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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 14 Juin 2012

Le chant de l’Afrique

Pedro de la Hoz

JOHANNESBURG.— À quelques exceptions près, rares sont ceux qui à Cuba avaient entendu parler du vaste mouvement artistique contemporain qui s’est épanoui en Afrique. Un paradoxe inquiétant si l’on tient compte des vases communicants identitaires entre les cultures de nos peuples.


Miriam Makeba, symbole de la lutte
contre l’apartheid.

En assistant aux concerts et spectacles organisés dans cette ville dans le cadre du Sommet mondial de la diaspora africaine, je n’ai pu m’empêcher de me remémorer certains épisodes isolés qui témoignent de la richesse et de la proximité de la culture africaine et cubaine, ni de laisser transparaître toute ma sensibilité.

Miriam Makeba, la grande diva de la chanson sud-africaine, nous avait séduit avec son célèbre « Pata Pata ». À l’époque de notre solidarité combative avec le peuple angolais, plusieurs chansons de ce pays devinrent rapidement populaires dans l’île. Et plus récemment, le disque d’Eliades Ochoa avec des musiciens maliens et congolais vient de faire le tour du monde, comme il arriva dans le passé, à moindre échelle, avec l’Orchestre Aragon qui s’associa à Papa Wemba et à d’autres musiciens africains.

Au cours des trois dernières années, le Prix international Cubadisco a récompensé des albums d’importants représentants de la chanson africaine. Sans oublier la chanteuse capverdienne Cesaria Evora, «la Diva aux pieds nus», qui fait l’objet d’une véritable dévotion populaire.

Avec une ardeur donquichottesque, Guille Villar tente d’assurer la présence de musiciens africains dans son émission télévisée « Musica del Mundo ».

Quelque chose peut m’échapper, mais l’essentiel y est.


Sibongile Khumalo, chanteuse de pop musique d’Afrique du Sud.

Ces pensées me sont venues à l’esprit au théâtre du Centre des Conventions de Sandton, lorsque nous avons tous été envoûtés par les sonorités impressionnantes des musiques sud-africaine et malienne. Combien les mélomanes cubains ne gagneraient-ils pas à écouter à la radio ou voir à la télé les magnifiques interprétations d’Yvonne Chaka Chaka, Hugh Masekela, Sibongile Khumalo ou Salif Keita ?

On avait pu voir Yvonne Chaka Chaka grâce à sa présence fugace au Gala culturel de la Coupe du monde de foot. Miriam Makeba avait dit d’elle « C’est ma petite fille ! ». Yvonne Chaka Chaka est née à Soweto, et elle avait 11 ans lors du soulèvement populaire qui fut sauvagement réprimé par les forces policières de l’apartheid. Son groupe se distingue par la conjugaison d’une force rythmique omniprésente, et de sonorités mélodieuses qui vont au-delà du pop. On l’appelle « la Princesse d’Afrique » et parmi ses succès on peut citer Umbongothi, I cry for Freedom et Motherland, qui font désormais partie de l’imaginaire culturel de plusieurs pays de la région.

À ses 73 ans, Hugh Ramapolo Masekela peut être considéré comme l’icône du jazz de l’Afrique subsaharienne. Trompettiste, compositeur et chanteur, il a mûri artistiquement à partir de 1961 après s’être installé aux États-Unis. Là-bas, sa chanson Grazing in the Grass connut un grand succès en 1968, et il fut invité spécial à la tournée mondiale Graceland de Paul Simon. Et le monde fit sien son appel lancé en 1987 à travers la chanson Bring him back, exigeant la liberté de Nelson Mandela.


Cesaria Evora, « la Diva aux pieds
nus » du Cap-Vert.

Quand le public cubain aura l’occasion d’entendre Sibongile Khumalo, il pourra apprécier la maturité splendide d’une chanteuse tout-terrain qui va du blues et du scat aux traditions populaires sud-africaines, en passant par l’opéra et la musique classique. Elle interpréta la Carmen de Georges Bizet, et le grand Yehudi Menuhin l’invita en 1995 à faire partie du groupe de solistes du Messie, de Haendel.

Chaque concert et chaque album de Salif Keita constituent un événement en Afrique comme en Europe. Ce chanteur est né au Mali au sein d’une famille de la noblesse locale, mais il dût lutter contre le stigmate qui frappe les albinos. Il s’est imposé par son talent. Sa musique est une fusion des traditions des griots avec le pop/rock occidental. Une convergence très originale. Et il a été considéré comme un mythe après avoir été invité par Joe Zawinul à jouer avec le groupe Weather Report en 1989.

Ceux-ci et beaucoup d’autres joyaux du firmament africain méritent d’enrichir le goût musical des Cubains.
 

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