Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

TEXTE seulement       

 N O U V E L L E S

La Havane. 29 Mai 2009

L’histoire honteuse de l’OEA (III et fin)
La fin du ministère des Colonies des Etats-Unis • L’OEA doit être démantelée, c’est aujourd’hui la seule solution libératrice

Oscar Sanchez Serra

Le 2 septembre 1960, après que la lumière a été faite sur la conjuration de l’OEA contre Cuba à San José, le commandant en chef convoqua le peuple de Cuba en assemblée générale, sur la place de la Révolution José Marti. Il y lut le document historique connu sous le nom de Première Déclaration de La Havane, dont le huitième et dernier paragraphe est on ne peut plus clair :

A la demande du peuple, Fidel déchire la déclaration de San José. La position de Cuba vis-à-vis de l’OEA était ainsi fermement définie.
A la demande du peuple, Fidel
déchire la déclaration de San José.
La position de Cuba vis-à-vis de
l’OEA était ainsi fermement définie.


 

« L’Assemblée générale nationale du peuple de Cuba réaffirme sa confiance dans le fait que les peuples d’Amérique latine avanceront bientôt, unis et vainqueurs, après s’être dégagés des liens qui livrent leurs économies aux mains usurpatrices de l’impérialisme nord-américain et qui empêchent que ne soit entendue leur voix véritable à des réunions où des ministres rampants se font l’écho infâmant du maître despotique. Elle confirme ici sa volonté d’œuvrer à ces destinées latino-américaines communes qui permettront à nos pays d’édifier une solidarité véritable, fondée sur la libre volonté de chacun d’entre eux et sur les aspirations communes à tous. Dans la lutte pour cette Amérique latine libérée, face aux voix serviles de ceux qui usurpent leur représentation officielle, retentit, avec une force irrépressible, la voix authentique des peuples, la voix qui s’élève du fond des mines de charbon et d’étain, des fabriques et des usines à sucre, depuis les terres inféodées où les gauchos, les journaliers, les sans-terre et les héritiers de Zapata et de Sandino empoignent les armes de la liberté. Cette voix résonne déjà dans l’œuvre des poètes et des romanciers, parmi les étudiants, les femmes, les enfants, les vieillards qui demeurent en veille. A cette voix fraternelle, l’Assemblée générale nationale répond : Présente ! Cuba sera toujours à vos côtés comme elle l’est aujourd’hui pour confirmer, devant l’Amérique latine et le monde entier, son engagement historique et l’alternative à laquelle elle ne renoncera jamais : la Patrie ou la mort ! »

Au milieu des applaudissements et de plus d’un million de bras levés, Fidel ajoutait : « Il reste une chose à faire. Que faisons-nous de la Déclaration de San José ? »  Et le peuple de scander : « On la déchire ! » Fidel prit la Déclaration entre ses mains et la déchira devant la foule. La situation entre Cuba et l’OEA était claire, et le dernier paragraphe de la Déclaration contenait la formidable prémonition de l’avenir : un demi-siècle après, la Révolution cubaine assistait aux derniers soubresauts de l’organisation qui s’était prêtée au sale boulot que lui avait confié l’empire.

Thérapie contre le discrédit

Discréditée et ridiculisée, l’OEA trouva encore sa planche de salut dans une initiative du président William Clinton qui, en 1994, proposa les Sommets de tous les chefs d’Etat et de gouvernement de l’hémisphère, dont il lui confia l’organisation, la conduite et le suivi afin de la sauver de l’indigence dans laquelle elle avait sombré.

A l’issue du 4e Sommet des Amériques (Mar del Plata, 2004), où la Zone de libre-échange pour les Amériques était enterrée, l’OEA recevait une gifle supplémentaire. Son silence face à l’incursion de forces armées colombiennes en Equateur le 1er mars 2008 jetait une nouvelle fois le désarroi parmi la communauté des nations. Comme à son habitude, le gouvernement yankee prenait fait et cause pour l’agresseur, et c’est le Groupe de Rio qui répondit, laissant désormais sans voix la vieille dame usée.

