Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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N O U V E L L E S

La Havane. 11 Septembre 2009

L’histoire non racontée des Cinq (4e partie)

L’histoire non racontée des Cinq

Ricardo Alarcon de Quesada, président de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire
 

SELON LEURS PROPRES TERMES

LES condamnations démesurées imposées aux Cinq - Gerardo Hernandez Nordelo (deux condamnations à perpétuité plus 15 ans), Ramon Labañino Salazar (une peine à perpétuité plus 18 ans), Antonio Guerrero Rodriguez (une peine à perpétuité plus 10 ans), Fernando Gonzalez Llort (19 ans) et René Gonzalez Sehwerert (15 ans) – contrastent nettement avec celles imposées, ces dernières années aux Etats-Unis, à d’autres personnes accusées de mener réellement des activités d’espionnage, dans des circonstances parfois inhabituelles, y compris, dans certains cas, liées à des actions armées violentes contre les Etats-Unis. Aucune de ces personnes n’a été condamnée à perpétuité; elles ont toutes écopé de peines inférieures à celles des Cinq Cubains, et certaines ont même déjà purgé leur peine et sont en liberté. A d’autres, condamnées pour espionnage, l’administration Obama a même retiré les charges qui pesaient sur elles, et ces personnes ont été libérées.

Les punitions excessives infligées aux Cinq, leurs conditions de détention, les restrictions importantes imposées aux visites de leurs familles, au point de refuser systématiquement les visas aux épouses de René et Gerardo, ont démontré que ce procès ne poursuivait qu’un seul but, politique: la vengeance.

Cependant, ce procès est révélateur d’autre chose. Le gouvernement étasunien entendait offrir abri et protection aux terroristes anti-cubains afin que leurs plans sinistres ne soient pas découverts, ce qui aurait mis les Etats-Unis dans la dangereuse posture de complice de leurs futurs méfaits.

Pour l’administration Bush, cette question revêtait autant d’importance, voire plus, que les sentences démesurées imposées aux Cinq. Le Ministère public ne s’en cacha pas, et exigea avec véhémence et dans des termes assez imagés une peine accessoire: la «déclaration d’incapacité».

Que cela voulait-il dire? Pour le gouvernement, il était essentiel de s’assurer que ces cinq individus, une fois leur peine purgée, ne puissent plus jamais faire quoi que ce soit qui puisse entraver les activités des terroristes qui agissent à Miami avec la bénédiction du gouvernement des Etats-Unis. Pour que ceci soit bien compris, les procureurs ont demandé au tribunal –qui les a acceptées– d’imposer des conditions spéciales à chaque sentence afin que, une fois leur période de réclusion terminée, y compris une ou deux sentences à perpétuité, les accusés ne puissent plus… récidiver!

Gerardo, Ramon et Fernando sont nés à Cuba, et en tant qu’étrangers indésirables, une fois leur peine accomplie ils seront immédiatement expulsés des Etats-Unis. Ce point a été précisé dans chacune des sentences, y compris dans le cas de Gerardo qui, après avoir passé 15 ans de sa deuxième vie en prison, sera aussitôt déporté. (Transcription des représentations sur sentences devant l’honorable Joan A. Lenard, 12 décembre 2001, p. 93).

René et Antonio posaient un problème particulier. Nés respectivement à Chicago et en Floride, ils sont citoyens des Etats-Unis par naissance et ne peuvent donc pas être contraints de quitter le pays. Ce détail exigeait des procureurs de faire preuve d’imagination et d’y aller de quelques envolées oratoires.

Il convenait cependant d’expliquer clairement la signification de «déclaration d’incapacité».

D’abord, le cas de René: condamné à «seulement» 15 ans, les procureurs n’hésitèrent pas à s’inquiéter du fait qu’un homme encore jeune puisse être libéré et ensuite reprendre les mêmes activités qui l’ont conduit en prison.

Le Tribunal, sensible à la préoccupation du gouvernement, ajouta cette condition particulière à la sentence de René: «Comme mesure spéciale accessoire à la liberté surveillée, il est interdit à l’accusé de s’associer à des individus ou des groupes, tels que des terroristes, des membres d’organisations prônant la violence ou des éléments du crime organisé, ou de se rendre sciemment dans les lieux spécifiques qu’ils fréquentent» (Transcription des représentations sur sentences devant l’honorable Joan A. Lenard, 12 décembre 2001, p. 45-46).

Puis vint le tour d’Antonio Guerrero, condamné à une peine de réclusion à perpétuité, plus 10 ans d’emprisonnement. Les procureurs durent faire preuve de beaucoup d’éloquence. Pour le gouvernement, la «déclaration d’incapacité» revêtait une importance capitale. On ne voulait surtout pas courir de risques. Lorsque Antonio se retrouva en cour, le 27 décembre 2001, la même «condition spéciale» préalablement imposée à René fut ajoutée à sa sentence, mot pour mot.

Tout cela se déroula en décembre 2001, trois mois à peine après l’horreur du 11 septembre. Depuis ce jour fatidique, George W. Bush  s’est rendu célèbre, déclarant une guerre sans merci aux terroristes et à quiconque leur fournirait de l’aide. Une seule phrase de son discours tant de fois répété: «Tout gouvernement qui soutient, protège ou abrite des terroristes est complice du meurtre d'innocents et, de ce fait, également coupable de crime de terrorisme.»

Prenons George W. Bush au mot !

P.S. En octobre 2011, René Gonzalez aura purgé sa peine, si la défense ne parvient pas à le faire libérer avant. Quoi qu’il en soit, il sera en liberté surveillée pendant l’administration actuelle. Le président Obama tentera-t-il de le déclarer en «état d’incapacité»? Sera-t-il interdit à René de faire quoi que ce soit qui puisse perturber les terroristes «dans les lieux qu’ils habitent ou fréquentent, et qui ne sont un secret pour personne»?
 

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