Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

TEXTE seulement       

N O U V E L L E S

La Havane. 10 Juin 2009

80 ans dans la vie de Gabriel Garcia Marquez
La raconter pour la vivre
• L’écrivain britannique Gerald Martin vient de faire paraître la première biographie «autorisée» de Gabo: un événement littéraire et éditorial monumental!

Michel Porcheron / Spécialement pour Granma international (première partie)

IL aurait fallu être présent, le 27 mai dernier, à New York, pour pouvoir être au parfum de tout ce qui s’est passé ce jour-là au siège de la Americas Society. L’écrivain britannique lançait, en effet, ce qu’il appelle «une biographie tolérée» de l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature 1982.

Le lancement de cet ouvrage de plus de 600 pages (le manuscrit en comptait 2 500), est déjà considéré comme un événement littéraire et éditorial monumental et occupera, sans nul doute, une place à part dans l’histoire de la littérature... universelle. L’ouvrage en anglais, intitulé Gabriel Garcia Marquez : A life, a d’abord paru au Royaume-Uni, aux éditions Bloomsbury, qui l’a qualifié de biographie «autorisée». Il est en vente depuis le 5 mai dernier aux Etats-Unis, et Alfred A. Knopf en est l’éditeur.

UNE DATE A RETENIR: LE 6 OCTOBRE 2009

Les éditions Knopf ont également acheté les droits de l’ouvrage en langue espagnole, mais pour les Etats-Unis uniquement. Ailleurs, ce sera la maison RH Mondadori qui en assumera l’édition et la diffusion en langue espagnole. Selon Milena Alberti, responsable des publications en espagnol chez Knopf, la traduction va bon train et la parution est prévue pour le 6 octobre.

«C’est un processus complexe car l’équipe de traduction doit comparer les textes de Garcia Marquez déjà traduits en anglais avec les textes originaux, ajoute Milena Alberti. La traduction est effectuée en Espagne et on prévoit aussi une adaptation pour l’édition espagnole à paraître en Amérique latine.»

Lors du lancement, le biographe de Gabo a souligné qu’à ses yeux, l’écrivain colombien est «le meilleur romancier au monde, pour autant qu’on ne considère pas que le monde se limite aux Etats-Unis et au Royaume-Uni». Il a aussi précisé que selon lui, l’écrivain n’a, pour l’instant, aucune œuvre en chantier.

Agé de 64 ans, Gerald Martin enseigne à l’Université de Pittsburgh, aux Etats-Unis, et il est également chercheur au Royal Metropolitan University de Londres. Traducteur de l’écrivain guatémaltèque Miguel Angel Asturias (Señor Presidente), il travaille depuis une vingtaine d’années sur la vie et l’œuvre de Gabriel Garcia Marquez. Il a accumulé une centaine d’heures d’entretiens avec l’écrivain colombien. Il a également rencontré quelque trois cents personnes proches de l’auteur de Cent ans de solitude, dont des membres de sa famille, des amis, de chefs d’Etat, en premier lieu ceux de Colombie, de même que Fidel Castro, des politiciens comme Felipe Gonzalez, d’autres écrivains comme Alvaro Mutis, Carlos Fuentes et Mario Vargas Llosa.

«Au début, Garcia Marquez m’a dit qu’il ne collaborerait pas avec moi pour cette biographie. ‘’Qu’est-ce que tu veux faire avec ce projet, m’a-t-il répliqué. T’es fou ou quoi? Je ne suis pas encore mort, que je sache!’’ » C’est ainsi qu’il a réagi, a expliqué Martin, lorsqu’il y a 18 ans, il lui a soumis l’idée d’une telle biographie. «Mais une heure et demie plus tard, après quelques whiskies, il a fini par accepter de collaborer et il m’a dit: ‘’D’accord, mais ne m’oblige pas à travailler’’, a souligné le biographe lors du lancement à New York, visiblement heureux de fournir certains détails de sa démarche. Il a tenu à préciser, non sans une pointe d’ironie, que beaucoup plus qu’une biographie autorisée, il s’agit en fait d’une biographie «tolérée» car Garcia Marquez aurait préféré qu’elle ne voie pas le jour. Il s’en explique d’ailleurs en épilogue: «Tolérée, car Gabo m’a donné son accord, il m’a dit qu’il ne s’y opposerait pas, qu’il ne m’empêcherait pas de rencontrer ses connaissances. Il aurait aussi bien pu me dire: ‘’Gerald, je fais de toi mon biographe officiel, je vais te remettre tous mes agendas et ma correspondance, je vais te présenter à mes amis les plus proches. ‘’ Mais il ne l’a pas fait. Je ne raconte pas cela pour attirer votre sympathie, au contraire, je dois beaucoup à Gabriel Garcia Marquez pour tout ce qu’il a fait. Même si la gratitude n’est pas la meilleure motivation pour un biographe. Nous avons eu d’excellents rapports, compte tenu que ce n’était pas une mince affaire. Personne n’aime se retrouver entre les mains d’un biographe... »

LES CHAPITRES ANTÉRIEURS À LA BIOGRAPHIE

Le 26 mars 2006, le Granma international révélait, sous le titre « Gabo en panne d’écriture »: «La publication du deuxième tome de son autobiographie qui doit en compter trois pourrait bien être retardée. » GGM avait publié le premier tome, intitulé Vivre pour la raconter, en 2002. Puis, en 2004, il lança un court récit, Mémoires de mes putains tristes.

