Granma International Édition en français
TEXTE seulement
La Havane, Cuba, Vendredi, le 3 Février 2012
Réflexions de Fidel
Le génie de Chavez
LE président Chavez a fait rapport devant le parlement vénézuélien de l’action de son gouvernement en 2011 et de son programme pour l’année en cours. Après avoir rempli rigoureusement toutes les formalités qu’implique cet important exercice, il s’est adressé aux autorités officielles de l’État, aux parlementaires de tous les partis, aux sympathisants et aux adversaires dans le cadre de la cérémonie la plus solennelle du pays.
À son habitude, le leader bolivarien a été aimable et respectueux envers toutes les personnes présentes. Si l’une d’entre elles demandait la parole pour un éclaircissement, il lui en offrait aussitôt la possibilité. Quand une parlementaire, qui l’avait salué aimablement à l’instar d’autres adversaires, a demandé la parole, il a interrompu son rapport et la lui a cédée en un geste d’une grande hauteur politique. Elle a alors interpellé le président en des phrases d’une dureté extrême qui ont mis sa noblesse et son sang-froid à l’épreuve, utilisant même le qualificatif insultant de « voleur » pour juger sa conduite à cause des lois et des mesures qu’il a adoptées. Il s’agissait sans conteste d’une offense, même si ce n’était pas là l’intention de la parlementaire. Néanmoins, il a été capable de répondre avec sérénité. Après s’être enquis du terme exact qu’elle avait employé, il a répliqué élégamment et posément à sa demande d’un débat public par un dicton : « L'aigle n’attrape pas les mouches », puis il a poursuivi sereinement son exposé.
Ce fut là une preuve insurpassable d’agilité mentale et de contrôle de soi. Une autre femme, d’origine incontestablement modeste, s’étonna en des phrases émues et profondes de ce qu’elle venait de voir, ce qui déclencha les applaudissements de l’immense majorité de l’auditoire, autrement dit de tous les amis du président et, semble-t-il, de nombre de ses adversaires.
Chavez a rendu compte de la gestion de son gouvernement pendant plus de neuf heures d’affilée, sans que l’intérêt faiblisse une seconde, et son rapport a été suivi, peut-être à cause de cet incident, par un nombre incalculable de personnes. Moi qui ai abordé bien souvent des problèmes difficiles dans de longs discours, en m’efforçant toujours au maximum de bien faire comprendre mes idées, j’ai du mal à m’expliquer comment ce militaire d’origine modeste, mais à l’esprit agile et au talent sans pareil, a été capable d’un tel déploiement d’éloquence sans perdre la voix ni ses forces.
La politique est pour moi le combat prolongé et résolu des idées. La publicité est le lot des publicitaires qui connaissent sans doute les techniques requises pour que les auditeurs, les spectateurs et les lecteurs fassent ce qu’on leur dit. Si cette science ou cet art ou comme on veut bien l’appeler servait au bien de l’humanité, elle mériterait du respect, celui-là même que méritent ceux qui apprennent aux autres l’habitude de penser.
Un grand combat se livre aujourd’hui au Venezuela. Les ennemis intérieurs et extérieurs de la révolution préfèrent le chaos, comme l’affirme Chavez, plutôt que le développement juste, ordonné et pacifique du pays. Quiconque a pris l’habitude d’analyser les faits survenus durant plus d’un demi-siècle et d’observer avec toujours plus de preuves l’histoire hasardeuse de notre époque et le comportement humain finit presque toujours par arriver à prédire le cours des événements.
Promouvoir une révolution profonde n’était pas chose aisée au Venezuela, un pays à l’histoire glorieuse mais immensément riche en ressources qui sont d’une importance vitale pour les puissances impérialistes qui ont tracé et tracent encore les destinées du monde.
Des dirigeants politiques dans le style de Romulo Betancourt et de Carlos Andrés Pérez étaient dépourvus des moindres qualités personnelles pour ce faire. De plus, le premier était excessivement vaniteux et hypocrite. Il avait largement eu l’occasion de connaître la réalité vénézuélienne. Il avait été membre du Bureau politique du parti communiste costaricien dans sa jeunesse. Il connaissait bien l’histoire de l’Amérique latine et le rôle de l’impérialisme, les taux de pauvreté et le pillage impitoyable des ressources naturelles du continent. Il ne pouvait ignorer que, même si le Venezuela était immensément riche, la grande majorité de sa population vivait dans la pauvreté extrême. Les archives de toutes sortes le prouvent d’une manière irréfutable.
Comme l’a dit Chavez si souvent, le Venezuela a été pendant plus d’un demi-siècle le plus gros exportateur de pétrole au monde ; des bâtiments de guerre européens et yankees intervinrent au début du XXe siècle pour appuyer un gouvernement illégal et tyrannique qui avait bradé le pays aux monopoles étrangers. On sait bien que des sommes énormes sortaient du pays pour grossir le patrimoine des monopoles étrangers et de l’oligarchie vénézuélienne.
