Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 26 Mars 2009

Outrageant !

RANDY ALONSO FALCÓN

C’est le mot utilisé par Barack Obama pour qualifier les agissements des usuriers de l’empire. On en apprend tous les jours sur les magouilles de ces banquiers qui ont construit des fortunes chimériques pour ensuite jeter les gens du haut des gratte-ciel des pertes.

DE COQUETTES  PRIMES

Au milieu des progrès  angoissants d’une crise qui a déjà coûté quatre millions d’emplois, on apprend que les entreprises de Wall Street ont versé des primes pour une valeur de plus de 18 milliards en 2008.

Malgré ses pertes, AIG a versé 218 millions de dollars en prébendes.

Que l’Etat  ait dû sortir des réserves alimentées par le contribuable plus de 700 milliards de dollars pou essayer de sauver les institutions financières et l’économie, que le nouveau gouvernement ait obtenu du Congrès 700 milliards supplémentaires à cette même fin, les banquiers n’en ont que faire.

Scandalisé, le président Obama a déclaré récemment : « Lorsque j’ai lu un article  indiquant que les banquiers de Wall Street s’étaient adjugé à eux-mêmes vingt milliards de primes, soit le même montant qu’en 2004, au moment même où la plupart de ces institutions se trouvaient au bord de la faillite et demandaient l’aide des contribuables, au moment aussi où ceux-ci se rendaient compte que s’ils n’accordaient pas cette aide, c’est la totalité  du système qui s’effondrerait sur leur tête… C’est le comble de l’irresponsabilité. Une honte… »

Le président Obama affiche son indignation face aux méfaits des banquiers de Wall Street.

Un bref coup d’œil sur les finances des cadres qui ont conduit les grandes entités financières à la catastrophe suffira pour se convaincre qu’il n’a pas tort : Richard Fuld, directeur exécutif  de la banque d’investissements en faillite Lehman Brothers, a touché depuis l’an 2000 la bagatelle de 500 millions de dollars en salaires et en primes. Fuld est propriétaire d’une résidence en Floride évaluée à 14 millions de dollars, et d’une autre  dans l’Idaho qu’il a bourrée d’œuvres d’art.

John Tail, le dernier président de Merrill Lynch (absorbé), s’est remis à lui-même des bonus de 15 millions de dollars pour à peine neuf mois de travail, puisqu’il a été nommé  à ce poste début 2008. Son prédécesseur, Stan O’Neal, s’est adjugé une prime retraite de 161 millions de dollars après que l’entité qu’il dirigeait a reconnu des pertes de 8 milliards.

Vikram S. Pandit, le directeur exécutif de Citigroup, la plus grande banque étasunienne  jusqu’en 2008 où elle a reçu des fonds publics provenant du « paquet de sauvetage » après avoir essuyé des pertes multimillionnaires, a reçu une « compensation » de 38,2 millions de dollars ; Kerry Killinger  et Alan Fisherman, de Washington Mutual (en faillite) ont touché, respectivement 44 et 19 millions ; Ken Thompson, de Wachovia (trépassé !), a bénéficié d’une prime de retraite de 42 millions ; James Cayne, de Bearn Stears (en faillite), a dû se « contenter » de 13 millions. La presse a parlé de « parachutes dorés » pour désigner ces primes de retraite d’une prodigalité pour le moins surprenante, concédées justement à ceux qui ont conduit le système financier à la banqueroute.

LE SCANDALE

 La palme de la honte revient sans aucun doute à la compagnie d’assurances American International Group (AIG).

Le géant des assurances s’est vu dans la triste obligation de demander en 2008 une aide urgente au gouvernement. Ses pertes, associées aux hypothèques, étaient énormes : 61,7 milliards de dollars rien que pour le dernier trimestre de l’an dernier, autrement dit la plus lourde perte jamais essuyée par une corporation.