En réalité, cette nouvelle publiée par Granma international faisait écho à une entrevue que Gabriel Garcia Marquez avait accordée au journal La Vangardia, de Barcelone, et publiée dans son édition dominicale, le 29 janvier 2006. Au moment de sa publication, cette entrevue n’a pas reçu toute l’attention qu’elle méritait, alors qu’aujourd’hui, trois ans plus tard, elle prend tout son sens. Car l’entrevue que Gabo a accordée au journaliste Xavi Ayen et le travail du biographe ont un lien évident, puissant et fondamental, qui permet au lecteur de mieux comprendre comment a surgi l’idée cette biographie autorisée, Gabriel Garcia Marquez : a life, sa raison d’être et son importance. Depuis, Gabo n’a plus accordé d’entrevue. Cette dernière avait donc une portée historique qui en dit beaucoup plus qu’on ne le pense.

Il convient ici de rappeler certains faits. Garcia Marquez lui-même s’était déjà posé la question: la source de son inspiration est-elle tarie? On ne parle pas ici de problèmes respiratoires, mais de ses capacités à écrire lorsqu’il s’assoit devant son ordinateur dernier cri. GGM (un raccourci familier puisque c’est ainsi que le journaliste Garcia Marquez signait ses articles dans le journal El Espectador colombiano, dès 1954) a affirmé au journaliste Ayen: «2005 a été une année sabbatique. Je ne me suis pas assis devant mon ordinateur, je n’ai écrit aucune ligne. Qui plus est, je ne pense pas le faire non plus cette année. Jamais je n’avais cessé d’écrire. C’est la première année de ma vie où je n’écris rien. [...]

«Mon année sabbatique est maintenant terminée, mais je trouve toutes sortes d’excuses pour la prolonger en 2006. J’ai découvert que je pouvais lire sans être obligé d’écrire, et je voudrais voir si cela va durer. Je crois que je l’ai bien mérité, ne croyez-vous pas? [...] En réalité, avec l’expérience que j’ai, je pourrais écrire sans trop de problème. Je m’assois devant mon ordinateur et ça doit sortir de façon naturelle. Mais si tu n’y mets pas tes tripes, les gens vont s’en rendre compte. [...] Les gens doivent savoir que si je publie un autre ouvrage, c’est que cela en vaudra la peine.»

Xavi Ayen : Et vous avez trouvé qu’il y a mieux à faire maintenant?

J’ai découvert quelque chose de fantastique: demeurer au lit en lisant un livre! Je suis en train de lire tous ces ouvrages que je n’ai pas eu le temps de lire.

Et le deuxième tome de vos Mémoires?

Je pense que je ne vais pas l’écrire. J’ai pris des notes, mais je ne voudrais pas que ce soit quelque chose d’automatique. Je me rends compte que si je publie le deuxième tome, je devrai y dire des choses que je n’ai pas nécessairement envie d’écrire, en raison de certaines relations personnelles qui ne sont plus très bonnes. [...] J’ai rencontré un grand nombre de gens dans ma vie, mais, zut, voilà que je n’ai plus envie qu’ils apparaissent dans le deuxième tome de mes Mémoires. Ce ne serait pas honnête de ma part de ne pas les y faire figurer, parce que ces personnes ont été importantes pour moi, mais aujourd’hui, je n’éprouve plus aucune sympathie pour elles. 

Pour en savoir plus, on peut se rendre à l’adresse suivante :

http://www.magazinedigital.com/cultura/los_premios_nobel/reportaje/cnt_id/143

Gabo est toujours réticent lorsqu’il s’agit de parler de sa vie privée. En janvier 2006, dans la même entrevue, il affirme au journaliste Ayen: «Pour la suite des choses, il faudra se référer à mon biographe officiel, le Nord-américain Gerald Martin. Il aurait déjà dû publier son ouvrage, mais je pense qu’il attend qu’il m’arrive quelque chose pour le faire paraître...» En février ou en mars 2006, très peu de personnes savent que GGM a un biographe, encore moins un biographe «officiel»... (en fait celui-ci n’est pas nord-américain, il travaille aux Etats-Unis).

