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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 9 Août 2012 

Le temps de bilans aux Etats-Unis

Enrique Roman

AU cours des douze dernières années, les néo-conservateurs, les réalistes et, pour les appeler d’une certaine manière, les idéalistes, ont pu exercer une influence souvent considérable sur la politique étrangère des États-Unis. Si le premier mandat de George W. Bush a donné les pleins pouvoirs – pour le grand malheur de l’humanité – au néo-conservatisme de Rumsfeld, Cheney et Wolfowitz, pendant son second quadriennat les dénommés réalistes, avec Condolezza Rice tentant de récupérer le pouvoir perdu du Département d’État, ont eu leur mot à dire.

Bien entendu, cette périodisation est plutôt schématique, surtout dans un pays où les apparences cachent des réalités contradictoires, et dans des périodes où le mensonge et l’hypocrisie ont été omniprésentes dans la pratique quotidienne de la politique extérieure. La bannière de la démocratisation et des droits de l’Homme, qui avait a servi à justifier de sales besognes, voire des actes criminels, a été abandonné lorsque les résultats ne répondaient pas aux intérêts dominants.

Un exemple ? C’est au milieu de l’euphorie « bushiste » sur la démocratisation, d’abord du Moyen Orient, ensuite du Grand Moyen Orient, et finalement du Moyen Orient, dont l’extension correspondait davantage aux intérêts impériaux, qu’eurent lieu les élections en Palestine. Qui a gagné ? Le Hamas. Fini le discours démocratisant. Ce qui arriva plus tard – la non reconnaissance du gouvernement élu et les poursuites contre ses dirigeants –, est bien connu.

À l’approche de la fin l’administration du président Barack Obama, on retrouve les mêmes ingrédients, avec quelques changements en ce qui concerne les influences respectives de leurs actuels représentants, et surtout des principaux personnages.

Dans son blog de la revue Foreign Policy, le politologue et universitaire Stephen Walt dresse un intéressant bilan du travail du Département d’État pendant ces quatre dernières années, qui pourrait passer pour une photographie de la politique extérieure de l’administration depuis la nomination de Hillary Clinton.

Walt est connu pour ses articles, notamment pour un article explosif et ensuite un gros volume écrit en collaboration avec John Mersheimer sur les liens entre les États-Unis et le sionisme israélien. Walt est libéral et critique, mais c’est un penseur formé dans le système politique étasunien, dont il défend les valeurs.

Il n’hésite pas à reconnaître certains mérites au parcours de Clinton, notamment la création d’une équipe de travail qui, d’après lui, a permis de redorer un tant soi peu l’image des États-Unis, fortement dégradée sous la dernière administration républicaine. Walt fait l’éloge de la secrétaire du Département pour n’avoir commis dans ses discours aucune bévue ni aucune erreur géographique.

Mais il n’est pas du tout d’accord avec l’affirmation apparue dans un article du New York Times Magazine, selon laquelle Hillary serait « la secrétaire d’État la plus significative depuis Dean Acheson ». Autrement dit au-dessus de Henry Kissinger ou James baker.

Walt s’en remet aux faits. Même s’il ne le reconnaît pas, son article n’est pas un bilan du travail de Mme Clinton, qui a prouvé dans la pratique quotidienne son statut de « faucon » dans l’application sans scrupules de la politique US.

Il rappelle, à titre d’exemple, que le Département d’État a exercé un faible poids dans l’évolution des actions concernant l’Irak et l’Afghanistan, où les décisions importantes ont été prises à d’autres instances. Il cite aussi le cas du Pakistan, un pays complexe et d’une incidence extraordinaire dans la politique US vis-à-vis de l’Asie, où les résultats sont maigres, et le sentiment antiaméricain toujours très vif.

Les négociations avec l’Iran n’ont pas éloigné le spectre de la guerre. Le problème principal au Proche Orient, la solution du conflit israélo-palestinien, a souffert du même manque d’initiative et d’intérêt de la part de la présente administration – et de sa diplomatie – qu’aux époques de Bush, et les expropriations illégales de terres par Israël se poursuivent.

Finalement, la réorientation de la politique extérieure des États-Unis vis-à-vis de l’Asie, où sont identifiés les principaux défis et où se trouvent la deuxième et la troisième économie du monde, n’a pas eu lieu et les alliances nécessaires ne se sont pas concertées, alors que ce continent figurait parmi l’une des premières priorités de l’administration.

Bien entendu, tout n’est pas attribuable au Département ni à sa secrétaire d’État. Aujourd’hui, de nombreux acteurs exercent une influence sur la politique extérieure de l’administration. Le Pentagone et les services spéciaux, dotés d’importants moyens, font leur propre politique, comme l’atteste le recours aux drones, ou avions sans pilote.

Ce qui est écrit plus haut n’est pas une reproduction textuelle de l’article du prestigieux politologue étasunien. Mais son article nous avertit qu’en des temps de changements, d’autres bilans viendront, de part et d’autre. La presse sera le théâtre de la critique ou de l’éloge suivant les intérêts des principaux acteurs de la politique des États-Unis.

Mais derrière ce débat politique, parfois honnête, mais souvent intéressé, apparaîtront comme des constantes l’hypocrisie et la primauté des intérêts sur les principes qui devraient régir la politique mondiale.
 

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