Quand je me suis rendu pour la première fois au Venezuela après la victoire de la Révolution pour le remercier de sa sympathie et de son appui à notre lutte, le baril de pétrole valait à peine deux dollars. Quand j’y suis allé assister à l’investiture de Chavez – le jour où il a prêté serment sur la « Constitution moribonde » que soutenait Calderas – le baril en valait sept, même si quarante ans s’étaient écoulés depuis et trente ans depuis que le « bienfaiteur » Richard Nixon avait décrété la fin de l’étalon-or face au dollar et que les États-Unis avaient commencé à acheter le monde à coups de papier-monnaie. Pendant un siècle, le Venezuela fournit du pétrole bon marché à l’économie de l’Empire et fut un exportateur net de capitaux vers les pays développés et riches.
Pourquoi ces réalités répugnantes prédominèrent-elles pendant plus d’un siècle ?
Les officiers des forces armées latino-américains disposaient aux États-Unis d’écoles privilégiées où les champions olympiques de la démocratie leur enseignaient dans des cours spéciaux à préserver l’ordre impérialiste et bourgeois. Les coups d’État étaient les bienvenus pourvu qu’ils servent à « défendre les démocraties », à préserver et à garantir cet ordre si sordide, en alliance avec les oligarchies ; peu importait que les électeurs sachent lire et écrire ou non, qu’ils aient un logement ou non, un emploi, des services médicaux et des écoles à condition que le droit de propriété sacro-saint soit garanti. Chavez explique ces réalités d’une manière magistrale. Nul ne connaît mieux que lui ce qu’il se passait dans nos pays.
Pis encore, la sophistication de l’armement moderne, la complexité de son exploitation et de son maniement qui exige des années d’apprentissage, la formation de spécialistes hautement qualifiés, ses coûts quasiment inaccessibles pour les économies faibles du sous-continent, tout ceci créait un mécanisme de subordination et de dépendance supplémentaire. La Maison-Blanche, sans même consulter les gouvernements, traçait des normes et déterminait des politiques à l’adresse des militaires à travers différents mécanismes. Les techniques de torture les plus perfectionnées étaient transmises aux organes de sécurité pour qu’ils sachent interroger ceux qui se rebellaient contre ce système de famine et d’exploitation immonde et répugnant.
Néanmoins, maints officiers honnêtes, écœurés de tant d’impudeur, tentèrent vaillamment de mettre fin à cette trahison ignominieuse de l’histoire de nos luttes d’indépendance.
En Argentine, Juan Domingo Peron, officier de l’armée, fut capable de concevoir une politique indépendante et de racines ouvrières. Renversé par un putsch militaire sanglant, il fut expulsé du pays et dut vivre en exil de 1955 à 1973. Quelques années après, sous l’égide des Yankees, les militaires assaillirent de nouveau le pouvoir, assassinèrent, torturèrent et firent disparaître des milliers d’Argentins, et ils ne furent même pas capables de défendre le pays lors de la guerre coloniale que l’Angleterre mena avec l’appui complice des États-Unis et d’un nervi, Augusto Pinochet, et de sa cohorte d’officiers fascistes formés à l’École des Amériques.
Le colonel Francisco Caamaño Deño à Saint-Domingue, le général Velazco Alvarado au Pérou, le général Omar Torrijos au Panama, et d’autres capitaines et officiers dans d’autres pays qui sacrifièrent leur vies d’une manière anonyme constituèrent l’antithèse de la traîtrise personnifiée par Somoza, Trujillo, Stroessner, et par les dictateurs sanguinaires d’Uruguay, du Salvador et d’autres pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Les militaires révolutionnaires ne formulaient pas des vues peaufinées dans tous les détails, et nul n’aurait eu le droit de l’exiger d’eux : ce n’étaient pas des académiciens versés en politique, mais des hommes ayant le sens de l’honneur et aimant leur pays.
Et pourtant, l’on a vu jusqu’où des hommes honnêtes, refusant l’injustice et le crime, sont capables d’aller sur les chemins de la révolution.
Le Venezuela constitue un brillant exemple du rôle théorique et pratique que les militaires révolutionnaires peuvent jouer dans la lutte pour l’indépendance de nos peuples, comme ils le firent voilà deux siècles sous la direction géniale de Simon Bolivar.
