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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 8 Mai 2009

POLITIQUE MONDIALE ANTIDROGUES
Résignés à l’échec ?

Francisco Arias Fernandez

LE récent sommet mondial de la commission des stupéfiants de l’ONU (CND), qui s’est déroulé au mois de mars dernier à Vienne, a révélé une triste réalité : dix ans de politiques mondiales de lutte anti-drogues ont échoué dans leur tentative d’éradiquer, même en partie, ce fléau, et les participants ont même laissé entrevoir certaines tendances à la résignation et à l’impuissance, qui ont prévalu dans certaines « initiatives ».

Malgré un certain optimisme, ceux-ci, devant l’ampleur et la gravité du phénomène dans leurs nations respectives, ont laissé percer une certaine lassitude et un certain scepticisme sur la possibilité d’éradiquer complètement cette calamité, d’où la conception qu’ils tentent d’imposer selon laquelle il est seulement possible aujourd’hui de « limiter les dégâts ».

Le rapport présenté à la réunion par la Commission européenne indique que le plan des Nations unies adopté en 1998, dont l’objectif était de réduire la consommation et le trafic de drogues en 10 ans, n’a débouché ni sur une diminution de la consommation ni sur une réduction de l’accès aux stupéfiants. Il fait seulement référence à une « légère amélioration » dans quelques pays, largement compensée par l’aggravation de la situation dans d’autres.

Tandis que l’ensemble du marché du commerce de la drogue atteint chaque année les 320 milliards de dollars, selon l’ONU, qui situe cette économie au 21e rang mondial, après la Suède, dont le PIB est de 358 milliards, le nombre des victimes dues à ce fléau s’élève à environ 200 000 par an, auxquelles il faut ajouter les cinq millions de décès pour tabagisme et les deux millions dus aux effets de l’alcool.

Si les ravages humains provoqués par le narcotrafic international et la consommation de drogues suscitent une réelle inquiétude, un fait est encore plus alarmant : la communauté internationale avance des chiffres sur l’argent généré par ce commerce macabre qui sont le double de l’estimation de l’ONU. C’est pourquoi tout plan ou projet stratégique global sera confronté à d’énormes problèmes pour stopper un phénomène aussi grave, surtout en temps de crise économique où prévaut le « sauve qui peut » et où tous cherchent par tous les moyens à gagner de l’argent.

Pendant qu’on compte les morts, 208 millions de personnes, soit 4,9% de la population mondiale entre 15 et 64 ans, continuent de consommer de la drogue au moins une fois par an, et toutes les heures 104 enfants nord-américains se droguent avec des médicaments contrôlés qu’ils préfèrent à l’ecstasy, la cocaïne, le crack ou l’héroïne, selon une étude de la Société pour une nation sans drogues.

Les délégations participantes à la conférence de l’ONU à Vienne sont très inquiètes en raison de la diminution des prix des drogues au niveau mondial, due à l’augmentation de la production : celle de la cocaïne est passée de 825 tonnes en 1998 à 994 tonnes en 2007, tandis que celle du pavot (qui sert à produire l’opium et ses dérivés) a atteint 8 870 tonnes contre 4 346 tonnes il y a dix ans.

Un fait retient l’attention en Afghanistan : malgré la présence militaire des USA et de l’OTAN, le pays fournit 92% de la production mondiale de pavot, et le commerce de l’opium rapporte chaque année 500 millions de dollars, qui selon des informations de l’ONU, finissent dans les poches des talibans. Guerre, impunité ou complicité ?

Selon des statistiques fournies par l’ONU, le trafic des drogues serait le deuxième commerce en importance dans le secteur des matières premières, après celui du pétrole, et il rapporterait plus, à l’échelle mondiale, que les ventes réunies de chocolat, de café, de tabac, de vin, de bière et de thé.

De récentes analyses des Nations unies, comme le rapport 2008 de la Junte internationale de fiscalisation des stupéfiants (JIFE), publié en février dernier, précisent que l’Amérique centrale et les Caraïbes demeurent les principales routes du trafic de drogues illicites provenant d’Amérique du Sud et exportées vers l’Amérique du Nord et l’Europe, les deux principaux marchés de consommation. Cette situation devient des plus préoccupantes pour notre région, non seulement en raison des problèmes propres au trafic et à la consommation de ces drogues, mais aussi parce que cela entraîne une augmentation de la criminalité reliée à ce commerce.

Quelque 5000 gangs de rue provenant du Salvador, du Guatemala et du Honduras opéreraient actuellement sur le territoire mexicain. 75% d’entre elles seraient reliées à des organisations criminelles aux Etats-Unis. Ces bandes criminelles sont donc plus fortes et mieux organisées à travers tout le continent et elles étendent leurs ramifications un peu partout sur la planète, « au-delà des frontières », en étroite association avec les mafias asiatiques et européennes.

Aujourd’hui, tout le monde s’entend pour accorder de nouveau une plus grande importance à la prévention de la consommation de stupéfiants afin qu’il y ait de moins en moins de victimes, aussi bien celles atteintes par des armes à feu que celles obligées de suivre des thérapies ou des programmes de réinsertion sociale pour tenter de s’en sortir. Au même moment, les Etats-Unis semblent succomber au syndrome de la « narcoviolence » et du « narcoterrorisme ». Ils ont soudainement peur d’être « contaminés » par leur voisin du sud et ils entendent élaborer une nouvelle stratégie « continentale » pour combattre ce fléau.

Dans une entrevue accordée au magazine Proceso, un fonctionnaire étasunien révèle que « cette stratégie impliquera une plus grande participation du Département de la défense. Ce dernier entraînera les corps policiers du Mexique, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, leur fournira de l’équipement spécialisé en matière de détection et d’infiltration, ainsi que du matériel de transport ».

L’actuelle administration semble d’accord avec la nécessité de travailler à prévenir la consommation de drogue sur son propre territoire, elle veut en faire son principal cheval de bataille. Mais pour y arriver, tout ce qu’elle offre au reste du continent, au nom de sa sécurité nationale, ce sont des balles, encore des balles.

Depuis une dizaine d’années, la lutte contre le narcotrafic n’a donné aucun résultat satisfaisant, parce que nous n’arrivons pas à adopter une stratégie commune qui convienne à tout le monde. Washington, de son côté, a opté pour la guerre ouverte, une méthode qui a coûté plus de 25 milliards de dollars aux contribuables, sans parler des milliers de morts en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Cuba, pour sa part, a accepté de coopérer pleinement dans ce domaine, sans tenter d’en tirer profit et sans jouer un double jeu. Elle a fait preuve d’une réelle volonté politique et s’est engagée totalement à combattre ce fléau. Elle a accordé la priorité au travail de prévention, sans pour autant négliger d’autres méthodes de lutte, mais toujours de façon rationnelle. Ce nouveau programme mené par l’ONU, Cuba l’a appliqué avec succès, et avec un taux de réussite encore plus grand depuis les dix dernières années à la mesure des défis à relever.

Plutôt que de se lamenter devant des résultats mitigés ou de se résigner, il serait préférable de mettre de l’avant des programmes réalistes tout en comptant sur l’appui de tous les pays pour sauver l’humanité de telles tragédies.
 

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