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Réplique du chef de la diplomatie cubaine
au discours de l’ambassadrice des USA
Je me sens
dans l’obligation de répondre aux interventions des
Etats-Unis, de l’Union européenne et de la Norvège.
Je dois
dire à l’Union européenne que Cuba ne lui reconnaît
absolument autorité morale pour dicter des modèles ou
donner des conseils en matière de démocratie. J’aimerais
lui rappeler sa complicité dans les actes de torture
commis à Abu Ghraïb et Guantanamo, et réaffirmer que
tant qu’elle persistera dans sa politique de deux poids
deux mesures et d’hypocrisie, elle ne jouira d’aucune
crédibilité.
Mme Susan
Rice, qui n’est malheureusement pas dans cette salle en
ce moment, a commencé par dire: «Nous y sommes une
nouvelle fois», reconnaissant par cette phrase être
venue faire ce que 17 représentants des Etats-Unis ont
fait par le passé.
Je respecte
ses opinions et je reconnais que son parcours est
complètement différent de celui d’un néo-conservateur
comme Bolton; mais c’est elle qui a eu la triste tâche
de défendre ici la politique de blocus qui débuta,
d’après un mémorandum classifié, le 6 avril 1960, avec
le but déclaré de répandre la famine et le désespoir au
sein de la population cubaine.
La seule
réminiscence de la guerre froide dont il a été question
ici, c’est précisément le blocus. Que l’on lève le
blocus et cette réminiscence aura disparu.
M. le
président:
Cuba est
une démocratie davantage conforme aux principes de
Lincoln d’un gouvernement du peuple, avec le peuple et
pour le peuple, que la ploutocratie ou le gouvernement
des riches qui fonctionne dans ce pays.
Ici,
l’ambassadrice des Etats-Unis a qualifié de dissidents
ou de prisonniers politiques ceux qui en réalité ne sont
que des agents au service d’une puissance étrangère, des
mercenaires à la solde des Etats-Unis. S’il nous faut
parler de prisonniers politiques, il faut alors libérer
les cinq héros antiterroristes cubains, soumis à un
traitement cruel, inhumain et dégradant dans des prisons
étasuniennes.
M. le
président:
Mme Rice a
signalé qu’elle trouvait le mot génocide un peu exagéré
pour qualifier le blocus. Je cite l’Article 2, alinéas b
et c de la Convention de Genève contre le crime de
génocide, de 1948.
Alinéa b)
«Génocide est une atteinte grave à l’intégrité physique
ou mentale des membres du groupe», en allusion à un
groupe humain.
Alinéa c)
«Génocide est la soumission intentionnelle du groupe à
des conditions d'existence devant entraîner sa
destruction physique totale ou partielle.»
Je
recommande au Département d’Etat de mieux étudier cette
Convention.
Le blocus
exercé contre Cuba est une politique unilatérale et
criminelle, qui doit être levée tout aussi
unilatéralement. Il n’est ni raisonnable, ni juste, ni
possible d’attendre de la part de Cuba des gestes pour
que cesse l’application criminelle de ces mesures contre
le peuple cubain, y compris contre ses enfants et ses
vieillards, à partir des exemples que j’ai décrits ici.
Les
Etats-Unis doivent lever le blocus, et doivent le lever
maintenant; d’abord parce que Cuba n’impose pas de
blocus aux Etats-Unis, ni n’occupe aucune portion de son
territoire avec une base militaire, ni ne discrimine ses
citoyens et des entreprises, et, en second lieu, ils
doivent le faire car c’est dans leur propre intérêt et
c’est la volonté du peuple nord-américain.
On a parlé
de libre circulation de l’information. Levez
l’interdiction aux citoyens nord-américains de voyager
librement à Cuba, respectez leur droit à la liberté de
voyager. Levez le blocus contre Cuba dans le domaine des
technologies et de l’information; permettez une
meilleure connectivité de notre pays; exportez logiciels
et technologies de l’information à Cuba et on pourra
avancer sur ce terrain.
Mme Rice a
mentionné des avancées constructives. Il est vrai que
des pas ont été faits dans la bonne voie, strictement
limités aux relations des Cubains qui résident aux
Etats-Unis avec leur pays d’origine, mais ils n’ont rien
à voir et ne constituent aucun assouplissement du
blocus. Ce sont des pas corrects, mais extrêmement
limités et insuffisants.
Le blocus
n’est pas une question bilatérale, les nombreux exemples
présentés de son application extraterritoriale le
prouvent clairement.
Mme Rice a
mentionné la proposition de continuer de maintenir les
échanges ou le dialogue entre les deux pays, ce qui a
déjà été proposé il y a de nombreuses années par le
commandant en chef Fidel Castro, et réaffirmé plusieurs
fois publiquement par le président Raul Castro. Si les
Etats-Unis veulent le faire, ils doivent répondre à la
proposition d’un calendrier pour le dialogue bilatéral,
présenté par Cuba à ce gouvernement le 17 juillet 2009.
Monsieur le
président :
Mme Rice, à
l’Université de New York, au mois d’août dernier,
déclarait: «Les Etats-Unis exercent leur leadership en
donnant l’exemple, ils reconnaissent leurs erreurs,
corrigent le tir quand c’est nécessaire, traitent les
autres avec respect, établissent des stratégies de
coopération».
Elle disait
aussi dans ce discours: «Nous démontrons que les
Etats-Unis sont prêts à écouter, à respecter les
différences et à prendre en considération des idées
novatrices». Je suis profondément surpris que Mme Rice
ait dû affirmer ce matin tout le contraire.
Je vous remercie. |