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L’histoire non racontée des Cinq (5e
partie)
De faux
«espions»
Une première accusation fut portée en septembre 1988. Le
gouvernement étasunien accusait les Cinq d’être des
agents cubains non enregistrés officiellement ainsi que
de d’autres délits mineurs. Trois d’entre eux – Gerardo,
Ramon et Antonio - furent, en plus, accusés de
«conspiration en vue de commettre un acte d’espionnage»
(accusation no 2).
Le Ministère public ne les accusa aucunement
d’espionnage, pour une raison fort simple: ils n’en
avaient jamais fait et, par conséquent, cela ne pourrait
jamais être prouvé. Mais les procureurs allèrent plus
loin. Dans leur réquisitoire initial, ils prévinrent le
jury qu’aucun secret ne serait dévoilé au cours du
procès, ni rien qui s’y apparenterait. Le Ministère
public ne chercherait qu’à «convaincre» les membres du
jury que les accusés étaient réellement de mauvais
sujets capables de concevoir un plan susceptible, un
jour ou l’autre, de mettre en danger la Sécurité
nationale des Etats-Unis. Et il plaiderait en faveur
d’une peine maximale parce que, en l’occurrence, il
s’agissait de personnes vraiment dangereuses qui
menaçaient la paix et la sécurité à Miami. Rappelez-vous
l’affaire Elian…
Afin de parvenir à ses fins, le Ministère public eut
recours, tout le long du procès, à des propos nettement
exagérés qui n’avaient rien à voir avec ses propres
accusations. Ainsi, il accusa les Cinq de tenter de
«détruire les Etats-Unis», rien de moins! Et il prévint
les membres du jury, déjà fort ébranlés, que s’ils ne
les condamnaient pas, ils seraient considérés comme des
«traîtres envers la communauté».
Les médias se chargèrent du reste. Ils avaient toujours
présenté les Cinq Cubains comme des «espions» ou comme
des individus accusés d’«espionnage». Les médias se
surpassèrent, cette fois-ci. Ils entonnèrent à l’unisson
le même refrain, même après que la Cour d’appel ait
rendu une décision unanime sur le banc, en septembre
2008, en concluant qu’il n’y avait aucune preuve que les
accusés aient pu «obtenir ou transmettre des
informations secrètes», ou qu’ils aient pu mettre en
péril la Sécurité nationale des Etats-Unis. Rappelons
que la cour d’appel décida, par conséquent, que les
condamnations relatives à l’accusation numéro 2
(«conspiration en vue de commettre un acte
d’espionnage») étaient erronées et elle les annula tout
en demandant que de nouvelles sentences soient
prononcées à l’endroit de Ramon et d’Antonio (11e
Circuit de la Cour d’appel, no 01-17176, DC, Dossier no
98-00721-CR-JAL, p. 70-81).
Toutefois, même s’il admettait que les mêmes
procédures devaient s’appliquer pour Gerardo, le
tribunal s’abstint de le faire, n’hésitant pas à faire
montre de discrimination, prétextant que Gerardo avait
déjà été condamné à la prison à perpétuité.
En fait, il était facile de constater que, dans ce cas
précis, aucune information secrète ou militaire n’avait
été révélée et que la sécurité nationale des Etats-Unis
n’avait jamais été menacée. C’est d’ailleurs ce
qu’affirmait le Pentagone, en des termes on ne peut plus
clairs et précis, peu avant le début du procès. L’amiral
à la retraite Eugene Carroll (transcriptions
officielles, p. 8196-8301), le général d’armée à la
retraite Edward Breed Atkeson (idem, p.
11049-11199), le général et ex-commandant du
Commandement Sud Charles Elliot Wilhelm (id., p.
11491-11547) et le lieutenant général de l’armée de
l’air à la retraite James R. Clapper (id., p.
13089-132-35) l’affirmèrent tous sous serment.
Leurs témoignages ne furent pas secrets. Ils ont été
faits au cours d’une audience publique et de façon
volontaire. Sans doute jamais n’avait-on vu auparavant
un tel défilé de chefs militaires réputés et médaillés
venus prouver l’innocence, devant une cour de justice
des Etats-Unis, de jeunes révolutionnaires cubains.
Toutefois, malgré son caractère inusité, cet épisode
demeura une nouvelle locale. Pour les intéressés, les
transcriptions officielles existent et peuvent être
consultées.
Depuis que les Cinq ont été condamnés, d’autres cas
semblables se sont produits aux Etats-Unis, mais les
condamnations n’ont rien à voir avec celles de nos
héros. Voyons brièvement de quoi il s’agit.
Khaled Abdel-Latif Dumeisi fut accusé d’être un agent
non enregistré du gouvernement de Saddam Hussein. En
avril 2004, en pleine guerre des Etats-Unis contre
l’Irak, il fut condamné à 3 ans et 10 mois de prison.
Leandro Aragoncillo fut reconnu coupable, en juillet
2007, d’avoir transmis des renseignements secrets
concernant la défense nationale des Etats-Unis (environ
800 documents classifiés). Il se serait servi de son
poste à la Maison-Blanche comme assistant militaire des
vice-présidents Al Gore et Dick Cheney pour accomplir sa
mission. Ce monsieur Aragoncillo se vit infliger une
peine de 10 ans de prison, tandis que son co-accusé,
Michael Ray Aquino, fut condamné à 6 ans et 4 mois de
prison ferme.
Gregg W. Bergersen, un analyste à l’emploi du
ministère de la Défense, fut reconnu coupable, en
juillet 2008, d’avoir échangé des documents classés «secret-Defense»
à différentes personnes contre de l’argent et des
cadeaux. Il fut condamné à 4 ans et 9 mois
d’emprisonnement.
Lawrence Anthony Franklin, un colonel de la réserve
des Forces aériennes, travaillait au département de la
Défense. Il fut reconnu coupable d’avoir transmis des
documents classifiés concernant la défense nationale, y
compris des secrets militaires, à des représentants d’un
gouvernement étranger. Il a été condamné à 12 ans et 7
mois de prison. Toutefois, il n’a jamais mis les pieds
dans un pénitencier fédéral car il a aussitôt fait appel
du verdict. En mai dernier, le département de la Justice
a retiré les charges qui pesaient contre lui.
Il serait superflu de préciser qu’aucune de ces causes
dont je viens de faire mention ne fut jugée dans le sud
de la Floride et qu’aucun des accusés ne tentait de
déjouer des complots criminels.
Les Cinq Cubains ont été condamnés, conjointement, à 4
peines d’emprisonnement à perpétuité, plus 77 années de
prison. Aucun d’entre eux ne travaillait à la
Maison-Blanche, au Pentagone et encore moins au
Département d’Etat. Ils n’ont jamais tenté d’obtenir des
renseignements secrets. Mais ils ont commis une faute
impardonnable: ils ont lutté contre le terrorisme
anti-cubain, et ils l’ont fait à partir de Miami.
- L’histoire non racontée des Cinq (1ère
partie)
Les héros interdits
•
L’histoire non racontée des Cinq (2e
partie)
La justice au pays des merveilles
-
L’histoire non racontée des Cinq (3e partie)
Le visage
de l’impunité
•
L’histoire (4e
partie)
L’histoire non racontée des Cinq
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