Au 5e Sommet de Port-d'Espagne, à Trinité et Tobago, l’OEA ne se montra pas non plus à la hauteur des circonstances créées par le massacre de paysans de Pando, en Bolivie, en septembre 2008. C’est la jeune UNASUR qui protesta vigoureusement pour défendre les droits des oubliés de toujours. Une fois de plus, celle que le ministre de la Dignité, Raul Roa Garcia, avait taxée de « ministère des Colonies » des Etats-Unis avait opté pour un silence peureux.

Une réalité à laquelle elle est devenue étrangère a confronté l’OEA à la solide position des pays de la région qui protestaient contre l’exclusion de Cuba du rendez-vous de Port-d’Espagne. Son secrétaire général, le Chilien, José Miguel Insulza, ne put éviter que la question de la politique étasunienne envers l’île occupât le centre de tous les débats. Fidel l’avait annoncé : « Le train est passé il y a un bon bout de temps, et (Insulza) ne s’en est pas rendu compte ».

Le Sommet de Port-d’Espagne a montré aux Etasuniens (qui ne tirent jamais les leçons de leurs échecs) que l’Amérique latine et les Caraïbes ne sont plus ce qu’elles étaient en 1960 et 1962, la « belle époque » de la docilité. L’OEA et son porte-parole Miguel Insulza, ne s’en sont pas rendu compte et ont continué de parler au nom du maître, les Etats-Unis. Le Venezuela et la Bolivie sont prêts à dialoguer avec eux, mais sans conditions. Bien des problèmes ont dérivé des fameuses conditions. Ceci est aussi vrai dans le cas de Cuba. Or, l’OEA retournait sur le bon vieux chemin de toujours, celui des relations traditionnelles entre les Etats-Unis et la région : un dialogue assorti de conditions, imposées par Washington, évidemment.

L’OEA a imposé la pratique du deux poids deux mesures, la corruption politique et administrative : elle a rendu les démocraties ingouvernables et les a transformées en dictatures ; quand celles-ci ne lui servaient plus à rien, elle les a jetées à la poubelle et a rappelé des démocraties encore plus soumises et minables, car à l’ère néolibérale des transnationales alimentées par les capitaux oligarchiques, l’exercice du pouvoir se compliquait : il passait moins par les Exécutifs et les Parlements que par les grandes compagnies du continent.

Du sang par tous les pores

Washington et l’OEA ont été cohérents avec leur ténébreux passé lorsqu’ils ont perçu les premières menaces.

L’organisation qui avait favorisé le coup d’Etat de 1952 à Cuba, celle qui se montra si timorée lors de l’action miliaire contre le gouvernement constitutionnel de Jacobo Arbenz au Guatemala, celle qui soutint le tyran Anastasio Somoza et s’abstint de condamner l’invasion mercenaire de Cuba en 1961 tout comme le coup d’Etat contre le président élu d’Equateur Velazco Ibarra, n’a jamais changé : elle a fait preuve de la plus grande indulgence envers l’intervention militaire étasunienne en République dominicaine, en 1965, tout comme devant l’envoi de bérets verts et d’armes au Guatemala en 1966, la livraison d’armes en Bolivie en 1967, la formation de centaines de tortionnaires et d’agents répressifs à l’Ecole des Amériques du Canal de Panama.

Lorsque s’enchaînèrent les putschs militaires commandités par les Etats-Unis en Uruguay, en Argentine et au Chili, elle se croisa les bras. Elle se tut devant la mort de Salvador Allende, devant l’assassinat et la « disparition » de dizaines de milliers de Latino-américains à partir de l’opération Condor. Dans les années 80, elle s’abstint de toute action en faveur de la paix en Amérique centrale tandis que les conflits y faisaient près de cent mille morts. Elle n’a pas non plus apporté son soutien à l’enquête autour de la mort suspecte du général Torrijos au Panama, et les invasions éhontées de la Grenade en 1983 et du Panama en 1989 n’ont jamais empêché ses ambassadeurs de siroter tranquillement leur café.

