Interview
du chercheur cubain José Luis Méndez
Rosa Miriam Elizalde
L’ÉQUIPE argentine d’anthropologie médico-légale (EAAF)
a confirmé mercredi 3 août à travers la presse, la
découverte des restes du diplomate cubain Crescencio
Nicomedes Galañena Hernandez, enlevé à Buenos Aires le 9
août 1976 par la dictature militaire. Les restes de
Crescencio Galañena et de deux autres personnes, encore
non identifiées, ont été retrouvés dans un terrain
proche de l’aérodrome de San Fernando, au nord de la
capitale argentine.
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Crescencio
Nicomedes Galañena Hernandez |
Qui était Galañena? Dans quelles circonstances a-t-il
disparu, ainsi que son compagnon Jesus Cejas Arias ?
Quelles recherches ont permis cette découverte ? Ces
questions et d’autres ont été le fil conducteur de notre
conversation avec Jose Luis Méndez Méndez, chercheur et
représentant légal de la famille des deux Cubains auprès
des autorités argentines. Méndez est également l’auteur
de Bajo las alas del Condor (Sous les ailes du Condor)
et La Operacion Condor contra Cuba (L’opération Condor
contre Cuba), deux ouvrages indispensable pour mieux
connaître l’histoire des dictatures latino-américaines,
installées avec le soutien de Washington, dans les
années 70.
Quelles ont été les circonstances de l’enlèvement de
Galañena et de Cejas ?
C’étaient deux jeunes diplomates cubains arrivés à
l’ambassade de Cuba en Argentine, le 18 août 1975.
Galañena avait 26 ans et Cejas, 22. La 9 août 1976,
alors qu’ils rentraient chez eux, ils ont été enlevés
par un groupe de
« travail » (escadron de la mort) de la dictature
argentine. Malgré la forte résistance des jeunes hommes,
ils ont été emmenés dans le bâtiment Automotores Orletti,
un centre clandestin de détention, de torture, et
d’extermination de l’Opération Condor à Buenos Aires.
Depuis lors, les deux hommes étaient portés disparus.
Comment a-t-on pu prouver qu’ils avaient été détenus
à Automotores Orletti ?
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Le
chercheur cubain
José Luis Méndez |
Un survivant argentin du nom de José Luis Bertazzo
avait eu l’information de deux jeunes Chiliens qui
avaient été emprisonnés à Orletti. Par ailleurs, le 19
juillet 2004, le tortionnaire chilien Manuel Contreras
Sepulveda me l’avait confirmé lors d’une conversation
que nous avions eue à Santiago du Chili, et il m’avait
dit que les deux jeunes hommes avaient été interrogés
par le terroriste d’origine cubaine Guillermo Novo
Sampoll.
Quel a été le rôle de la CIA dans cette opération ?
Un document secret de cette agence a été déclassifié,
où il est affirmé que les Chiliens dont je t’ai parlé
avaient été enfermés à Orletti. Par ailleurs, un
tortionnaire argentin m’a confirmé au Paraguay que la
CIA recevait les résultats des interrogatoires des
Argentins, des Uruguayens et des Chiliens séquestrés à
Orletti. 65 de ces hommes ont disparu.
Depuis 2004, vous avez participé à la recherche des
restes des Cubains, comme vous l’indiquez dans vos
ouvrages. Vous étiez présent lorsque les autorités
argentines ont creusé à deux kilomètres du lieu de la
découverte. Comment est-on arrivé à San Fernando ?
Nous avons suivi la piste de San Fernando à partir
d’un commentaire paru dans un livre publié par deux
journalistes nord-américains qui affirmaient que les
corps des deux diplomates cubains avaient été enfermés
dans des barils de 200 litres, recouverts de béton, puis
jetés dans le Canal de San Fernando. En 2009, j’ai
participé aux recherches avec des plongeurs sous-marins
de la Préfecture navale. Les autorités argentines se
sont associées activement à cette recherche. Depuis
2005, nous avons suivi plusieurs pistes, mais nous
étions persuadés que la réponse se trouvait à San
Fernando, ce qui vient d’être confirmé.
Les tortionnaires de Galañena ont-ils été
identifiés ?
En 2010 et 2011, plusieurs d’entre eux ont été jugés
dans l’affaire Automotores Orletti, pour répondre à 65
crimes contre l’humanité. ils ont été condamnés et les
sentences ratifiées. Une autre affaire est en cours qui
jugera d’autres tortionnaires pour d’autres délits
commis également à Orletti. L’affaire de l’assassinat
des Cubains était incluse dans le procès, et ils ont été
condamnés pour ce crime.
Une fois les restes identifiés, que va-t-il se passer
?
Après une identification rigoureuse réalisée par les
médecins légistes argentins et les enquêtes du système
judiciaire, je pense que le gouvernement cubain sera
informé officiellement et que les démarches pour leur
rapatriement pourront démarrer.
Y a-t-il des possibilités de retrouver Cejas ?
La recherche de Cejas se poursuit, sur le plan
historique et légiste, et nous avons l’espoir de le
retrouver.