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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 14 Juin 2012

Festival Boléros d’or

Rafael Lam

LE Festival Boléros d’or, organisé par l’UNEAC (Union des écrivains et des artistes de Cuba), est de nouveau à l’affiche avec au programme une pléiade d’artistes. Cette 24e édition est dédiée aux Caraïbes et aux 90 ans du compositeur César Portillo de la Luz.

L’occasion pour tous les amateurs de boléro d’Amérique latine de se retrouver à La Havane du 21 au 24 juin. L’UNEAC a prévu des concerts au théâtre Mella et au théâtre América, ainsi que dans les jardins de l’Huron Azul, au siège même de l’institution, ainsi qu’un Colloque international qui se déroulera au Centre hispano-américain de la Culture (Malecon 17, entre Prado et Genios).

Selon le président du Comité d’organisation, José Loyola, c’est dans le courant de l’année1986 que la section de musique de l’UNEAC décida d’organiser à La Havane, du 10 au 12 juillet 1987, un colloque intitulé Le boléro à Cuba et en Amérique latine, accompagné d’un spectacle au théâtre Mella, où se produisirent les chanteurs de boléros les plus connus. L’événement prit le nom de Festival Boléros d’or.

Et c’est en 1988 qu’eut lieu le 1er Festival international Boléros d’or, avec comme invités des artistes mexicains. En 1989 - au moment où la salsa cubaine était en plein essor -, le Festival s’étendit à d’autres villes de l’île.

Tous ceux qui ont fait la gloire du boléro sont venus à Cuba, depuis le compositeur Vicente Garrido, Mario Ruiz Armengol, Fernando Fernandez, Tania Libertad, Sonia Silvestre, Paquita del Barrio, Patricia Gonzalez, Maria Isabel Saavedra, Danny Rivera, Andy Montañez, Cheo Feliciano, Vanesa Knight, Noriko Corezo, Takafuni, Masako, Mitsuko, mais aussi des chercheurs,comme Jaime Rico Salazar et Cristobal Diaz Ayala.

Par ailleurs, afin de maintenir la présence du boléro tout au long de l’année, à l’initiative d’Abel Prieto, ministre de la culture de l’époque, depuis le 21 octobre 1988, une peña est organisée chaque semaine dans les jardins de l’UNEAC.

Selon Rosendo Ruiz Quevedo et Vicente G. Rubiera, le boléro cubain est la première grande synthèse vocale de la musique cubaine, et le fait d’avoir traversé les frontières en a fait un phénomène musical universel. Un style de chanson que les Latino-américains se sont appropriés pour exprimer leurs émotions, les réussites et leurs échecs, pour vivre leur tragédie amoureuse. « Il faut dire que le boléro, signale Gustavo Valera, trouve son identité à travers leurs compositions. Sa racine cubaine, créole, lui donne son accent définitif, parfois plus secret, plus amoureux, moins rythmique. Un mélange de poésie moderne et de chanson romantique. L’essence reste la même.

« Toute personne qui aime l’exprime avec des paroles de boléros », dit le chercheur José Balza, et Lisandro Otero d’ajouter : « Pour nous, les Cubains, tout se résout avec un boléro, un son ou une rumba, que ce soit dans les larmes ou dans le rire. »

Tout comme le jazz ou le tango, le boléro s’est forgé en soirée. À Cuba, il y a toujours eu une atmosphère favorable à la chanson, à la romance. D’abord, dans les soirées bohèmes où se retrouvaient les chanteurs-compositeurs à Santiago de Cuba, ensuite quand les chanteurs partaient pour La Havane et utilisaient comme quartier général les bars, les cafés, les cinémas de quartier, les théâtres et même les cabarets.

Le boléro n’a jamais pu se détacher de la mièvrerie. Le roi du boléro au Mexique, Agustin Lara, a été taxé pendant longtemps de mièvrerie et de faire des chansons de pacotille. « Je suis ridiculement mièvre et cela m’enchante… Tout romantique a un sens très aiguisé de la mièvrerie, et ne pas le rejeter est un signe d’intelligence. Les femmes aiment qu’il en soit ainsi… Le tourment me fait vibrer et je ne peux traduire mon émotion qu’à travers le langage baroque de la mièvrerie ; je n’en éprouve aucune honte ».

Le poète Mario Benedetti a écrit : « Dans la littérature latino-américaine, il est difficile d’éviter la mièvrerie, même s’il existe des degrés de mièvrerie. Certaines mièvreries sont insupportables. Mais n’en parlons pas. Je vais dire cela publiquement pour la première fois : certains niveaux qu’on qualifie communément de mièvres sont très proches des gens, des sentiments les plus authentiques du peuple. Cela, on doit le respecter. Cette mièvrerie, si on doit l’appeler ainsi, il faut la defendre. La défendre contre les snobs, bien trop exquis. Je suis un homme mièvre et assez heureux. »

Le boléro a assumé un style, une atmosphère, un climat émotionnel, et il a été assumé dans tout le continent pour sa dimension passionnelle. Une sorte de blues cubain. Il s’est mélangé à tous les genres musicaux cubains et internationaux,avec le tango, la ranchera, le jazz.

On l’a dansé, ressenti, et aimé. Une expression modulée des paroles qu’on peut déclamer mélodieusement. Il a raconté des histoires d’amours perdues, de bars, et de cantines, comme dans la chanson d’Orlando Contreras qui s’échappait du phonographe : Cela s’apprend dans la rue dans la gargotte/ verre après verre sur un fonds musical/ des femmes qui te disent tant de choses/ et des lèvres qui te mentent en t’embrassant/.

Le boléro est né comme les palmiers cubains, parmi les soldats mambises, les combattants indépendantistes ; il a traversé les balles et les canons, parmi les gens les plus simples et les plus humbles. Il a été la rengaine des sans espoirs, de ceux qui avaient pour seule distraction les sérénades ou les soirées entre musiciens.

Le boléro, compagnon favori de la nostalgie, nous permet d’identifier les différentes époques musicales de Cuba et d’Amérique latine. « Il exprime des sentiments et des situations qui m’émeuvent et qui ont ému, je le sais, beaucoup de gens de ma génération. Un boléro peut faire que des amoureux s’aiment davantage, et cela me suffit pour vouloir chanter et aimer un boléro. Permettre aux amoureux de s’aimer davantage, ne serait-ce qu’un instant de plus, est culturellement important, et si c’est culturellement important, c’est révolutionnaire. » (Gabriel Garcia Marquez, revue Opina, octobre 1985).
 

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