La fête du tocororo
Mireya Castañeda
POUR découvrir le riche bestiaire cubain, nous avons
aujourd’hui à disposition le livre La fiesta del
tocororo (La fête du tocororo ), paru aux Éditions La
mémoria, le dernier livre du journaliste, poète et
chercheur René Batista (Camajuani, Las Villas,
1941-2010).
La maison d’édition du Centre culturel Pablo de la
Torriente Brau nous offre ce texte, lauréat du prix
Mémoire 2009.
L’auteur signale dans la préface :
« Cuba possède un bestiaire sain, très humble, créé
par une imagination tout aussi humble et recueillie,
presque en totalité, à travers des interviews réalisées
dans des zones rurales. Un bestiaire disséminé dans
toute l’île, et rassemblé dans ce texte pour la première
fois… »
René Batista explique le sens du titre en affirmant
que lire ce livre « nous donnera l’occasion de
participer à une grande fête : sonore, colorée,
débordante de cubanité. Et quelle autre fête si ce n’est
celle du tocororo ?
Certainement personne n’échappera au monde fascinant
que nous offre René Batista. Nous partons à la rencontre
d’êtres fantastiques : jigües, güijes et mères de l’eau,
mais aussi cabraco, surugu, cucuba, makariaco, jua, pour
ne citer que quelques-uns des 125 personnages surgis de
l’imaginaire rural et conservés grâce à la richesse de
l’oralité populaire.
Cette compilation s’appuie sur un travail de collecte
d’invraisemblables récits que Batista a réalisé à
travers les campagnes de Remedios et d’autres régions de
l’île, ainsi que de ses recherches dans des sources
documentaires d’autres chercheurs cubains et étrangers
qui ont également laissé un précieux témoignage de ce
bestiaire unique.
Le chercheur présente plus de cent « monstres »,
recueillis dans des légendes aborigènes, certains qui
apparaissent déjà dans le Journal de navigation de
Christophe Colomb, et dans les œuvres de moines tels que
Bartolomé de las Casas (Bestaire aborigène), et
principalement dans la région de Remedios (Bestiaire de
Remedios), mais aussi dans d’autres lieux (Autres
bestiaires, autres régions).
À propos de San Juan de los Remedios, il raconte que
«… de 1672 à 1696, la ville a dû livrer bataille contre
les démons, ce qui a donné naissance à une pléiade
d’animaux et de mythes qui ont survécu jusqu’au siècle
dernier… Aucun événement historique n’a autant nourri le
bestiaire cubain que cette bataille. On rencontre ainsi
La crieuse d’El Sebucoral, le crapaud du Boqueron, le
cucuba, la animita, le carbuclo, le perdreau et de
nombreuses autres créatures.
La chercheuse et écrivaine Dulcila Cañizares, auteur
de la préface de cette compilation du bestiaire cubain
signale comme valeur ajoutée « la richesse
extraordinaire de l’échantillon le plus précieux de
toponymes aborigènes – par exemple Taguayabon,
Manajanabo, Jibacoa, Jinaguayabo, Caonao, Barajagua,
qu’on ne trouve que dans des œuvres spécialisées… »
On doit la couverture de cet ouvrage à Katia
Hernandez qui a utilisé avec pertinence un dessin de
Samuel Feijoo.
Pour revenir à la préface de Dulcila Cañizares, qui
fut l’amie de l’auteur, elle signale : « Samuel Feijoo a
découvert René à Camajuani dans les années 70 : il
déclara alors qu’il avait trouvé un trésor, et ce trésor
extraordinaire, c’était ce chercheur qui l’a tellement
étonné. À tel point qu’ils sont dvenus amis et qu’ils
ont parcouru ensemble les sentiers de l’ancienne
province de Las Villas… »
René Batista a publié plus de trente livres, presque
tous consacrés au folklore, notamment Ese palo tiene
jutia, Los bueyes del tiempo ocre, Fieras broncas entre
chivos y sapos et Cuentos de guajiros para pasar la
noche (2007), qui lui ont inspiré La fiesta del
tocororo.
L’auteur écrit : « quand je faisais des recherches
dans les régions rurales –recueillies dans Cuentos de
guajiros para pasar la noche – j’ai découvert la
richesse de notre bestiaire, et qu’avec de la patience,
je pourrais sauver, peut-être pas totalement, ëqis une
partie de cette œuvre monumentale de l’imagination
populaire cubaine, inconnue, et insoupçonnée jusqu’alors. »
Il a fallu des années à René Batista pour accumuler
les histoires qui forment ce bestiaire, mais nous avons
désormais à notre portée la mythologie de l’île,
recueillie dans La fiesta del tocororo.