Le culte des orishas
au Musée
de Guanabacoa
Reina Magdariaga Larduet
Une exposition passionnante sur le syncrétisme
religieux populaire, très enraciné dans la population
cubaine, se tient au Musée de Guanabacoa, une commune à
l’est de la capitale.
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Le babalao. |
Dans cette localité fondée en 1554, appelée
populairement « la terre du babalao » (prêtre de cette
religion), de nombreuses implantations d’esclaves ont vu
le jour, à la suite de la traite négrière démarrée au 16e
siècle.
C’est l’Afrique occidentale subsaharienne qui a
fourni la plupart de la population esclave de l’île,
surtout des jeunes, selon des informations de
l’anthropologue cubain Miguel Barnet dans un document
présenté à l’exposition.
« Les esclaves venaient de pays qui sont aujourd’hui
le Sénégal, la Sierra Leone, le Liberia, le Ghana, le
Togo, le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, la Guinée,
le Bénin et le Nigeria », souligne le président de
l’Union des écrivains et des artistes de Cuba (UNEAC). «
Dans leur émigration forcée, ils n’avaient pour seuls
bagages que leurs mémoires, leurs mythes, leurs chants,
leurs danses, et leurs langues. Le croisement entre les
cultures des différents groupes africains et de la
culture espagnole dominante a donné naissance à diverses
expressions culturelles d’origine africaine.»
On retrouve un portrait de cette réalité dans les
salles ethnologiques du musée à travers l’exposition
permanente des différents cultes afrocubains : la Règle
d’Ocha ou Santeria, le culte d’Ifa, les Règles congas,
ainsi qu’une exposition sur les sociétés Abakua.
Selon des informations fournies à Prensa latina par
la muséographe Grisel Martinez, cinq salles sur les sept
que compte le musée sont consacrées au syncrétisme
religieux.
« Le visiteur s’intéresse d’abord à la Règle de Ocha
ou Santeria, la religion apportée par les Africains du
Nigeria occidental, qui s’est unie au catholicisme
imposé par les Espagnols à cette époque », a signalé
Grisel Martinez.
« Ce phénomène est connu sous le nom de syncrétisme
religieux : ne pouvant adorer librement leurs dieux, les
esclaves africains ont recherché des ressemblances entre
leur propres divinités (les orishas) et les saint
catholiques, puis les ont associés un à un. Cependant,
la santeria n’ayant pas d’images saintes, ce qu’adorent
réellement les pratiquants, ce sont des pierres ou des
objets », précise la muséologue
LA SOCIÉTÉ SECRÈTE ABAKUA
Le Musée de Guanabacoa propose également une
exposition sur la Société secrète Abakua, une confrérie
d’aide mutuelle, composée d’hommes uniquement, dont les
origines se trouvent dans le sud du Nigeria, dans
l’ancien Calabar.
Tout homme désirant en faire partie, a signalé Grisel
Martinez, doit respecter des règles de conduite : être
bon fils, bon père, bon frère, mais surtout défendre le
secret de sa religion, même au prix de sa vie, si
nécessaire, a expliqué Grisel Martinez.
Cette fraternité est la seule arrivée d’Afrique qui
dispose de temples et qui se pratique hors des lieux
d’habitation. Elle n’existe qu’à Cuba, en dehors du
continent africain, spécialement à Matanzas, et dans
cinq communes de La Havane : Regla, Marianao, San
Miguel, Arroyo Naranjo et Guanabacoa).
LA RÈGLE CONGA OU PALO MONTE
C’est la plus primitive de toutes. D’origine
africaine bantoue, elle a pour origine les esclaves
congos et elle est liée à la nature et à ses éléments.
On la pratique à travers un récipient de fer sacré : la
Nganga
À Cuba, le Palo Monte se divise en trois branches :
la Briyumba, la Kimbisa et la Mayombe, peut-on lire dans
le dépliant d’information du musée. Les initiés prennent
le nom de « palero » ou « palera », et le Tata Nganga
est la hiérarchie la plus haute.
UNE INVITATION POUR L’ÉTÉ
Parmi toutes les options proposées pour les vacances
d’été, les amateurs de culture yoruba pourront faire
plus ample connaissance avec la ville de Guanabacoa.
Cette année, la commune se joint au projet de balades
dans la ville Rutas y andares, que dirige le Bureau de
l’historien de La Havane. La visite débute à l’Hermitage
de Potosi et elle inclut un temple abakua, l’atelier de
l’artiste plasticien Arturo Montoto, la Maison des
artistes, inaugurée récemment, et le Musée municipal, où
les visiteurs peuvent assister à un spectacle
folklorique. (PL)