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L’histoire non racontée des Cinq (4e
partie)
L’histoire non racontée des Cinq
Ricardo Alarcon de Quesada, président de l’Assemblée
nationale du Pouvoir populaire
SELON LEURS PROPRES TERMES
LES condamnations démesurées imposées aux Cinq - Gerardo
Hernandez Nordelo (deux condamnations à perpétuité plus
15 ans), Ramon Labañino Salazar (une peine à perpétuité
plus 18 ans), Antonio Guerrero Rodriguez (une peine à
perpétuité plus 10 ans), Fernando Gonzalez Llort (19
ans) et René Gonzalez Sehwerert (15 ans) – contrastent
nettement avec celles imposées, ces dernières années aux
Etats-Unis, à d’autres personnes accusées de mener
réellement des activités d’espionnage, dans des
circonstances parfois inhabituelles, y compris, dans
certains cas, liées à des actions armées violentes
contre les Etats-Unis. Aucune de ces personnes n’a été
condamnée à perpétuité; elles ont toutes écopé de peines
inférieures à celles des Cinq Cubains, et certaines ont
même déjà purgé leur peine et sont en liberté. A
d’autres, condamnées pour espionnage, l’administration
Obama a même retiré les charges qui pesaient sur elles,
et ces personnes ont été libérées.
Les punitions excessives infligées aux Cinq, leurs
conditions de détention, les restrictions importantes
imposées aux visites de leurs familles, au point de
refuser systématiquement les visas aux épouses de René
et Gerardo, ont démontré que ce procès ne poursuivait
qu’un seul but, politique: la vengeance.
Cependant, ce procès est révélateur d’autre chose. Le
gouvernement étasunien entendait offrir abri et
protection aux terroristes anti-cubains afin que leurs
plans sinistres ne soient pas découverts, ce qui aurait
mis les Etats-Unis dans la dangereuse posture de
complice de leurs futurs méfaits.
Pour l’administration Bush, cette question revêtait
autant d’importance, voire plus, que les sentences
démesurées imposées aux Cinq. Le Ministère public ne
s’en cacha pas, et exigea avec véhémence et dans des
termes assez imagés une peine accessoire: la
«déclaration d’incapacité».
Que cela voulait-il dire? Pour le gouvernement, il était
essentiel de s’assurer que ces cinq individus, une fois
leur peine purgée, ne puissent plus jamais faire quoi
que ce soit qui puisse entraver les activités des
terroristes qui agissent à Miami avec la bénédiction du
gouvernement des Etats-Unis. Pour que ceci soit bien
compris, les procureurs ont demandé au tribunal –qui les
a acceptées– d’imposer des conditions spéciales à chaque
sentence afin que, une fois leur période de réclusion
terminée, y compris une ou deux sentences à perpétuité,
les accusés ne puissent plus… récidiver!
Gerardo, Ramon et Fernando sont nés à Cuba, et en tant
qu’étrangers indésirables, une fois leur peine accomplie
ils seront immédiatement expulsés des Etats-Unis.
Ce point a été précisé dans chacune des sentences, y
compris dans le cas de Gerardo qui, après avoir passé 15
ans de sa deuxième vie en prison, sera aussitôt déporté.
(Transcription des représentations sur sentences devant
l’honorable Joan A. Lenard, 12 décembre 2001, p. 93).
René et Antonio posaient un problème particulier. Nés
respectivement à Chicago et en Floride, ils sont
citoyens des Etats-Unis par naissance et ne peuvent donc
pas être contraints de quitter le pays. Ce détail
exigeait des procureurs de faire preuve d’imagination et
d’y aller de quelques envolées oratoires.
Il convenait cependant d’expliquer clairement la
signification de «déclaration d’incapacité».
D’abord, le cas de René: condamné à «seulement» 15 ans,
les procureurs n’hésitèrent pas à s’inquiéter du fait
qu’un homme encore jeune puisse être libéré et ensuite
reprendre les mêmes activités qui l’ont conduit en
prison.
Le Tribunal, sensible à la préoccupation du
gouvernement, ajouta cette condition particulière à la
sentence de René: «Comme mesure spéciale accessoire à la
liberté surveillée, il est interdit à l’accusé de
s’associer à des individus ou des groupes, tels que des
terroristes, des membres d’organisations prônant la
violence ou des éléments du crime organisé, ou de se
rendre sciemment dans les lieux spécifiques qu’ils
fréquentent» (Transcription des représentations sur
sentences devant l’honorable Joan A. Lenard, 12 décembre
2001, p. 45-46).
Puis vint le tour d’Antonio Guerrero, condamné à une
peine de réclusion à perpétuité, plus 10 ans
d’emprisonnement. Les procureurs durent faire preuve de
beaucoup d’éloquence. Pour le gouvernement, la
«déclaration d’incapacité» revêtait une importance
capitale. On ne voulait surtout pas courir de risques.
Lorsque Antonio se retrouva en cour, le 27 décembre
2001, la même «condition spéciale» préalablement imposée
à René fut ajoutée à sa sentence, mot pour mot.
Tout cela se déroula en décembre 2001, trois mois à
peine après l’horreur du 11 septembre. Depuis ce jour
fatidique, George W. Bush s’est rendu célèbre,
déclarant une guerre sans merci aux terroristes et à
quiconque leur fournirait de l’aide. Une seule phrase de
son discours tant de fois répété: «Tout
gouvernement qui soutient, protège ou abrite des
terroristes est complice du meurtre d'innocents et, de
ce fait, également coupable de crime de terrorisme.»
Prenons George W. Bush au mot !
P.S. En octobre 2011, René Gonzalez aura purgé sa peine,
si la défense ne parvient pas à le faire libérer avant.
Quoi qu’il en soit, il sera en liberté surveillée
pendant l’administration actuelle. Le président Obama
tentera-t-il de le déclarer en «état d’incapacité»?
Sera-t-il interdit à René de faire quoi que ce soit qui
puisse perturber les terroristes «dans les lieux qu’ils
habitent ou fréquentent, et qui ne sont un secret pour
personne»?
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