Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 27 Mai 2009

L’histoire honteuse de l’OEA (II) 

L’OEA contre Cuba • Complicité et légitimation interaméricaine des agressions des Etats-Unis contre le peuple cubain • Le combat de Raul Roa pour la dignité

Oscar Sanchez Serra    

Le 18 mars 1959, deux mois et demi seulement après la victoire populaire du 1er Janvier à Cuba, le nouvel ambassadeur de l’île auprès de l’Organisation des Etats américains, Raul Roa Garcia, exposait la position qui devait définir les relations entre la Révolution triomphante et l’organisme régional : « Durant de longues années, la voix authentique de Cuba ne s’était pas faite entendre au sein du Conseil de l’OEA (…) Il n’est pas vain de le rappeler pour ce que cela contient de nouveauté historique et d’encouragement évident pour les peuples encore opprimés. Le renversement d’une tyrannie par une action armée n’est pas un événement insolite dans notre Amérique, mais ce qui l’est, en revanche, c’est celle qui vient de renverser Fulgencio Batista à Cuba. »


Je m’en vais avec mon peuple, et avec mon peuple s’en vont aussi d’ici les peuples de notre Amérique, devait déclarer Raul Roa dans sa défense de la dignité

Cette position s’explique par le fait que les dirigeants révolutionnaires ne savaient que trop bien ce qu’avait été la courte mais triste histoire de l’OEA, au service des Etats-Unis, et ils n’ignoraient pas que des plans avaient déjà été ourdis dès 1959 pour utiliser l’organisation contre la Révolution et contre notre peuple. Jusque là, jamais aucun pays n’avait été en butte à autant d’hostilité de la part d’un mécanisme multilatéral ou régional que Cuba face à l’OEA.

Ladite “question cubaine” occupa une place de premier choix dans l’agenda de l’OEA qui, répondant aux intérêts des Etats-Unis, s’employa  à jeter les bases de l’isolement politique et diplomatique de Cuba, tout en tentant de légitimer une agression militaire directe contre elle en activant le Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR).

En août 1959, les gouvernements du Brésil, du Chili, des Etats-Unis et du Pérou demandèrent une réunion de consultation des ministres des Relations extérieures qui avait pour but d’étudier la situation dans les Caraïbes. La Révolution avait déjà promulgué la Loi de Réforme agraire, éliminant ainsi les latifundia, dont la United Fruit dans laquelle les frères Allan Dulles, secrétaire d’Etat, et Foster Dulles, directeur de la CIA, avaient des intérêts.

La 5e réunion de consultation se tint à Santiago du Chili.  Elle n’adopta pas de résolution condamnant Cuba mais construisit le « cadre conceptuel » qui devait sous-tendre les objectifs de la politique yankee contre notre nation. Elle créa la Commission interaméricaine des droits de l’homme et conféra de nouvelles facultés à la Commission interaméricaine de paix, dans le cadre d’une stratégie de création ou de perfectionnement d’outils qui devaient s’avérer précieux pour l’application des directives yankees anti-cubaines au sein de l’OEA.

Les réunions se succédaient et Roa, conscient des objectifs de ces réunions sur les Caraïbes, déclara à Washington : « Le gouvernement de Cuba est convaincu que toutes ces accusations n’ont d’autre objet (…) que de créer un climat international hostile à Cuba et d’organiser contre elle une conjuration internationale de type interventionniste, dans le but d’entraver le développement de la Révolution cubaine, de semer sa route d’obstacles et de la vouer à l’échec. » Il insistait, à San José : « Si ce dont il s’agit est de faire justice, on devrait sanctionner, ensemble, Trujillo et le gouvernement des Etats-Unis. »

LA CONJURATION DE SAN JOSE ET SA REPONSE

La 7e réunion de consultations se tint à San José au Costa Rica du 22 au 29 août 1960. Parmi les points inscrits à l’ordre du jour figuraient, entre autres, le renforcement de la solidarité continentale et du système interaméricain, en particulier face aux menaces d’intervention extracontinentale, et l’examen des tensions internationales existant dans la région des Caraïbes en vue de restaurer l’harmonie, l’unité et la paix en Amérique.

On y adopta une déclaration dont les paragraphes 4 et 5 signalaient : “Le système interaméricain est incompatible avec toute forme de totalitarisme et la démocratie n’atteindra pleinement ses objectifs dans le continent  que si toutes les républiques américaines ajustent leur conduite aux principes contenus dans la Déclaration de Santiago du Chili. Tous les Etats membres de l’Organisation régionale ont l’obligation de se soumettre à la discipline du système interaméricain, décidée volontairement et librement, la plus ferme garantie de leur indépendance politique provenant du respect des dispositions de la Charte de l’Organisation des Etats américains. »

Les conditions nécessaires à l’exclusion du gouvernement cubain de l’OEA, conformément aux desiderata yankees, furent donc créées à San José. Le ministre Roa annonça sa décision de se retirer de ce sinistre conciliabule en des termes mémorables qui scellent la rupture définitive avec l’OEA : « Les gouvernements latino-américains ont laissé Cuba seule. Je m’en vais avec mon peuple, et avec mon peuple s’en vont aussi d’ici les peuples de notre Amérique. »

En réponse aux résultats de la réunion de San José, plus d’un million de Cubains réunis sur la place de la Révolution en Assemblée générale du peuple adoptèrent la Première Déclaration de La Havane, qui rejetait les prétentions hégémoniques des Etats-Unis sur Cuba, la politique d’isolement qu’ils avaient mise en œuvre contre notre nation et le servilisme de l’OEA face à ces manœuvres.

