Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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N O U V E L L E S

La Havane. 11 Septembre 2009

L’histoire non racontée des Cinq (5e partie)

De faux «espions»

Une première accusation fut portée en septembre 1988. Le gouvernement étasunien accusait les Cinq d’être des agents cubains non enregistrés officiellement ainsi que de d’autres délits mineurs. Trois d’entre eux – Gerardo, Ramon et Antonio - furent, en plus, accusés de «conspiration en vue de commettre un acte d’espionnage» (accusation no 2).

  Le Ministère public ne les accusa aucunement d’espionnage, pour une raison fort simple: ils n’en avaient jamais fait et, par conséquent, cela ne pourrait jamais être prouvé. Mais les procureurs allèrent plus loin. Dans leur réquisitoire initial, ils prévinrent le jury qu’aucun secret ne serait dévoilé au cours du procès, ni rien qui s’y apparenterait. Le Ministère public ne chercherait qu’à «convaincre» les membres du jury que les accusés étaient réellement de mauvais sujets capables de concevoir un plan susceptible, un jour ou l’autre, de mettre en danger la Sécurité nationale des Etats-Unis. Et il plaiderait en faveur d’une peine maximale parce que, en l’occurrence, il s’agissait de personnes vraiment dangereuses qui menaçaient la paix et la sécurité à Miami. Rappelez-vous l’affaire Elian…

  Afin de parvenir à ses fins, le Ministère public eut recours, tout le long du procès, à des propos nettement exagérés qui n’avaient rien à voir avec ses propres accusations. Ainsi, il accusa les Cinq de tenter de «détruire les Etats-Unis», rien de moins! Et il prévint les membres du jury, déjà fort ébranlés, que s’ils ne les condamnaient pas, ils seraient considérés comme des «traîtres envers la communauté».

Les médias se chargèrent du reste. Ils avaient toujours présenté les Cinq Cubains comme des «espions» ou comme des individus accusés d’«espionnage». Les médias se surpassèrent, cette fois-ci. Ils entonnèrent à l’unisson le même refrain, même après que la Cour d’appel ait rendu une décision unanime sur le banc, en septembre 2008, en concluant qu’il n’y avait aucune preuve que les accusés aient pu «obtenir ou transmettre des informations secrètes», ou qu’ils aient pu mettre en péril la Sécurité nationale des Etats-Unis. Rappelons que la cour d’appel décida, par conséquent, que les condamnations relatives à l’accusation numéro 2 («conspiration en vue de commettre un acte d’espionnage») étaient erronées et elle les annula tout en demandant que de nouvelles sentences soient prononcées à l’endroit de Ramon et d’Antonio (11e Circuit de la Cour d’appel, no 01-17176, DC, Dossier no 98-00721-CR-JAL, p. 70-81).

  Toutefois, même s’il admettait que les mêmes procédures devaient s’appliquer pour Gerardo, le tribunal s’abstint de le faire, n’hésitant pas à faire montre de discrimination, prétextant que Gerardo avait déjà été condamné à la prison à perpétuité.

  En fait, il était facile de constater que, dans ce cas précis, aucune information secrète ou militaire n’avait été révélée et que la sécurité nationale des Etats-Unis n’avait jamais été menacée. C’est d’ailleurs ce qu’affirmait le Pentagone, en des termes on ne peut plus clairs et précis, peu avant le début du procès. L’amiral à la retraite Eugene Carroll (transcriptions officielles, p. 8196-8301), le général d’armée à la retraite Edward Breed Atkeson (idem, p. 11049-11199), le général et ex-commandant du Commandement Sud Charles Elliot Wilhelm (id., p. 11491-11547) et le lieutenant général de l’armée de l’air à la retraite James R. Clapper (id., p. 13089-132-35) l’affirmèrent tous sous serment.

  Leurs témoignages ne furent pas secrets. Ils ont été faits au cours d’une audience publique et de façon volontaire. Sans doute jamais n’avait-on vu auparavant un tel défilé de chefs militaires réputés et médaillés venus prouver l’innocence, devant une cour de justice des Etats-Unis, de jeunes révolutionnaires cubains. Toutefois, malgré son caractère inusité, cet épisode demeura une nouvelle locale. Pour les intéressés, les transcriptions officielles existent et peuvent être consultées.

  Depuis que les Cinq ont été condamnés, d’autres cas semblables se sont produits aux Etats-Unis, mais les condamnations n’ont rien à voir avec celles de nos héros. Voyons brièvement de quoi il s’agit.

  Khaled Abdel-Latif Dumeisi fut accusé d’être un agent non enregistré du gouvernement de Saddam Hussein. En avril 2004, en pleine guerre des Etats-Unis contre l’Irak, il fut condamné à 3 ans et 10 mois de prison.

   Leandro Aragoncillo fut reconnu coupable, en juillet 2007, d’avoir transmis des renseignements secrets concernant la défense nationale des Etats-Unis (environ 800 documents classifiés). Il se serait servi de son poste à la Maison-Blanche comme assistant militaire des vice-présidents Al Gore et Dick Cheney pour accomplir sa mission. Ce monsieur Aragoncillo se vit infliger une peine de 10 ans de prison, tandis que son co-accusé, Michael Ray Aquino, fut condamné à 6 ans et 4 mois de prison ferme.

  Gregg W. Bergersen, un analyste à l’emploi du ministère de la Défense, fut reconnu coupable, en juillet 2008, d’avoir échangé des documents classés «secret-Defense» à différentes personnes contre de l’argent et des cadeaux. Il fut condamné à 4 ans et 9 mois d’emprisonnement.

  Lawrence Anthony Franklin, un colonel de la réserve des Forces aériennes, travaillait au département de la Défense. Il fut reconnu coupable d’avoir transmis des documents classifiés concernant la défense nationale, y compris des secrets militaires, à des représentants d’un gouvernement étranger. Il a été condamné à 12 ans et 7 mois de prison. Toutefois, il n’a jamais mis les pieds dans un pénitencier fédéral car il a aussitôt fait appel du verdict. En mai dernier, le département de la Justice a retiré les charges qui pesaient contre lui.

  Il serait superflu de préciser qu’aucune de ces causes dont je viens de faire mention ne fut jugée dans le sud de la Floride et qu’aucun des accusés ne tentait de déjouer des complots criminels.

  Les Cinq Cubains ont été condamnés, conjointement, à 4 peines d’emprisonnement à perpétuité, plus 77 années de prison. Aucun d’entre eux ne travaillait à la Maison-Blanche, au Pentagone et encore moins au Département d’Etat. Ils n’ont jamais tenté d’obtenir des renseignements secrets. Mais ils ont commis une faute impardonnable: ils ont lutté contre le terrorisme anti-cubain, et ils l’ont fait à partir de Miami.
- L’histoire non racontée des Cinq (1ère partie)
Les héros interdits

L’histoire non racontée des Cinq (2e partie)
La justice au pays des merveilles

- L’histoire non racontée des Cinq (3e partie)
Le visage de limpunit
é
L’histoire (4e partie)
L’histoire non racontée des Cinq
 

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