Chavez, un militaire d’origine modeste, fait irruption dans la vie politique vénézuélienne en puisant dans les idées du libérateur de l’Amérique. Marti écrivit au sujet de Bolivar, cette source d’inspiration intarissable : « Il gagna des batailles sublimes, avec des soldats nu pieds et en haillons […] jamais on ne se battit tant ni mieux dans le monde pour la liberté... […] …de Bolivar, on ne peut parler qu’avec une montagne pour tribune […] ou une poignée de peuples libres au poing… […] ce qu’il n’a pas fait lui-même n’est toujours pas fait à ce jour, parce que Bolivar a encore à faire en Amérique. »
Plus d’un demi-siècle plus tard, le grand poète Pablo Neruda écrivit un poème que Chavez répète souvent, et dont la dernière strophe affirme :
Je connus Bolivar par une longue matinée,
À Madrid, à la bouche du 5e régiment,
Père, lui dis-je, es-tu ou n’es-tu pas, et qui es-tu ?
Et regardant la caserne de la Montagne, il dit :
« Je m’éveille tous les cent ans, quand le peuple s’éveille. »
Mais le dirigeant bolivarien ne se borne à des formulations théoriques. Il prend sans attendre des mesures concrètes. Les pays anglophones des Caraïbes, auxquels les navires de croisière modernes et luxueux des États-Unis disputaient le droit d’accueillir des touristes dans leurs hôtels, leurs restaurants et leurs centres de loisirs qui, bien que souvent de propriété étrangère, engendraient du moins des emplois, sauront toujours gré au Venezuela de leur livrer du pétrole assorti de facilités de paiement spéciales alors que le baril dépassait parfois les cent dollars.
Le petit Nicaragua, patrie de Sandino, ce « général d’hommes libres », où l’Agence centrale de renseignements organisa, par Luis Posada Carriles interposé, après qu’il ait été libéré de prison au Venezuela, des échanges d’armes contre des drogues dans le cadre d’une guerre qui coûta des milliers de victimes et d’invalides à ce peuple héroïque, a aussi bénéficié de l’appui solidaire du Venezuela. Ce sont là des exemples sans précédent sur notre continent.
Le Traité de libre-échange, cet accord ruineux que les Yankees prétendent imposer à l’Amérique latine, comme ils l’ont fait pour le Mexique, feraient des pays latino-américains et caribéens non seulement la région du monde où la richesse est la plus mal distribuée, ce qu’elle est déjà, mais encore en un marché gigantesque où jusqu’au maïs et aux autres cultures qui sont des sources traditionnelles de protéines végétales et animales seraient écartés au profit des cultures subventionnées des États-Unis, comme cela se passe d’ores et déjà en territoire mexicain.
Les voitures d’occasion et d’autres biens remplacent ceux de l’industrie mexicaine ; villes et campagnes y perdent leurs capacités de générer des emplois ; les ventes d’armes et de drogues y augmentent ; toujours plus d’adolescents d’à peine quatorze ou quinze ans deviennent de redoutables délinquants. On n’avait jamais encore vu à ce jour que des cars ou d’autres véhicules remplis de personnes qui, en quête d’emplois, ont acheté un billet pour être transportées de l’autre côté de la frontière soient détournés et leurs passagers abattus sans pitié. Des chiffres semblables augmentent d’année en année. Plus de dix mille personnes y perdent la vie chaque année.
On ne saurait analyser la Révolution bolivarienne sans tenir compte de ces réalités.
En de telles circonstances sociales, les forces armées sont contraintes de livrer des guerres interminables et dévastatrices.
Le Honduras n’est pas un pays industrialisé, financier ou commercial, même pas un gros producteur de drogues, et pourtant certaines de ses villes battent des records de morts violentes à cause des drogues. En revanche, une importante base des forces stratégiques du Commandement Sur des États-Unis y arbore son étendard. Tel est le panorama dantesque dans plus d’un pays latino-américain. Mais certains commencent à s’en sortir. En premier lieu, le Venezuela, mais non seulement parce qu’il possède d’abondantes ressources naturelles, mais aussi parce qu’il les arrachées à la cupidité insatiable des transnationales étrangères et a libéré des forces politiques et sociales considérables capables de remporter de grandes conquêtes. Le Venezuela d’aujourd’hui est très différent du pays que j’ai connu voilà douze ans à peine, et j’avais déjà été impressionné profondément de le voir renaître, tel le phénix, de ses cendres historiques.
Les États-Unis et la CIA, faisant allusion au mystérieux ordinateur de Raul Reyes, qui est entre leurs mains après qu’ils eurent organisé et déclenché en plein territoire équatorien une attaque au cours de laquelle le remplaçant de Marulanda et plusieurs jeunes latino-américains désarmés ont été assassinés, ont lancé la version que Chavez appuyait « l’organisation narcoterroriste des FARC ». Or, les vrais terroristes et trafiquants de drogues en Colombie, c’étaient les paramilitaires qui fournissaient aux trafiquants étasuniens les drogues vendues sur le plus gros marché de stupéfiants au monde, les États-Unis.
