Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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 N O U V E L L E S

La Havane. 17 Novembre 2009

Montaner et Posada avoueront-ils
leur complicité?
• La CIA connaissait l’imminence de l’assassinat du jésuite Ellacuria

Jean-Guy Allard

LE Département d’Etat, la CIA et les services de renseignement espagnols, l’ancien CESID, savaient que le prêtre jésuite Ignacio Ellacuria, recteur de l’Université Centre-américaine (UCA), et cinq de ses compagnons, seraient assassinés par un escadron de la mort de l’armée salvadorienne.

Le quotidien espagnol El Mundo a confirmé ces révélations dans sa dernière édition dominicale, s’appuyant sur une série de documents des services de renseignement des Etats-Unis «récemment déclassifiés», qui seront remis à la justice espagnole.

Ces faits viennent étayer les informations selon lesquelles l’agent de la CIA domicilié à Madrid, Carlos Alberto Montaner, était au courant du complot lorsqu’il avait menacé Ellacuria quelques jours avant le massacre.

Et ils renforcent la thèse selon laquelle le terroriste international Luis Posada Carriles, à l’époque agent de la CIA et haut officier de l’appareil répressif salvadorien –aujourd’hui réfugié aux Etats-Unis avec la complaisance des autorités–, aurait lui aussi trempé dans cette affaire.

L’escadron de la mort fit irruption à l’UCA à l’aube du 16 novembre 1989, surprenant les six jésuites dans leur sommeil. Les prêtres furent arrachés de leurs lits, traînés dans la cour, et exécutés, le visage contre le sol, avec des balles explosives.

Les pères Ellacuria, Armando Lopez, Juan Ramon Moreno, Ignacio Martin- Baro, Segundo Montes et Joaquin Lopez, tous professeurs de l’institution et proches de la Théologie de la libération, étaient en butte aux attaques constantes de l’extrême-droite fasciste du parti ARENA dont les représentants sont toujours actifs sur la scène politique salvadorienne.

Elba Julia Ramos, employée de la résidence des religieux et sa fille Celina, 15 ans, furent aussi assassinées dans cette opération.

Le Salvador commémorait le 16 novembre le 20e anniversaire de ce crime alors que dans le pays voisin, le Honduras, c’est ce même genre d’individus qui s’accrochent au pouvoir.

Inculpés, plusieurs auteurs matériels du massacre ont été condamnés en janvier 1992 à des peines de 30 ans de prison, avant d’être scandaleusement amnistiés 14 mois plus tard, en avril 1993.

Le quotidien espagnol El Mundo signale qu’une série de documents des services de renseignement des Etats-Unis ont été déclassifiés et seront présentés à l’Audience nationale de Madrid, qui a été saisie d’une plainte contre «les responsables de cette tuerie».

«Parmi les documents qui seront présentés à l’Audience nationale figurent des informations qui impliquent directement la responsabilité de l’attaché militaire de l’ambassade des USA au Salvador, le colonel Milton Menjivar, et d’une haute responsable du Département d’Etat, qui étaient au courant du sort que l’état-major salvadorien réservait au recteur de l’UCA», rapporte El Mundo.

«On peut déduire de l’examen de ces documents déclassifiés, selon les analystes consultés par ce journal, que le CESID espagnol était lui aussi dans la confidence ou disposait de la même information que les nord-américains», précise le quotidien.

PURE COÏNCIDENCE?

Curieusement, les révélations du journal El Mundo surviennent alors que le pseudo intellectuel d’origine cubaine Carlos Alberto Montaner se trouve à Tegucigalpa pour féliciter le régime fasciste de l’entrepreneur Micheletti. Montaner a fait le voyage accompagné du fils de l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa.

Au cours d’une intervention furibonde devant une assemblée de commerçants putschistes, Montaner a ressorti son habituelle rhétorique de droite et s’en est pris vertement au «castro-chavisme» qui, selon lui, a échoué au Honduras mais «se lancera dans une nouvelle tentative de déstabilisation».

Rappelons que quelques jours à peine avant le massacre des six jésuites, ce même Montaner avait menacé le père Ellacuria, recteur l’UCA, à la fin d’une sorte de «face à face» de la télévision espagnole animé par la phalangiste Mercedes Mila.

Quelques années plus tard, le scribouilleur madrilène et recherché par la justice cubaine pour ses activités terroristes à La Havane en 1960, qualifiait de «labyrinthe de jésuites et de mariknols déboussolés» la présence en Amérique latine de religieux partisans de la Théologie de la libération.

L’Ordre de Mariknol des Etats-Unis a lui aussi été victime des escadrons de la mort en 1980, l’année où fut assassiné Mgr Arnulfo Romero, et où quatre religieuses étasuniennes furent violées et assassinées par des policiers de la Garde nationale au cours de l’Opération Centaure, coordonnée par des agents cubano-américains de la CIA et l’ambassadeur du Venezuela au Salvador, Leopoldo Castillo.

Le néo-fasciste Leopoldo Castillo anime aujourd’hui une émission sur la chaîne vénézuélienne de la droite putschiste Globovision.

A l’époque du crime des Jésuites, Luis Posada Carriles était le conseiller personnel en matière de répression du président José Napoleon Duarte, qui dirigeait le pays sous la houlette du Département d’Etat depuis 1984.

Après la fin de l’opération de trafic d’armes contre de la drogue qu’il dirigea à Ilopango à l’issue du scandale de l’Irangate, la CIA affecta Posada parmi l’équipe de tortionnaires de la police secrète du Venezuela qui dirigeaient alors la Police nationale (PN) salvadorienne, aux côtés des tueurs Mauricio Sandoval y Víctor «Zacarías» Rivera.

Posada devint par la suite conseiller de Duarte qui, dit-il, «l’appelait même chez moi» pour résoudre les «cas particuliers». Il s’est alors consacré à l’encadrement des escadrons de la mort qui semaient la terreur dans le pays.

Après avoir quitté le Salvador avec le changement de président, il y revint quelques années plus tard pour retrouver ses amis de ARENA, et établir une base d’opérations pour le compte de la Fondation nationale cubano américaine, façade anticubaine des renseignements yankees.

Il vaut la peine de souligner que l’UCA et l’Institut des droits de l’Homme du Salvador ont présenté en novembre 2003 une demande d’enquête contre le président salvadorien Alfredo Cristiani (aujourd’hui un inconditionnel du régime Micheletti) et les militaires salvadoriens, auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme, une filiale de l’Organisation des Etats américains (OEA) qui, six ans plus tard, n’a toujours pas répondu.
 

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