L’amnésie historique est un phénomène dangereux.

« Regarder vers l’avenir »

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, aborde les abus commis par son prédécesseur : cette pratique a produit « bien peu de résultats », affirme-t-il, par contre, elle a discrédité le pays aux yeux de la communauté internationale. Mais il refuse de publier les centaines de nouvelles photos illustrant des pratiques aberrantes pour ne pas « mettre en danger les troupes nord-américaines » se trouvant à l’étranger Il est allé jusqu’à alléguer que le gouvernement précédent avait pris des décisions « hâtives » inspirées par le « désir sincère » de protéger le peuple nord-américain.

A mesure que le débat s’intensifie, on distingue nettement deux tendances :

La première estime que si, effectivement, la torture a été autorisée et que ceci est contraire aux principes et aux valeurs de la nation, il est préférable de fermer les yeux sur cette « irrégularité » et de regarder vers l’avenir, car ouvrir un procès contre l’ex-président George W. Bush, l’ex-vice-président Richard Cheney et l’ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld serait gênant, coûteux, prendrait du temps, userait et diviserait la nation.

L’autre estime que les lois existent pour être respectées, autrement dit que ceux qui violent la législation nord-américaine et les accords internationaux signés par Washington doivent passer en jugement.

Les premiers souffrent d’un mal bien connu qu’on pourrait appeler « arrogance démocratico-impériale » : pour eux, s’agissant des Etats-Unis, il n’est pas nécessaire de faire justice et le changement de gouvernement doit suffire à passer l’éponge sur les crimes commis.

Si le simple mot d’Auschwitz suscitait la terreur parmi les habitants des pays occupés par les troupes hitlériennes parce qu’on y pratiquait les méthodes les plus cruelles d’extermination, quels que soient la nationalité, la filiation politique, la religion, l’origine, le sexe ou l’âge des victimes, aujourd’hui, l’humanité frémit lorsqu’il est question de l’Ecole des Amériques, sinistre institution « éducative » où l’on apprend à torturer et à exécuter les putschs militaires ourdis à Washington.

La terrible ironie du débat actuel tient au fait que certains se proposent d’effacer les horreurs passées sous prétexte de conjurer celles de l’avenir.

Les preuves existent et s’entassent dans des dossiers, classés ou non, envoyés aux archives de la Sécurité nationale de Washington, mais dans la mémoire collective, les disparus sont condamnés à disparaître une fois de plus.

Cet « oubli » ne sert ni les victimes ni la cause de l’élimination définitive de la torture de l’arsenal politique des Etats-Unis

Fermer par ci par là une prison, mettre un terme à un programme, exiger la démission d’un quelconque bouc émissaire ne fait que préserver la prérogative de torturer.

Les assassinats commis au pied du Mur de la honte qui se dresse à la frontière du Mexique, le silence complice qui plane sur le massacre d’enfants, de femmes et de vieillards à Gaza, le blocus de Cuba, la protection de terroristes comme Posada Carriles, la politique qui évite de traduire en justice les coupables de tortures, d’assassinats et d’autres abus sont bien la preuve que l’empire est le pire exemple qui soit en matière de droits de l’homme. Le germe d’Auschwitz est latent.
 

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