Face au prochain
sexennat
Juan Diego Nusa Peñalver
DURANT le prochain sexennat (2013-2018), le Mexique
devra relever d’immenses défis aux niveaux politique,
économique, social et sécuritaire, dans un contexte où
les politiciens locaux ne semblent pas en mesure
d’apporter des solutions aux problèmes complexes
auxquels est confronté le pays.
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La
sécurité est actuellement l’une des
principales préoccupations de la société
mexicaine. |
Il serait difficile de développer ici chacune de ces
problématiques, cependant, selon les spécialistes, il
semblerait que le thème dominant et le plus sensible
pour les Mexicains soit celui de la sécurité ou plus
exactement de l’insécurité généralisée dans les villes
et villages. Après de multiples sondages, le problème de
l’insécurité apparaît en effet comme le problème majeur
pour les Mexicains devant l’économie, et ce, malgré la
persistance du narcotrafic, moteur de la violence depuis
des décennies dans la société mexicaine.
La différence avec les décennies antérieures repose
sur l’augmentation de la violence liée aux activités des
narcotrafiquants et du crime organisé, avec une
recrudescence d’opérations sanguinaires menées par de
puissants cartels comme celui des Zetas ou le cartel de
Sinaloa qui se disputent à feu et à sang les routes de
la drogue, dans les États hautement militarisés de
Tamaulipas (nord-est), Veracruz (est), Nuevo Leon (nord)
et Guerrero (ouest), les plus violents du pays.
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Plus
de 55 000 morts dans la guerre antidrogue au
Mexique. |
Une enquête du journal Excelsior et du centre de
sondage BCG a diffusé une étude dans laquelle les sondés
doivent exprimer leurs priorités : 75% d’entre eux ont
répondu qu’ils souhaiteraient voir les candidats à la
présidentielle discuter des questions de l’insécurité et
de la délinquance dans le pays.
Apparaissent ensuite à 51% la question de l’emploi,
de l’éducation (40%), de l’économie (25%), de la santé
(12%) et le combat contre la pauvreté (9%), qui, malgré
le classement reste une question prioritaire dans la
deuxième nation la plus peuplée d’Amérique Latine.
Par ailleurs, Javier Oliva, chercheur spécialiste
dans les questions sécuritaires à l’Université nationale
autonome de Mexico (UNAM) va dans ce sens en signalant
que le défi le plus important « est de reconstruire les
conditions et les bases d’une paix sociale dans les
zones les plus affectées par la violence au Mexique ».
En effet, depuis que le président Felipe Calderon a
décidé de combattre le pouvoir croissant des
narcotrafiquants avec les Forces armées mexicaines, le
résultat a été une explosion dramatique de la
criminalité, liée aux combats que se livrent le
gouvernement et les narcos pour la récupération des
places, des routes et de la souveraineté effective sur
le terrain ; un chiffre terrifiant corrobore cette
situation : 55 000 morts ont été enregistrés durant la
mandat de Calderon, depuis 2006, selon des sources
diverses.
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Sous
les gouvernements du PAN, le pays a vu
augmenter le nombre de défavorisés de 15
millions depuis 2000. |
Une situation dramatique qui a un impact direct sur
la société mexicaine et ses institutions. En effet,
l’argent du narcotrafic corrompt le tissu social et
institutionnel du pays. Un foyer alimenté par la
proximité du marché global le plus lucratif de la
consommation de drogues illégales de tous types,
contrebande d’armes et traite d’immigrants, comme l’est
celui des États-Unis, qui, paradoxalement, agissent peu
pour aider de manière efficace leur voisin immédiat.
Washington, au contraire, attise le problème avec le
mur immoral construit à la frontière avec le Mexique, où,
chaque année, des centaines d’émigrants perdent la vie,
ou encore par de les scandaleuses opérations en
territoire mexicain comme l’opération Fast and the
Furious ( pour enquêter sur transfert illégal d’armes au
Mexique), pour laquelle Eric Holder, procureur général
des États-unis a été jugé par la Chambre de
représentants du Congrès étasunien pour outrage au
Tribunal pour un supposé manque de coopération, mesure
sans précédent dans ce pays.
Craig Deare, spécialiste en sécurité internationale,
confirme : « la situation pour le nouveau président
mexicain se complique en raison de la complexe relation
avec son voisin du Nord. S’il est indéniable qu’il
existe des avantages à être voisin du plus grand marché
mondial, ce marché (qui est aussi celui de la
consommation de drogues) a causé et continuera de causer
des problèmes majeurs au gouvernement mexicain. Il est
bien connu que la demande nord-américaine destinée à la
consommation colossale de drogues alimente le foyer
ardent du narcotrafic. »
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Le
Tribunal Fédéral Électoral a jusqu’au 6
septembre pour analyser et valider ou non
les résultats électoraux et par conséquent
valider ou non l’élection du président de
ces élections controversées. |
Dans cette perspective, les options politiques pour
le futur président seront limitées, il devra choisir
entre la stratégie actuelle, saupoudrée de quelques
retouches superficielles, de l’utilisation des Forces
armées pour combattre les cartels sanguinaires des
narcotrafiquants et supporter la difficile relation avec
les États-unis dans ce domaine, avec le danger de
compromettre la souveraineté de son pays, ou s’attaquer
de front à ce fléau et prendre le mal à la racine, en
développant l’emploi et l’éducation, en réduisant la
pauvreté et l’exclusion sociale, terreau dont se nourrit
le crime organisé mexicain.