Je n’ai jamais parlé à Marulanda ; seulement avec des écrivains et des intellectuels qui le connaissaient bien. J’ai analysé ses idées et son histoire. Je n’hésite pas à affirmer que c’était quelqu’un de courageux et de révolutionnaire. J’ai expliqué que je ne partageais pas ses conceptions tactiques. À mon avis, il aurait suffi de deux ou trois mille hommes pour vaincre en Colombie une armée de métier classique. Son erreur était de concevoir une armée révolutionnaire possédant presque autant de soldats que l’adversaire. C’était là extrêmement coûteux et virtuellement impossible à gérer.
La technologie a changé aujourd’hui bien des aspects de la guerre ; les formes de lutte changent aussi. De fait, un affrontement de forces conventionnelles entre des puissances nucléaires est devenu impossible. Il n’est pas besoin des connaissances d’Albert Einstein, de Stephen Hawking et de milliers d’autres scientifiques pour le comprendre. C’est un danger latent, dont on connaît l’issue, ou du moins qu’on devait connaître. Il pourrait s’écouler des millions d’années avant que d’autres êtres pensants repeuplent la planète.
Je soutiens malgré tout que lutter est un devoir inné en l’homme, qu’il doit chercher des solutions qui lui permettent de vivre plus rationnellement et plus dignement.
Dès que j’ai fait la connaissance de Chavez, je l’ai toujours vu s’intéresser à la paix en Colombie. Une fois à la présidence, dans les dernières années du gouvernement Pastrana, il a facilité des réunions entre celui-ci et les révolutionnaires colombiens à Cuba, mais, qu’on le comprenne bien, en vue d’un accord de paix véritable, non d’une reddition.
Je ne me rappelle pas avoir écouté Chavez promouvoir en Colombie autre chose que la paix, ni même mentionner Raul Reyes. Nous avons toujours abordé d’autres questions. Il apprécie grandement les Colombiens dont des millions vivent au Venezuela et bénéficient tous des mesures sociales adoptées par la Révolution, et le peuple colombien l’apprécie presque autant que le peuple vénézuélien.
Je tiens à exprime ma solidarité et mon estime envers le général Henry Rangel Silva, chef du commandement stratégique opérationnel des forces armées, qui vient d’être nommé ministre de la Défense de la République bolivarienne. J’ai eu l’honneur de le connaître quand voilà maintenant plusieurs mois, il a rendu visite à Chavez dans notre pays. J’ai vu en lui quelqu’un d’intelligent et de décent, à la fois capable et modeste. J’ai écouté son discours serein, courageux et clair, qui inspire confiance.
Il a dirigé l’organisation du défilé le plus parfait que j’ai vu de la part de forces armées latino-américaines, et j’espère qu’il servira d’encouragement et d’exemple aux autres armées sœurs.
Les Yankees, qui n’ont rien eu à voir avec ce défilé, seraient incapables de faire mieux.
Il est extrêmement injuste de critiquer Chavez pour avoir investi des ressources dans les armes excellentes qui y ont été montrées. Je suis sûr qu’elles ne seront jamais utilisées pour agresser un pays frère. Les armes, les ressources et les connaissances devront marcher à l’unisson sur les voies de l’unité pour former en Amérique, comme le rêvait le Libertador, « la plus grande nation du monde, moins par son étendue et sa richesse, que par sa liberté et sa gloire ».
Tout nous unit plus qu’à l’Europe ou aux États-Unis, sauf le manque d’indépendance qu’on nous a imposé pendant deux cents ans.

Fidel Castro Ruz
Le 25 janvier 2012
20 h 32
(Traduction ESTI)
...................................................................................................................................................................
Réflexions de Fidel
Le fruit qui n’est pas tombé
CUBA a été contrainte de se battre pour son existence face à une puissance expansionniste, située à quelques milles de ses côtes et qui ne cachait pas ses visées d’annexion dans la mesure où sa seule destinée était de tomber dans son giron tel un fruit mûr. Nous étions voués à l’inexistence comme nation.
Dans la glorieuse multitude de patriotes qui se battit durant la seconde moitié du XIXe siècle contre l’abominable colonialisme imposé par l’Espagne pendant trois cents ans, José Martí fut celui qui perçut avec le plus de clarté cette destinée si dramatique. Et il le fit savoir dans les dernières lignes qu’il écrivit quand, à la veille d’un rude combat prévu contre une colonne espagnole aguerrie et bien équipée, il affirma que l’objectif clef de sa lutte était « d’empêcher à temps, par l’indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s’étendent dans les Antilles et ne s’abattent, avec cette force de plus, sur nos terres d’Amérique. Tout ce que j’ai fait à ce jour et tout ce que je ferai, c’est pour cela. »
Quiconque ne comprend pas cette profonde vérité aujourd’hui ne peut être ni patriote ni révolutionnaire.