Quelques années plus tard, Gerald Martin avoue, en épilogue: «J’ai appris que j’étais son biographe officiel en lisant cette fameuse entrevue.» Il la qualifie même d’« entrevue surprise». Martin croit que cette entrevue n’a rien d’improvisé. «Il semble qu’il y ait eu une réunion de famille au cours de laquelle il fut décidé, étant donné certaines circonstances, qu’il ferait une dernière déclaration publique puis qu’il se retirerait. Après, ce serait le silence.»

En janvier 2006, quelques rares journaux latino-américains se sont montrés étonnés d’une telle déclaration : c’était un véritable coup dur. Au figuré comme au sens propre. El Clarin, un important journal argentin, trouve que l’aspect le plus important de l’entrevue tient à cet aveu surprenant, qu’il fait sans administrer préalablement une anesthésie à ses lecteurs. «Sans anesthésie, il annonce au monde entier que 2005 a été une année improductive.» Ces mêmes journaux soulignent que GGM a accepté, lors de l’entrevue, deux choses qu’il n’a pas l’habitude de faire. Premièrement, il accepte de poser, devant le photographe Kim Manresa, avec son épouse, Mercedes Barcha, à l’intérieur de sa maison à Mexico. Un de ses fils s’est même joint à la conversation à un moment donné. Deuxièmement, l’écrivain raconte certains épisodes et des anecdotes de sa vie personnelle et familiale. Tout cela, sur le ton goguenard habituel, propre au tempérament des habitants de cette région des Caraïbes.

METTRE DES GÂTEAUX AU FOUR 

Trois ans ont passé. Trois (autres) années très importantes dans la vie de Gabriel Garcia Marquez, au cours desquelles l’écrivain n’a rien publié. Le Patriarche semble être entré lentement en retraite.

Depuis cinq ans, le rêve de lire un autre roman de GGM a été constant. Aujourd’hui, si on parle encore et toujours de Garcia Marquez, c’est non pas à cause de l’écrivain mais plutôt à cause de son «biographe officiel». Pour la première fois, un biographe fort discret, d’origine anglo-saxonne, parle des 80 ans (1927-2007) de la vie d’un écrivain, fils d’un télégraphiste et qui toute sa vie ne sera rien d’autre que le fils d’un télégraphiste. C’est ainsi qu’on doit comprendre la vie et l’œuvre du journaliste et écrivain Gabriel Garcia Marquez né à de Aracataca.

Mais que pense Martin des rumeurs selon lesquelles Garcia Marquez aurait terminé l’écriture d’un nouveau roman? Martin répond: «Cela me surprendrait beaucoup...»

De son côté, un «gabologue» de la première heure, l’Argentin Tomas Eloy Martinez, affirme: «Seul Gabo sait s’il a le goût et l’énergie pour continuer d’écrire. Tout le reste n’est que pure spéculation.» Et Gabo, lui, que dit-il? Un des plus prolifiques écrivains de la planète Terre, et même d’ailleurs, a répondu à cette question par une réponse on ne peut plus laconique et adéquate dans les circonstances. En 90 mots, il «a fait taire toutes les rumeurs» (Quima Mono, La Vanguardia).

Voici la retranscription de l’entrevue télégraphique (30 secondes) qu’il a accordée à un journaliste du El Tiempo, de Bogota:

Maître, accepteriez-vous de répondre à quelques questions pour le journal El Tiempo?

Gabriel Garcia Marquez : Appelez-moi plus tard, je suis en train d’écrire en ce moment.

Le journaliste raconte qu’il l’a rappelé plus tard, à son bureau de la ville de Mexico, et qu’il a accepté de répondre à deux seules questions.

Est-il vrai que vous n’écrirez plus?

Non seulement cela est faux, mais je ne fais rien d’autre qu’écrire.

C’est qu’on a rapporté que vous ne publieriez plus jamais de livre…

Mon travail, ce n’est pas de publier, mais d’écrire. Je saurai en temps et lieu lorsque les gâteaux que j’ai mis au four seront prêts à être consommés.

Gabriel Garcia Marquez a donc mis à cuire des gâteaux... De son côté, Gerald Martin affirme (à dpa) que la version allongée de la biographie est maintenant terminée. «Elle comptera quelque 2500 pages et je prévois de la publier dans 5 ans environ.» Il songe également à publier un ouvrage sur sa propre expérience, celle d’un biographe qui a consacré près de 20 ans de sa propre vie à la vie et l’œuvre de Gabo. «Ce sera la chronique de la chronique», précise-t-il.
 

                                                                                                IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Lazaro Barredo Medina / Directeur éditorial: Gabriel Molina Franchossi
HÔTE: Teledatos-ICCC. Internet Cubaweb Communications Corporations. http://www.cubaweb.cu/
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

Egalement a: http://granmai.cubaweb.com/
http://www.granmai.cubasi.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano | MAGAZINE
TEXTE seulement /
Souscription pour l’édition imprimée de Granma International
© Copyright. 1996-2008.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page