L’insécurité et le narcotrafic sont par conséquent
des problèmes qui dépassent largement les frontières
mexicaines et malheureusement, le prochain chef d’État,
indépendamment des décisions qu’il pourra prendre, ne
résoudra pas la question essentielle du marché hautement
lucratif des drogues aux États-unis, où sont dépensés
annuellement 65 milliards de dollars pour l’achat de
drogues, selon les propres chiffres de la DEA (agence
antidrogue des États-unis).
Le nouveau gouvernement mexicain aura à relever un
autre grand défi : celui de l’emploi ; il devra
accélérer la création d’emplois afin d’éviter que la
jeunesse ne continue de tomber dans le secteur informel
ou finisse par grossir les rangs du crime organisé, car
la population active mexicaine augmente plus rapidement
que dans les pays voisins.
Restaurer
le tissu social
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Les
enfants représentent environ la moitié des
52 millions de Mexicains pauvres sur un
total de 112 millions d’habitants dans le
deuxième pays le plus peuplé d’Amérique
Latine et des Caraïbes. |
La réduction de la pauvreté a reculé au Mexique
durant ces dernières années, avec des conséquences pour
l’avenir du pays. Les enfants représentent environ la
moitié des 52 millions de Mexicains pauvres (sur un
total de 112 millions d’habitants), élément qui «
indique que la pauvreté pourrait avoir des répercussions
à long terme et plus profondes que dans d’autres pays »,
comme le souligne un récent rapport de l’Organisation
pour la coopération et le développement économiques
(OCDE).
Le Mexique a donc besoin d’accroître ses dépenses
publiques afin de prendre en charge les besoins des plus
vulnérables. Et ce, dans un contexte où la pauvreté,
d’après les chiffres du Conseil national d’évaluation de
la politique de développement social (Coneval), a
augmenté de 51% durant le dernier mandat de Calderon.
Deuxième économie d’Amérique Latine, le Mexique a vu
augmenter de 15 millions sa population défavorisée
depuis l’an 2000, sous les gouvernements du Parti
d’action nationale (le PAN), ce qui explique, entre
autre, le vote sanction contre la candidate de ce parti
, Josefina Vazquez Mota., lors des dernières élections
présidentielles.
LES BLESSURES DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE
Selon le décompte final de l’Institut fédéral
électoral (IFE), les meilleurs scores ont été ceux du
candidat Enrique Peña Nieto du Parti révolutionnaire
institutionnel ( PRI) qui a remporté l’élection le 1er
Juillet avec 38,21 % des suffrages, suivi par Andrés
Manuel Lopez Obrador (AMLO) du Parti de la révolution
démocratique (PRD), candidat d’une coalition de gauche
avec 31,59% des votes ; la candidate du parti au pouvoir
Vazquez Mota a terminé en troisième position avec 25,41
% des voix.
AMLO a contesté les résultats et dénoncé l’achat
d’environ cinq millions de votes et le dépassement des
frais de campagne; le PAN a, quant à lui, reconnu les
résultats de l’élection, mais il a admis un manque
d’équité évident. Ces éléments sont à analyser dans le
cadre du processus électoral mexicain qui donne le délai
du 6 septembre au Tribunal fédéral électoral (le TRIFE)
pour analyser et valider ou non les résultats et par
conséquent confirmer ou non l’élection du Président de
ces élections controversées.
Dans le futur Congrès, le PRI émerge comme la
première force politique mais il ne bénéficiera pas de
la majorité absolue ou simple dans les deux Chambres
législatives, nécessaire pour imposer seul son programme,
ce qui l’obligera à trouver des alliances.
Quelle que soit l’issue de ces élections, le prochain
président aura pour difficile mission de panser les
blessures amères de cette bataille électorale, donner de
la cohésion au pays et reconstruire une base minimale de
consensus, en particulier au niveau du pouvoir
législatif, afin d’appliquer son programme
gouvernemental.
Le 1er septembre, le Nouveau congrès de l’union
s’installera au pouvoir et le 1er décembre aura lieu
l’investiture du nouveau président de la République. Ils
auront pour lourde tâche de redonner au Mexique la
perspective de meilleurs lendemains.