Les médias, le monopole de nombreuses ressources techniques et les fonds considérables destinés à tromper et à abrutir les masses constituent sans aucun doute des obstacles importants, mais non invincibles.
La nation cubaine a prouvé, malgré sa condition d’usine coloniale yankee où sévissaient l’analphabétisme et la pauvreté généralisée, qu’il était possible de faire face au pays qui menaçait de l’absorber définitivement. On ne saurait affirmer qu’il existait une bourgeoisie nationale opposée à l’Empire ; au contraire, elle en était si proche que peu après le triomphe de la Révolution, elle est allée jusqu’à envoyer quatorze mille enfants aux États-Unis sans la moindre protection, car on avait fait courir le mensonge perfide selon lequel l’autorité parentale serait supprimée, l’Histoire devant enregistrer cette « Opération Peter Pan » comme la plus grande manipulation d’enfants à des fins politiques en Amérique.
À peine deux ans après le triomphe révolutionnaire, le territoire national fut envahi par des forces mercenaires constituées d’anciens militaires de Batista et de fils de gros propriétaires terriens et de bourgeois, armées par les États-Unis et escortées par des bâtiments de leur flotte navale, dont des porte-avions prêts à entrer en action, qui les accompagnèrent jusqu’à nos côtes. La défaite et la capture de la quasi-totalité des mercenaires en moins de soixante-douze heures et la destruction de leurs avions qui opéraient depuis des bases au Nicaragua et de leurs moyens de transport naval constituèrent une défaite humiliante pour l’Empire et ses alliés latino-américains qui avaient sous-estimé la capacité de lutte du peuple cubain.
Les USA ayant interrompu leurs livraisons de pétrole, puis supprimé totalement les contingents d’exportation de sucre dont Cuba avait toujours bénéficié sur leur marché et interdit le commerce établi entre les deux pays durant plus de cent ans, l’URSS répondit à chacune de ces mesures en nous livrant du pétrole, en achetant notre sucre, en faisant du commerce avec notre pays et finalement en nous fournissant les armes que Cuba ne pouvait acheter sur d’autres marchés.
Une campagne systématique d’attaques pirates organisées par la CIA, les actions militaires de bandes contre-révolutionnaires créées et équipées par les USA avant et après l’attaque mercenaire, tout ceci devant aboutir à une invasion militaire directe, donnèrent naissance aux événements qui mirent le monde au bord d’une guerre nucléaire totale à laquelle aucune des parties ni l’humanité elle-même n’auraient pu survivre.
Ces événements entraînèrent sans aucun doute la destitution de Nikita Khrouchtchev qui sous-estima l’adversaire, refusa d’écouter les avis qu’on lui donnait et ne consulta pas ceux qui, comme nous, étaient en première ligne avant de prendre sa décision finale. Ce qui aurait pu être une importante victoire morale se transforma ainsi en un revers politique coûteux pour l’URSS. De fait, durant bien des années, les USA continuèrent de commettre les pires méfaits contre Cuba et continuent, comme c’est le cas de leur blocus criminel, de les commettre.
Khrouchtchev eut des gestes extraordinaires envers notre pays. J’ai critiqué sans hésiter, à l’époque, le fait qu’il ait passé un accord avec les États-Unis sans nous avoir consultés, mais il serait ingrat et injuste de notre part de ne pas reconnaître sa solidarité extraordinaire à des moments difficiles et décisifs pour notre peuple dans sa bataille historique pour son indépendance et sa Révolution face au puissant Empire étasunien. Je comprends que la situation était extrêmement tendue et qu’il ne voulait pas perdre une minute quand il prit la décision de retirer les missiles et que les Yankees s’engagèrent, très en secret, à renoncer à leur invasion.
Des décennies se sont depuis écoulées pour atteindre un demi-siècle, et le fruit cubain n’est toujours pas tombé dans les mains des Yankees.
Les nouvelles qui nous parviennent aujourd’hui d’Espagne, de France, d’Irak, d’Afghanistan, du Pakistan, d’Iran, de Syrie, d’Angleterre, des îles Malouines et de bien d’autres points de la planète sont sérieuses et augurent toutes une catastrophe politique et économique à cause de la démence des États-Unis et de leurs alliés.
Je me bornerai à quelques points. Je tiens d’abord à signaler – comme tout le monde peut le constater – que la sélection d’un candidat républicain à la présidence de cet Empire globalisé et touche-à-tout, constitue – et je le dis sérieusement – le pire concours d’idiotie et d’ignorance qu’on ait jamais vu. Comme j’ai d’autres chats à fouetter, je ne peux pas perdre mon temps à ça. Je savais pertinemment qu’il en serait ainsi.