La Maison blanche a voulu éviter l’effondrement qui aurait touché des millions de personnes dans le monde entier et a donc concédé quatre prêts successifs  à AIG, pour un montant total de 173 milliards de dollars,  par l’achat de  80% des parts.

Mais ni les braises qui consumaient la compagnie ni le malaise des contribuables qui voyaient leur argent s’envoler entre les mains d’irresponsables n’ont  mis en veilleuse  l’effronterie et l’avarice de ces bankgsters (hybride de gangster et de banquier).

 A peine eurent-ils reçu le premier paquet de « sauvetage » que les principaux cadres d’AIG, en plein milieu de la tempête, se sont précipités, avec bagages, femmes et enfants, dans un hôtel de luxe de Californie pour y ruminer leurs peines.  La facture de ce «  week-end de travail », acquittée par la compagnie, se montait à plus de 400 000 dollars.

AIG vient de verser à ses cadres et au personnel des services financiers 218 millions de dollars  en bonus et autres primes pour leurs bons et loyaux services durant l’année 2008, celle des pertes gigantesques. Le lièvre a été levé et le scandale a éclaté, mobilisant  tous les médias, indignant l’opinion publique, mettant le gouvernement au pied du mur. La colère populaire grandit dans une nation où des millions de personnes ont déjà été mises au chômage et où la fourchette des revenus ne cesse de s’élargir : une étude datant de 2007 montre que la rémunération moyenne d’un cadre supérieur d’entreprise est 411 fois supérieure à celle d’un salarié moyen.

Le Conseiller économique national de la Maison blanche, Larry Summer, a qualifié ces versements de scandaleux au cours d’une interview diffusée  par ABC dans son émission This Week, et a exigé la mise en place d’une réglementation sur le versement de primes. « Nous avons été témoins, ces dix-huit derniers mois, de choses terribles, mais ce qui se passe à AIG dépasse de loin tout le reste », a-t-il signalé.

AIG et autres ont trouvé un argument  pour se défendre de l’avalanche de critiques qui s’abattent sur eux : ce serait la seule manière de « retenir le talent ». La réponse de Barney Frank, le démocrate qui dirige le comité des finances de la Chambre, a été on ne peut plus « pète-sec » : « Le talent qui s’en va ? Bon voyage ! Après ce qu’ils en ont fait, de leur talent, je n’en ai aucun usage. »

Le président Obama a  exigé que les exécutifs bénéficiaires de ces bonus les rendent. Face au scandale, le Congrès  a réagi : la Chambre des représentants a approuvé un projet de loi imposant à 90% les primes reçues par des salariés dont la rémunération dépasse les 250 000 dollars par an et qui travaillent dans les entreprises recevant des fonds de l’Etat. Le Sénat envisage aussi un projet de sanction fiscale, mais de seulement 35%.

Ces mesures ont suscité la stupeur dans le monde des affaires, et des géants comme Citigroup, bénéficiaires de fonds publics, ont annoncé qu’ils iront discuter au Congrès. Plus circonspect, AIG a discrètement  porté plainte contre le gouvernement des Etats-Unis pour récupérer  plus de 300 millions de dollars payés en impôts. Bien entendu, les coûts du procès sont acquittés avec l’argent du contribuable, comme le fait remarquer le New York Times. Jusqu’où ira l’impudence !

OUI, MAIS…

De tels phénomènes ne se produisent pas seulement aux Etats-Unis. Plusieurs gouvernements  européens se sont plaints du même phénomène sous la pression de l’opinion publique. La croisade contre les bonus  prend de l’élan un peu partout.

Il serait naïf de croire que la crise ne résulte de rien d’autre que de la corruption des banquiers et de la déréglementation. Les causes, plus profondes, sont à rechercher  dans un système dépourvu de toute éthique, incapable de mettre des limites à l’individualisme et à l’avarice, injuste par essence.  L’espèce humaine est confrontée à un seul dilemme, facile à formuler : « socialisme ou barbarie ».
 

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