L’expulsion et la tentative d’isolement

En décembre 1961, le conseil permanent de l’OEA décide, à la demande de la Colombie, de convoquer la 8e réunion de consultation des ministres des Relations extérieures pour janvier 1962 (du 22 au 31) à Punta del Este,où sont adoptées neuf résolutions dont quatre concernant Cuba. La quatrième est ce petit bijou de la collection de l’OEA intitulé Exclusion du gouvernement actuel de Cuba de sa participation au système interaméricain, qui répondait au voeu yankee : mettre notre Révolution au ban de la vie politique et diplomatique de la région. La résolution fut approuvée par 14 voix (les Etats-Unis durent acheter celle de Haïti pour obtenir le minimum de votes requis), contre un non, celui de Cuba, et six abstentions, celles de l’Argentine, du Brésil, de la Bolivie, du Chili, de l’Equateur et du Mexique. Ces deux dernières nations alléguèrent que l’expulsion d’un Etat membre était impossible sans une réforme préalable de la Charte de l’organisation.

Osvaldo Dorticos, alors président de la République de Cuba, reprit le flambeau levé par le ministre Roa dans le même lieu : « Si ce que l’on prétend est que Cuba se soumette aux décisions d’un pays puissant, si ce que l’on veut, c’est que Cuba capitule, abandonne ses aspirations au bien-être, au progrès et à la paix qui animent sa Révolution socialiste et renonce à sa souveraineté, si l’on veut faire en sorte que Cuba tourne le dos  aux pays qui lui ont témoigné une amitié sincère et un respect véritable ; si, en un mot, on veut réduire à l’esclavage un pays qui vient de conquérir sa liberté au prix d’un siècle et demi de sacrifices, sachez-le une bonne fois : Cuba ne capitulera pas. (…) Nous sommes venus ici convaincus qu’une décision serait prise contre Cuba, mais cela ne nuira en rien au développement de notre Révolution. Nous, accusés, sommes venus pour faire entendre notre parole accusatrice : le coupable, ici, n’est autre que le gouvernement impérialiste des Etats-Unis (…) L’OEA est incompatible avec la liquidation du latifundium, avec la nationalisation des monopoles impérialistes, avec l’égalité sociale, avec le droit à l’éducation, avec l’élimination de l’analphabétisme (…) Dans ce cas, Cuba n’a rien à faire à l’OEA (…) Nous pourrons nous retirer de l’OEA, mais Cuba socialiste ne se retire pas de l’Amérique. Nous pourrons ne plus être à l’OEA, mais le gouvernement impérialiste des Etats-Unis n’en aura pas moins, à 90 milles marins de ses côtes, une Cuba révolutionnaire et socialiste… »

Après l’invasion de Playa Giron en 1961,qui se termina par la défaite des Etats-Unis, après l’opération Mangouste qui aboutit à la crise d’Octobre 1962, après l’instauration du blocus économique, financier et commercial de l’île, après l’organisation de bandes terroristes qui combattaient dans le massif montagneux de l’Escambray, il ne leur restait plus qu’à internationaliser leur politique abjecte, et c’est à cette fin qu’ils organisèrent à Washington, en juillet 1964, la 9e réunion de consultation des ministres des Relations extérieures pour voter une résolution inspirée du TIAR, qui avait déjà supplanté la Charte de l’OEA : elle obligeait les gouvernements latino-américains à rompre leurs relations diplomatiques et consulaires avec le gouvernement de Cuba. Seul le Mexique, défendant sa propre dignité, refusa de se plier aux diktats de l’empire.

La Charte démocratique et l’échec d’une politique funeste

Le 11 septembre 2001, au moment de l’effondrement des Tours jumelles de New York, l’OEA publiait sa Charte démocratique interaméricaine, qui constitue la manœuvre la plus récente et la plus insidieuse contre l’île : elle définit les règles auxquelles doivent se plier les pays qui entendent demeurer au sein de l’organisation. Avant, il était interdit d’être marxiste-léniniste. Maintenant, il convient de s’agenouiller devant l’autel de la démocratie représentative bourgeoise et du Dieu « Marché ». Ce qui n’est qu’une autre manière de garantir l’exclusion de Cuba.

Mais la Révolution cubaine a franchi le seuil du 21e siècle après avoir triomphé du harcèlement le plus long et le plus sanglant auquel ait été confronté un peuple dans l’histoire de l’humanité. Elle a montré que les pouvoirs impériaux ne sont pas invincibles ni éternels. La noblesse et la volonté de notre peuple sont reconnues dans le monde entier. L’échec de l’OEA, lui, est total : Cuba entretient de bonnes relations diplomatiques avec toutes les nations de l’hémisphère et a été acclamée au Groupe de Rio, parce qu’aucun peuple ne nous a jamais exclus. Notre pays n’a pas pris peur, il n’a pas reculé d’un pouce dans la défense de sa souveraineté, il n’a pas négocié sa liberté, son indépendance ni son autodétermination. Il n’a pas suivi une politique outrancière, il n’a fait que s’attacher à un principe défini par Raul Roa  en août 1959 : « La Révolution cubaine n’est à la gauche ou à la droite de personne : elle fait face à tous, avec une position qui lui est propre et qui ne prête à aucune confusion. Il ne s’agit ni de la troisième, ni de la quatrième ni de la cinquième position, mais de notre position. »
 

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