Des dépêches de presse que je tiens à analyser sont bien plus éloquentes, parce qu’elles étalent en plein jour le cynisme incroyable que génère l’Occident dans sa décadence. L’une d’elles parle tout bonnement d’un prisonnier politique cubain qui, dit-on, est décédé au terme d’une grève de la faim de cinquante jours. Un journaliste de Granma, de Juventud Rebelde, d’un journal parlé ou télévisé ou de tout autre organe de presse révolutionnaire peut se tromper dans ses appréciations d’un tel ou tel thème, mais il ne fabrique jamais une nouvelle de toutes pièces ni n’invente un mensonge.
Selon la note publiée par Granma, cette grève de la faim n’a jamais eu lieu : il s’agissait d’un prisonnier de droit commun, condamné à quatre ans de privation de liberté pour avoir battu sa femme et lui avoir causé des blessures au visage ; c’est la belle-mère en personne qui a demandé l’intervention des autorités ; les proches ont été au courant de tous les gestes médicaux faits pour le sauver et savent gré aux spécialistes cubains des efforts qu’ils ont déployés. Il a été soigné, signale la note, dans le meilleur hôpital de l’Est du pays, comme n’importe quel autre citoyen. Il est décédé des suites d’une défaillance multi-organique secondaire associée à un processus respiratoire septique sévère.
Le patient a reçu tous les soins habituels dans un pays qui possède un des meilleurs services médicaux au monde, des soins gratuits malgré le blocus que l’impérialisme impose à notre patrie. Il s’agit tout simplement d’un devoir normal dans une Révolution qui peut se vanter d’avoir toujours respecté, durant plus de cinquante ans, les principes qui lui donnent sa force invincible.
Mieux vaudrait, assurément, que le gouvernement espagnol, compte tenu de ses excellentes relations avec Washington, se rende aux États-Unis et s’informe de ce qu’il se passe dans les prisons yankees, de la conduite impitoyable suivie envers les millions de détenus dans ce pays, de la politique de la chaise électrique qui y est appliquée et des horreurs commises envers les détenus dans les prisons et ceux qui protestent dans les rues.
Hier, lundi 23 janvier, un dur éditorial de Granma intitulé « Les vérités de Cuba » a expliqué en détail sur toute une page la campagne mensongère insolite et impudente orchestrée contre notre Révolution par « certains gouvernements traditionnellement impliqués dans la subversion contre Cuba ».
Notre peuple connaît bien les normes qui ont régi la conduite immaculée de notre Révolution dès le premier combat et jamais souillée durant plus d’un demi-siècle. Il sait aussi que les ennemis ne pourront jamais exercer de pressions sur lui ni le faire chanter. Nos lois et nos normes seront appliquées indéfectiblement.
Il est bon de le signaler clairement et en toute franchise. Le gouvernement espagnol et l’Union européenne qui part en capilotade, plongée dans une profonde crise économique, doivent savoir à quoi s’en tenir. Leurs déclarations reproduites par les agences de presse et recourant à des mensonges éhontés pour attaquer Cuba font pitié. Occupez-vous d’abord de sauver l’euro, si vous le pouvez, réglez le chômage chronique dont souffrent toujours plus de jeunes, répondez aux indignés que vos polices ne cessent d’attaquer et de frapper.
Nous n’ignorons pas que le gouvernement espagnol est maintenant passé aux mains d’admirateurs de Franco, lequel dépêcha près de cinquante mille membres de la Division Bleue auprès des SS et des SA nazis pour participer à la sauvage agression contre les Soviétiques, prenant part à l’opération la plus cruelle et la plus douloureuse de cette guerre, le siège de Leningrad, où un million de citoyens russes périt dans cette tentative d’étrangler la ville héroïque. Le peuple russe ne pardonnera jamais ce crime horrible.
La droite fasciste d’Aznar, de Rajoy et d’autres serviteurs de l’Empire doit avoir sa petite idée sur les seize mille morts que souffrirent leurs prédécesseurs de la Division bleue et sur les Croix de fer par lesquelles Hitler récompensa ses officiers et ses soldats. Ce que fait aujourd’hui la police-gestapo aux hommes et aux femmes qui réclament leur droit au travail et au pain dans le pays où sévit le chômage le plus élevé d’Europe n’a donc rien d’étonnant
Pourquoi les médias de l’Empire mentent-ils si impudemment ?
Ceux qui manipulent ces médias s’escriment à tromper et à abrutir le monde par leurs mensonges éhontés, pensant peut-être que c’est là le recours principal pour maintenir le système de domination et de pillage imposé au monde et, tout particulièrement, aux victimes proches du siège des métropoles, autrement dit les presque six cents millions de Latino-Américains et de Caribéens vivant sur ce continent-ci.
