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POLITIQUE MONDIALE ANTIDROGUES
Résignés à l’échec ?
Francisco
Arias Fernandez
LE récent sommet mondial de
la commission des stupéfiants de l’ONU (CND), qui s’est
déroulé au mois de mars dernier à Vienne, a révélé une
triste réalité : dix ans de politiques mondiales de
lutte anti-drogues ont échoué dans leur tentative
d’éradiquer, même en partie, ce fléau, et les
participants ont même laissé entrevoir certaines
tendances à la résignation et à l’impuissance, qui ont
prévalu dans certaines « initiatives ».
Malgré un certain optimisme,
ceux-ci, devant l’ampleur et la gravité du phénomène
dans leurs nations respectives, ont laissé percer une
certaine lassitude et un certain scepticisme sur la
possibilité d’éradiquer complètement cette calamité,
d’où la conception qu’ils tentent d’imposer selon
laquelle il est seulement possible aujourd’hui de « limiter
les dégâts ».
Le rapport présenté à la réunion
par la Commission européenne indique que le plan des
Nations unies adopté en 1998, dont l’objectif était de
réduire la consommation et le trafic de drogues en 10
ans, n’a débouché ni sur une diminution de la
consommation ni sur une réduction de l’accès aux
stupéfiants. Il fait seulement référence à une « légère
amélioration » dans quelques pays, largement compensée
par l’aggravation de la situation dans d’autres.
Tandis que l’ensemble du marché
du commerce de la drogue atteint chaque année les 320
milliards de dollars, selon l’ONU, qui situe cette
économie au 21e rang mondial, après la Suède,
dont le PIB est de 358 milliards, le nombre des victimes
dues à ce fléau s’élève à environ 200 000 par an,
auxquelles il faut ajouter les cinq millions de décès
pour tabagisme et les deux millions dus aux effets de
l’alcool.
Si les ravages humains provoqués
par le narcotrafic international et la consommation de
drogues suscitent une réelle inquiétude, un fait est
encore plus alarmant : la communauté internationale
avance des chiffres sur l’argent généré par ce commerce
macabre qui sont le double de l’estimation de l’ONU.
C’est pourquoi tout plan ou projet stratégique global
sera confronté à d’énormes problèmes pour stopper un
phénomène aussi grave, surtout en temps de crise
économique où prévaut le « sauve qui peut » et où tous
cherchent par tous les moyens à gagner de l’argent.
Pendant qu’on compte les morts,
208 millions de personnes, soit 4,9% de la population
mondiale entre 15 et 64 ans, continuent de consommer de
la drogue au moins une fois par an, et toutes les heures
104 enfants nord-américains se droguent avec des
médicaments contrôlés qu’ils préfèrent à l’ecstasy, la
cocaïne, le crack ou l’héroïne, selon une étude de la
Société pour une nation sans drogues.
Les délégations participantes à
la conférence de l’ONU à Vienne sont très inquiètes en
raison de la diminution des prix des drogues au niveau
mondial, due à l’augmentation de la production : celle
de la cocaïne est passée de 825 tonnes en 1998 à 994
tonnes en 2007, tandis que celle du pavot (qui sert à
produire l’opium et ses dérivés) a atteint 8 870 tonnes
contre 4 346 tonnes il y a dix ans.
Un fait retient l’attention en
Afghanistan : malgré la présence militaire des USA et de
l’OTAN, le pays fournit 92% de la production mondiale de
pavot, et le commerce de l’opium rapporte chaque année
500 millions de dollars, qui selon des informations de
l’ONU, finissent dans les poches des talibans. Guerre,
impunité ou complicité ?
Selon des statistiques fournies
par l’ONU, le trafic des drogues serait le deuxième
commerce en importance dans le secteur des matières
premières, après celui du pétrole, et il rapporterait
plus, à l’échelle mondiale, que les ventes réunies de
chocolat, de café, de tabac, de vin, de bière et de thé.
De récentes analyses des Nations
unies, comme le rapport 2008 de la Junte internationale
de fiscalisation des stupéfiants (JIFE), publié en
février dernier, précisent que l’Amérique centrale et
les Caraïbes demeurent les principales routes du trafic
de drogues illicites provenant d’Amérique du Sud et
exportées vers l’Amérique du Nord et l’Europe, les deux
principaux marchés de consommation. Cette situation
devient des plus préoccupantes pour notre région, non
seulement en raison des problèmes propres au trafic et à
la consommation de ces drogues, mais aussi parce que
cela entraîne une augmentation de la criminalité reliée
à ce commerce.
Quelque 5000 gangs de rue
provenant du Salvador, du Guatemala et du Honduras
opéreraient actuellement sur le territoire mexicain. 75%
d’entre elles seraient reliées à des organisations
criminelles aux Etats-Unis. Ces bandes criminelles sont
donc plus fortes et mieux organisées à travers tout le
continent et elles étendent leurs ramifications un peu
partout sur la planète, « au-delà des frontières », en
étroite association avec les mafias asiatiques et
européennes.
Aujourd’hui, tout le monde
s’entend pour accorder de nouveau une plus grande
importance à la prévention de la consommation de
stupéfiants afin qu’il y ait de moins en moins de
victimes, aussi bien celles atteintes par des armes à
feu que celles obligées de suivre des thérapies ou des
programmes de réinsertion sociale pour tenter de s’en
sortir. Au même moment, les Etats-Unis semblent
succomber au syndrome de la « narcoviolence » et du
« narcoterrorisme ». Ils ont soudainement peur d’être
« contaminés » par leur voisin du sud et ils entendent
élaborer une nouvelle stratégie « continentale » pour
combattre ce fléau.
Dans une entrevue accordée au
magazine Proceso, un fonctionnaire étasunien
révèle que « cette stratégie impliquera une plus grande
participation du Département de la défense. Ce dernier
entraînera les corps policiers du Mexique, d’Amérique
centrale et d’Amérique du Sud, leur fournira de
l’équipement spécialisé en matière de détection et
d’infiltration, ainsi que du matériel de transport ».
L’actuelle administration semble
d’accord avec la nécessité de travailler à prévenir la
consommation de drogue sur son propre territoire, elle
veut en faire son principal cheval de bataille. Mais
pour y arriver, tout ce qu’elle offre au reste du
continent, au nom de sa sécurité nationale, ce sont des
balles, encore des balles.
Depuis une dizaine d’années, la
lutte contre le narcotrafic n’a donné aucun résultat
satisfaisant, parce que nous n’arrivons pas à adopter
une stratégie commune qui convienne à tout le monde.
Washington, de son côté, a opté pour la guerre ouverte,
une méthode qui a coûté plus de 25 milliards de dollars
aux contribuables, sans parler des milliers de morts en
Amérique latine et dans les Caraïbes.
Cuba, pour sa part, a accepté de
coopérer pleinement dans ce domaine, sans tenter d’en
tirer profit et sans jouer un double jeu. Elle a fait
preuve d’une réelle volonté politique et s’est engagée
totalement à combattre ce fléau. Elle a accordé la
priorité au travail de prévention, sans pour autant
négliger d’autres méthodes de lutte, mais toujours de
façon rationnelle. Ce nouveau programme mené par l’ONU,
Cuba l’a appliqué avec succès, et avec un taux de
réussite encore plus grand depuis les dix dernières
années à la mesure des défis à relever.
Plutôt que de se lamenter devant
des résultats mitigés ou de se résigner, il serait
préférable de mettre de l’avant des programmes réalistes
tout en comptant sur l’appui de tous les pays pour
sauver l’humanité de telles tragédies.
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