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 S P O R T S

La Havane. 21 Juin 2012 

Adieu champion !

Ariel B. Coya

À une certaine occasion — alors qu’il était convalescent d’un accident cardio-vasculaire —, Teofilo Stevenson déclarait que, dans la vie comme dans la boxe, les champions ne prennent pas de retraite, ils n’abdiquent jamais, ils ne refusent jamais le combat. Ce géant de la boxe s’est éteint, mais son nom restera gravé à jamais dans nos cœurs et dans nos mémoires.


« Demain je passe chez toi », avait dit Fidel à Stevenson. Sur la photo, le commandant en chef chez les Stevenson, dans le village sucrier Antonio Guiteras, à Las Tunas, dans l’est du pays.

Stevenson fut un grand champion et un gentleman sur et hors du ring. Il est considéré comme le plus grand boxeur amateur de l’histoire, et l’une des plus grandes figures du sport mondial.

À l’âge de 17 ans, il fit l’admiration de tous en décrochant en 1969 la médaille d’argent au Championnat national « Playa Giron », ce qui lui valut d’être appelé à l’équipe nationale, sous la houlette des entraîneurs Andréï Tchervonenko et Alcides Sagarra. Malgré ses qualités hors pair, le succès tarda un peu à venir.

C’est après sa défaite face à l’Étasunien Duane Bobick aux Jeux panaméricains de Cali, en 1971, qu’allait naître le boxeur extraordinaire qui remporta trois titres olympiques, trois titres de champion du monde et une infinité de trophées chez les poids lourds, avec un bilan impressionnant de 302 victoires en 321 combats, tout au long d’une carrière sportive qui lui valut d’être nommé par le Comité olympique international parmi les dix meilleurs sportifs du XXe siècle. Aux J.O. de Munich, en 1972, il gagna tous ses combats par k.o. avant de devenir officieusement le premier champion cubain après le forfait du Roumain Ion Alexe. Et il pris sa revanche sur Duane Bobick, dit « L’Espérance blanche », qu’il envoya au tapis à trois reprises au troisième round, ce qui fit s’exclamer le Robert Surkein, un dirigeant de la Fédération étasunienne de boxe : « Le Stevenson que j’ai vu vaincre Bobick était alors supérieur au Cassius Clay Jr. qui a gagné les 81 kilos aux Jeux Olympiques de Rome en 1960, et au Frazier et au Foreman, qui ont remporté la catégorie supérieure à Tokyo, en 1964, et à Mexico, en 1968 » . L’Allemand Peter Hussing, un de ses rivaux en demi-finales, dira plus tard que jamais, en ses 212 combats comme boxeur amateur, il n’avait reçu autant de coups que face au Cubain : « Vous n’avez pas le temps de voir sa droite arriver. Et quand vous la voyez, c’est parce qu’elle est déjà sur votre menton ».


Mohamed Ali devait déclarer : « Je suis le meilleur chez les pros, et Stevenson est le meilleur chez les amateurs. Pourquoi vouloir nous faire combattre l’un contre l’autre ? »

Stevenson était doté d’un excellent jeu de mains et de pieds, et d’une droite foudroyante. Le légendaire entraîneur étasunien Emmanuel Steward a dit de lui : « C’est le combattant le plus parfaitement balancé que j’ai jamais vu ».

Et de l’avis l’entraîneur cubain Alcides Sagarra, Stevenson avait tendance à trop ménager ses adversaires.

Ses vertus ne tardèrent pas à attirer les promoteurs étasuniens qui se frottaient les mains et annonçaient le « combat du siècle » censé opposer Teofilo à Mohamed Ali.

« Il serait phénoménal chez les pros ! », s’était exclamé Don King. Tandis qu’Angelo Dundee, le manager du légendaire boxeur Afro-nord-américain rappelait : « Tout le monde voulait Teofilo. Je ne l’ai jamais convoité parce que j’avais le champion. J’avais Ali, le boxeur qui allait le battre… Mais tout le monde voulait Teofilo, je dis bien tout le monde. Ils allaient lui proposer un million de dollars. Un million de dollars, c’était une grosse somme à l’époque ».

Mais Stevenson déclara qu’il préférait l’affection de ses compatriotes à recevoir des millions pour passer chez les professionnels. « Je n’échangerais pas un morceau de la terre cubaine contre tout l’argent du monde ».

De sorte que ce combat tant espéré ne se concrétisa jamais, pour des raisons diverses. Avec sa simplicité habituelle, Stevenson signalait : « Ali a plusieurs fois déclaré que ce combat terminerait ex-aequo. C’est aussi mon avis ».

Teofilo Stevenson raccrocha les gants en 1988, mais ne s’éloigna jamais des rings. Les amateurs cubains de boxe se souviennent encore de ces combats mémorables contre son compatriote Angel Milian, originaire de la province de Pinar del Rio.

Il y a une semaine, lors de la finale du tournoi international « Cordova Cardin », on pouvait le voir souriant de bonne humeur, toujours fidèle à sa passion pour la boxe.

Il y a des hommes qui ne meurent jamais, car ils renaissent dans l’imaginaire collectif de tout un peuple. Pour ses exploits et ses mérites extraordinaires, Teofilo Stevenson est de ceux-là.
 

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