La république sœur du Venezuela est devenue l’objectif clef de cette politique. La raison en saute aux yeux. Sans le Venezuela, l’Empire aurait imposé le Traité de libre-échange à tous les peuples du continent qui vivent au sud des États-Unis, où se trouvent les plus grandes réserves de terre, d’eau potable et de minerai de la planète, ainsi que de grande ressources énergétiques qui, gérées dans un esprit de solidarité avec les autres peuples du monde, ne peuvent ni ne doivent tomber aux mains des transnationales qui imposent un système suicidaire et infâme.
Il suffit, par exemple, de regarder une carte pour comprendre l’extorsion criminelle dont l’Argentine a été victime quand on lui a enlevé un pan de son territoire à l’extrême sud du continent où les Britanniques ont utilisé leur appareil militaire décadent pour assassiner des recrues argentines vêtus d’uniformes d’été en plein hiver austral. Les États-Unis et leur allié Augusto Pinochet y offrirent à l’Angleterre un appui ignominieux. De nos jours, à la veille des Jeux olympiques de Londres, le Premier ministre David Cameron proclame à son tour, comme l’avait déjà fait Margaret Thatcher, son droit de recourir aux sous-marins atomiques pour tuer des Argentins. Le gouvernement de ce pays ignore que le monde est en train de changer et que notre continent et la plupart des peuples méprisent toujours plus les agresseurs.
Le cas des îles Malouines n’est pas le seul. Quelqu’un sait-il comment se terminera le conflit en Afghanistan ? Voilà quelques jours à peine, on apprenait que des soldats étasuniens avaient outragé les cadavres de combattants afghans assassinés par les drones de l’OTAN.
Voilà trois jours, une agence de presse européenne faisait savoir que « le président Hamid Karzai avait avalisé des négociations de paix avec les talibans, en soulignant que c’était là une question que devaient régler les citoyens de ce pays », et qu’il avait ajouté : « … le processus de paix et de réconciliation incombe à la nation afghane, et aucun pays ni aucune organisation étrangère ne peut ôter ce droit aux Afghans. »
Par ailleurs, une dépêche en provenance de Paris publiée par notre presse informait : « La France a suspendu aujourd’hui toutes ses opérations d’entraînement et d’aide au combat en Afghanistan et a menacé de retirer ses troupes avant la date prévue, après qu’un soldat afghan a eu abattu quatre militaires français dans la vallée de Taghab, dans la province de Kapisa […] Sarkozy a donné des instructions à son ministre de la Défense, Gérard Longuet, de se rendre sans délai à Kaboul et a envisagé la possibilité de retirer le contingent français par anticipation. »
À la disparition de l’URSS et du camp socialiste, le gouvernement étasunien a jugé que Cuba ne pourrait pas se maintenir. George W. Bush avait même préparé un gouvernement contre-révolutionnaire pour diriger notre pays. Le jour même où Bush a lancé sa guerre criminelle contre l’Irak, j’ai demandé aux autorités de notre pays de cesser d’être tolérantes envers les chefaillons contre-révolutionnaires qui demandaient hystériquement, ces jours-là, une invasion de Cuba, car leur attitude constituait de fait une trahison à la patrie.
Bush et ses crétineries ont sévi durant huit ans ; la Révolution dure déjà depuis plus d’un demi-siècle. Le fruit mûr n’est pas tombé aux mains de l’Empire. Cuba ne sera pas une force de plus par laquelle l’Empire s’étendra sur les peuples d’Amérique. Le sang de Marti n’aura pas coulé en vain.
Je publierai demain d’autres Réflexions qui compléteront celles-ci
Fidel Castro Ruz
Le 24 janvier 2012
19 h 12
(Traduction ESTI)
...................................................................................................................................................................
Guantanamo est cubain et le restera
Manuel E. Yepe
C’EST avec une indignation légitime que des millions de personnes dans le monde réclament la fermeture du centre de torture de prisonniers que le gouvernement des États-Unis maintient sur la base de Guantanamo, occupée illégalement sur le territoire cubain. Cependant, cette revendication masque un autre crime tout aussi condamnable.
Un article intitulé Rendons Guantanamo à Cuba, signé par Jonathan M. Hansen, professeur d’études sociales à l’Université d’Harvard (Massachussets), a été publié récemment, de façon surprenante, dans le New York Times, pour dénoncer « le maintien de l’occupation de Guantanamo », et signaler qu’« il est temps de rendre cette enclave impérialiste à Cuba ».