Par contre, elle n’a pas manqué de témoigner de sa plus vive sympathie à Pedro « le Bref » lors des journées difficiles vécues par le Venezuela en avril 2002, après la tentative de putsch déjouée par la riposte exemplaire du peuple, qui vola au secours de son président. Voilà qui illustre bien jusqu’où peut aller l’hypocrisie et le servilisme à l’égard du pouvoir impérial : l’OEA refusait de reconnaître l’authenticité du processus bolivarien au Venezuela parce que celui-ci lui avait donné une leçon, sur un point auquel elle est douloureusement sensible : aucun gouvernement ne s’est jamais soumis de manière aussi systématique au verdict de ses électeurs que celui de Hugo Chavez.

En persistant à remettre en question la légitimité démocratique des élections dans le seul but de jouer la carte de la politique étasunienne -le renversement de Chavez -, l’OEA a mis à nu toute l’immoralité de la fameuse Charte démocratique.

Il ne manquait plus qu’une touche pour en finir le portrait, avec le cas de la Bolivie : l’engagement des Etats-Unis dans une sale guerre pour le renversement d’Evo Morales, le premier président indigène d’Amérique, était démontré par des preuves multiples et évidentes. Or, l’OEA et Insulza ont sans doute trop de pudeur (?) pour appeler les choses par leur nom («coup d’Etat », par exemple) et ont préféré recourir à un langage alambiqué pour affirmer que « en Bolivie, on en est à un point où, soit on met fin immédiatement aux hostilités pour passer à la négociation, soit la situation va se dégrader (…) ». Complice par omission, Insulza a préféré tourner le dos aux preuves de la participation de la CIA et de l’OEA dans la tentative d’assassinat du président.

ENTERRER UN CADAVRE PUANT

Il y a dans toute l’histoire de l’OEA un engagement trop évident envers la mort, le génocide et le mensonge pour qu’elle survive aux temps actuels. Même les cadavres politiques, il faut les enterrer, et le plus vite possible. Pourtant, certains tentent encore de la ressusciter en la barbouillant d’un nouveau maquillage : l’OEA envisagerait maintenant de « pardonner Cuba » en lui restituant l’espace dont elle n’aurait jamais dû être privée. On y va même de quelques acrobaties verbales : l’exclusion s’adressait au gouvernement, pas au pays, comme si la personnalité juridique d’un Etat pouvait être séparée de sa propre existence.

Or, la réalité est d’une simplicité enfantine : sans l’OEA, les Etats-Unis perdraient un de ses principaux instruments de contrôle juridique et politique sur la région.

Si l’Amérique latine et les Caraïbes entendent prendre en mains leurs propres destinées sans mettre en danger leur identité et avancer vers la Grande Patrie unie rêvée par Bolivar et Marti, il leur faudra inévitablement démanteler l’OEA et fonder une nouvelle organisation régionale dont les Etats-Unis seront absents.

Cuba, pour sa part, n’a nul besoin de l’OEA. Maquillée ou pas, elle n’en veut pas. Elle suinte le sang et l’infamie par tous les pores. Nous ne retournerons jamais dans la vétuste maison de Washington qui a été témoin de tant de bassesses, de magouilles et d’humiliations. Raul l’a dit dans le langage de José Marti : « Avant que Cuba ne revienne à l’OEA, la mer du Nord s’unira à celle du Sud et un serpent naîtra d’un oeuf d’aigle.

 

                                                                                                IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Lazaro Barredo Medina / Directeur éditorial: Gabriel Molina Franchossi
HÔTE: Teledatos-ICCC. Internet Cubaweb Communications Corporations. http://www.cubaweb.cu/
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

Egalement a: http://granmai.cubaweb.com/
http://www.granmai.cubasi.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano | MAGAZINE
TEXTE seulement /
Souscription pour l’édition imprimée de Granma International
© Copyright. 1996-2008.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page