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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 5 Avril 2012

La fête du tocororo

Mireya Castañeda

POUR découvrir le riche bestiaire cubain, nous avons aujourd’hui à disposition le livre La fiesta del tocororo (La fête du tocororo ), paru aux Éditions La mémoria, le dernier livre du journaliste, poète et chercheur René Batista (Camajuani, Las Villas, 1941-2010).

La maison d’édition du Centre culturel Pablo de la Torriente Brau nous offre ce texte, lauréat du prix Mémoire 2009.

L’auteur signale dans la préface :

« Cuba possède un bestiaire sain, très humble, créé par une imagination tout aussi humble et recueillie, presque en totalité, à travers des interviews réalisées dans des zones rurales. Un bestiaire disséminé dans toute l’île, et rassemblé dans ce texte pour la première fois… »

René Batista explique le sens du titre en affirmant que lire ce livre « nous donnera l’occasion de participer à une grande fête : sonore, colorée, débordante de cubanité. Et quelle autre fête si ce n’est celle du tocororo ?

Certainement personne n’échappera au monde fascinant que nous offre René Batista. Nous partons à la rencontre d’êtres fantastiques : jigües, güijes et mères de l’eau, mais aussi cabraco, surugu, cucuba, makariaco, jua, pour ne citer que quelques-uns des 125 personnages surgis de l’imaginaire rural et conservés grâce à la richesse de l’oralité populaire.

Cette compilation s’appuie sur un travail de collecte d’invraisemblables récits que Batista a réalisé à travers les campagnes de Remedios et d’autres régions de l’île, ainsi que de ses recherches dans des sources documentaires d’autres chercheurs cubains et étrangers qui ont également laissé un précieux témoignage de ce bestiaire unique.

Le chercheur présente plus de cent « monstres », recueillis dans des légendes aborigènes, certains qui apparaissent déjà dans le Journal de navigation de Christophe Colomb, et dans les œuvres de moines tels que Bartolomé de las Casas (Bestaire aborigène), et principalement dans la région de Remedios (Bestiaire de Remedios), mais aussi dans d’autres lieux (Autres bestiaires, autres régions).

À propos de San Juan de los Remedios, il raconte que «… de 1672 à 1696, la ville a dû livrer bataille contre les démons, ce qui a donné naissance à une pléiade d’animaux et de mythes qui ont survécu jusqu’au siècle dernier… Aucun événement historique n’a autant nourri le bestiaire cubain que cette bataille. On rencontre ainsi La crieuse d’El Sebucoral, le crapaud du Boqueron, le cucuba, la animita, le carbuclo, le perdreau et de nombreuses autres créatures.

La chercheuse et écrivaine Dulcila Cañizares, auteur de la préface de cette compilation du bestiaire cubain signale comme valeur ajoutée « la richesse extraordinaire de l’échantillon le plus précieux de toponymes aborigènes – par exemple Taguayabon, Manajanabo, Jibacoa, Jinaguayabo, Caonao, Barajagua, qu’on ne trouve que dans des œuvres spécialisées… »

On doit la couverture de cet ouvrage à Katia Hernandez qui a utilisé avec pertinence un dessin de Samuel Feijoo.

Pour revenir à la préface de Dulcila Cañizares, qui fut l’amie de l’auteur, elle signale : « Samuel Feijoo a découvert René à Camajuani dans les années 70 : il déclara alors qu’il avait trouvé un trésor, et ce trésor extraordinaire, c’était ce chercheur qui l’a tellement étonné. À tel point qu’ils sont dvenus amis et qu’ils ont parcouru ensemble les sentiers de l’ancienne province de Las Villas… »

René Batista a publié plus de trente livres, presque tous consacrés au folklore, notamment Ese palo tiene jutia, Los bueyes del tiempo ocre, Fieras broncas entre chivos y sapos et Cuentos de guajiros para pasar la noche (2007), qui lui ont inspiré La fiesta del tocororo.

L’auteur écrit : « quand je faisais des recherches dans les régions rurales –recueillies dans Cuentos de guajiros para pasar la noche – j’ai découvert la richesse de notre bestiaire, et qu’avec de la patience, je pourrais sauver, peut-être pas totalement, ëqis une partie de cette œuvre monumentale de l’imagination populaire cubaine, inconnue, et insoupçonnée jusqu’alors. »

Il a fallu des années à René Batista pour accumuler les histoires qui forment ce bestiaire, mais nous avons désormais à notre portée la mythologie de l’île, recueillie dans La fiesta del tocororo.
 

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