Le caractère illégal de cette base militaire en territoire cubain a été occulté pendant plus d’un siècle par les médias occidentaux soumis aux intérêts de Washington, alors que Cuba a toujours maintenu sa revendication sur le plan diplomatique pour éviter d’offrir aux États-Unis un prétexte d’agression militaire en réponse à des initiatives cubaines liées à cette présence indésirable.
Le professeur J.M. Hansen rappelle dans son article que « depuis que le gouvernement des États-Unis a obligé Cuba à lui louer un terrain dans la baie de Guantanamo pour y installer une base navale en juin 1901, sa présence reste le témoignage d’une longue histoire d’interventionnisme militaire de Washington.
« Pour faire face à la situation sans issue des relations cubano-étasuniennes, peu de gestes auraient un effet aussi favorable que la restitution de ce morceau de terre tant convoité », signale-t-il.
« Les circonstances qui ont amené les États-Unis à occuper Guantanamo sont aussi préoccupantes que ce qui s’y est passé au cours de cette dernière décennie », écrit Hansen.
Le professeur rappelle que, lorsqu’en avril 1898, les Cubains avaient pratiquement gagné la guerre contre le colonialisme espagnol, les États-Unis sont intervenus pour transformer la Guerre d’indépendance cubaine en ce qu’ils appellent toujours la Guerre hispano-américaine. Ils ont occupé l’île pendant trois ans, écarté l’Armée indépendantiste cubaine de la négociation de l’armistice et refusé aux Cubains un siège à la Conférence de paix de Paris.
Malgré les déclarations de l’époque qui garantissaient que les États-Unis ne prétendaient pas « intervenir dans la souveraineté, la juridiction ou le contrôle » de Cuba, peu de temps après la guerre, les impératifs stratégiques prirent le dessus sur le respect de l’indépendance cubaine, précise l’article paru dans le New York Times.
Ce fut le général Leonard Wood, nommé gouverneur militaire de Cuba par le président William McKinley qui introduisit les dispositions, connues comme l’Amendement Platt – qui furent très contestées. Une de ces dispositions attribuait aux États-Unis le droit d’intervenir à leur gré dans les affaires cubaines, et celle qui instituait la vente ou la concession à perpétuité des terrains pour l’établissement de bases navales à Cuba.
Wood fit savoir aux délégués de l’Assemblée constituante que la seule alternative à l’Amendement Platt était la poursuite de l’occupation. « Les Cubains comprirent le message », écrit Hansen.
Pendant les deux décennies suivantes, les États-Unis envoyèrent à différentes occasions des soldats de l’infanterie de marine pour « protéger leurs intérêts à Cuba », et 44 000 Nord-américains s’y sont établis pour encourager l’investissement de capitaux dans l’île.
Hansen compare cette situation avec ce qu’il se serait passé aux États-Unis si à la fin de la Guerre d’indépendance américaine, en 1783, les Français avaient décidé de rester, en interdisant à Washington et à son armée d’assister à la capitulation de la bataille de Yorktown. « Imaginez qu’ils aient refusé un siège aux États-Unis au Traité de Paris, qu’ils aient exproprié les biens des Anglais, qu’ils aient occupé le port de New York, envoyé des troupes pour écraser la révolte des Shays, et autres rébellions, et qu’ils aient ensuite émigré en masse vers les colonies en s’emparant des meilleures terres. »
Hansen soutient que c’est dans un contexte semblable que les États-Unis ont occupé Guantanamo. Il s’agit d’une histoire bannie des livres d’histoire étasuniens et réservée aux débats sur le terrorisme, le droit international, et le pouvoir exécutif. Cependant, cette histoire, bien connue à Cuba et dans toute l’Amérique latine, explique les raisons qui font de Guantanamo un symbole de l’hypocrisie internationale, sans même faire référence à la dernière décennie.
Si Obama admettait cette histoire et démarrait le processus de restitution de Guantanamo à Cuba – explique l’auteur –, il commencerait à réparer les erreurs que nous avons commiss au cours de ces dix dernières années, et il respecterait ainsi une promesse de campagne électorale.
« Il corrigerait ainsi un préjudice historique et poserait les bases de nouvelles relations avec Cuba, et d’autres pays de l’hémisphère et du monde », précise l’article paru dans le New York Times il y a quelques jours.
Directeur général: Lazaro
Barredo Medina /
Directeur éditorial: Gustavo Becerra Estorino
HÔTE: Teledatos-Cubaweb.
La Havane
SUR CUBAWEB:
http://www.granma.cu/
E-mail |
Index |
Español |
English |
Português |
Deutsch |
Italiano |
SECTIONS de Granma
Internacional
[
CUBA
]
[
Notre Amérique ]
[
INTERNATIONALES ]
[
CULTURELLES ]
[
SPORTS
]
[
Plus
d'infos... ]
© Copyright. 1996-2012.
Tous droits
réservés.