|
CHINE
Un géant en marche
Elsa Claro
PARLER de la Chine au passé ou au présent exige des
superlatifs. Son extension territoriale et sa population,
la quantité de ses ressources naturelles, la complexité
de son histoire ancienne et les progrès durement conquis
au cours des 60 dernières années, pourraient figurer,
sans exagérer, au livre des records.
Que ce pays, au milieu d’une des pires crises de
l’histoire de l’humanité, continue de progresser avec un
taux de croissance à deux chiffres, est déjà une
performance. Mais, alors que les gouvernements des pays
les plus riches ajustent leurs budgets et réduisent
leurs prestations sociales, la Chine, elle, consacre
quelque 900 millions de dollars pour venir en aide aux
familles à faibles revenus. Cela indique qu’il ne s’agit
pas seulement de progrès tout court. Les transformations,
et ses effets bénéfiques, sont toujours destinées au
bien-être des individus: un principe sacré.
Constituée en république, par les communistes, le 1er
octobre 1949, alors que la Terre entière subissait
encore les graves conséquences de la Deuxième Guerre
mondiale, la Chine était alors un pays divisé en ethnies
et dominé par les seigneurs locaux, avec une économie
ruinée par des siècles de spoliation, mais un pays qui
avait résisté férocement à l’occupation étrangère.
Sa transition d’un pays semi féodal en un Etat avancé
et moderne ne s’est pas faite sans difficultés: rien n’a
été simple. Il a fallu surmonter de nombreux obstacles,
erreurs et maladresses: les individus et les peuples
n’évoluent pas d’un coup de baguette magique.
Le fait que les produits chinois les plus variés
soient achetés dans le monde entier et qu’on envie
partout ses excédents commerciaux, est déjà une prouesse.
Mais ce n’est pas tout: ce pays, qui était si arriéré il
y a quelques dizaines d’années, est le premier détenteur
étranger de bons du Trésor des USA (801,5 milliards de
dollars) et il possède la deuxième plus grande réserve
en devises du monde (2 130 milliards de dollars). C’est
ce qui lui permet d’investir à l’intérieur et hors de
ses frontières.
Dès l’annonce de l’éclatement de la bulle immobilière
étasunienne, avant sa propagation au reste du monde, à
cause non seulement de l’interdépendance des économies,
mais aussi de la concurrence de banques importantes qui
ont transformé les finances en un casino mondial, une
des premières nations à proposer des mesures cohérentes
pour atténuer les dégâts de la contagion, a été la Chine.
Son projet donnait la priorité à une croissance
stable dans le développement rural et agricole, en
offrant des garanties à la livraison officielle de
produits et de matériel pour le secteur et des
incitations financières aux agriculteurs pour produire
davantage. Mais cet essor a aussi bénéficié de
conditions naturelles favorables: on cultivait déjà le
riz 5 500 ans avant notre ère, et malgré des périodes de
famine, pour causes naturelles ou humaines, la Chine est
aujourd’hui l’un des plus grands producteurs de cette
céréale et d’autres grains importants.
Des programmes de construction ont été mis en oeuvre
récemment pour multiplier les ouvrages d’envergure (ponts,
routes), construire ou rénover des logements, des
hôpitaux ou des infrastructures liées au développement
économique national, et reconstruire des villages
entiers récemment détruits par des séismes ou des
inondations. Cela a permis de donner un coup de fouet au
secteur de la construction (14% de croissance au premier
semestre 2009).
La stratégie a donné de bons résultats et aucune
baisse de la production de certains articles (comme les
appareils électroménagers, à cause notamment d’une
diminution de la demande extérieure) n’a affecté la
population ou a entraîné une augmentation du chômage,
comme c’est le cas dans presque tous les autres pays, un
problème qui, selon les économistes, va perdurer et dont
les conséquences peuvent s’avérer catastrophiques.
La crise n’empêche pas le maintien, voire l’extension
de nombreux projets, dont ceux liés à la production
d’électricité. La Chine en est l’un des principaux
producteurs mondiaux, mais elle n’est pas entièrement
dépendante des combustibles fossiles. Ses vastes
systèmes pluviaux lui permettent d’obtenir autour de 16%
de la production totale à partir d’hydrogénérateurs de
toutes dimensions, situés dans une géographie complexe
d’une superficie de 9 571 300 km², avec une diversité
géomorphologique et topographique appréciable.
La Chine possède d’énormes gisements de charbon et
82,15% de son énergie est obtenue à partir de centrales
thermiques au charbon. Sans négliger l’énergie nucléaire,
elle mise également sur l’énergie éolienne.
Quand on sait que la Chine abrite un cinquième de la
population mondiale et qu’elle possède au moins 40
villes de plus d’un million d’habitants (Shanghai, à
elle seule, a 14 millions d’habitants), il est possible
de mesurer avec une certaine exactitude l’ampleur de ces
progrès. Offrir gratuitement l’éducation et la santé,
sans compter d’autres avantages sociaux, à un nombre
aussi considérable de personnes, n’a rien à voir avec le
système qui consiste à fournir ces services uniquement à
ceux qui peuvent les payer.
La République populaire de Chine accumule des succès
scientifiques d’une valeur incontestable (elle vient
d’annoncer la construction prochaine de la plus grande
centrale solaire pour 2019, d’une capacité 30 fois
supérieure à celles construites jusqu’à ce jour). Ce
sont des réalisations qui s’ajoutent à ses réussites
économiques et politiques. La Chine a encore beaucoup à
faire, mais elle fait preuve de beaucoup d’ambition, de
celle qui soulève des montagnes.
|